samedi 21 mars 2015

Bref retour au Portugal (4)

Je loge à l'hôtel Boa Vista qui comme son nom l'indique, offre depuis son toit-terrasse, une vue émouvante sur l'embouchure du Douro, l'Océan, le Fort Saint-Jean Baptiste qui fait office de verrou, l'avenue du Brésil qui longe la mer. Derrière moi, le lacis des rues de Foz Velha, un ancien village qui s'est laissé piéger par Porto, il y a cent ans.


Il est évident que les paysages selon mon âme sont ceux-là, maritimes jusqu'à l'archétype. Ascendance normande, sans doute et plus sûrement encore, lecture précoce du Port de Baudelaire qui fait partie, dans sa version en prose, des poèmes qui m'ont marqué au fer rouge, connus par coeur presque instantanément lors de leur première lecture, il y a... Passons.

"Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l'âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir."

Voir la mer, les filles, les pays à la façon dont seul un poème peut voir la mer, les filles, les pays.

 

Vieillir en voyant la mer tous les jours, voilà mon programme poético-politique pour l'avenir. Cela me consolera de savoir que le communisme viendra seulement, -car il viendra forcément, il n'y a pas d'autres solutions-  après ma mort,  le mouvement révolutionnaire prenant un peu de retard ces temps-ci.