dimanche 29 juin 2014

La bécasse cynique

Najat Valaud-Belkacem veut créer une fête du sport sur le modèle de la fête de la musique dès 2015.
Dès la rentrée sociale 2014, moi,  je veux créer une fête de la bécasse sociale-libérale.
On rappellera en effet que NVB est aussi de fait, ministre de la jeunesse, c'est à dire ministre du chômage de masse, de la précarité, de la stagiairisation à vie et du suicide comme première cause de mortalité chez les moins de 25 ans. 
 J'ai bien une idée de lui dire où se mettre ses panneaux de baskets mais ça manquerait d'élégance et on est vite taxé de misogynie quand on dit d'une femme politique qu'elle peut-être aussi conne, cynique ou démago, au choix, que ses homologues masculins.

samedi 28 juin 2014

Antonioni écrivain: "Je commence à comprendre."

Soyons honnêtes, Antonioni, pour nous, ce fut d’abord Monica Vitti. Monica Vitti dans L’éclipse, Monica Vitti dans L’aventura, Monica Vitti dans La notte, Monica Vitti dans Le désert rouge. Aragon trouvait que « Vézelay, Vézelay, Vézelay, Vézelay. » était le plus bel alexandrin de la langue française ; nous, nous préférons « Monica, Monica, Monica, Monica ». On ne s’en est jamais remis, touché par la grâce efficace de cette silhouette blonde au visage corrégien qui traversait en petite robe noire la nuit romaine, les années soixante et notre cœur d’adolescent cinéphile. Oui, le cinéma d’Antonioni, c’était d’abord ce corps-là si présent, si évident que nous pouvions bien oublier notre léger ennui snob à regarder ce que tout le monde nous présentait comme « les chefs d’œuvre de l’incommunicabilité ». Nous ne comprenions pas grand chose, à vrai dire et si nous avions revu plusieurs fois Le désert rouge par exemple, c’était pour cette manière dont Monica Vitti étirait les manches d’un pull en cachemire afin de recouvrir la paume de ses mains, dans ce geste mélancoliquement sensuel qu’ont les filles frileuses ou inquiètes.
Et puis on vieillit et les perspectives s’inversent.
Et l’on comprend que si on a trouvé Monica Vitti si belle, c’est grâce à Antonioni. Bien sûr, elle est belle sans Antonioni mais c’est Antonioni qui donne à la beauté de Monica Vitti un sens, qui a pu comprendre de cette beauté qu’elle serait la seule à pouvoir incarner ce qu’il avait à dire. C’est grâce à Antonioni que nous avons appris à regarder Monica Vitti avec un œil neuf, une Monica Vitti désemparée dans ces non-lieux de la modernité que le cinéaste cartographiait avec quarante ans d’avance : salles des marchés où s’abolit le réel dans une fièvre abstraite, nouveaux quartiers aux luxueuses résidences impersonnelles, villes portuaires anonymes entre chantiers et usines. Et à chaque fois, le désert de l’amour au cœur du couple, ce désert qui prenait en ce temps-là une dimension nouvelle, celle de « la perte de tout langage adéquat aux faits » comme aurait pu le dire Guy Debord.
Alors, forcément, nous nous sommes jetés sur « Je commence à comprendre » qui vient de paraître aux éditions Arléa et qui recueille en moins de soixante-dix pages des fragments, des notes et des aphorismes d’Antonioni sur plusieurs décennies. Autant vous prévenir tout de suite, voilà un petit texte qui risque fort de vous hanter, que vous aimiez ou non son cinéma. Dans cette plaquette parue à l’origine en 1999, Antonioni se révèle un grand, un très grand écrivain. Il est vrai que Rimbaud n’a eu besoin de guère plus d’espace pour recréer le monde. Antonioni, contrairement à ses personnages, trouve à chaque instant le langage « adéquat aux faits ». Peut-on imaginer résumé plus clair de son esthétique que dans l’aphorisme suivant : « Peu importe qu’il dise des mensonges, on voit plus clair en lui quand il ment que lorsqu’il dit la vérité. ». Et comment ne pas voir ici en filigrane le personnage de courtier joué par Delon dans L’Eclipse ?
La forme courte demande une vraie virtuosité qui offre les mêmes joies que le poème, la même déstabilisation heureuse du sens. Antonioni maitrise impeccablement cette technique : « J’ai souvent le désir de me venger mais ils sont tous en vacances. » Des croquis d’atmosphère à l’esthétique toute chinoise avec ciels, fleurs, brumes et oiseaux voisinent avec de brefs portraits d’actrices, hélas pas celui de Monica Vitti mais, par exemple, de la toute jeune Brigitte Bardot pressentie à seize ans pour un rôle dans Les Vaincus : « Elle est jolie, éveillée, désinvolte, très française, malgré sa mère et une grand-mère italienne. Elle enlève son chemisier, enfile son pull, le retire, remet son chemisier. Elle fait tout avec une désarmante candeur immorale mais de façon si naturelle que j’ai honte de mes pensées, décidément trop italiennes. »
On aimera aussi et surtout, pour finir, dans Je commence à comprendre, cette énergie froide des désespérés quand ils sont des créateurs, cette joie terrorisée d’être au monde, et cette élégance qui n’exclut pas une forme d’humour décalé parce qu’il n’y a pas, au bout du compte de vraie génie sans un certain sourire : « Depuis des années, je ne crie plus. L’autre jour, je suis allé au milieu d’un champ et je me suis mis à hurler. Je croyais être seul, mais un vieux qui n’était pas trop loin s’est approché et m’a offert un bonbon. »
Je commence à comprendre de Michel Angelo Antonioni (traduction de Jean-Pierre Ferrini, Arléa).
paru sur Causeur.fr

