mercredi 8 avril 2015

ADG, encore une fois


Pour célébrer les 70 ans de la Série Noire, une exposition a eu lieu au Salon du Livre. On a demandé à quelques auteurs d'aujourd'hui de parler sur 1000 signes environ du livre d'un aîné qui l'avait marqué. On a voulu dans un premier mouvement se porter sur Nada de Manchette mais Manchette avait déjà été pris par notre copine Elsa Marpeau. Alors, du coup, dans un second mouvement on a tout de suite pensé à ADG et on va encore se faire traiter de réac. Voilà ce qu'on a dit du Grand Môme, donc.

Longtemps, j’ai aimé le néo-polar et Antoine Blondin. Il me semblait que ces deux dilections devaient rester incompatibles. Ce serait soit L’humeur vagabonde soit Le Petit bleu de la côte ouest. Cela m’ennuyait parce que, moi-même, j’aurais bien aimé écrire des romans noirs dans le style de Blondin mais il allait falloir choisir. Jusqu’au jour où je suis tombé, vers dix-huit ans, sur le n°1717 de la Série Noire. C’était Le grand môme d’ADG. Je ne connaissais pas ADG, je ne savais pas que son pseudonyme cachait celui d’Alain Fournier, (eh oui !), ce qui expliquait le calembour-hommage du titre. Dès les premières lignes, j’ai compris que la miraculeuse synthèse était là : « C’est parce que le moteur de sa vieille Ami 6 avait craqué dans le milieu de la côte qu’il est entré dans notre vie, avec cet air naturel du migrant qui ne s’embarrasse pas du superflu. » L’élégance soyeuse d’ADG serait désormais pour moi symétrique à celle, glacée, de Manchette. Et Le grand môme cette belle histoire d’amour déçu, avec de la violence, des jeux de mots, des fillettes de vin blanc, de la nostalgie et des paysages…

et puis pour nos aimables abonnés, et en exclusivité, ce cadeau d'ADG: le tapuscrit d'un début alternatif du Grand Môme, justement...