samedi 31 mai 2014

Le rire du diable


"...celui qui pense que l'amour passe par des pratiques douteuses, des gestes inconvenants, des trahisons infinitésimales, des actes-limites -j'entends par là des actes qui sont à la limite de l'autodestruction de nos sentiments. Aimer, c'est peut-être d'abord et surtout jouer avec la perte de l'amour."
Roland Jaccard, Le Rire du Diable (Zulma, 1994)

mercredi 28 mai 2014

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 8

"Tu n'as pas besoin de prendre un air soupçonneux. Je ne suis pas devenu un sergent racoleur du PC. Et puis entendons nous bien: le Parti n'a aucun besoin de toi. Tu ne représentes rien pour lui qu'un petit capital d'intelligence -et ça, des intellectuels, nous en avons à revendre. Mais toi, tu as besoin du Parti."
Jean-Paul Sartre, L'Age de raison.


"Changé en usine à penser des choses tristes
  Je produis toutes les nuits à partir d'une heure"
Marcel Thiry, Tous les grands ports ont des jardins zoologiques.

mardi 27 mai 2014

Avec tout ça...


...on n'a même pas eu le temps de se recueillir à l'annonce de la mort du général Jaruzelski, qui après avoir héroïquement combattu les nazis a dû s'opposer quarante ans plus tard à la racaille cléricalo-fasciste de Solidarité et de son chef antisémite Lech Walesa. 
So long, camarade général.

Thème grec


Vous retrouverez ce poème dans Sauf dans les chansons (Table Ronde, mars 2015)

dimanche 25 mai 2014

Réformer en profondeur dans ton cul

L'Europe s'est tirée une balle dans la tête.


Les gros cons ne sont pas les électeurs du FN. Les gros cons sont ceux qui expliquent depuis trente ans qu'"il faut se réformer en profondeur."

J'aimerais que cette soirée de merde soit aussi la fin de l'antifascisme en peau de zob. Ce soir,  la France n'est pas menacée par les fachos. Elle est menacée par le capitalisme aux abois, en crise systémique. Ce ne sont pas des SS imaginaires qu'il faut défoncer, c'est le patronat. Marine Le Pen, ce n'est pas le masque de Hitler, juste celui de Gattaz. 
Et en 2014, c'est bien plus inquiétant.

Il y a quelques bonheurs, quand même: le visage de Copé. Beau comme un traitre de série B qui va y passer.

Dominique Forma: je suis un roman noir.

