lundi 21 avril 2014

La seule aventure qui reste

"Dans une société qui a détruit toute aventure, la seule aventure qui reste est celle de détruire cette société.", donc. 
Ma copine Marion Brunet, grande libertaire devant l'Eternel, qui a écrit l'excellent Frangine me fait remarquer "que je m'anarchise." quand je lui envoie cette photo. Elle ne rajoute pas "en vieillissant" parce qu'elle est polie.  Je pourrais lui faire remarquer que le chiasme, ici, reste assez dans le genre de Marx. Mais bien sûr, elle a raison. Une manière d'impatience m'envahit au fur et à mesure que je vieillis, que je sens bien que le corps et la tête répondent moins, commencent à avoir leurs petites et leurs grandes trahisons que vous annoncent les médecins. Je ne comprends pas cette idée (reçue) qui veut qu'un certain tropisme nous fasse évoluer vers la droite quand on vieillit, dilue les colères, arrondisse les angles de la révolte. C'est tout le contraire, en ce qui me concerne. L'âge qui vient a des allures d'urgence politique. 
Et je voudrais pas crever sans voir au moins les prodromes d'un renversement de ce monde-là. Il n'est donc pas impossible, dans cette perspective, qu'à l'âge où d'autres entrent à l'Académie Française, si je suis encore vivant,  je me retrouve dans une rue, un soufflant en pogne, à couvrir la fuite de coeurs purs venus faire de la reprise individuelle dans une banque ou une bijouterie. 
Ou sur un mode plus pacifique, que je m'occupe de la bibliothèque (je ne serais pas bon à grand chose d'autre) dans une communauté affinitaire qui réinventera le communisme pendant que la classe moyenne et les experts économiques se battront autour des derniers points d'eau.