samedi 29 mars 2014

Rouge, et puis blanc.



Le Talon de fer du 28 mars, dans Liberté Hebdo, le petit canard rouge du Nord-Pas-de-Calais

Il va tout de même falloir, d’urgence, redéfinir le mot « gauche ». Je m’explique. J’ai eu l’honneur de figurer sur la liste A Lille l’humain d’abord menée par Hugo Vandamme. J’ai vu une très belle campagne, j’ai vu naître chez nous tous qui venions de tous les horizons du Front de Gauche une belle fraternité, un bel engagement unitaire autour d’un programme d’émancipation et de solidarité. Je nous ai vus, collectivement, inventer autre chose au fur et à mesure que cette campagne avançait.
Bref, j’étais sur une liste de gauche, ça, j’en suis certain.
Elle comportait des ouvriers, des enseignants, des artistes, des précaires, des soignants et même un ancien résistant, Michel Defrance. Elle était à l’image de Lille, de ses préoccupations mais aussi de sa mémoire, de son histoire. Elle portait une attention toute particulière au quotidien des plus fragiles dans les quartiers, elle parlait de rendre la ville moins chère, d’empêcher qu’on exile les pauvres loin de chez eux au nom de la spéculation immobilière. Elle voulait rendre les gens maîtres de leur destin, par la pratique systématique des assemblées citoyennes.
Le soir du premier tour, cette liste a fait 6, 17%.
Pas loin de 3500 voix. J’ai vu qu’elle faisait de beaux scores dans les quartiers populaires mais aussi dans les quartiers plus bobos. Comme si notre message touchait, potentiellement, la plus grande partie de la population, comme si nous avions vocation, un jour où l’autre, à être majoritaires. Bref, même si on aurait aimé deux ou trois pour cent de plus, on a tous compris, quand même, à quel point ces 6, 17% étaient riches d’espoir.  Après tout, on avait fait campagne contre tout le monde. Et les 6, 17% de notre liste, ils ont été plus durs à obtenir que, par exemple, les 17% du FN. C’est tout de même plus difficile en temps de crise de faire passer un message de gauche qu’un message de trouille. C’est plus compliqué d’expliquer que les choses pourraient aller mieux en rendant les transports gratuits, en remunicipalisant  la gestion de l’eau que d’annoncer la chasse au Roms, l’armement de la police municipale et des caméras de vidéosurveillance partout.
Dans notre liste, il y avait des élus sortants. Il était assez logique, avec un beau score comme le notre, qu’ils puissent continuer, eux, et pourquoi pas quelques autres candidats à faire leur travail d’élus de gauche, à mettre leur écharpe tricolore non pas pour parader mais pour aller sur les lieux d’un plan social, d’une expulsion de locataire ou d’une manif de sans-papiers. Pour qu’ils puissent continuer, il fallait donc que Martine Aubry qui a connu une dégringolade impressionnante et qui le soir du premier tour se consolait sur les médias nationaux en expliquant que le rapport gauche droite à Lille était de 60/40%, fasse une place sur sa liste à nos 6, 17% qui eux sont vraiment de gauche. Elle n’a pas voulu, elle a même cherché à nous humilier en proposant deux ou trois places absolument non-éligibles.
Je vais en déduire quoi ? Nous allons en déduire quoi ?
C’est assez simple : que si Martine Aubry ferme sa porte à une liste de gauche, c’est qu’elle n’est plus de gauche. On s’en doutait ? Pas à ce point-là, tout de même.
Les Lillois, donc, pour le deuxième tour n’auront plus de liste de gauche pour laquelle voter. Ils auront le choix entre une liste d’extrême-droite avec le FN, une liste de droite décomplexée avec Lecerf et une liste de droite complexée avec Aubry.
Pour moi, le choix, il est vite fait.
Le seul vote à gauche possible pour ce deuxième tour, ce sera le vote blanc.