Paru sur Causeur.fr

À force de se prendre au sérieux, ou de vouloir mimer les Américains et les Scandinaves, le polar français finit souvent par perdre ce qui faisait son charme : la rapidité, le sens de la formule et un certain mauvais esprit, façon ADG ou Manchette. L’absence d’humour et la documentation pesante, les deux cents pages en trop deviennent des tares envahissantes sans compter des injections massives de moraline que doit subir un lecteur à qui on explique que le racisme et la guerre, c’est affreux, que tout est grave et qu’il ne faut pas rigoler avec ça. Ce n’est plus du roman noir, c’est du catéchisme.
C’est pour cela que j’ai été très content de tomber sur Hollywood zéro de Dominique Forma. Il réussit l’exploit d’écrire un polar très français, mais très français « old school »  qui se passe aux… USA. Dominique Forma sait de quoi il parle quand il évoque Hollywood puisqu’il fut là-bas le metteur en scène du film La loi des Armes (2001) avec, excusez du peu, Jeff Bridges. Et ce n’est pas parce qu’il connaît qu’il va se livrer à de grandes considérations morales sur Los Angeles ou à des descriptions dont la minutie n’aura d’égal que le manque de souffle. C’est que Dominique Forma n’a pas oublié que la description, c’est l’ennemie du roman noir. Le roman noir préfère la suggestion. La suggestion, c’est savoir résumer en deux lignes ce qu’on aurait pu dire sur dix pages. Un exemple ? Le calamiteux personnage de Forma qui porte le même prénom que lui (là aussi, ce sens de la dérision fait cruellement défaut par les temps qui courent) arrive à L.A en catastrophe et il constate, à propos du motel où il atterrit : « Le Bloc 5500 d’Hollywood boulevard ne se visitait pas. Ce n’était plus l’Amérique, sans être encore le tiers-monde.
L’histoire de Forma est classique, et c’est pour ça qu’elle est plaisante. Il n’y aura pas de serial-killer, de psychopathes, de sectes de nazis télépathes mais des hommes ordinaires, même dans la truanderie, et des femmes qui sont plus émouvantes que fatales. L’histoire commence à Paris. Dominique est un cambrioleur en solo. Il mène finalement une vie assez morne et pépère. Il s’en rend compte mais ne s’en chagrine pas plus que ça. Ses plans à lui, ce sont les salles de gym pour cadres friqués. Il fait ami ami avec eux entre deux bancs de musculation et apprend au hasard des conversations de quoi aller jouer le monte-en l’air quand ses victimes sont absentes. Finalement, comme il le dit lui-même, par un aphorisme digne de nos plus grands moralistes, « Ma vie était belle car elle ressemblait à une autoroute allemande, droite, bien entretenue et sans police. »
Ça ne va pas durer. Il doit un peu trop d’argent à des vilains et son fourgue le lâche. Seule solution, partir en vitesse à Hollywood où un vieux copain, fils de famille en rupture de ban et accro aux manips financières monte des combines  presque légales en trouvant des bailleurs de fonds et des maisons de productions pour des films qui n’ont pratiquement aucune chance de se faire. Le copain en question est aussi l’amant-associé de Rachel qui reste belle tout en se camant aux antidépresseurs. Dominique, lui, est chargé de jouer le rôle du metteur en scène à qui sera confié le futur film. On sent, de la part de Forma, le vécu, y compris dans la peinture sarcastique  du cocktail du 14 juillet au consulat de France de L.A.
Evidemment, tout cela va magistralement foirer, d’autant plus que les créanciers de Dominique ont retrouvé sa trace. Il faut dire aussi, comme le remarque Forma, à propos d’un financeur,  toujours avec sa précision aphoristique qui nous enchante : « Il était moins con qu’il n’en avait l’air. Ce qui est souvent le cas avec les Californiens ; l’exact opposé des Parisiens. »
En trois heures, car Forma est un garçon trop poli pour vous prendre plus de temps, vous aurez lu Hollywood zéro et vous vous souviendrez alors que ce que vous aimiez, dans le roman noir, c’était ce mélange de désinvolture, de rire, de mélancolie, de violence et de désenchantement.
Hollywood zéro, Dominique Forma, Rivages/Noir, 2014.

samedi 24 mai 2014

La cavale de Jean-Claude Pirotte est terminée...

Jean-Claude Pirotte vient de mourir.
Je vais relire Un été dans la combe ou La pluie à Rethel parce que relire les écrivains morts que j'ai rencontrés et aimés, c'est la seule forme de prière que je connaisse, moi l'agnostique.
J'ai une très belle lettre de lui, aussi, pour Un dernier verre en Atlantide. Je vais la relire aussi, du coup.
Et en boire un à la santé de son âme de poète.
"étant plus mort que vif
j'aurais l'apéritif
servi dans une alcôve
au fond des catacombes

jour de bonheur que ce jour-là

le ronron des motocyclettes
qui circulent dans l'au-delà
charmera mon jeune squelette."

JC Pirotte (1939-2014)

 

