dimanche 4 mai 2014

Antidote

"J'ai avalé une fameuse gorgée de poison. - Trois fois béni soit le conseil qui m'est arrivé ! - Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j'étouffe, je ne puis crier. C'est l'enfer, l'éternelle peine ! Voyez comme le feu se relève! Je brûle comme il faut. Va, démon !"

Lire Rimbaud, toujours. Comme on lit les génies, les voyants. Parce que leur expérience du monde est à la fois unique et universelle. Unique parce qu'ils savent dire ce qui est indicible mais universelle parce qu'ils nous apprennent, en même temps, que nous ne sommes pas seuls en enfer.
De là, plus généralement, la puissance consolante des génies.  En vieillissant, je me demande même si ce n'est pas ce qui les caractérise, les génies,  cette capacité à consoler, tout simplement parce qu'il savent nommer ce qui nous tue ou essaie de nous tuer. 

Et du coup, cela facilite la recherche d'un antidote à la "fameuse gorgée de poisson". Par exemple ça, parce qu'il arrive parfois que la Grâce descende sur Terre et que la seule malédiction soit de ne pas la voir.


3 commentaires:

  1. Bernard Grandchamp4 mai 2014 à 14:05

    Cher Jérôme Leroy,
    J'aime beaucoup votre définition du génie, outre la trouver très pertinente. A cette aune, le génie serait un "exorciste", puisqu'après tout nommer est une extériorisation - un "faire exister hors de" (hors de la pensée, hors de soi, hors d'un autre...)

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  2. Lire Odilon Redon, aussi : "L'artiste vient à la vie pour un accomplissement qui est mystérieux. Il est un accident. Rien ne l'attend dans le monde social. Il nait tout nu sur la paille sans qu'une mère ait préparé ses langes. Dès qu'il donne, jeune ou vieux, la fleur rare de l'originalité - qui est et doit être une fleur unique- le parfum de cette fleur inconnue troublera les têtes et tout le monde s'en écartera. De là, pour l'artiste un isolement fatal, tragique même; de là, l'irrémédiable et triste solitude qui enveloppe sa jeunesse et même son enfance et qui le rend farouche quelquefois jusqu'au jour où il trouvera par affinité des êtres qui le comprendront." (A soi même - Journal, 1867-1915 : notes sur la vie, l'art et les artistes)

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    1. « Le Prince était le Génie. Le Génie était le Prince.
      La musique savante manque à notre désir. »

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ouverture du feu en position défavorable