vendredi 27 juin 2014

Pierre Laval is not dead

Il y aura, pour cette coupe du monde, un match Allemagne-Algérie.
Vieille habitude historique, il va y en avoir un paquet à droite de la droite, mais pas seulement, pour souhaiter la victoire de l'Allemagne au nom de la construction européenne et des vitrines du centre-ville. Cet inimitable mélange, décidément, dans une certaine France entre l'habitude de se coucher devant le plus fort en espérant que sa force rejaillisse sur soi tout en entretenant un poujadisme trembleur à l'égard des plus faibles. La sainte-alliance du larbinat et du nerf de boeuf sous le comptoir, du "Ils sont corrects et puis après tout ce sont les vainqueurs" à "Je vais te faire courir, moi, bougnoule." 
Rien ne change. Badiou parlait avec De quoi Sarkozy est-il le nom? du transcendantal pétainiste dans l'histoire de France, qui s'était incarné de manière chimiquement pure avec Pétain, mais avait déjà existé avec Thiers et existait encore avec Sarkozy, entre autres. 
Il faudrait peut-être aussi parler d'un transcendantal lavaliste ou lavalien, Pierre Laval ayant ajouté ce côté Homais, ce côté Dupont-Lajoie dans la prosternation devant l'Allemand, ce côté boutiquier pétomane qui prête main forte à la ratonnade ou au cassage de la grève quand il est bien sûr d'être à un contre cent. Et qu'il espère des caresses de son maître à qui il conseille de ne pas oublier les enfants, après avoir bien mordu et bavé.

jeudi 26 juin 2014

Hasard objectif


C'est l'histoire d'un hasard objectif, aurait dit Breton: Dominique Forma et Michael Mention, des copains du polar peuvent en témoigner, c'était il y a une quinzaine de jours, assez tard le soir au Terminus Nord. Jean-Claude Brisseau que je tiens tout de même pour un cinéaste majeur de ce temps était dans la salle de la brasserie devant un plateau de fruits de mer alors que trois jours auparavant j'avais revu La fille de nulle part sur le câble et que j'avais éprouvé du coup l'irrésistible envie d'enquiller quatre DVD du même Brisseau, dans une de ces insomnies cinéphages qui me prennent périodiquement.
Je cherche toujours un sens à ce hasard objectif qui est l'appellation surréaliste de la Providence. Je n'en vois qu'un. Il me faudra d'une manière ou d'une autre écrire sur Brisseau one of these days. C'est d'ailleurs assez cohérent avec l'oeuvre du cinéaste, ce mode de révélation, tous ses films étant peuplés de signes annonciateurs à la limite du surnaturel.

mercredi 25 juin 2014

De Béziers au Pontet, le FN fait la guerre aux pauvres.

