mercredi 22 octobre 2014

Christophe de Margerie: un linceul n'a pas de poches.


La mort de Christophe de Margerie dans un crash aérien sur un aéroport moscovite suscite une grande émotion chez les maîtres du moment et leurs valets. Christophe de Margerie était en effet un des puissants de ce monde. Pour l'exercice 2013, le PDG de Total avait touché un salaire fixe de 1,5 million d’euros, un variable de 1,9 million d’euros et 1,7 million d’euros en stock-options et actions. Soit une rémunération globale de 5,3 millions d’euros.
C'est le Bossuet du Panégyrique de saint Bernard de Clairvaux que l’on entendra aujourd'hui pour notre part : «Cette heure fatale viendra, qui tranchera toutes les espérances trompeuses par une irrévocable sentence ; la vie nous manquera, comme un faux ami, au milieu de nos entreprises. Là tous nos beaux desseins tomberont par terre ; là s’évanouiront toutes nos pensées.  Les riches de la terre, qui, durant cette vie, jouissent de la tromperie d'un songe agréable, et s'imaginent avoir de grands biens, s'éveillant tout a coup dans ce grand jour de l'éternité, seront tout étonnés de se trouver les mains vides…»


22 commentaires:

  1. Attention, Jérôme, à ne pas vous effilocher...

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    1. Etrange époque, en effet. Non seulement le riche est riche mais ses larbins voudraient en plus que tout le monde applaudisse.

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  2. Merci Jérôme, l'ascèse cistercienne sera toujours plus recommandable que la rhétorique libérale-libertaire de "Dany-Le-Rouge" ; on ne rit pas :

    http://www.europe1.fr/mediacenter/emissions/daniel-cohn-bendit/videos/tweet-de-gerard-filoche-inutile-bete-et-mechant-2266955

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    1. A peu près n'importe quoi est préférable à DCB.

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  3. Il ne doit pas être l'auteur fétiche de la bibliothèque du P.S. qui, quant à lui, devient bossu à force de courbettes devant Gattaz en se signant au nom du Patronat, de l'Entreprise et du Saint Esprit

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    1. Non, effectivement. C'est étonnant, Margerie sera probablement enterré dans une grande église parisienne avec un prélat mondain qui n'osera pas dire un dixième de ce que disait Bénigne aux grands de son temps quad il proonçait leur oraison funèbre. De là à dire qu'un riche est plus tranquille sous les socialistes de ce temps que sous Louis XIV...

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  4. Oui enfin, c'est bien joli de passer votre temps à nous faire miroiter des patrons pendus par leurs tripes fumantes ou le siège du CNPF passé au lance-flammes par la juste furie prolétarienne, on a même la marque des pétoires, mais quand il faut passer à l'acte on ne trouve qu'un chasse-neigiste bourré dans un aéroport russe sans neige.
    On est peu de choses n'est-ce pas. Voilà qui doit faire sourire Bossuet.

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    1. Je pense qu'il y a méprise. Personne ne passe son temps à ce que vous dites. Vous devez mal nous lire comme vous lisez mal ce passage de Bossuet. Il insiste sur la vanité d'une existence consacrée à s'enrichir. Rien de plus. Pour le reste, j'espère que le Dieu ce Bossuet n'existe pas car sa justice serait infiniment plus effrayante que votre fantasmée "furie prolétarienne", ne serait-ce que parce que l'Evangile voit d'un assez mauvais oeil, en général, le travail forcé dans les dictatures militaires.

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    2. Je ne crois pas plus en dieu qu'en la furie prolétarienne et je ne fantasme jamais sur ce qui n'existe pas. J'ai passé l'âge des croquemitaines et des contes pour enfants.
      Sinon, vous n'y passez pas votre temps, mais le zigouillage du patron occupe quand même une place certaine dans vos fantasmes à vous.
      En général quand il y a mort d'homme, on observe une petite trêve. Il est vrai que c'est d'un bourgeois achevé.

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  5. C'est marrant, je n'ai vu aucune réaction de nos chers gouvernants à la mort de René Burri qui pourtant a plus fait pour l'humanité que machin de bidule.
    Et nulle part non plus les noms des trois salariés mort dans l'accident. Doivent pas être capitaines eux.

