lundi 30 septembre 2013

Moi, Jérôme Leroy, fasciste.

Célèbres militants antifascistes
Paru sur Causeur.fr

J’ai beaucoup aimé l’article de Lydie Marion sur le fascisme et l’antifascisme. Sincèrement. Il m’a beaucoup aidé à comprendre les choses en cette période de confusionnisme idéologique.  Je cherchais vainement un parti vraiment antifasciste d’autant plus qu’on s’obstine à m’expliquer autour de moi que vouloir voir du fascisme en France en 2013, c’est vraiment jouer à se faire peur. Que le fascisme n’existe pas, n’existe plus, sauf pour les antifascistes. Mais attention, pas pour les antifascistes du Front National qui luttent contre le vrai fascisme. Non, pour les antifascistes antifascistes. Les antifas, comme on dit. Ceux du groupe où sévissait le sinistre Clément Méric qui a trouvé la mort en agressant un membre des JNR de Serge Ayoub.
Les JNR de Serge Ayoub, dans la logique de Lydie Marion, ne sont pas des fascistes. Il ne faut pas se fier aux apparences. Ce n’est pas parce que les JNR ont les cheveux rasés et des tatouages cryptonazis qu’ils sont fascistes. Bien au contraire. Ce sont des victimes. Après tout, on ne voit pas pourquoi la gauche aurait le monopole de la culture de l’excuse.  Oui, les nervis des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires sont des victimes La preuve, ils sont pauvres et blancs. Tandis que les antifas sont tous des petits bourges de Sciences Po, comme Clément Méric.
C’est amusant, la lutte des classes n’existe pas pour la droite et les néo-réacs quand on parle économie et social mais ils retrouvent son utilité quand il s’agit de relativiser le fait qu’un jeune homme, Morillo, en tue un autre. Clément Méric a été tué par des pauvres, car c’était un petit bourge. Un provocateur. D’ailleurs, c’est lui qui a commencé. L’ami Jacques de Guillebon m’avait vertement tancé à ce sujet. Ensuite il nous avait expliqué que RTL avait des images vidéo exclusives qui prouvaient que l’antifasciste antifa (donc un faux antifasciste dans la logique de Lydie Marion) Clément Méric avait même agressé le pauvre Esteban Morillo. Je dis pauvre à tous les sens du terme. La récente procédure a prouvé que ceci était parfaitement faux, que Morillo avait bien porté le premier coup et j’aurais bien aimé que Jacques de Guillebon nous fasse de lui-même le rectificatif. Mais en même temps, il faut que j’arrête de parler de Clément Méric. J’instrumentalise la mort de ce garçon. C’est un comportement fasciste finalement.
Il faudrait que je suive les conseils de Lydie Marion et que j’aille prendre des leçons d’antifascisme au Front National. Même si le fascisme n’existe plus. La preuve que le Front National est un parti antifasciste d’ailleurs, c’est qu’il s’est débarrassé de tous les fascistes qu’il y avait dans ses rangs notamment les petits cons qui se faisaient poisser par des photographes en faisant des saluts nazis. Des gars comme Esteban Morillo, par exemple. Mais, en même temps, on vient de m’expliquer qu’il n’était pas fasciste car le fascisme est un fantasme d’antifasciste de gauche. Ah, c’est compliqué, on ne s’en sort plus.
Agresseur fasciste tué par un courageux travailleur
C’est sans doute qu’il faut changer de paradigme, comme disent les prétentieux, et redéfinir le fascisme comme le fait intelligemment le Front National qui n’est pas fasciste mais en connaît quand même un rayon sur la question si on regarde la composition de ses bureaux politiques ces trente dernières années. Le fascisme, comme nous l’explique d’ailleurs très bien Lydie Marion, c’est un peu comme Rome dans le Sertorius du vieux Corneille : « Rome n’est plus dans Rome, elle est toute où je suis » Oui, « où je suis… » C’est moi le fasciste, c’est moi qui devrais avoir honte.
Je suis communiste ? Je suis un fasciste rouge. D’ailleurs, le pacte germano-soviétique en est la preuve éclatante.
Je refuse de confondre islam et islamisme ? Je suis un fasciste salafiste, un lapideur de bonnes femmes, un futur collabo dans le Grand Remplacement qui se prépare.
Je pense que la répression n’est rien sans la prévention ? Je suis un fasciste taubiriste, laxiste, ami du crime.
Je trouve que l’instrumentalisation des Roms à l’approche des municipales est à vomir ? Je suis un fasciste bobo qui vit dans 800 mètres carrés et je ferais mieux  de la fermer car ils ne campent pas dans mon dressing-room.
Je suis un fasciste, voilà, c’est sûr. Du coup, même si j’avais voulu adhérer au FN, c’est raté. Jamais des antifascistes comme eux ne voudront d’un fasciste comme moi.

