samedi 22 novembre 2014

Robespierre contre Super Mario

Alors, si on a bien compris, le personnage de Robespierre et, au passage les soldats de l'An II, sont attaqués dans un jeu vidéo du nom d'Assassin's Creeds. On est assez nul en jeu vidéo, et même complètement étranger à cet univers. On vient d'ailleurs de lire dans le Monde que le joueur de jeux vidéo avait en moyenne 31 ans, était un homme et était inactif. On ne sait pas pourquoi mais ce genre de portrait robot ne nous donne pas très envie de nous intéresser davantage à cet univers-là. Ca sent tout de même un peu le célibataire malpropre un poil autiste, un genre de personnage de Simenon des années 2.0. qui est à deux doigts de sombrer dans le meurtre en série ou d'aller s'engager dans le Jihad pour voir comment ça fait d'égorger IRL (in real life), comme ils disent.
Il n'empêche, on a cru comprendre aussi que c'était, du fait de l'abondance de pratiquants, un enjeu aussi commercial qu'idéologique. On peut non seulement par ce biais se faire du pognon mais aussi, de manière très gramsciste, créer des représentations dominantes. Dans ce cas précis, faire passer Robespierre pour un monstre. Finalement, ça ira plus vite que du Furet, historien et tennisman stipendié par les universités US aux fonds abondés par les think tanks néolibéraux et anticommunistes, qui a beaucoup fait pour détruire jusqu'au désir de changer la moindre des choses dans notre monde car cela conduirait forcément à la Terreur, au Goulag, aux Camps de la mort. C'est pas compliqué, tu demandes une augmentation du SMIC et la sauvegarde des services publics, et t'es déjà un khmer rouge...
Robespierre en prend donc plein la tête, ces derniers temps. L'année dernière, c'était un masque de l'Incorruptible reconstitué par un soi-disant spécialiste de la chose et un médecin légiste de chez Pinder. Comme par hasard, Robespierre y apparaissait monstrueux et grêlé, car c'est bien connu, quand on est méchant, on a une sale gueule, selon la philosophie politique décidément très élaborée de ces gens-là.
Il faut donc croire, comme le dit Méluche, qui est monté au créneau dans les deux cas, - le masque bidon et le jeu vidéo- que Robespierre gêne encore assez pour être victime de telles manips aussi sordides que ridicules. La réécriture de l'histoire, sans précédent, par le néocapitalisme aidé par les idiots utiles que sont les cathos ultras, voudrait nous faire croire, depuis Furet justement, que le bilan de 89 est "globalement négatif", notamment à cause de la Terreur ou des guerres de Vendée. Mais cela a surtout pour but de faire fermer leur gueule à tous ceux qui désirent changer le monde.
Alors rappelons, simplement, que sur Robespierre, on n'est pas obligé de croire les libéraux et les réacs, que la Terreur à Paris a fait moins de morts que la Semaine Sanglante lors de la Commune et que Robespierre est une des plus belles voix humaines au service de l'émancipation. Mais sans doute, à l'époque où un Gattaz voudrait que la France sorte de l'Organisation internationale du Travail, l'organisme onusien sur les questions sociales, car il trouve encore trop contraignantes leurs recommandations pourtant minimales, est-il difficile d'accepter la parole de celui qui osait dire: "Le peuple ne demande que le nécessaire, il ne veut que justice et tranquillité ; les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer. Les abus sont l’ouvrage et le domaine des riches, ils sont les fléaux du peuple : l’intérêt du peuple est l’intérêt général, celui des riches l’intérêt particulier ”
Et puis, il n'y a pas que Furet dans la vie. Allez voir du côté de Badiou ou de Zizek qui essaient de penser Robespierre et la Terreur comme un moment dans une histoire beaucoup plus complexe et claire à la fois puisque c'est celle de l'émancipation humaine et écoutons justement, en guise de conclusion, ce que dit Zizek, tout de même plus crédible que SuperMario sur cette question:  “Ma thèse est de dire : il y a des situations où la démocratie ne fonctionne pas, où elle perd sa substance, où il faut réinventer des modalités de mobilisation populaire. La Terreur ne se résume pas à Robespierre. Il y avait alors une agitation populaire, incarnée par des figures encore plus radicales, comme Babœuf ou Hébert. Il faut rappeler qu’on a coupé plus de têtes après la mort de Robespierre qu’avant – mais lui avait coupé des têtes de riches… En fait, il est resté très légaliste. La preuve, il a été arrêté.”