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  6. Nadia, ne faites pas dire aux uns et aux autres ce qu'ils n'ont pas dit ou fantasmé : il n'a jamais été question de se réjouir de la mort d'un homme ou de "zigouillage du patron", mais seulement d'un constat : la médiatisation outancièrement laudative du défunt a ici quelque chose d'obscène ; vous avez raison, dans un certain sens : le capital, ce n'est pas les patrons, le capital, c'est d'abord un rapport social, mais surtout aujourd'hui un rapport social médiatisé par des images, comme l'écrivait Debord. Il est piquant de constater que, pour quelqu'un qui se targue de ne croire ni aux "contes pour enfants" ni au "croquemitaine", vous n'ayez pas saisi la teneur de ce qui s'est dit sur ce forum...

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    1. Si, si j'ai bien saisi, ça tourne toujours plus ou moins autour d'un riche, d'un chameau, du trou d'une aiguille et du royaume de dieu. Dans cet ordre là je crois. Avec l'obligatoire référence à Debord et souvent une louchette de "furie prolétarienne" pour faire genre. En même temps, c'est simple et rassurant, on n'est jamais surpris.

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    2. Il ne s'agit pas de faire genre, il s'agit de faire saisir aux larbins leur larbinat et à leurs maîtres la fragilité de leur destinée. Nous prendrons en considération votre discret mais visible mépris de classe le jour où, comme le remarque excellemmet un commetateur vous citerez le nom des trois membres de l'équipage et vous vous étonnerez de l'absence de condoléaces médiatiques, politiques et officielles pour leurs familles. Christophe de Margerie n'est pas d'ue essece supérieure parce qu'il est un grand capitaie d'idustrie. Il aurait eu au contraire plus de devoirs car "noblesse oblige". Plus de devoirs, au hasard et dans le désordre pour, comme le remarque excellemment mon ami Serge Quadruppani sur sur son blog :

      Les Karens massacrés et les ouvriers contraints au travail forcé (avec le soutien du bon docteur Kouchner) pour assurer le passage du gazoduc Total

      Les habitants du delta du Niger empoisonné par les puits de pétrole de Total-Nigeria

      Les voisins et les ouvriers de l'usine AZF (filiale de Total)

      Les poissons, les oiseaux et les habitants de la Bretagne aux côtes mazoutées par Erika (affrêté par Total)

      nous en passeons, et des pires.

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    3. Ils étaient trois Français, deux pilotes et une hôtesse, qui faisaient leur métier. Bien sûr qu'on pense aussi à eux, au moment de mourir, nous sommes tous égaux. Qui vous dit que leurs familles ont envie de voir leurs noms publiés et demandent des condoléances médiatiques, politiques et officielles ? Etrange conception. C'est à leur aune qu'on mesure le respect ou la compassion ?
      Le "mépris de classe", c'est l'argument ultime jeté à ceux qui ne partagent pas vos idées. Facile. ça ressemble à "ennemi de classe".
      Sinon, je pense qu'il y a méprise, je ne suis pas l'avocate de Total ou de feu son président. Je n'aime pas qu'on se précipite pour danser sur les tombes, même celles d'un affreux riche dont le suaire n'a pas de poche. Au passage, pour "consacrer sa vie à s'enrichir", il y a plus simple que la direction de Total, surtout quand on est né dans une bouteille de Taittinger.

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    4. Personne (ni Quadruppani ni Leroy) n'ira cracher sur les tombes de Margerie et personne n'a envie de voir publier les noms des membres de l'équipage, mort en service.
      L'indécence est dans la célébration/déification quasi Nord Coréenne de Margerie.

      Margerie ? Condoléances à la famille ! Point barre. Curieux qu'au lieu d'un laconique "condoléances" le gouvernement socialiste (so-called) intime l'ordre à ses troupes de la fermer sur le sujet tandis que DSK, Thévenoud et d'autres racailles se font trouver des emplois au lieu de nettoyer les couloirs de Fresnes ...

      Encore une fois, pour moi, l'amateurs de croque-mitaines catho, condoléances à la famille, détestation de la mort !

      Prières pour les âmes de Margerie, comme pour celles des karens (effectivement) et autres Jarai qui s'en sont pris plein la tronche par les émules mercantiles de l'oncle Ho ...