Le fascisme aïoli en pleine forme.

On est en France, en 2013.
Si, si.


L'extrême droite à Orange : la police... par PartitOccitanTV

Tout y est. L'atmosphère de lynchage rigolard, le mépris, l'utilisation de ces milices locales qu'on appelle polices municipales.

"Ce n'est pas une question de belle âme..."




Pas forcément inutile, en pleine régression ethnocapitaliste, quand les larbins pensent où on leur dit de penser, qu'il s'agisse d'instrumentaliser les Roms avec le vieux logiciel antisémite des années 30 ou de s'insurger contre l'affreuse atteinte à la liberté du travail dont sont victimes Sephora obligé de fermer avant vingt et une heures sur les Champs et les marchands de bricoleries pour cadres qui n'ont plus le droit d'ouvrir le dimanche.

dimanche 29 septembre 2013

Jardin

Le fantôme au fond du jardin
Est-ce 
Celui
De
Mon 
Père?

samedi 28 septembre 2013

Les jardins de Queluz

Le château de Queluz, au Portugal. Eté 2009. Pas un visiteur. L'invisibilité est un jeu d'enfant. Il suffit de choisir le moment et l'angle.

Bonjour, plaisir.

Je suis communiste parce que je veux qu'on me laisse tranquille, c'est à dire que mon libre développement soit la condition du libre développement de tous.

Le vin, la plage et les fantômes de princesse.

Puisqu'il est impossible de les vaincre, il faut leur échapper. Ruser avec leur temps, leurs névroses, leur absence rédhibitoire et mortifère de goût, d'oreille, de corps. 

Les reconnaître est aisé. Ils n'ont pas de corps, et partant pas de sens de l'humour. 

Je relis Fouquet, ou le soleil offusqué de Paul Morand. Colbert n'a pas de corps, Fouquet, si. C'est ce que Colbert ne pardonnera pas à Fouquet: "Comment pardonner à Fouquet sa célébrité, sa fortune, son charme, son labeur agile, son esprit prompt, ses tapisseries, ses poètes et sa bibliothèque...."

La Fontaine, protégé de Fouquet. Pas de hasard, ceux qui ont un corps se reconnaissent, les amants, les partisans, les francs-tireurs, les docteurs subtils du plaisir:
"J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique,
La ville et la campagne, enfin tout ; il n'est rien
Qui ne me soit souverain bien,
Jusqu'au sombre plaisir d'un coeur mélancolique."

La Manif pour tous, des millions de corps sans corps à qui on ne demandait rien mais qui sont quand même venus se mêler du corps des autres. Car le corps des autres les gêne, forcément. Le pédé aujourd'hui, la femme adultère hier, la sorcière avant-hier.

Et ils sont sur le point de gagner. Alors penser à l'invisibilité, au détour, au retrait, aux collines.
Aux jardins de Queluz au coeur de l'été.

Toute la vie devrait ressembler à ça.



Retrouvez ce poème dans Sauf dans les chansons (Table Ronde, Printemps 2014)

jeudi 26 septembre 2013

Toulet, too late, one more time.

Dans le silencieux automne
D'un jour mol et soyeux,
Je t'écoute en fermant les yeux,
Voisine monotone.

Ces gammes de tes doigts hardis,
C'était déjà des gammes
Quand n'étaient pas encor des dames
Mes cousines, jadis;

Et qu'aux toits noirs de la Rafette,
Où grince un fer changeant,
Les abeilles d'or et d'argent
Mettaient l'aurore en fête
.

Paul-Jean Toulet


La contrerime, c'est le doo wop français. Sur le même thème:



mercredi 25 septembre 2013

Roms à volonté: seulement vingt mille mais tellement pratiques

 paru sur Causeur.fr


Les Roms, en France, sont, d’après les estimations les plus fréquentes, autour de vingt mille. Vingt mille, c’est à peu près la population d’une ville comme Hénin-Beaumont. Je dis cela sans malice. On pourrait leur construire une commune, une fois pour toute. En Lozère, ou en Aveyron. Le problème est que le Rom est nomade. Comme le Lapon. Mais contrairement au Lapon qui vit dans le grand Nord et mange du renne, le Rom vit chez nous et vole des poules quand il est à la campagne et des portefeuilles quand il est en ville.
J’ai beau faire, ce chiffre de vingt mille personnes me tracasse. Ce n’est tout de même pas grand chose, vingt mille personnes. Ou même trente mille. Renvoyer vingt mille personnes chez elle, c’est à dire en Roumanie, et un peu en Bulgarie, ce ne doit pas être si compliqué.
Il paraît qu’on le fait parfois mais que les Roms reviennent. Il faut croire qu’ils ne sont pas très heureux en Roumanie. Qu’être un Rom en Roumanie, c’est un peu comme être un nègre dans un township du temps de l’apartheid. Pourtant, sauf erreur de ma part, la Roumanie est bien un pays européen, je veux dire qui a intégré l’Union Européenne. Je présume qu’il doit bien y avoir  dans la Déclaration européenne des droits de l’homme ou je ne sais quel Traité des obligations qui ne sont pas seulement des directives économiques libérales mais ont un rapport avec la dignité humaine : autoriser l’avortement, ne pas pratiquer la torture dans les commissariats, ne pas laisser des hordes néo-nazies assassiner des rappeurs et donc, aussi, traiter décemment ses minorités. Une obligation à ne pas leur faire une vie tellement impossible qu’ils préfèrent nomadiser en Île-de-France que dans la Bucovine ou la Dobroudja.
Ce n’est pas le cas ? La Roumanie ne veut rien entendre ? Elle ne prend pas de mesures spécifiques pour intégrer les Roms, les faire vivre décemment ? Mais dans ce cas, il faut procéder à des rétorsions, des menaces, des pressions. C’est impossible, me dites-vous ? Il faut respecter la souveraineté des Etats ? Ah bon. Vous reconnaîtrez avec moi que c’est à géométrie variable, cette histoire. Quand il s’agit de mettre au pas, au prix de sacrifices inouïs pour les populations les plus fragiles, les nations grecque, portugaise, espagnole, ça ne pose aucun problème à la Commission. Elle intervient avec la BCE et le FMI et elle est capable de fermer une télévision publique en pleine émission.  Mais il est vrai qu’il est question de gros sous. À la limite, tant qu’un Viktor Orban en Hongrie ne menace pas trop les équilibres budgétaires de l’Union, il peut bien transformer son pays sous nos yeux en un remake de la dictature nationale-catholique de l’amiral Horthy. Alors les Roms, n’est-ce pas, comme ils ne sont pas une dette mais des vraies gens,  l’UE, elle n’en a pas grand-chose à faire.
Et puis soyons honnêtes, c’est très utile, vingt mille Roms en France, finalement. C’est un formidable abcès de fixation. D’abord, ça ennuie surtout les pauvres, qui, à force d’être excédés, finissent par s’en prendre à plus pauvres qu’eux comme ces habitants des quartiers nord de Marseille qui avaient brûlé un camp et viré ses habitants sous l’œil de CRS à peu près aussi motivés que la police grecque quand elle voit Aube dorée massacrer des clandestins. Et quand les pauvres se battent entre eux, ils n’ont pas la tête aux bêtises, comme de se demander pourquoi ils sont aussi pauvres, en fait.
Les Roms, c’est très pratique pour les maires. De temps en temps, les maires virent les Roms de chez eux dans la commune voisine. Si c’est un maire de droite qui fait ça, il prouve qu’il est bien de droite et que seule la droite sait être ferme sur ces questions-là. Il peut même pimenter le tout de propos plus que limites comme Estrosi à Nice ou notre ami Régis Cauche, le maire de Croix. Si c’est un maire de gauche qui expulse, ça lui permet de montrer que la droite n’a pas le monopole du knout, que la gauche aussi sait être ferme, non mais, et de comparer ses biscoteaux avec ceux de ses adversaires.
Au niveau national, en revanche, une partie de la gauche morale se refait la cerise en voyant dans le Rom la figure ultime du damné de la Terre, en faisant de la moraline pour pas cher. Le problème, c’est que même si le Rom est un damné de la Terre, cette gauche-là se croit obligée d’en faire des tonnes pour qu’on ne voie pas qu’elle oublie les autres, de damnés de la Terre, ceux pour qui elle ne peut ni ne veut plus rien faire au nom de l’orthodoxie sociale-libérale : les ouvriers délocalisés, les précaires, les temps partiels imposés, les chômeurs, bref le peuple qui souffre, qui rentre crevé à la maison et qui voit par la fenêtre que tiens, en plus, comme si ça ne suffisait pas, un camp rom vient de s’installer en face.
Quant à la droite et à l’extrême droite, (on a de plus en plus de mal à les distinguer ces temps-ci surtout quand le FN semble plus à "gauche" que l’UMP, y compris sur ces affaires-là), elle prendra le contre-pied, dénoncera le laxisme de la gauche, l’impéritie du gouvernement Ayrault, la mollesse présidentielle. Bref, le scénario habituel.
Vingt mille… Juste vingt mille. Ils ont pourtant redonné à nos paysages urbains une allure oubliée, celle de l’époque honteuse des bidonvilles. Haïssez-les si vous voulez, aimez-les si vous voulez aussi mais n’oubliez pas qu’ils sont avant tout cyniquement instrumentalisés par un système qui a besoin d’eux. Comme on a besoin d’un écran de fumée qui sert, comme il se doit dans le domaine militaire, à masquer sa position et sa situation exacte. 
Situation pour le moins catastrophique en l’occurrence.