Electeurs du FN à Béziers et au Pontet qui se demandent s'ils n'ont pas fait une connerie, finalement.
Ici, à Feu sur le Quartier Général, notre ligne contre le FN est claire. Pas d'antifascisme en peau de zob, pas d'appel à prendre le maquis, pas de belles poses pour la photo. Pour la bonne et simple raison que le FN n'est pas un parti fasciste, ou plus exactement il l'est uniquement dans la mesure où il est instrumentalisé plus ou moins consciemment par un capitalisme aux abois qui en joue comme d'un repoussoir, pour l'instant, mais pourra aussi bien en faire son ultime rempart le jour venu. Ca s'est vu.
On ne va pas non plus être dans le déni. Le vote FN est un vote de pauvres qui ont tout perdu, même leur conscience de classe et les "mots adéquats aux faits" comme disait Guy Debord. Le barbu de Trèves en son temps appelait ce dénuement au carré le lumpen prolétariat. Le prolétariat en lambeaux.
Donc, la seule attaque possible contre le FN, c'est sur ce qu'il fait effectivement contre les pauvres quand il est au pouvoir (municipal). Ca nous rappelle, du coup, la phrase du meilleur copain du barbu de Trêves: "La preuve du pudding, c'est qu'il se mange." Il est inutile de dire au pauvre qu'il est fasciste ou raciste. Il s'en fout. En revanche, jour après jour lui dire, qu'à défaut d'être un salaud, il est surtout un peu con, d'une connerie qui serait celle de la dinde se réjouissant de l'approche de Noël, ça c'est possible. On vous a déjà parlé de la pénible honteuse Ménard à Béziers qui supprime la garderie pour les chômeurs dont un bon nombre avait voté pour lui.
Aujourd'hui, c'est le maire du Pontet qui se distingue dans la violence sociale la plus crasse. Il s'appelle Joris Hébrart et veut responsabiliser ces salopards d'assistés en supprimant la cantine gratuite pour les familles qui sont de fait, les plus démunies. Lui aussi, comme Ménard, il tire dans le dos de son propre électorat à peine élu. 
C'est cela qu'il faudra expliquer, inlassablement.

mardi 24 juin 2014

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 10

"Aussi, n'avais-je à peu près rien changé à l'ordinaire de ma vie. Je me levais à dix heures du matin et ne faisais rien d'autre, pendant la journée, que lire des romans d'aventure et flâner par les rues."
Marcel Aymé, Le vaurien

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 9


« La qualité justifie tout, dans chaque domaine où elle est présente. Je n’ai moi-même, comme vous savez, disposé d’aucune « fortune personnelle ». C’est ce qui m’a contraint à truander, en somme, dès ma folle jeunesse, et depuis. Mais je ne l’ai fait que dans les limites plutôt strictes que traçait ma « façon de penser », et dans la seule intention de préserver mon indépendance, sur une telle base, ainsi que les principaux de mes goûts. Comme ne figuraient pas, parmi ces goûts, celui de me spécialiser outre mesure, ni celui de faire des concessions, à aucune espèce de public, vous pensez bien que mes quelques talents ont été tout au plus suffisants pour me maintenir dans ce qui peut être considéré comme une honorable gueuserie."  
Guy Debord, Correspondance, volume 7, lettre du 2 octobre 1992

Le charme de ces interminables soirées d'été


Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.

Victor Hugo, célèbre poète de la révocul en Chine pop.

Propos comme ça, 4

Michel Foucault: une pensée capitale pour notre temps et un témoignage poignant des dérives vestimentaires des années 70. Le sous-pull, ce douloureux problème.


Rama Yade battue à la présidence du Parti radical. C'est bien la première fois que je me suis intéressé au Parti Radical, moi. Et la dernière, du coup.
 
 
Avignon: surpris, l'amant saute par le balcon et se blesse grièvement. (Parisien). Pas la peine d'en faire tout un festival pour ces intermittents de la fidélité.


Quand il apprit la sortie le 25 juin de Under the skin avec Scarlett Johansson nue durant tout le film, il décida de remettre son suicide à plus tard.
 
 
La plus jolie de mes adresses, c'était il y a vingt-cinq ans, à Valenciennes: 10, rue de la Nouvelle-Hollande. J'y ai repensé après avoir relu La pluie à Rethel de Jean-Claude Pirotte: le vent dans les arbres, les canaux, le trop plein de ciel, la jeunesse.
 
