lundi 27 avril 2015

Quitter Dublin

Ce que j'ai bien aimé à Dublin, c'est l'hôtel Brooks, les rousses, le Dublin Castle, Sam Millar, le dîner à la Résidence, le temps qui changeait, la bibliothèque du Trinity Collège, ce pont sur la Liffey aussi large que long, les rousses, Pierre Joannon qui m'offre son histoire de Dublin, la lire presque entièrement dans l'insomnie du samedi au dimanche, Chantal Pelletier, la Guinness bue seul dans un pub loin de Temple bar, les rousses, le Jameson hors d'âge de la Résidence, les conversations avec Pierre Joannon à propos de son voisin de villégiature Michel Déon sous l'oeil vigilant, tellement vigilant  d'un auteur de polars qui nous adore Serge Quadruppani et moi, marcher vers Saint-Patrick alors que le soleil revenait,  la pierre tombale de Swift, les rousses, la Guinness bue seul dans un pub avec vue sur Four Courts, les petits déjeuners du Brooks où il s'agissait d'aggraver voluptueusement les facteurs de risques cardio-vasculaires, Pouy en veste, le cochon de lait du dîner à la Résidence, le soleil couchant sur les jardins d'Ailesbury Road, la Guinness bue seul après mon unique débat le dimanche après midi dans un pub près de l'Alliance Française, les rousses, le chauffeur de la navette qui a grillé trois feux rouges pour arriver à l'heure à la Résidence, le prêcheur qui annonçait la fin du monde devant la banque d'Irlande, le côté ni fait ni à faire de la ville, les conversations avec Pierre Joannon sur Morand et Nimier, l'expression "soft day" pour désigner une journée de crachin sans vent, l'idée si civilisée du coup que la douceur soit associée au gris et à la mélancolie, l'antique poste de radio réglé sur une fréquence de musique classique qui m'accueillait dans la chambre 215-autre preuve d'extrême civilisation puisqu'au Brooks on a compris que le seul silence un peu dur dans ce monde est celui que retrouve le voyageur dans une chambre d'hôtel où il dormira seul,  les rousses, dédicacer à Pierre Joannon tous mes livres qu'il avait achetés au fur et à mesure de leur parution depuis L'Orange de Malte, aggraver mon cas aux yeux d'un auteur de polars vigilant, tellement vigilant qui nous adore Serge Quadruppani et moi, les mouettes au dessus de la Liffey qui se moquaient car elles savaient que je n'aurais pas le temps de voir la mer, les rousses, les rousses, les rousses qui ont l'air à peine christianisées et parlent une langue sexy et rauque d'avant l'histoire devant les pubs le soir, comprendre  alors pourquoi Joyce a eu besoin d'écrire Finnegan's wake.
Ce que j'ai bien aimé à Dublin, en fait,  c'est l'envie de retourner à Dublin.

7 commentaires:

  1. Sinon, tu avais remarqué les Rousses? Et l'auteur de polar, c'est qui?

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  2. Ah, ça y est, je viens de comprendre l'humour, en relisant "vigilant, tellement vigilant"

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  3. Et "on est toujours trop bon avec les femmes" ?

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  4. Je suis surpris, cher Jérôme, que vous n'ayez pas remarqué les rousses. Pourtant à Dublin...même armées parfois....c'est dire...

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  5. C'est marrant, tu as quitté Dublin au moment où j'y suis arrivé...

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  6. Je suis allé à Dublin en 1989 et j'y suis retourné cette semaine. J'ai revu, moi aussi, le GPO qui n'a pas changé d'un poil en 25 ans...
    En cette époque de bougisme frénétique c'est réconfortant de constater la permanence de certaines choses.

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  7. Le O'Connel Bridge est plus large que long!

    Moi, ce que j'ai trouvé amusant, c'est devant Trinity College les groupes de pro et anti mariage homo, pancartes à la main, qui ont fini par se mêler et discuter ensemble paisiblement. Il ne manquait que la Guinness.
    On avait presque envie de les marier.

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ouverture du feu en position défavorable