dimanche 28 décembre 2014

De la poésie en général et de Bezons en particulier


Je préfère les poètes qui ont des problèmes avec les idées générales, au moins au moment où ils écrivent leurs poèmes.

La poésie qui parle de la poésie n’est plus de la poésie.

La poème qui ne peut plus se passer d’un discours sur lui pour être compris est aussi ennuyeux qu’une performance d’art contemporain. D’ailleurs, un poème n’a pas à être compris. Ou plutôt compris plus tard.  Sur le coup, il vaut mieux qu’il vise à produire le même effet qu’un verre d’Amphibolite à dix heures du matin, qu’un choc nicotinique quand on allume une cigarette après deux mois d’abstinence ou que ce premier baiser de CL en mai 83 dans un bar de la Croix de Pierre qui te semble aujourd’hui encore ta plus belle victoire.

Je n’ai jamais lu un recueil de poèmes dans l’ordre. Je me méfie de ce qu’on appelle « l’unité » d’un recueil. Une unité qui existerait à priori. Ce qui compte, c’est écrire un poème, pas trop mauvais. Et puis une fois qu’on a réussi la même chose  cinquante ou soixante fois, essayer de mettre tout ça un peu en ordre. Mais « l’unité », arrêtons de frimer avec ça.

La poésie est partout : une des idées reçues les plus nian-nian  de cette époque. Non la poésie n’est nulle part, justement. C’est bien le problème.

D’ailleurs, ce n’est pas un objet qu’on trouve, la poésie, une pierre précieuse ou un bibelot. Ca naît d’un regard sur de jolis seins après une nuit d’insomnie, d’une gueule de bois heureuse à l’aube quand on revient chez soi et que les oiseaux chantent déjà dans les arbres, de la fatigue légèrement désorientée de l’écrivain itinérant qui arrive vers sept heures du soir à  Eymoutiers ou à Bezons.

La poésie, c’est un moment, en fait.


Et maintenant, je vous laisse, je vais à la mer.

8 commentaires:

  1. Comme le disent si bien ces poètes que sont les physiciens, c'est le moment d'une force.
    Un levier, quoi.

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  2. Eymoutiers, c'est très beau...mais qu'est ce que vous fichez à Bezons ??

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  3. La mer est démontée, Jérôme! La poésie n'est nulle part et surtout pas à Bezons. Un moment, oui, où l'on ressent comme vous "la passione disperata dell'essere nel mondo".

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    1. Mais si, le terminus du tramway, Pont de Bezons, sous la pluie alors que le jour tombe...

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  4. Azouz a mis la clé sous la porte, le Retour du 112 a fermé, personne n'en revenait plus… mais il en reste quelques uns, où nous croisons encore les gamins mal-peignés, amoureux et insouciants que nous nous efforçons de rester…

    A la tienne Leroy, aux poètes et aux cafés de la Croix-de-Pierre,

    Fonzi

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    1. Fonzi, à la tienne aussi, nous ne boirons plus jamais si jeunes au château d'Ô ou à la Consolation...

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ouverture du feu en position défavorable