vendredi 10 octobre 2014

Quartier perdu

La belle vie. Temps suspendu, très loin en octobre. C'est dans le quartier de Fives, à Lille, ancien bastion ouvrier qui n'a pas encore été gentryfié, ni même boboïsé. Pas loin de la place Degeyter, le compositeur de l'Internationale, qui fut ouvrier dans le coin. On est toujours en 1950. On a mangé à l'Epi d'orge des potj et des bavettes de 500 grammes par tête de pipe avec des montagnes de frites. On a bu des Carmélites Triple. Ca braille joyeusement. 
Dehors, le vieux prolo mélancolique fume sa cigarette en regardant le ciel: "Vous êtes toudis communistes? C'est bien, cha. Ichi, ch'est la misère, y a même pus de bistrots. Mais plus loin, -tu ravises la rue du Long-Pot?, y a un Kabyle qui tient un couscous et qu'est poète. Tu verros comment ché biau ch'qui dit."
Le calme est revenu dans l'Epi d'orge. Il est trois heures. 
On est au bon endroit, au bon moment. Le ciel est flamand. On apprend par le SMS d'un pote que Modiano a le Nobel. Et tout nous semble encore plus cohérent, soudain, dans ce quartier perdu et retrouvé.