"J'ai le temps maintenant que je suis à la retraite. J'ai regardé tous les matchs, même URSS-Corée du sud." Brève de comptoir, au carrefour Saint-Maur. Je l'aurais embrassé, le vieux.
 
"Très net: quelque chose a changé.
Perceptible dès le matin, très tôt, quand la lumière du jour ne passait pas encore par le croissant des volets.
Oui, ces volets anciens où des croissants sont découpés.
A midi, c'est éclatant. Quelques jours seulement d'un printemps précoce?
Mais non, il y a plus.
Presque l'été."
Frédéric Berthet, Paris-Berry, "Le bonheur, l'été"
 
 
 
 
 


samedi 21 juin 2014

L'éternel retour


L'été. 
C'est à dire, évidemment, l'éternel retour. 
C'est à dire, évidemment, la toute divine Catherine Spaak qui se réveille, adolescente, dans La Parmigiana, version amusée et sensuelle de La belle matineuse façon Dolce Vita.
Une minute et vingt neuf secondes d'éternité. 
Je vous aime.

Didier Migaud nous a quittés

Didier Migaud, président de la Cour des Comptes, magistrat intègre, vient de nous quitter. En effet, ayant décidé un audit du coût pour la Nation de la casse sociale engendrée par les recommandations de la Cour des Comptes depuis dix ans, il s'est aussitôt tiré une balle dans la tête à la lecture des résultats, après avoir abattu tous ses collègues. 
Ciao, Didier, tu étais un grand monsieur.
(source FQG)
Le peuple, effondré, a explosé de douleur à la disparition soudaine de Didier Migaud.



vendredi 20 juin 2014

Triangulation

On vient d'apprendre que Florian Philippot, le numéro 2 de Marine Le Pen "soutient la grève des cheminots" et refuse de 'criminaliser"le mouvement social. C'est bien aimable de sa part. Mais il faut se rappeler de deux ou trois choses. En politique, ce que nous fait le "new" FN (qui reste en fait très old faf), ça s'appelle la triangulation.
Vous prenez les idées de l'ennemi (les nôtres donc ici) pour les mettre au service du vôtre, c'est à dire en dernière analyse, du capitalisme le plus brutal. Mais vous le faites après avoir les neutralisées, ces idées, après leur avoir retiré leur charge révolutionnaire.
La même méthode qui consiste, si vous voulez, à démilitariser les armes à feu pour en faire des objets de vitrine.
Donc: expliquer, toujours, encore, inlassablement aux électeurs du FN et d'abord à cette fraction de la classe ouvrière qui s'égare que le vote MLP est d'abord un vote qui ne sert à rien, parce qu'il enlise et détourne leurs colères au profit d'une bourgeoisie elle-même menacée par les contradictions du capitalisme et qui n'a pas besoin, en plus, de retrouver en face d'elle une classe ouvrière à nouveau consciente d'elle-même. Il faut aussi éviter la moraline antifasciste qui ne prend plus. Il faut citer l'exemple Ménard élu par des pauvres à Béziers et dont les premières mesures sont contres les jeunes des quartiers et les chômeurs. 
Leur montrer que le FN capte leur vote, puis dans la foulée, leur fait la guerre.

mercredi 18 juin 2014

Valls, t'es foutu, les yéyés sont dans la rue!

Exclusif FQG: Sylvie Vartan apporte son soutien total au mouvement des cheminots!

Pour un gaullisme d'extrême gauche

Pour un appel du 18 juin contre le capitalisme et l'économie spectaculaire-marchande.
"Or, beaucoup de Français n’acceptent pas la capitulation ni la servitude, pour des raisons qui s’appellent l’honneur, le bon sens, l’intérêt supérieur de la Patrie."

Salauds de grévistes!