La police se fiche du monde

paru sur causeur.fr

On se souvient de la très pénible histoire de cette élève violée dans les toilettes obscures du Lycée Fénelon-Notre-Dame de La Rochelle. Fait divers sordide qui s’était déroulé dans un établissement pourtant au-dessus de tout soupçon, catholique, privé et tout,  rabaissé soudain au niveau d’un de ces lycées poubelles du 93, plein d’allogènes drogués, surhormonés et agents conscients du Grand Remplacement.
La police avait alors décidé de réaliser des prélèvements ADN sur l’ensemble des personnes présentes sur les lieux au moment des faits. On rappellera que le prélèvement ADN peut être difficilement refusé puisqu’il est en théorie sanctionné par un an d’emprisonnement et quinze mille euros d’amende. La procureure avait d’ailleurs promis l’enfer des convocations et autres interrogatoires serrés au seul élève majeur qui n’avait pas voulu se prêter à cette cérémonie hautement médiatisée par ailleurs, au point que l’honorable Figaro avait même osé poser l’hypothèse « d’une dérive sécuritaire ».
Les résultats de cette grande opération sont  tombés. Les prélèvements buccaux qui ont concerné 31 enseignants, 475 élèves et 21 autres  adultes se sont tous révélés négatifs.  On peut en conclure deux choses : la première, c’est qu’un coupable court toujours puisque toutes les autres pistes ont été négligées. La seconde, si l’on se souvient que 2,1 millions de profils génétiques étaient enregistrés en 2012 dans le fichier idoine, c’est que la police aura au moins pu espérer, l’occasion faisant le larron, augmenter de quelques noms, avec un peu de chance, cette belle base de données.
Si on n’était mauvais coucheur, paranoïaque et complotiste, ce que nous sommes probablement, on pourrait toujours dire que dans cette triste affaire, la police ne se sera pas dérangée pour rien : après tout, ficher des populations à risque comme les  profs et les jeunes, ça peut toujours servir…

Marx, Engels et Berry Gordy








vendredi 23 mai 2014

Tang et Kool

J'aimais mieux avant. Pas parce que j'étais plus jeune, pas parce qu'il y avait des juke-box dans les bars, des filles qui buvaient du Tang et fumaient des Kool. J'aimais mieux avant parce qu'il n'y avait pas de fêtes des voisins.

jeudi 22 mai 2014

Ordures et décombres

Union Européenne: du futur, faisons table rase.

Médecins du monde: la mortalité infantile a augmenté de 43% en Grèce depuis la mise en place des politiques d'austérité. Combien de temps encore les libéraux et leurs chiens de garde médiatico-intellectuels ou néoréacs vont nous braire dans les esgourdes leur "cent myons de myons de morts du communisme" alors que les génocidaires, ici et maintenant, c'est eux et seulement eux.

Un salarié de Toyota-Valenciennes a été licencié parce qu'il était allé aux toilettes pendant les voeux du directeur. Guillaume Pépy et Jacques Rapoport, patrons de la SNCF et de RFF, et chargés du démantèlement libéral d'icelles se plantent grotesquement sur la taille des trains par rapport aux quais. Ca va coûter 400 millions d'euros à la collectivité. Ils ne sont pas, eux, à cette heure, licenciés. Alors qu'ils auraient mieux fait d'aller pisser le jour où ils ont pris cette brillante décision.

Annonce de la délocalisation en Slovaquie de la production des C3, à soixante-douze heures du scrutin: PSA vote FN. C'est d'ailleurs une vieille tradition du capitalisme aux abois que de jouer la carte du fascisme.

La différence fondamentale entre la gauche et la droite, dans les guerres de classe (Commune, Spartakistes, Espagne...), c'est que la gauche est plus souvent à court de munitions que d'arguments.

Henri Guaino a déclaré que l'UMP le faisait penser "au PC des années 50". C'est faux car si c'était le cas, il y a longtemps que j'aurais adhéré.

 

mercredi 21 mai 2014

De la douceur

Diff pour le Front de gauche, hier, au métro Porte des Postes, à Lille. 
Fin d'après-midi, entre pluie de printemps et soleil. Cette espèce de douceur dans les visages, malgré la fatigue ou l'inquiétude. Même chez cette femme aux cernes émouvants qui a repoussé mon tract en disant "Moi, ce sera l'autre Front". 
Nécessité de la politique, plus que jamais. Pour sauver la douceur.

mardi 20 mai 2014

Epinikion pour Rena, 2

Bravo à Syriza, et bravo à la belle Rena Dourou en tête des élections locales dans l'Attique. Oui, les copains, il existe un pays en Europe où ce que les chiens de garde appellent la "gauche radicale", voire "l'extrême gauche" alors qu'il ne s'agit que de la gauche qui veut rompre avec la déraison capitaliste, explose la droite, atomise le parti socialiste et double l'extrême droite. On rappellera que dans l'Antiquité, déjà, la Raison est venue de Grèce. "L'oiseau de Minerve s'envole au crépuscule" disait aussi le vieux Hegel. Oui,  c'est quand tout semble perdu que tout revient.
Rendez-vous le 25 mai, en attendant. Et une redif offerte par les productions FQG, du coup:

vendredi 16 mai 2014

Vers l'Est


Verlaine


 Après trois ans


Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu'éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.

