dimanche 21 décembre 2014

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 25

"-Figurez-vous qu'il y a en moi une espèce de commis voyageur inassouvi. J'aime ouvrir le guide Michelin et me dire: aujourd'hui, je pourrais être à Montbrison,  8521 habitants.
  -Qu'est-ce que vous vendriez?
  -Absolument rien. Dans mon rêve je suis un commis voyageur du néant. Je ne m'occupe que du gîte et du couvert. Je descends à l'hôtel du Lion d'Or, 20 chambres, chauffage central, baignoire. Après dîner je marche un peu sur le boulevard Duguet, je prends un dernier verre près de la gare avant de rentrer me coucher. Et puis un jour, je me retirerais des affaires. A Pont-à-Mousson ou à Saint-Junien, peut-être à Maubourguet,  je prendrais une chambre dans un hôtel près de la gare et je me ferais retraité, c'est à dire que je deviendrais l'hôte permanent d'un endroit où les gens ne font que passer."

Jean Freustié, La Passerelle (Grasset, 1963)


On rappellera que Freustié, c'est très bien en général, que 2014 était son centenaire, que ça ne coûte rien chez nos amis les bouquinistes parce qu'il avait surement de gros tirages à l'époque et que cet extrait correspond à un fantasme de plus en plus clairement ancré chez votre serviteur.

2 commentaires:

  1. Fantasme très modianesque...
    On trouve le même, également, dans le court récit, plein de hai-kus, d'Hubert Haddad, "Le peintre d'éventail"...(Zulma 2013)

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  2. Bon sang, voilà une éternité que je n'ai plus vu un Hôtel du Lion d'Or dans les endroits où je passe ! Ils ont tous été rachetés par Veolia ? Amitiés.

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ouverture du feu en position défavorable