La grève des cheminots entre dans son neuvième jour. Contrairement à la proclamation un rien arrogante de Nicolas Sarkozy en son temps, cette grève, tout le monde s’en rend compte. Les cheminots en premier, d’ailleurs : ils sont devenus les grands détestés de ces derniers jours. Presqu’autant que les Roms. On n’en est pas encore au lynchage, mais on sent bien qu’il ne suffirait de pas grand chose. Surtout ceux de la CGT et de Sud qui ne lâchent rien.
Vous vous rendez compte, ils ont même fait peser des menaces sur le baccalauréat. Peu importe que l’immense majorité des lycéens passent le bac dans leurs propres lycées devenus centres d’examens, peu importe que ceux qui doivent effectivement prendre des TER en zone rurale n’ont plus de TER depuis longtemps puisque la SNCF et les régions suppriment au hachoir trains et lignes non rentables, peu importe que les rectorats aient aussitôt accordé des retards pour les candidats, il fallait marquer les imaginations : une poignée de syndicalistes rouges surmutualisés, archaïques et corporatistes non seulement pourrissent la vie des Français qui travaillent, eux, mais en plus comme tous les cryptocommunistes qui mangent des enfants au petit déjeuner, ils détestent la jeunesse qui, elle, cherche à passer des examens difficiles. Les mêmes chroniqueurs de la domination, qui vous rabâchaient ces dernières années que le bac, c’était plus ça, lui trouvent à nouveau une importance capitale depuis qu’il serait menacé par des voyous au ballast entre les dents. La palme du mépris de classe, espérons-le inconscient, en la matière revient incontestablement à Ivan Levaï, qui demande dans sa  revue de presse hebdomadaire sur France Inter à propos du dirigeant de la CGT: « M. Lepaon n’a-t-il pas d’enfant qui passe son bac de philo ce lundi ?”.   Oui, on ne voit pas bien comment un enfant de cégétiste borné pourrait arriver en terminale…
Mais Ivan Levaï n’est qu’un exemple parmi d’autres. Je dois prendre le train, très régulièrement depuis au moins trente ans et depuis au moins trente ans, à chaque grève, je vois une pensée unique essentiellement politico-journalistique d’ailleurs, se mettre en pilotage automatique. Je précise cette particularité biographique pour éviter les sempiternels procès en méconnaissance du réel : pour être précis, j’ai utilisé la semaine dernière quatre  fois le TGV entre Paris et Lille et deux fois celui entre Paris et Arras. J’ai dû faire avec, j’ai dû attendre, j’ai dû monter dans des rames bondées. Mais il y a toujours quelque chose qui m’étonne, c’est que je ne passe jamais à la télé lors de ces micro trottoirs qui sont au journalisme ce qu’un roman Harlequin est à la littérature : totalement fabriqués, totalement creux, totalement artificiels. Parce que je ne dois pas être le seul, même gêné par cette grève qui déclarerait au micro : « Non, ça ne m’enchante pas mais en même temps cette réforme va achever de dégrader le service public du chemin de fer qui n’est déjà pas brillant, tout ça pour ouvrir à la privatisation voulue par Bruxelles. Oui, j’ai décalé des rendez-vous mais en même temps, ceux qui m’énervent le plus, là, ce ne sont pas les cheminots, c’est le gouvernement. Après tout, il y avait un préavis déposé depuis longtemps qui ne demandait comme préalable que l’ouverture d’une discussion. »
Mais non, je n’entends jamais ça depuis trente ans, à la télé ou la radio. Au contraire ce sont toujours des énervées et des énervés qui expliquent qu’ils sont « pris en otage », « qu’il y en a marre », etc… À la longue, on finit par avoir cette impression que ce sont des figurants que les médias ressortent à chaque fois. Toujours les mêmes  à chaque grève, aussi loin que remonte ma mémoire d’usager et de téléspectateur. Je les ai déjà vus jouer en en 95 par exemple, contre le plan Juppé. On dirait que des responsables de casting, comme pour un film, leur téléphonent le matin. « Tenez, j’ai un rôle pour vous. Oui, oui, c’est pour la grève à la SNCF. Alors vous, vous ferez la grand-mère épuisée, vous vous ferez la mère de famille sympa mais qui commence à fatiguer, vous, vous ferez le type raisonnable qui comprend les grévistes mais qui trouvent qu’il faudrait d’autres moyens que la grève et vous vous ferez le jeune avec un casque audio sur la tête qui a trop peur de rater ses cours à cause de la CGT. » Des genres d’intermittents du spectacle si vous voulez. En beaucoup moins sympathiques…
Ce que l’on voit aussi revenir en force, c’est le mot « usager ». En temps normal, « usager », c’est d’un kitsch achevé. Ça sent la France des années soixante. Quand on est moderne, on est plus « usager », on est « client ». Mais en temps de grève, l’usager revient en force. On se souvient soudain, du côté du pouvoir, que le train, c’est d’abord un service public et pas seulement une entreprise qui doit faire le maximum de bénéfices pour « mieux s’ouvrir à la concurrence » en pressurant les salaires, en n’exploitant que les lignes rentables, en demandant à de moins en moins d’agents de transporter de plus en plus de monde.
J’espère aussi que la droite, mais par son silence relatif sur la question, j’en déduis qu’elle est implicitement satisfaite, sera reconnaissante à ce président et à ce gouvernement de se comporter exactement comme elle quand il s’agit de discréditer un mouvement social en transformant le gréviste en salaud. On aura ainsi vu Hollande « hausser le ton », ce qui lui arrive rarement, il faut le reconnaître contre le Medef. On l’aura même vu faire du Thorez tronqué avec son « Il faut savoir cesser une grève » en oubliant la seconde partie de la phrase évidemment « lorsque les revendications ont été satisfaites ».
Et, pour finir, puisqu’on parle de grand leader ouvrier, je suis étonnée de n’avoir pas encore entendu Marine Le Pen, à la tête du premier parti ouvrier de France, apporter son soutien inconditionnel à la grève. Il y a pourtant pas mal de ses électeurs dans les syndicalistes, si on en juge par les chiffres des dernières enquêtes (autour de 25% à la CGT et à SUD).
Mais cela doit-être juste un oubli de sa part.
paru sur Causeur.fr