Rien n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin...
Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m'est connue.

Même j'ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue,
- Grêle, parmi l'odeur fade du réséda.

mercredi 14 mai 2014

Ciel des Flandres, 13h

"...par une préméditation ou une spécialité de l’artiste, de présenter une « étude de nuages »..."
Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

mardi 13 mai 2014

Organisation Mondiale de la Sobriété.

Tiendra-t-il dix secondes?
L'alcool tue une personne toutes les dix secondes d'après l'OMS. Je vais donc compter maintenant dix secondes après chaque verre terminé. Et puis, si je suis toujours vivant, je m'en resservirai un autre. Pour fêter ça.
L'OMS, elle a des chiffres sur les conséquences sanitaires du chômage de masse, sinon? Ou du sous-développement? Ou du harcèlement au travail? Ou de la précarité? Ou de la pollution? Ou des logements dégueulasses? Ou de la junk-food? Ou des hôpitaux fermés en Grèce et ailleurs?

Broyer du gris

Avec le temps qu'il fait, on broie pas du noir, on broie du Gris (Juan).

lundi 12 mai 2014

On se répète mais...

....c'est au nom de la beauté de ce monde là qu'il faudra brûler les banques, les agences de notation, les patrons, les salles de marché si nous ne voulons pas la voir disparaître dans l'interminable agonie de l'économie spectaculaire-marchande.