mardi 24 septembre 2013

Faites l'amour, pas la guerre. Surtout avec Marvin Gaye.





Une des nombreuses raisons pour lesquelles j'aime Marvin Gaye, c'est qu'il est capable, par la magie de la soul, de transformer un hymne national en formidable invitation à baiser. 
Enjoy.

Rendez-vous le 10 octobre


lundi 23 septembre 2013

Explosante-fixe


"Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers."

dimanche 22 septembre 2013

Good morning, Besançon!

Nous avons reçu hier pour Norlande, au festival Les Mots Doubs de Besançon, le prix 2013 des Collégiens du Doubs.
C'est un prix qui nous fait vraiment plaisir car il a été remis par six collégiens qui ont fait passer aux cinq candidats un véritable grand oral et que nous ne savions pas, jusqu'à la dernière minute, qui serait vainqueur.
Quand le verdict est tombé, j'ai été très heureux comme on est heureux quand on sait qu'un livre qu'on a écrit a touché qui il devait toucher.Qu'on a l'impression d'une mission accomplie.


Par ici, en plus, ce début d'automne est magnifique, avec des écharpes de brume, des forteresses perchées, du ciel bleu sur le fleuve qui scintille. Un bout de Norlande.

jeudi 19 septembre 2013

Vers Besançon

Nous serons, pour Norlande, au salon Les Mots Doubs de Besançon vendredi après-midi, samedi  et dimanche.
Il a d'ailleurs été question de Norlande sur RFI, mardi matin

Fils, fils, pourquoi m'as-tu abandonné?




Le bon père de Noah Hawley (Série Noire)

Vous trouverez  Le bon père de Noah Hawley dans la Série Noire. Il serait dommage que cela vous arrête si par hasard vous aviez quelques préventions contre la littérature de genre car Le bon père appartient de plain pied à la littérature tout court. Après tout, si on y réfléchit un peu et sans forcer la note, L’étranger de Camus aurait très bien pu, en son temps, paraître dans la collection fondée par Marcel Duhamel aux côtés de Monsieur Zéro de Jim Thompson comme Monsieur Zéro aurait très bien pu paraître en collection blanche car Monsieur Zéro est aussi un très grand roman de l’absurde. 
C’est d’ailleurs tout à l’honneur de la Série Noire que de prendre le risque d’éditer de tels romans qui risquent de dérouter un lecteur venu chercher sa ration de péripéties calibrées . Le bon père de Noah Haley est d'abord un de ces grands romans américains qui abordent, à l’américaine évidemment, un thème universel, les rapports entre un père et son fils. D’ailleurs, il vaut mieux que ce thème soit abordé à l’américaine sinon cela donne le Zubial d’Alexandre Jardin sur son père Pascal Jardin qui lui, au moins, en avait écrit un bon sur le sien : La guerre à neuf ans.
Dans Le bon père, ce n’est pas le fils qui raconte le père, mais le contraire. Le père est un grand rhumatologue new-yorkais, le docteur Paul Allen. C’est typiquement un bourgeois de gauche, un démocrate pur jus qui rejoint chaque soir sa belle maison d’une banlieue chic dans le Connecticut. Le docteur Paul Allen en est à son deuxième mariage et le premier chapitre nous décrit le bonheur insoutenable d’une vie parfaitement réussie, un bonheur dont on fait semblant de ne pas se rendre compte à quel point il est étouffant et subtilement mortifère. 
Lors de la soirée pizza maison du jeudi, alors que la famille, le père, la mère et les deux jumeaux regardent des jeux télévisés, un flash spécial annonce que le candidat démocrate à l’élection présidentielle a été assassiné de plusieurs coups de feu. Comme le remarque Noah Hawley, et c’est à des formules de ce genre que l’on reconnaît les grands écrivains, « La nature a horreur du vide et CNN encore plus » : en quelques minutes, des photos du meurtrier présumés arrivent sur l’écran et le tueur n’est autre que David Allen, le fils aîné de Paul, issu d’un premier mariage avec une artiste hippie de la Côte Ouest.
Quand votre monde s’effondre, vous pouvez vous effondrer avec lui ou réagir. Le bon père est l’histoire de cette réaction. Le docteur Paul Allen, et il insiste là-dessus, veut garder sa froideur de grand diagnosticien pour tenter de comprendre ce qui s’est passé. Tout accuse David qui était devenu l’année précédant son acte un « hobo », un de ces vagabonds lyriques héritiers de Kerouac.
Le bon père est donc à la fois un grand roman d’amour et aussi un grand roman politique sur la violence inhérente à cette démocratie trop sûre d’elle-même. Le roman progresse sur trois plans : avec l’enquête du père, l’errance du fils reconstituée et aussi avec des chapitres neutres, objectifs, racontant les différentes assassinats de masse ou de personnalités politiques aux USA : la tuerie de Colombine, celle de la fac d’Austin par un tireur fou en 66 mais aussi celui de Robert Kennedy par Siran Siran en 68 ou encore la tentative de John Hinckley contre Reagan en 81 et encore d’autres, bien d’autres, comme si notre rhumatologue voulait appliquer ce qu’il est convenu d’appeler un diagnostic différentiel pour comprendre ce qui a pu se passer avec son fils.
Et c’est dans une grande mélancolie que Noah Hawley fait baigner Le bon père, au bout du compte : ce père qui a perdu son fils, cette société qui a perdu son innocence, peut-on les réparer comme le ferait un médecin ou doit-on se contenter de mettre en marche un protocole compassionnel ? Que le jeune David soit coupable ou non, et nous ne vous le révélerons évidemment pas, laisse intacte cette question lancinante : « Si mon fils avait fait ça, je ne comprenais pas le monde dans lequel je vivais. Et je
n’avais pas envie d’y vivre. »

