mercredi 15 octobre 2014

Manquer dans l'image




Automne
Ca rime depuis toujours avec atone ou monotone
Il y a des pluies des paysans cagneux
Depuis toujours aussi
Des vents mauvais
Des feuilles tombées avec Verlaine Toulet
Ou même Guillaume
Mais l'automne pour moi ce matin
En cet instant précis
C’est un paysage où je ne suis pas
Un lieu qui existe à deux heures d’avion
Ou trois disons
C’est une table sous un citronnier
Sur une île
Dans une petite vallée
La chaise m’attend le chat aussi
Et le bleu surtout le bleu
Qui aurait à peine pâli
Mais à peine à peine
On irait à la plage tout à l’heure
On lirait
Un livre oublié dans la maison
Lors du dernier été
Le tome I du Vicomte de Bragelonne
Dans l’édition de poche des années soixante
Mais je ne l’ai pas oublié bien sûr
Je l’ai laissé pour revenir
Pour que Bragelonne
Ne rime jamais avec automne
On verrait encore des baigneuses
Des baigneuses de midi
Qui rentreraient à peine un peu plus tôt
Mais à peine  à peine
Le livre de poche pourrait être ouvert à la page cent vingt
Sur le transat
Avec du sable entre les pages
La serviette pourrait être tenue par mes mains
Pour essuyer les épaules toujours bronzées
De la baigneuse de midi
On pourrait encore dans la taverne de la plage
Déjeuner de poisson grillé de tomates et de vin blanc
Mais moi
En cet instant précis
Atone et monotone
Je manque dans l’image
Comme si j’étais mort.


© jérôme leroy 10/14