dimanche 11 mai 2014

Pour ses quarante ans



Relecture de La Dentellière de Pascal Lainé, trouvé en édition originale dans la jolie collection Le Chemin, au Clos Saint-Marc, à Rouen. Le fétichiste en nous n'a pas résisté. Pour deux euros, il aurait eu tort. C’était déjà dans Le Chemin qu’on avait lu un peu par hasard un autre roman de Pascal Lainé qui nous avait vivement impressionné, L’Irrévolution. L’Irrévolution racontait la vie d’un jeune prof de philo dans les années qui suivaient 68. Illusions perdues, éducation sentimentale, lucidité sociologique mais élégante, désabusement sans renoncement. Ce roman trainait son spleen sous les préaux d’un lycée technique de  Picardie qui laissait s’échapper le narrateur seulement pour des week-end parisiens où les retrouvailles avec les copains de barricades n’étaient pas encore assez anciennes pour se parer des charmes d’une nostalgie frelatée. C’était encore tout frais, en 1971…
La Dentellière, elle, est un peu plus jeune. Elle a quarante ans.  Ce roman a eu le Goncourt en 1974. La Dentellière prouve deux ou trois choses. Il est possible de faire un très grand roman sur la lutte des classes. Il est possible de faire un très grand roman sur la lutte des classes qui ne sombre pas dans le réalisme socialiste. Il est même possible de faire un très grand roman sur la lutte des classes qui trouve une forme littéraire nouvelle pour rendre, précisément, la forme toute aussi nouvelle que prend la lutte des classes dans la France du milieu des années 70, une forme diffuse, « spectaculaire » comme aurait dit le Vieux de la Montagne.
Comme il arrive souvent, l’innovation formelle dans La Dentellière est en fait une retrouvaille inavouée avec la tradition. Pascal Lainé renoue, par exemple, avec l’art très classique, très français, du portrait pour décrire Pomme : « Ce soir-là Pomme eut le sentiment d’une véritable innovation de son existence ; mais Pomme ne se rendait pas compte à quel point lui était familière, déjà, cette soudaine coloration de son âme et de ses joues. Elle ne se rendait pas compte que cette rencontre n’avait apporté de nouveau qu’un éclairement très vif sur une teinte d’elle qui existait peut-être depuis toujours. »  On n’est, finalement, pas très loin de Madame de La Fayette.
Pomme est une jeune coiffeuse qui ne réussira pas à se faire aimer par Aimery de Béligné, l’étudiant bourgeois qu’elle rencontre à Cabourg.  Il faut lire les pages où Pascal Lainé décrit comment Marylène, la copine plus âgée avec qui Pomme est partie en vacances, comprend qu’elle ne fera jamais partie de ces grandes familles, habituée de la station normande depuis des générations : « Et Marylène n’avait pas la sorte de beauté pour ces situations. Il convenait d’être belle et grande, comme elle, mais moins musquée. Le style de Marylène, c’était Juan-les-Pins ; c’étaient les chemisettes transparentes et le relief du slip sous le pantalon. Pas les jupes plissées, les chaussettes blanches et les chemises Lacoste. Elle était beaucoup mieux à sa place dans un cabriolet, le bras nonchalamment nu sur la portière, que pédalant les cheveux au vent sur une bicyclette un peu grinçante, un gros pull-over jeté sur les épaules. Or c’était ça, l’élégance fraîche et saine de Cabourg. »
Dans l’histoire d’amour, ou de malentendu, entre Pomme et Aimery, le plus aliéné des deux n’est d’ailleurs pas forcément celui qu’on croit. La folie dans laquelle sombre Pomme, à la fin, n’est pas un refuge, plutôt une protestation, muette comme d’habitude chez elle. Avec Pomme, Pascal Lainé a réussi à rendre, ce qui n’est pas évident, la nature du silence constitutif de cette jeune femme et nous invite à ne pas le confondre avec de la bêtise mais plutôt, aurait dit encore le Vieux de la Montagne comme  une conséquence de « la perte générale de tout langage adéquat aux faits ». Le malentendu, c’est qu’ Aimery, lui, sera persuadé de transgresser là où Pomme restera naturelle quand ils s’installeront dans une chambre de bonne au 5 de la rue Sébastien-Bottin [1.L’adresse de Gallimard !] et qu’elle se transformera en bonne petite ménagère. S’il est dépourvu de cynisme, le garçon l’est tout autant de courage. Il ne fera pas sa vie avec Pomme, ce qui la brisera. Dans la dernière partie du roman, Pascal Lainé nous déstabilise un moment en faisant d’Aimery le narrateur. Il visite Pomme à la clinique et conclut avec une certaine lucidité : « Il m’a semblé qu’elle avait deviné mon angoisse, et qu’elle avait pitié de moi. »   A se demander, rétrospectivement, si tout le roman n’était pas raconté par Aimery comme si raconter était un moyen de se mettre en règle avec sa lâcheté.
La dernière preuve, me semble-t-il, qui fait de La Dentellière un grand roman que l’on fera bien de relire, c’est que malgré l’excellente adaptation de Claude Goretta (1976) et l’interprétation remarquable de Pomme par Isabelle Huppert, le beau visage de l’actrice n’est pas venu s’imposer et a laissé notre cinéma personnel redessiner le visage des personnages et les contours de ces années-là.
Après tout, petit garçon, nous avons surement croisé Pomme…

samedi 10 mai 2014

La Belle Matineuse

Je sais que cet aveu va me coûter cher. Mais bon, dans Les Choses de la vie, je n'aurais pas les hésitations de Piccoli: je trouve Léa Massari infiniment plus bandante que la fade Romy Schneider. Et ce n'est même pas du snobisme, c'est juste hormonal.  Parce que Léa Massari, vous voyez, au matin, en peignoir, décoiffée, une boyard au bec avec son café, ça pourrait être l'image de la déglingue et non, c'est juste puissamment érogène. Une variante seventies de La belle matineuse de Voiture, si vous voulez, avec ces traits d’or et d’azur qu’en naissant elle étale.

vendredi 9 mai 2014

Le plus beau poème de la journée....

est dans le titre de cette dépêche d'aujourd'hui:  

Trois adolescents s'évadent d'une prison pour mineurs de Marseille.