Propos comme ça, 3

Manuel Valls: "La gauche peut mourir." Parole d'expert.

"J'ai souvent le désir de me venger, mais ils sont tous en vacances."
Michelangelo Antonioni, Je commence à comprendre, (Arléa)

200 lycéennes nigérianes attendraient un TGV depuis plus de deux mois. ‪#‎otages‬, ‪#‎lafauteàlaCGT‬

Il y a toujours au moins un bistrot et quelques tables en terrasse devant la moindre gare en France. Pour peu que vous ayez un bon livre dans la poche, par exemple Les Papiers collés de Georges Perros ou un roman de Toulet, ne me dites pas qu'une grève des cheminots n'est pas une chance.
Sinon, allez vous faire foutre.

Les gros cons des micro-trottoirs à propos de la grève de la sncf: les mêmes depuis trente ans, depuis que je prends le train, en fait.

Si c'est pas un titre ça... 
 

samedi 14 juin 2014

S'envoyer en l'air

Un couple d'adolescents londoniens qui faisait l'amour sur un balcon a fait une chute mortelle. (Le Parisien). Christine Boutin se prononce pour l'interdiction de faire l'amour, Manuel Valls pour l'interdiction des balcons et Robert Ménard pour l'interdiction des adolescents. Surtout pendus aux fenêtres.

vendredi 13 juin 2014

Dans la peau d'Alain Juppé


Dans l'excellente revue Charles,  magbook dirigé par Arnaud Viviant qui rend la politique très hype et qui consacre le dossier de ce numéro 10 aux ministres de la culture, vous pourrez lire une nouvelle de mézigue qui inaugure une série où des écrivains vous racontent 2017. Dès le 18 juin.
En guise d'amuse-gueule à la sortie le 4 septembre d'un roman dont on vous reparlera bientôt. Enjoy.

jeudi 12 juin 2014

Dérapages

Dérapage de Jean-Marie Godard. Sa fille, Marine Godard, est furieuse car elle tentait depuis des années de dédiaboliser la Nouvelle Vague.
En même temps, c'est pas Jean-Luc Le Pen qui aurait pu tourner ça. Rendre Chantal Goya sexy à ce point-là, c'est du génie. Alors bon, je pardonne et puis j'oublie:

Capitalisme: bilan globalement cauchemardesque.

