vendredi 4 avril 2014

Régine Deforges et nous

Elle avait tout pour plaire, notamment parce qu'elle a su attirer sur elle les foudres de plusieurs conneries concomitantes et néanmoins mortifères comme la censure gaullopompidolienne ou le puritanisme aigre d'un certain féminisme. Elle a été la première éditrice, en 68, du magnifique Con d'Irène alors qu'Aragon ne reconnaissait pas ce texte, elle eut des sympathies pour la révolution cubaine et notamment le trop tôt disparu Camilo Cienfuegos, elle a écrit dans l'Huma et elle est à l'origine des premiers émois érotiques et littéraires de votre serviteur adolescent qui lisait en cachette, dans la bibliothèque parentale, Le Cahier volé, Contes pervers ou Lola et quelques autres au tournant des années 70 et 80. C'est vous dire si elle va nous manquer, dans son genre.
On se souvient aussi, allez savoir pourquoi, d'une remarque d'une rare sensualité sur l'odeur du pain grillé dans Blanche et Lucie. C'est sans doute cela au bout du compte, un écrivain: quelqu'un qui vous laisse, pour toujours, ne serait-ce qu'un détail reflétant une sensation exacte.
Le hasard a fait que nous nous sommes croisés deux fois, lors d'une signature de service de presse chez Fayard. J'avais pu lui dire toute ma sympathie, et c'est de cette manière que j'ai eu une jolie dédicace sur le dernier volume de La Bicyclette bleue qui s'intitulait prophétiquement Et quand vient la fin du voyage. J'aurais aimé la lui redire à Limoges ce week-end où elle était attendue au salon du livre. 
Ce sera pour une autre fois.

8 commentaires:

  1. Je cherche l'or du temps, comme disait l'autre.

    Mais le Irène signé Albert de Routisie, il me semble que quelques exemplaires circulèrent dans l'entre-deux-guerres, alors que Aragon avait certifié avoir détruit le manuscrit de La défense de l'infini (désormais lisible chez Gallimard).

    Moi, ce fut Les onze mille verges, à onze ans, qui se présentait par la tranche sur la plus haute étagère de la bibliothèque parentale.

    Hé bien, disons qu'il ne s'agit plus du Con d'Irène mais maintenant de Con… d'Oléances.

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    1. Je me souviens que les premiers extraits que je lus du Con d'Irène, c'était dans une édition à la couverture très seventies de l'anthologie de la poésie de Béalu. On y a attribuait déjà, entre les lignes, le Con d'Irène à Aragon, tout en l'attribuant à Routisie(!)

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  2. Je me souviens du déchaînement "aigre" et "puritain" à l'époque du "Con d'Irène"; les attaques venaient de tous les bords et bien sûr des féministes "encartées"; justement parce que Régine Desforges "avait tout pour plaire"et surtout du talent; une vraie femme, une féministe authentique, une belle personne.

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  3. ...Régine Deforges...pourquoi tant de "s"? mais quand on aime on ne compte pas.

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    1. Elle les mérite, elise, elle fut plurielle. Ce texte a été repris sur causeur. Les commentaires sont...étranges.

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    2. "étranges" si on veut, Jérôme...entre le judéo-sionisme hystéro-paranoïaque et la connerie indiscutable ça ressemble à la gare d'Austerlitz quand les sous-prolétaires font grève.

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  4. Oui Monsieur George, d'ailleurs aujourd'hui c'est la Sainte-Irène clic-clic

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  5. Magnifique est votre article, hommage à cette grande dame. Merci.

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ouverture du feu en position défavorable