Ce qui m'enchante, c'est le parfum d'amitié, de rébellion et de mauvais esprit, c’est-à-dire précisément de poésie, qui émane de cette phrase. C'est aussi, dans sa remarquable concision, ce qu'elle dit de notre temps qui a des "prisons pour mineurs." On oublie, à force de propagande poujadosécuritaire,  la saloperie tranquille que représente cette simple idée de geôle pour les mômes. Marseille, pour finir, ajoute cette touche d'éternité que fait toujours la mer mêlée au soleil, comme on le sait depuis Rimbaud.
Pour le reste, l'idée de la poussée urticante que provoque une telle phrase chez l'habituel quarteron de commentateurs néoréacs pour lesquels il s'agira là de chiens enragés probablement bougnoules sur lesquels la police devrait avoir le droit de tirer à vue si elle n'était pas empêchée par des juges rouges et des ministres nègres, cette idée, donc, parachève notre bonheur.

 

jeudi 8 mai 2014

Comme un communiste, un 8 mai.

Hommage conjoint des vétérans du Parti et des JC, ce matin, à nos camarades résistants tombés à Lille pendant l'Occup. C'était au carré des fusillés du cimetière de Lille Sud, puis devant une plaque de la rue des Postes.
Quand nous sommes passés chercher Guy, 90 ans, nous attendant en cravate, avec l'Huma et une tasse de café sur la table basse, j'ai su à nouveau pourquoi je ne répondais plus aux guignols sinistres qui me demandent périodiquement comment on peut être communiste en 2014.
En revanche, je confirme, comme dit Guy, que "si les copains se réveillaient aujourd'hui, ils verraient qu'il y a encore du boulot."  
Une dernière chose, il n'y a évidemment pas de "devoir de mémoire", expression que j'ai toujours trouvée un rien suspecte par son côté coercitif. Non, il est juste question, ici, d'une fraternité dans le Temps, d'une nécessité à la fois intime et historique.







mercredi 7 mai 2014

Il faut bombarder Moscou.

Bobards et bouteillons: les reportages du Monde et de Libé notamment (Le Figaro est un peu plus objetif) sur l'Ukraine me rappellent, à la virgule près, ceux sur la guerre en ex-Yougoslavie dans les années 90. Des bons, des méchants et une étrange propension à mettre dans le camp du bien en se bouchant le nez les anciens et nouveaux nazis contre ceux qui y résistèrent. Un exemple de traitement sélectif? Le remarquable silence sur le massacre des "pro-russes" dans la maison des syndicats d'Odessa ou la façon de présenter la répression militaire de Kiev contre sa propre population comme la résistance désespérée d'un état démocratique pour empêcher des factieux de prendre le pouvoir. Imaginons l'inverse. Ce sont des "pro-européens" qui ont brûlé vifs à Odessa et ce sont des troupes pro-russes qui reprennent à l'arme lourde des villes "pro-européennes". Là, ce serait grande semaine de l'indignation avec trémolos malruciens à chaque coin de page et appel à des brigades internationales.
Petite différence par rapport à l'ex-Yougoslavie tout de même, les éditorialistes va-t-en guerre et les intellectuels médiatiques en treillis mental néocon sont un peu plus prudents dans leurs propos. On sent la rage impuissante, le bellicisme refoulé. Il est vrai qu'appeler à bombarder les serbes de Bosnie ou de Belgrade, c'était tout de même un peu moins risqué que d'appeler à bombarder Moscou. On se contentera donc d'invoquer des "sanctions économiques" du côté des chiens de garde. 
Ce qui est tout de même ironique, dans toute cette horreur, c'est que pour l'instant, s'il y a des sanctions économiques, c'est plutôt celles que les gouvernements austéritaires de l'Union européenne appliquent contre leurs propres peuples et que tout cela va se payer très cher, et très vite, le 25 mai. Le même jour que l'élection présidentielle en Ukraine car on sait que l'Histoire a toujours un sens de l'humour assez spécial.
 