mercredi 18 septembre 2013

Pour le permis de tuer, prière de s’adresser à la mairie de Croix

paru sur Causeur.fr
Ceci n'est pas le maire de Croix
Pour s’être libérée, elle s’est libérée, la parole. 
L’éloge de l’autodéfense qui a suivi l’exploit balistique du gentil bijoutier niçois qui a tué un type de dix-huit ans a inspiré un magnifique élan de solidarité dans le pays…pour le tueur. Et il n’y a pas de raison de s’arrêter en si bon chemin. Après tout, dans un pays où l’ignoble Christiane Taubira prépare en ricanant l’invasion de nos centres-villes par des criminels qui viendront jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes, pourquoi ne pas se défendre soi-même (ayons l’esprit d’initiative, que diable !).
Le maire de Croix, banlieue résidentielle de Roubaix où se trouvent quelques unes des plus grandes fortunes de France, des gens qui sont quotidiennement exposés comme chacun le sait aux nuisances des Roms, se prépare désormais à délivrer des permis de tuer à ses administrés. Le brave homme qui s’appelle Régis Cauche et porte l’étiquette de l’UMP, a déclaré tout de go : « Et si un Croisien commet l’irréparable, je le soutiendrai. » Interrogé ce lundi pour savoir s’il maintenait ses propos, Cauche a confirmé « Les Roms n’ont rien à faire à Croix. Oui, s’il y a un dérapage, j’apporterai mon soutien. La population en a assez. » Mais c’est nous qui voyons le mal partout, évidemment. Dans le Nord, où on aime la fête, les carnavals, les braderies et les ducasses, le maire de Croix a sans doute voulu simplement proposer une nouvelle attraction avec la forme modernisée du tir aux pigeons. Voyageurs.

Orwell vaporisé?



"Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé» C'est un des slogans les plus glaçants de 1984, le chef-d'œuvre visionnaire de George Orwell. On s'aperçoit de plus en plus souvent, presque à chaque instant, que les mécanismes totalitaires décrit dans ce roman de 1948 sont parfaitement repérables dans le fonctionnement de nos sociétés, aujourd'hui même.
On a nos «semaines de la haine», on a nos Goldstein, l'ennemi créé par Big Brother pour justifier son pouvoir absolu et on a évidemment la présence de plus en plus envahissante des écrans qui nous regardent autant qu'on les regarde. Par une manière d'ironie noire, il semblerait que George Orwell lui-même soit sur le point d'être victime de ce monde englué dans un présent perpétuel.
Avant de devenir écrivain, ce dernier fit partie de la police coloniale britannique en Birmanie, dans les années 1920. Il en tira un récit, Histoire birmane, férocement anticolonialiste. Les lieux où le jeune policier a vécu, à Katha, dans le nord de la Birmanie, menacent ruine. Quelques bonnes volontés locales essaient d'alerter l'opinion mais sans trop de succès. Si rien n'est fait, c'est tout un pan de la vie de l'écrivain qui aura disparu.
Pour un peu, on en deviendrait paranoïaque. Et s'il s'agissait d'une vaste entreprise pour en finir avec le souvenir de l'homme et son œuvre? Et si quelque part, un Big Brother inquiet à l'idée qu'il puisse encore exister dans l'avenir des lecteurs de 1984 avait commencé à installer partout où vécut Orwell le logiciel d'une amnésie programmée?
C'est pour cela que nous invitons vivement nos lecteurs à voir ce que vont devenir dans le futur les autres domiciles de l'écrivain. On sait déjà que sa maison natale, à Motihari en Inde, a été transformée en porcherie! On reconnaît là l'humour typique de la Police de la pensée, le bras armé de Big Brother. Il faudra donc faire attention, notamment à son domicile de Canonbury Square, à Londres ou encore à la ferme de Barnhill sur l'île de Jura en Écosse où il brûla ses dernières forces pour écrire 1984.
La conjuration est en marche et il serait dommage que George Orwell finisse par connaître le sort de ses personnages que le pouvoir voulait effacer, définitivement: «Des gens disparaissaient, simplement, toujours pendant la nuit. Leurs noms étaient supprimés des registres, tout souvenir de leurs actes était effacé, leur existence était niée, puis oubliée. Ils étaient abolis, rendus au néant. Vaporisés, comme on disait.»

mardi 17 septembre 2013

Georges et nous

Programme pour un gouvernement démocratique d'union populaire. Eh oui...

lundi 16 septembre 2013

Ils n'étaient pas bijoutiers niçois....

...et pourtant eux aussi ont pratiqué la légitime défense. Certes, pas pour sauver le petit commerce, mais le principe était le même, non?
On espère donc que la crapulerie droitarde qui se pavane ouvertement sur ce fait divers alors que l'UMP perd ses dernières défenses immunitaires devant le FN, aura à coeur, tout comme les libertarés qui réclament le droit au port d'arme pour chaque citoyen, de saluer ces admirables précurseurs.

L'option Valparaiso


...et personne ne saura
que je suis là-bas
absolument personne
car personne n'y passe 
sauf dans les chansons.

dimanche 15 septembre 2013

Philippe Lacoche: blues en Picardie.


paru sur causeur.fr

 Un roman de Philippe Lacoche, c’est comme un blues français. Comme un certain bonheur d’être triste,  comme une technique de la mélancolie, comme un art de la nostalgie. Chaque nation a plus ou moins sa façon de vivre cet état intermédiaire, où la rêverie poignante se marie avec le désir sans objet, où le manque lancinant d’on ne sait quoi est au cœur d’une vie qui se transforme en méditation lyrique. Les Portugais ont la saudade, les Roumains le dor, les Anglais le spleen. On ne peut jamais vraiment traduire le mot, comme s’il gardait en lui une part d’indicible.
Un roman de Philippe Lacoche, c’est à la fois de la saudade, du dor, du spleen et encore autre chose. Le dernier, Les matins translucides, ressemble aux précédents. Philippe Lacoche fait partie de ces écrivains qui écrivent toujours le même livre. On ne voit pas pourquoi on le lui reprocherait. C’est même plutôt bon signe de jouer ses variations autour du même thème, en littérature : demandez à Modiano avec qui Lacoche a plus d’un point commun.
Au cœur des Matins translucides, une ville, une ville picarde au milieu de nulle part. La Picardie, pour Philippe Lacoche, c’est la Provence pour Giono. La naissance de l’Odyssée, la terre d’où jaillit la mythologie personnelle. Rien à voir avec un quelconque régionalisme, ce néo-ethnicisme près de chez vous encouragé par Bruxelles qui n’aime décidément pas les vieux Etats-nations.
La ville picarde de Philippe Lacoche, jamais nommée, est elle-aussi toujours la même, comme le chef-lieu de son passé d’adolescent. C’est une ville où il y eut jadis des usines métallurgiques et un nœud ferroviaire, des cités ouvrières et cheminotes, des passerelles au-dessus des canaux et des rails qui vont se perdre dans l’infini plat d’une plaine qui ne s’arrêtera plus qu’à la mer ou à l’Oural. Est-ce cette sensation d’être comme une île dans le néant qui donne à Philippe Lacoche cette sensibilité exacerbée qui lui fait s’accrocher au moindre signe venu du passé ?
Dans Les matins translucides, c’est un journaliste vieillissant, un localier sentimental qui revient dans la ville un jour d’hiver, un peu par hasard. Enfant, puis jeune homme, il connut une passion amoureuse pour une de ses camarades de classe, Delphine. On était à la fin des années 60 et au début des années 70. Delphine portait des Clarks et un duffle-coat vert bouteille, sa mère était permanente du Parti Communiste. Il y avait aussi un communiste dans la famille du narrateur, l’oncle Charles qui avait fait partie des FTP avant de finir sa vie, sans que l’on sache vraiment pourquoi, dans une cabane au bord d’un étang, à pêcher et à lire l’Huma en attendant la mort.
Le narrateur, Jérôme, lui, voudrait bien savoir ce qui s’est passé au juste. Un règlement de comptes qui aurait mal tourné à la fin de l’Occupation ? Une erreur sur la personne qui aurait valu l’exécution d’un innocent ? Le narrateur se souvient qu’il faudrait se souvenir, ce qui est typique de la nostalgie façon Lacoche. Il y a  un écran en plus entre notre présent et la vérité de notre passé. Jérôme se rappelle des dimanches familiaux quand il avait douze ans. Il se rappelle qu’il n’écoutait pas les conversations entre son père et l’oncle Charles, il se rappelle qu’il aurait dû. Mais il préférait rêvasser sur Delphine, écouter du rock puis en jouer, trainer un peu dans les bistrots, donner un concert avec son groupe dans des MJC improbables où les fesses des filles roulaient sous les jeans Lee Cooper. Ces années-là, Françoise Hardy chante « Comment se dire adieu? », ce qui est une vraie question, la seule peut-être qui compte dans une existence. Comment dire adieu aux amours passées, au lolitas des berges de l’Oise,  à la locomotive qui crie dans la nuit, au soleil pâle d’automne sur la façade du HLM où l’on connut sa première fois à la fin des Trente glorieuses.
Philippe Lacoche n’a pas de réponse. Ou plutôt si, la seule réponse, c’est de dire le mieux possible qu’il n’y a pas de réponse. Ce que font, avec une élégance inquiète, ces Matins translucides.
Les matins translucides, Philippe Lacoche (Ecriture)

