jeudi 29 janvier 2015

Oh Boy



 Oh Boy de Jan Ole Gerster (2012)


On est évidemment le client type de ce genre de films s'inscrivant dans une tradition qui, sur le mode mineur ou tragique évoque en fait la même histoire, celle d'un sentiment de radicale étrangeté au monde. Aboulie ou escapisme, comme vous voudrez. Cet état peut prendre l'allure d'un léger passage à vide, d'une errance souvent urbaine ou d'un suicide pur et simple. En littérature, on pense aux personnages de Simenon ou de Blondin qui se sont faits une spécialité de ce sentiment-là, en choisissant le gris pour le premier et le sourire keatonien, doux-amer, pour le second. 
Oh Boy, premier film de Jan Ole Gerster,  fait donc penser tour à tour, au-delà de sa nonchalante désinvolture très nouvelle vague, renforcée par le noir et blanc, au Feu Follet de Louis Malle, à L'homme qui dort de Perec/Queysanne, au récent Oslo, 31 août de Joachim Trier (encore une adaptation du Feu Follet de Drieu) ou, sur un mode plus léger, à ce petit joyau sud-coréen que je n'ai jamais réussi à revoir, Turning gate de Hong Sang soo.  Le héros, fils de famille,  ne fait rien depuis deux ans alors qu'il est censé suivre des études de droit. Les raisons de son malaise, de son "lâcher-prise" ne sont jamais explicitées ni élucidées, peut-être précisément parce qu'il n'y a pas vraiment d'explication, peut-être parce que cette vacuité est une forme de réponse, de résistance voire une preuve de santé mentale dans un monde comme le nôtre. On suit donc Niko Fischer sur vingt quatre heures, dans Berlin. C'est une odyssée dérisoire et amusée pour un Ulysse cryptodépressif. Niko quitte sa copine, se voit dans l'impossibilité de récupérer son permis retiré pour cause de conduite en état d'ivresse, rencontre son nouveau voisin désespéré, erre avec son copain acteur au chômage, retrouve une ancienne camarade de classe qui fait du théâtre expérimental, va voir son père qui ne veut plus l'entretenir...
On pourra trouver un peu artificielle parce qu'à la limite du démonstratif la dernière rencontre dans un bar de nuit avec un vieux témoin de l'époque nazie qui meurt quasiment dans les bras de Niko mais il demeure de l'ensemble une impression de justesse mélancolique qui charme durablement et donnerait (presque) envie d'en rabattre sur nos préjugés et d'aller faire un tour dans ce Berlin nocturne et jazzy où l'on retrouve tellement d'âmes soeurs et de coeurs perdus en Atlantide.

4 commentaires:

  1. Oui, vu en salle à sa sortie et revu il y a quelques semaines en dvd... excellent film... entre le Jarmusch de "permanent vacation" ou de "stranger than paradise"et "le départ" de Jerzy Skolimovski (l'acteur allemand rappelant parfois le jeune Jean-Pierre Léaud)

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  2. J'avais vu ce film à sa sortie française aussi. Mais pas avec autant d'enthousiasme, la désinvolture décrite se rapprochant trop de certains tics, clins d'œil un peu gênants à la NV ou à Woody Allen. Ce fils à papa est une tête à claques… Et la séquence finale m'a un peu dérouté, je ne sais comment l'interpréter, trop ambiguë il me semble : après la description assez juste de l'absurdité de notre monde, écouter un vieux nazi nous dire que c'était mieux à son époque est pour le moins maladroit, non ?

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  3. Voilà bien la force du spectacle : le héros du film pense que les gens qui l'entourent sont étranges mais ensuite il en conclut que le problème, c'est lui. Nous voilà victime du spectacle qui nous fait croire que chacun de nous est le problème alors même que c'est la société actuelle qui nous est devenue étrangère… et c'est sur cette base que prospère l'impuissance et le désespoir.

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  4. Bon sang, j'étais loin de me douter qu'en allant voir ce film et en le trouvant plutôt réussi au regard de la production globale cinématographique, je participai activement et frénétiquement à la prospérité de l'impuissance et du désespoir... en pénitence j'irai m'enfiler 15 Guédiguian et en réciterai, ad nauseam, l'intégrale des dialogues.
    Bon sang, je crois bien que ne vais plus jamais, au grand jamais, échanger quoi que ce soit, avec qui que ce soit, autour des films que je vois...

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ouverture du feu en position défavorable