mardi 6 mai 2014

Guingouin vs Bartleby

Il se réveilla, se rappela en s'étirant qu'il était dans un monde de droite et décida de se rendormir.  #syndromebartleby



 Il se réveilla, se rappela en s'étirant qu'il était dans un monde de droite et décida de prendre son flingue et de gagner le plateau des Millevaches. #syndromeguingouin

dimanche 4 mai 2014

Nos vies pressées




Un dimanche soir bleu, en mai.
Le calme de cette heure-là, le chat, la presse éparpillée, un vieil exemplaire en blanche de Monsieur Paul de Calet, un verre d'Amphibolite pour refaire la bouche et chasser l'attendrissement mélancolique à l'idée que nos vies pressées auraient pu, auraient dû et devraient à l'avenir ressembler à ça, tout le temps.

Pourquoi j'aime Serge Quadruppani.

Parce qu'il est un excellent écrivain? Oui, bien sûr.
Parce qu'il est un ami attentif? Evidemment.
Parce qu'il me "déstalinise" et qu'il va me faire finir un de ces jours dans une communauté affinitaire pendant que s'écroulera le monde spectaculaire marchand? Sans doute. (J'attends avec impatience à ce propos la sortie cette semaine de Constellations par le collectif Mauvaise Troupe aux éditions de l'éclat).
Mais je l'aime surtout parce que pour lui, un des aspects du paradis, de l'utopie concrète, c'est ça.

Antidote

"J'ai avalé une fameuse gorgée de poison. - Trois fois béni soit le conseil qui m'est arrivé ! - Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j'étouffe, je ne puis crier. C'est l'enfer, l'éternelle peine ! Voyez comme le feu se relève! Je brûle comme il faut. Va, démon !"

Lire Rimbaud, toujours. Comme on lit les génies, les voyants. Parce que leur expérience du monde est à la fois unique et universelle. Unique parce qu'ils savent dire ce qui est indicible mais universelle parce qu'ils nous apprennent, en même temps, que nous ne sommes pas seuls en enfer.
De là, plus généralement, la puissance consolante des génies.  En vieillissant, je me demande même si ce n'est pas ce qui les caractérise, les génies,  cette capacité à consoler, tout simplement parce qu'il savent nommer ce qui nous tue ou essaie de nous tuer. 

Et du coup, cela facilite la recherche d'un antidote à la "fameuse gorgée de poisson". Par exemple ça, parce qu'il arrive parfois que la Grâce descende sur Terre et que la seule malédiction soit de ne pas la voir.


samedi 3 mai 2014

Don't play that song




On ne connaissait pas cette version reggae de notre chanson culte, ici à FQG. Elle est pourtant belle comme une fille qui danse seins nus pendant un meeting de Jean Royer ou comme la balle dans la nuque d'un patron du CAC 40.

vendredi 2 mai 2014

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 7

«Rien ne distingue les souvenirs des autres moments. Ce n’est que plus tard qu’ils se font reconnaître à leurs cicatrices.» 
Chris Marker, La jetée

Un peu de douceur dans un monde de brutes


Toi aussi, adopte un des 41 députés socialistes de gauche. Et surtout, câline-le pour qu'il se sente moins seul dans son parti de droite. Ils sont faits comme nous. Si, si.

Bref reportage sur le salon d'expression populaire et de critique sociale à Arras

Déjeuner avec Aurélien Bernier auteur de La gauche radicale et ses tabous (Le Seuil) sur l'avenir du Front de Gauche

Benoît Minville, l'excellent auteur de "Je suis sa fille" (Sarbacane) explique qu'il ne faut pas avoir peur de la littérature ado
Stéfanie Delestré, éditrice à succès (Albin) a livré quelques recettes.
Dominique Forma (Hollywood zéro chez Rivages) cherche la buvette.
Michaël Mention ( Adieu demain chez Rivages) se plaint bien injustement du buffet de la Confédération Paysanne.
J'accompagne Marion Brunet (Frangine chez Sarbacane) à sa table de signatures.
Et l'ombre de Jean-Bernard Pouy, parrain du salon, plane toujours.