Bilan globalement positif, disait Georges Marchais, à propos des pays de l'Est. On s'est moqué méchamment de l'expression. Et pourtant, qui pourrait sans baisser les yeux, m'assurer que la vie d'un retraité grec, d'un ouvrier français à temps partiel imposé, d'un chômeur espagnol, d'un jeune diplômé portugais, d'une mère isolée étasunienne est objectivement meilleure que celles des soviétiques que j'ai pu croiser dans les années 80.
Et la liberté d'expression, me direz-vous? Ah, oui, la liberté d'expression.... Achetez, si vous avez de l'argent à perdre, les principaux quotidiens et hebdomadaires et regardez leur Une. Regardez, si vous avez du temps à perdre, les principales chaînes infos et par exemple leurs éditorialistes économiques et vous m'en reparlerez, de la liberté d'expression et du pluralisme. Comme le remarquait une ancienne combattante de la Fraction Armée Rouge, réfugiée en Allemagne de l'Est, devant la joie d'une de ses camarades d'usine textile à la nouvelle de l'effondrement du Mur: " Oui, bien sûr, tu auras désormais le choix entre plusieurs marques de jeans, le problème, c'est que c'est ton cul qui ne sera plus à toi." Et puis la façon dont par exemple s'est construite l'Union Européenne ou dont se négocie aujourd'hui le Traité Transatlantique prouve assez le caractère  vraiment totalitaire du capitalisme qui pousse la perfection jusqu'à faire croire qu'il est synonyme de liberté dans un renversement sémantique très orwellien.
Les atteintes aux libertés individuelles? Disons que la liberté individuelle, dans une démocratie de marché, reste tout de même proportionnelle à l'épaisseur de ton portefeuille. C'est quoi la liberté individuelle d'un allocataire du RSA, d'un smicard, d'un travailleur sans papiers? Et puis ne parlons pas de la nouvelle idéologie planétaire de l'antiterrorisme qui permet le contrôle électronique et génétique d'une part toujours plus grande de la population mondiale ( lire Quadruppani)
L'archipel du Goulag? Les prisons du monde capitalistes débordent, craquent de tous les côtés. Le secteur pénitentiaire est le premier employeur de Californie;  aux USA 1% de la population est derrière les barreaux, l'emprisonnement des classes dangereuses étant là bas comme en Europe désormais le moyen de remplacer l'Etat Providence (lire Mike Davis, Loïc Wacquant, Grégoire Chamaillou).
Le bellicisme, la menace militaire du Pacte de Varsovie? Depuis trente ans, c'est l'Otan et l'Occident qui mènent en permanence des guerres post-coloniales contre les pays pauvres, substituant habilement un illusoire choc des civilisations à la réalité de la lutte des classes pour justifier le pillages des ressources naturelles.
On ne parlera même pas de la catastrophe écologique terrifiante que le mode de production du capitalisme est entrain de créer, menaçant  l'humanité d'un autogénocide total.
Alors, vingt cinq ans après "la chute du communisme", vingt cinq ans après le règne sans partage de l'économie de marché, il temps de reconnaître que oui, en comparaison, le bilan des pays de l'Est était globalement positif et que celui du capitalisme sans réplique relève du pur cauchemar.

dimanche 8 juin 2014

Chantal Jouanno

A chaque fois que je vois Chantal Jouanno, j'ai envie de devenir centriste et de faire du karaté.
 ***

Chantal Jouanno, c'est pas pour dire, mais c'est exactement le genre de fille dont j'étais fou amoureux il y a trente ans. J'arrivais à lui à arracher un baiser à la boum de fin d'année en dansant sur "Un très vieux rock'and roll de William Sheller et je passais l'été à essayer d'écrire un roman pour ne pas oublier ce goût de Vittel fraise sur une bouche d'adolescente. On a vu le résultat.

vendredi 6 juin 2014

J'avais oublié


Vous retrouverez ce poème dans le recueil Sauf dans les chansons à paraître à la Table Ronde en avril 2015.

jeudi 5 juin 2014

Propos comme ça, 2

Michel Cardoze faisait partie des journalistes communistes envoyés à la télé en 1981. Aujourd'hui, Michel Cardoze devient conseiller culturel du maire de Béziers, Bob La Honteuse. Michel Cardoze, maintenant, c'est Doriot avec la moustache de Michel le Jardinier.

***

Je vous explique juste, là, pourquoi le journal communiste Liberté Hebdo, auquel j'ai le plaisir de donner une chronique depuis 2008, il est absolument indispensable. Regardez la Une. C'est dingue, non, c'est pas sur Marine Le Pen ou c'est pas sur "on se touche la nouille à l'UMP". Non, c'est sur les luttes sociales avec de vraies gens confrontés à de vrais salauds. Alors abonnez-vous! Même si vous êtes pas du Nord (nobody is perfect), abonnez-vous sinon je vais torturer des chats.












