samedi 21 mars 2015

Bref retour au Portugal, (3)

Premier soir à Porto. Ma valise s'est fait la malle. Je me retrouve avec un Chinois qui a subi le même sort et qui ne parle ni français, ni portugais, ni anglais. Patience d'ange des deux employées en uniforme dans leurs bureaux chargés des bagages égarés.

Je suis toujours étonné, moi qui déteste les généralisations sur les peuples, de constater quand même, au bout de vingt cinq ou trente séjours sur près de quarante ans (eh oui...), parfois longs, qu'il y a malgré tout une douceur  et une gentillesse répandues dans toutes les situations. Je ne dis pas que ça n'a pas dû chauffer en avril mai 75 entre les grands propriétaires terriens de l'Alentejo et les paysans communistes mais c'est tout de même un peuple de passions calmes, qui répugne à la brutalité. Leurs révolutions, pourtant fréquentes, ne tuent pas comme le dit un proverbe portugais cité par Larbaud quelque part. Quant à la saudade, forcément intraduisible, c'est une mélancolie insurmontable certes, mais qui n'a rien du désespoir ou de la haine de soi.

Une fois la déclaration de perte accomplie -on me laisse bon espoir d'une prompte résolution du problème, je suis accueillie par S,  la documentaliste du Lycée. Avant qu'elle me conduise à mon hôtel, je lui demande de pouvoir faire quelque courses. Du coup, je reprends pied à Porto par le biais de ses galeries marchandes qui semblent de plus en plus nombreuses hélas. Quelques petits détails m'indiquent en plus que le Macron lusitanien a déjà fait le boulot. Tous ces centres semblent ouverts sept jours sur sept, jusqu'à 22 heures. En même temps, on voit des vigiles armés devant les parkings. Faut savoir ce qu'on veut en régime austéritaire. 

Comme j'avais gardé les livres et le Mac dans le bagage à main,  j'ai juste besoin de caleçons, de socquettes, de chemises et de quelques affaires de toilette. Et rien que pour donner raison à Serge Quadruppani, en plus, je ne résiste pas à une cravate merveilleusement austère, façon banquier protestant. 
Voilà, des livres, des vêtements propres et de quoi écrire: je suis chez moi.