samedi 14 septembre 2013

Le dernier rempart, c'est nous.

C'est Yom Kippour, c'est la journée du Patrimoine, deux raisons de vous rendre à la fête de l'Huma.
En effet qui mieux que les communistes pratiquent le grand pardon puisqu'ils veulent à la fin, selon les mots du Manifeste, une société où "le libre développement de chacun est le libre  développement de tous."? 

Et puis, réfléchissez un peu, que serait l'Histoire de France sans le mouvement communiste en général et le PCF en particulier?  C'était je crois Yvon Gattaz, (le père de Pierre l'actuel chef des égorgeurs du Medef) qui remarquait qu'un pays ne se gouvernait pas de la même manière avec un parti communiste à 5% et un parti communiste à 25%. Venez nous visiter...


Et n'oubliez pas, nous, communistes français, sommes le dernier rempart entre vous et la barbarie ultralibérale qui plonge ces jours-ci la France et l'Europe dans une paupérisation accélérée. Cette même barbarie ultralibérale qui n'hésite jamais à revêtir une forme ouvertement terroriste quand ses intérêts sont trop menacés. Le jour où il faudra que le FN soit au pouvoir pour sauver la rente en faisant croire au peuple qu'on s'occupe de lui, le Capital n'hésitera pas. Nous venons, à propos du 11 septembre 1973, de vous rappeler comment un Friedman vit dans le putsch de Pinochet la divine surprise qu'il attendait pour mettre en oeuvre ces mesures néo-libérales.
Nous vous aimons. A bientôt.

vendredi 13 septembre 2013

Pour Erri de Luca et la violence légitime dans les pseudo-démocraties de marché

Il y a une violence légitime, même et surtout dans les post-démocraties néolibérales de l'Europe de Bruxelles qui se transforment chaque jour un peu plus en disneyland préfascistes.
Pour l'avoir dit, l'écrivain italien Erri de Luca est menacé de poursuites par la justice italienne que pourraient saisir les fous furieux qui veulent ouvrir une ligne TGV Lyon-Turin très moyennement utile quitte à massacrer un des plus jolis coins d'Europe . Le système tolère le mal fait par les puissants, beaucoup moins que certains citoyens le dénoncent ou s'y opposent par tous les moyens, même légaux.
"Le premier qui dit la vérité sera exécuté."