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    5. On se veut
      On s'enlace
      On s'en lasse
      On s'en veut

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  7. La révérence servile autour de cette mort me sidère

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  8. Monsieur Leroy,

    Je sais que vous n'aimez pas le nouveau roman, mais permettez-moi la réflexion suivante : Claude Ollier, écrivain français, vient de mourir dans un silence médiatique assourdissant, lors même que le premier pouvoir journalistique post alphabétisé célébrait avec emphase la disparition d'un "capitaine d'industrie", héraut du capitalisme mondialisé. Tout est dit, n'est-ce pas ?

    Amicalement.

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    1. Tout est dit, vous avez raison, nouveau roman ou pas. Un écrivain, un SDF ou un mort au travail, par ces temps d'ahurissante servilité à l'argent, ne pèsent pas lourd.

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  9. Il semblerait que Vladimir Martynenko soit un peu moins révérend que (beaucoup) d'autres... il faut dire que sa détention préventive jusqu'au 21 décembre prochain l'incline peu à participer sereinement du chœur des pleureurs et pleureuses ni même à se porter volontaire pour tenir les cordons du poêle.
    Il semblerait aussi que lorsqu'il aura purgé sa peine (qui ne fait aucun doute, c'est quand même pas un prolo de base qui va faire la loi chez les avocats de l'Entreprise), il s'engagerait à prendre des leçons de pilotage et abandonner définitivement la conduite d'engins de déneigement... histoire de prendre de la Hauteur !

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  10. Nadia, on dirait que vous faites exprès de n'y rien comprendre. Personne n'a parlé "d'ennemi de classe", laissez ce vocabulaire léniniste aux léninistes. En revanche, il a été question de Guy Debord, que vous ne semblez pas avoir lu, de rapports de production et de conscience médiatisée par le rapport social ; tout cela fait qu'il y a bien sûr des intérêts de classe, mais vous semblez - douce comme un agneau pascal sur ce point -, croire encore à la conscience pure, éthérée, de l'humanisme bon teint qui transpire de votre prose...

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  11. Cher Jérôme et cher "anonyme" du 23 octobre dernier,

    Puisqu'il est question de Claude Ollier, rendons-lui un hommage avec les premières lignes du très ballardien "La Vie sur Epsilon" (1972) :

    « Au commencement, il n'attache pas une importance essentielle à ces métamorphoses : c'est une propriété de cette terre, se dit-il, de ce sable, de cette terre de neige et de sable, une qualité climatique, saisonnière peut-être, un état fluctueux, des rapports entre lumière et ombre. Si déconcertantes soient-elles, ces mutations imprévisibles ne le prennent pas au dépourvu : de phénomènes analogues, il fut longuement instruit durant les années d'apprentissage, et d'autres plus singuliers, plus redoutables aussi, observés sur d'autres terres, lors des premières expéditions. Non, ces altérations discrètes, limitées, le séduiraient plutôt, l'attireraient même, n'était, par intervalle, cette crispation nerveuse, intime, aussitôt réprimée ; elles l'enchanteraient, n'était, sans prémonition, ce signal furtif, ce pincement vague, irrésolu, qui l'alerte de nouveau comme il gravit la dune et que les lames grises, embuées, se décalent, permutent, que l'idée se glisse entre les lambeaux d'ombre derrière le front des lames et que là-bas, autour de la station, la lumière violacée se ternit, et les reflets sur les flancs de la nef ; le point de tension se résorbait déjà, l'idée s'était enfuie comme elle allait se dire, les lames glissaient, s'entrecroisaient et permutaient, le plan d'obscurité se déplaçait ; il continua de marcher comme si rien autour de lui ne se transformait ; c'était au commencement, il n'attachait pas une importance essentielle à ces métamorphoses : c'est une propriété de cette terre, se disait-il, de ce sable, de cette terre de neige et de sable, une qualité climatique, saisonnière peut-être, un état fluctueux des rapports entre lumière et ombre ; le phénomène le séduisait, l'attirait même : il continua de gravir la dune, progressant lentement dans le sable profond, il s'avança vers la cloison mouvante, marcha du même pas vers les lames dansantes, effilées, franchit la paroi d'ombre, et il tomba. »

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ouverture du feu en position défavorable