lundi 21 juillet 2014

De Gaulle, reviens, nous sommes devenus fous.

Cinq regrets pour un été de poudre


1. Je regrette l’époque où la France avait encore une diplomatie qui lui aurait permis de faire s’asseoir Israël, le Hamas, l’Autorité Palestinienne, les USA et un ou deux pays arabes autour d’une même table dans une de nos grandes demeures de la République, légèrement excentrée, qui sont souvent des châteaux, histoire de donner sa chance à un processus de paix. À Rambouillet, à Champs-sur-Marne ou à Marly-le-Roy. Les accords de Marly-le-Roy, ça aurait quand même eu quelque chose d’un peu mois mortifère que cet été de tous les dangers. Mais la France, depuis son alignement méthodique sur l’Europe, elle-même alignée sur les USA, depuis Sarkozy l’Américain et Hollande l’homme qui voulait aller bombarder Damas tout seul,  n’a plus de « politique arabe » comme on disait, avant… Aucune voix originale, c’est à dire héritée du gaullisme, à faire entendre en ces jours qui sentent la poudre et le sang. Mais ça va faire plus de dix ans, ça, de toute façon. Au moins depuis le discours de Villepin à l’ONU
2. Je regrette que l’on ne pense pas plus, au hasard et dans le désordre, aux communistes israéliens, aux gays ou aux ivrognes gazaouis, aux féministes palestiniennes, aux manifestants pacifistes de Tel-Aviv, bref aux derniers civils, à ceux qui- consciemment ou non – refusent d’enfiler un treillis mental. Il faudrait leur dire qu’on les aime, ces bisounours admirables.
3. Je regrette l’époque où un président, un Premier ministre  et un ministre de l’Intérieur n’interdisaient pas des manifestations dans un mélange de lâcheté et de cynisme, de machiavélisme à la petite semaine et de trouille devant un communautarisme qui n’a rien d’irréversible pour peu qu’on donne à tous l’impression de vivre dans le même pays, aussi bien sur le plan des valeurs que sur le plan économique. Faire passer une manifestation « propalestinienne » par Barbès et Château-Rouge… Autant que les CRS fournissent directement les cocktails Molotov aux manifestants.
4. Je regrette que la gauche de la gauche, comme on dit, ayant fait du Palestinien la figure ultime du damné de la terre alors qu’il y en a d’autres, accepte de manifester en compagnie de femmes voilées, voire de barbus abrutis qui comparent nazis et israéliens. La religion, opium du peuple, soupir de la créature accablée par le malheur, ça ne vous dit rien les gars ? Il n’est tout de même pas si compliqué de manifester pour "la paix maintenant", de critiquer la violence de la riposte de  Tsahal sans pour autant frayer avec la lie antisémite qui commence à prospérer dans les banlieues où quelques salopards religieux aident toute une jeunesse à se tromper de colère.
5.  Je regrette qu’un Premier ministre comme Valls, alors que la France aurait plus que jamais besoin de se voir un peu plus belle qu’elle n’est, pour tenir le choc contre cette importation sauvage du conflit israélo-palestinien, en rajoute dans l’automutilation repentante lors du discours sur le 72ème anniversaire de la Rafle du Vel d’Hiv avec un retentissant : « Oui, la France était à Vichy ».  Eh bien non, la France n’était pas à Vichy, monsieur Valls, la France n’est pas comptables des crapuleries d’une collaboration avec le nazisme dans sa grande lutte contre le « complot judéobolchévique » Oh, et puis quelqu’un expliquerait ça beaucoup mieux que moi à Valls, quelqu’un qui a écrit : « Le 17 juin 1940 disparaissait à Bordeaux le dernier gouvernement régulier de la France. L’équipe mixte du défaitisme et de la trahison s’emparait du pouvoir dans un pronunciamento de panique. Une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes et de mauvais généraux se ruait à l’usurpation en même temps qu’à la servitude. Un vieillard de 84 ans, triste enveloppe d’une gloire passée, était hissé sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait.” C’est  de Charles de Gaulle. C’est le discours prononcé pour le premier anniversaire de la France Libre, le 18 Juin 1941. Il manque, là, De Gaulle. Vraiment.
paru sur Causeur.fr

10 commentaires:

  1. Après Brejnev, De Gaulle maintenant ! Vous êtes sûr d'avoir bien supporté la vague de chaleur ou c'est seulement du sentimentalisme rétro-stupide dû aux atteintes de l'âge ?

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  2. C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes. J'ai l'intention de compléter la trilogie par Fidel Castro. Non ce n'est pas du sentimentalisme retrostupide, je suis juste un gay gérontophile.

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    1. Chouette texte, en tout cas, Leroy. Le Général serait fier de toi. Non-alignement, tout ça... :)

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  3. Tout est dit et bien dit, je ne suis pas d'accord sur tout mais l'essentiel, le coeur, y est

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  4. Bravo ! J'adhère (presque) complètement, en particulier sur le dernier : la France était à Londres, et quelques Français égarés à Vichy.

    Matho

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  5. De Gaulle, quel style, quel souffle, quelle hauteur de vue ! Un écrivain du XIXe égaré dans les tribulations du XXe. C'est grâce à lui que la France a conservé son rang dans le concert des nations, grâce à lui qui croyait fermement incarner la France. Il me semble aussi que nombre des maux de notre pays viennent de cette dernière guerre dont nous sommes sortis dans le mensonge d'une France résistante et libérée par elle même : il y a une honte tue qui n'était vivable qu'avec de Gaulle, incarnation d'une France combattante. Curieusement, le 'modèle social' français est à la fois l'enfant du programme du conseil national de la résistance (communiste) et des réelles innovations sociales de Vichy (embryon de sécurité sociale, retraite par répartition), alliance secrète des mensonges étatistes.
    Bon, d'accord Jérôme, je me tais et je sors...

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  6. À quelques détails près, je pense que tu es dans le vrai, refoulé depuis un certain temps, pour des raisons inavouables. Cette hyperclasse est vendue, en d'autres termes.
    Bravo.

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  7. L'oligarchie et l'argent vautrés dans le Vichysme.

    L'oligarchie et l'argent de notre temps vautrés dans le néo-libéralisme transatlantique et européiste.

    L"'intelligence" et la jeunesse françaises des années 60 vautrées dans le confort d'un anti-gaullisme primaire.

    Après Debray, votre "De Gaulle reviens", sonne juste Leroy.

    Jacques.
    Gaulliste d’extrême-gauche depuis toujours

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  8. Jacques Kupfer du Likoud mondial, l’Internationale du parti de Netanyahou au pouvoir, écrit tranquillement : "Si nous voulons mettre un terme à la guerre, nous devons raser Gaza. Gaza doit devenir un champ de ruines d’où ne peuvent sortir que des gémissements."
    Tiré d'un article de l'UFJP.

    Aussi énorme que le silence volontaire du pouvoir pour couvrir cette ordure.

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  9. j'aime bien Jérôme. Et apparemment, ça en taquine qq uns et c'est bien aussi.
    Eric yg

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ouverture du feu en position défavorable