mardi 1 avril 2014

Le miracle Manuel Valls

Manuel Valls invente le socialisme dada


Enfin une bonne nouvelle pour la gauche. En nommant hier Manuel Valls à Matignon, François Hollande a fait le choix courageux d’en finir avec les archaïsmes de son camp. Et reconnaissons au président qu’il a très bien entendu le message des élections municipales. Dans toutes les villes françaises, le cri qui s’est fait entendre est clair : plus de liberté pour les entreprises et plus de flexibilité afin que les chômeurs puissent retrouver du travail. Mais aussi  plus de baisse des charges  sur les fiches de paye, car les charges plombent les  patrons et il n’y a plus que quelques dinosaures plus rouges que roses comme Gérard Filoche (qui ne sera heureusement pas ministre du Travail, je prends les paris) pour les appeler du « salaire différé » sous prétexte que demain le salarié pourrait tomber malade ou se retrouver au chômage, ce qui montre bien la peur mesquine du lendemain qui caractérise les tenants de l’Etat-providence.
Non, Dieu merci, Manuel Valls est un moderne et cela suffit à dire son excellence. Car la modernité, on a presque honte de proférer un tel pléonasme, c’est le progrès et le progrès c’est la gauche. Donc Manuel Valls est de gauche. CQFD. Certes, lors de la primaire du PS, il avait réuni 6% du vote des électeurs socialistes et apparentés. C’est dire le défi qu’il va avoir à relever pour convaincre son propre camp. Mais il n’est pas l’homme à succomber aux vieux tropismes et aux vielles lunes du socialisme à la papa. D’ailleurs n’avait-il pas proposé de changer le nom du parti socialiste, comme Marine Le Pen a envie de changer celui du Front national, car il arrive parfois que l’attachement à un nom brouille un message novateur.
Oui, c’est son seul handicap, Manuel Valls va contre toute une époque, toute une société crispée sur ses avantages acquis, une société qui a peur du grand air de la liberté même s’il faudra faire attention aux pics de pollution, rançon somme toute bien légère quand on songe au bonheur apporté par la croissance.
Il faut une sacrée audace, quand on y songe,  pour avoir comme corpus idéologique celui d’expériences aussi isolées que celles, par exemple de Tony Blair au Royaume-Uni, de Gerhard Schröder en Allemagne, de José Luis Zapatero en Espagne ou aujourd’hui de  Matteo Renzi en Italie. Oui, la gauche de Manuel Valls, elle se définit par la prise de risques, par des propositions réellement nouvelles qui n’ont jamais vraiment fait leurs preuves : la réduction du déficit, qui a encore augmenté tragiquement de quelques dixièmes ces jours-ci, accentuant le mécontentement des gens qui veulent avant tout des finances publiques saines, quitte à accepter quelques sacrifices temporaires sur des domaines aussi secondaires que l’éducation, la santé, le pouvoir d’achat. Parce qu’on le sait, pourtant, bon sang, que le déficit, c’est transmettre à nos enfants des handicaps qui rendront leur vie insupportable : peut-on accepter, si on est de gauche, d’imaginer la prochaine génération confrontée au chômage de masse, à la précarité, à une retraite qu’ils ne pourront prendre qu’à 65 ans, voire 67 ou 68 ans ou encore à vivre avec une sécurité sociale moribonde qui dérembourserait toujours plus les médicaments. Peut-on, aussi, indéfiniment accepter de verser des prestations sociales sans demander quelque chose en échange, par exemple à un licencié de PSA ou de la Redoute, d’aller tondre la pelouse de sa mairie ou de faire moniteur de piscine ?
Non, c’est Manuel Valls et Manuel Valls seul qui pourra remettre la France au travail. Il n’aura pas les timidités centristes de l’UMP, espérons-le, sur cette question et lui saura en finir avec les 35 heures comme il l’a déjà suggéré par le passé car les 35 heures sont une aberrrration, avec au moins 4 r, comme le prononçait l’excellent baron Seillière à l’époque où il dirigeait le Medef.
C’est sur Manuel Valls, et Manuel Valls seul, d’ailleurs, que François Hollande pourra compter pour faire respecter le pacte de responsabilité aux salariés qui vont bien finir par comprendre, à force de pédagogie, (parce que la gauche c’est la pédagogie), que les patrons feront forcément l’effort d’embaucher et ne profiteront pas de l’aubaine pour d’abord améliorer leurs marges, pour peu qu’on trouve cinquante milliards à leur donner. Un échange win-win, forcément win-win, comme on dit, quand on est moderne.
Cette absence de langue de bois, Manuel Valls n’a pas non plus hésité à l’appliquer, déjà, dans des domaines où ses faux amis de la fausse gauche continuent à confondre l’angélisme et l’humanisme. Parce que l’humanisme, c’est une exigence. C’est admettre qu’il y n’y a pas assez de blancos à Evry, c’est reconnaître que les Roms, ces ennemis de l’intérieur, n’ont pas tous vocation à s’assimiler, c’est enfin admettre que l’insécurité n’a pas de causes sociales mais est surtout le fruit d’une perte de repères d’une jeunesse des banlieues, ivre de shit et d’islamisme et bien trop gâtée par la redistribution des richesses produites par d’autres. Ce n’est pas avec Manuel Valls qu’on verra resurgir cette insupportable culture de l’excuse qui est dans l’ADN de cette vieille gauche façon Taubira (on espère que celle-ci dégagera très vite) ou Cécile Duflot (elle, elle l’a déjà annoncé).
Mais Manuel Valls, s’il est seul comme souvent l’homme de gauche, saura néanmoins s’appuyer sur le désir populaire de changement, un peu comme Mao qui trouva la force d’éliminer les instances intermédiaires de la bureaucratie de son propre parti en s’appuyant directement sur les forces vives de la nation avec pour mot d’ordre « Feu sur le quartier général ! »
Car ne nous y trompons pas, c’est bien à une révolution culturelle que nous invite Manuel Valls.
Oui, ce coup-ci, elle peut trembler la droite. 
La gauche est de retour.
paru sur Causeur.fr, ce premier avril