***
Lisez les poètes vivants, nom de dieu. Lisez Frédérick Houdaer, par exemple. "Description de ce que je veux", dans Engeances (La Passe du Vent éditions), vous auriez tort de vous passer d'un poème comme ça:
                                                                             
                                                                              ***
Je ne suis pas un roman noir.
                                                                              ***
Il faut reconnaître, désormais, ce fait historique scandaleux. Mireille Darc est responsable, à cause de ce qu'elle a suscité chez les petits garçons qui avaient dix ans en 1974, d'une génération entière d'hétérofascistes blondophiles genrés.
Je plaide coupable, mais en même temps tout ça, c'est de sa faute, à Mireille Darc. (Et de celle de Monica Vitti aussi). Je voudrais donc les circonstances atténuantes. Dans cette histoire, c'est tout de même moi la victime.
                                                                           ***
Jusqu'à l'année dernière, triglycérides, je croyais que c'était un explosif. Et puis j'ai reçu mes analyses. Et en fait, c'est bien un explosif.
                                                                           ***
De toute façon, c'était le communisme ou la misanthropie. Et comme j'ai bon caractère...

Le guetteur mélancolique

Besançon, 17 mai, vers 18H, depuis le premier étage de la salle Proudhon




« Et toi mon cœur pourquoi bas-tu

Comme un guetteur mélancolique
J'observe la nuit et la mort" 
                                                   Guillaume Apollinaire

mardi 3 juin 2014

La première erreur de la honteuse

Voilà une info plus intéressante qu'elle n'en a l'air, camarades. Premier temps, on se scandalise. On se dit Ménard, le pire de tous parce que lui en plus est une honteuse du fascisme, joue sa partition de droitard accompli: "Les chômeurs, c'est parce qu'ils le veulent bien et en plus, c'est tous des zarabs pompeurs d'allocs."
Second temps, on se livre à une analyse de vilain marxiste à sang froid et on va par exemple regarder qui a voté pour Ménard lors des dernières municipales. Et je vous fiche mon billet qu'une partie non négligeable des chômedus a voté pour Identitaire sans frontière.
Et là, s'il y a encore assez de camarades bitterrois, ça vaudrait peut-être le coup d'aller les voir les chômeurs ménardesques, un par un, chez eux et de leur dire: "Dis, t'as vu bonhomme, ton vote de protestation? En attendant tu vas garder tes chiares et pas pendre ton linge aux fenêtres."
Et quitte à faire du buzz autour de cette info, évitons de faire de l'antifascisme en peau de zob en hurlant au retour de la bête immonde et patati et patata.
Exploitons l'info pour ce qu'elle révèle: le FN ne défend pas les pauvres. Il capte leurs votes et après il leur fait la guerre.
Sans pitié. 
Et tout le reste n'est que littérature.


Définition possible

"Je déplore qu'on s'habitue à tout" Louis Scutenaire (Mes Inscriptions, 1)
Définition possible du communiste: il ne s'habitue jamais.

dimanche 1 juin 2014

Marcel Thiry, décidément


Comptine

Quarante mille à ton compteur
Encor combien pour le bonheur
Cent cinquante pour Lunéville
Et pour la lune trois cents mille; 

De Charleroi où je suis né
A Charleville pour dîner,
Les rois, les villes, les années, 
A-t-on passé l'Epiphanie.

Marcel Thiry, Astrale automobile, 1939


La mort de Jean-Claude Pirotte, la semaine dernière, par une espèce de circulation en rhizome  dans notre propre bibliothèque, nous a ramené inévitablement dans les parages de Marcel Thiry, qui était une grande admiration de Pirotte. Il se trouve en plus que ce poème, cette "comptine" de Thiry, joue sur l'espace même de ce que sera l'oeuvre de Pirotte dont on relit, parallèlement, La pluie à Rethel, Rethel que l'on trouvera sur cette même carte, au sud-ouest de Charleville.



Dimanche


Un dimanche après midi en bonne compagnie. Finir l'une en commençant les deux autres sur la chaise longue.


Sinon, je viens d'apprendre que Benjamin Biolay avait fait une chanson contre le FN. On est sauvés, donc. Marine Le Pen doit être en larmes et le peuple se promettre de ne pas recommencer les bêtises et de voter communiste en masse la prochaine fois. Je me demande ce qu'on aurait fait sans toi, Benjamin. Vraiment.