lundi 1 juin 2015

"...de passer comme passe une couleur."

"Il faudrait s'effacer, de fait, disparaître une bonne fois pour toutes. Pas question de suicide, ici, évidemment. Non, s'en aller. Je ne sais pas si s'en aller est le mot juste. La distance géographique n'est pas nécessaire, pas forcément. A la limite, changer de quartier, si la ville est assez grande, suffirait. Il y aurait un nouvel appartement, une nouvelle maison, un autre jardin, une autre vue sur les toits, les arbres, le clocher des églises. Le simple fait de tracer de nouveaux itinéraires suffirait à devenir presque invisible, ce qui serait un bon commencement. La forme de la ville changerait, les visages croisés également. Il faudrait jouer avec les horaires aussi, ne plus sortir au mêmes heures. Cela pourrait satisfaire, quelque temps au moins, cet impérieux besoin d'être ailleurs et autrement.
Ne prévenir personne, ne pas faire de grandes annonces, éviter le pathos. Quelques mesures techniques simples seraient adoptées pour conforter la décision: changer d'adresse, donc, changer de numéro de portable, de mail, laisser mourir en douceur un blog ou un compte facebook qu'on alimenterait de manière de plus en plus aléatoire. Continuer à répondre au début, de temps en temps, mais de manière de plus en plus espacée. Faire comme si tout était normal, comme si tout allait bien et d'ailleurs tout irait bien. Jamais, même, les choses ne seraient allées aussi bien. Ce serait un peu comme cesser de fumer: un rien de volonté suffirait.
Les grandes ruptures annoncées à l'avance ont à voir avec l'hypocrisie, avec le "retenez-moi où je (me) fais un malheur." Non, il s'agirait de s'effacer, répétons-le, de s'estomper, de se gommer;  de passer comme passe une couleur. "

14 commentaires:

  1. Pour un 1er juin, alors que l'été se profile, tout proche, belle manière d'exprimer un désoeuvrement enfin décisif, Jérôme Leroy.

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  2. Votre photo a déjà disparu (effacée, gommée)...le début des "mesures techniques simples" pour une mise en absence, cher Jérôme?

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    1. Il y a de ça, chère elise, il y a de ça.

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  3. Vous avez raison, mais vous devriez commencer par effacer blog et compte Facebook si vous êtes logique et honnête avec vous-même avant que ça ne vous bouffe complètement.

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    1. Je crois que vous ne m'avez pas bien lu. On n'efface rien. Ca meurt de sa belle mort, en douceur, sans rupture.
      Pour le fait d'être bouffé, depuis que je tiens ce blogue, j'ai dû publier une dizaine de livres. On a vu pire comme geek. Mais rassurez vous, ça disparaitra ne serait-ce que parce que je n'éprouve même plus le besoin de dire à de malveillants anonymes qui les lisent, les blogues, (la preuve) ce que je pense d'eux. Vous allez vous sentir bien seul, si on est un certain nombre à faire ça. Vous n'existiez que par le mépris qu'on daignait vous porter.

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    2. Le mépris c'est déjà trop. L'indifférence est bien plus belle ...

      Cassez vos ruines mais tenez nous au courant, nous, anarchofachistes tendance Nyerere, nous cryptosocialo ! J'aimerais un jour vous serrer la main pour vous dire tout le bien que je pense de vous en face et peut-être déguster un peu de punch capverdien envoyé par ma beldoche, une femme charmante qui tient la recette de sa propre mère.

      J'ai bien aimé chaque page de ce blog, même celles que je n'ai pas aimé.

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    3. On peut, à bon droit, effacer sa photo, mais la parole, quant à elle, reste, lorsqu'on a le courage de l'attraper d'où qu'elle vienne, et la persévérance.

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  4. Les anonymes malveillants ne sont pas les seuls à lire les blogs, certains blogs. Il existe aussi quelques âmes intéressées, bienveillantes, admiratives, fidèles, qui se sentiront bien tristes et orphelines, après que les dernières images de The Lord Vanishes auront laissé la place à un écran noir.

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  5. Tout va bien, Monica est venue vous saluer sur le quai du départ :)
    Faites-nous signe de temps en temps...

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    1. les sympathies bienveillantes qui sont nées ici, comme la vôtre, se transformeront en amitiés dans la vie réelle... Est-ce une perte? Je sais que ni vous ni moi ne le pensons.

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    2. Dommage, j'aimais vous lire...

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  6. je perds mon job hier

    et celui qui m'accompagne poétiquement sans le savoir, mais si profondément depuis tout ce temps s'envolerait ?

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  7. Pour ce programme de disparition, vous avez un atout (comme moi) : un nom banal. Des Jerome Leroy, il y en des milliers. De quoi se perdre dans la foule, rester introuvable. Une chance.

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ouverture du feu en position défavorable