Nous relayons ici la pétition de soutien à Erri de Luca que vous pouvez bien entendu signer en ligne:

Soutien à Erri De Luca


NON à la Ligne à Grande Vitesse Lyon-Turin

Soutien à l’écrivain Erri De Luca


Parce que l’écrivain Erri De Luca a réagi quand les autorités ont qualifié de “terroristes” les populations qui se battent depuis des années contre le projet franco-italien de la Lgv Lyon-Turin de plus de 30 milliards d’euros qui nécessite le percement d’un tunnel de 57 Km qui provoquera de manière irréversible le tarissement des sources (équivalent à 250 millions de mètres cubes d’eau par an), alors que la ligne ferroviaire existante est exploitée à 17% de ses capacités.



Parce que l’écrivain Erri De Luca a dit “Je suis convaincu que la Ligne à Grande Vitesse Lyon-Turin est un projet inutile... Il ne s’agit pas d’une décision politique, mais d’une décision prise par les banques et par ceux qui veulent réaliser des profits aux dépens de la vie et de la santé d’une entière vallée. La politique a simplement et servilement donné son aval... Maintenant toute la vallée est militarisée, l’armée occupe les chantiers et les habitants doivent présenter leurs cartes d’identité s’ils veulent aller travailler dans leurs vignes”.



Parce que l’écrivain Erri De Luca,à la question “Donc sabotage et vandalisme sont licites ?”, a répondu lors d’une interview à l’Huffington Post “Ils sont nécessaires pour faire comprendre que la Tav est une œuvre nocive et inutile” , la Ltf, société en charge du projet, a annoncé aux médias qu’elle envisageait une action pénale contre l’écrivain.


Parce que nous partageons les déclarations de l’écrivain Erri De Luca, nous lui exprimons notre soutien inconditionnel et nous réaffirmons avec force l’inutilité, l’aberration, la dangerosité du projet de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin.


Premières signatures:

Patricia Dao (écrivain)

Serge Quadruppani (écrivain)

Valerio Evangelisti (écrivain)

Sergio Bianchi (éditeur DeriveApprodi)

François Gèze (éditeur La Découverte)

Maria Teresa d'Agostino (journaliste)

mercredi 11 septembre 2013

Capitalisme du désastre: quarante ans et toutes ses dents.



Paru sur Causeur.fr


Mercredi 11 septembre, cela fera quarante ans que le général Pinochet, après un putsch suivi d’une violente répression, s’emparait du pouvoir au Chili en renversant le président élu Salvador Allende. Au-delà du traumatisme que cela représenta pour la gauche mondiale qui encore une fois voyait une expérience démocratique de transition vers le socialisme noyée dans le sang, il n’est pas impossible que le 11 septembre 1973 nous ait fait entrer dans une époque dont nous ne sommes toujours pas sortis : celle du capitalisme du désastre.

Il y a quelques années, un livre de Naomi Klein, La stratégie du choc, montrait que le capitalisme avait besoin de crises graves pour pouvoir imposer pleinement sa logique voire se relancer quand la fameuse baisse tendancielle du taux de profit avait vidé ses caisses. On sait depuis Jaurès que le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l’orage ce qu’ont prouvé les  deux guerres mondiales du vingtième siècle qui ont fait quelques dizaines de  millions de morts, histoire que les affaires reprennent après que les comptes eurent été apurés en exacerbant des nationalismes jetés les uns contre les autres. Plus généralement, la bourgeoisie, qui préfère toujours Hitler au Front Populaire, a périodiquement besoin de la catastrophe pour sauvegarder ses intérêts de classe et trouver de nouveaux marchés.

C’est pourquoi, il y a quarante ans, le coup d’état au Chili ne marqua pas seulement une étape sanglante du grand jeu de la Guerre froide mais aussi le point de départ, sur le plan économique, de la révolution conservatrice.

La société du Mont Pèlerin, fondée dès 1947 par Friedrich von Hayek avait entamé un long, un très long travail de reconquête intellectuelle du libéralisme. Dans l’après-guerre, pour les pays en ruines, la seule solution était en effet une intervention massive de la puissance publique. Laisser la loi du marché œuvrer dans de telles conditions aurait été suicidaire et la France, par exemple, aurait pu attendre longtemps ses Trente Glorieuses et ses grands projets industriels sur lesquels nous vivons encore aujourd’hui si on avait laissé régner on ne sait quelle concurrence libre et non faussée.

Mais Hayek et quelques économistes, dans une ombre propice, persistaient à penser que l’Etat était le problème et non la solution. Peu après, à l’université de Chicago, ce fut Milton Friedman membre de la société du Mont Pèlerin, qui acheva d’équiper la boite à outils néo-libérale pour en finir avec le socialisme rampant qu’il voyait à l’œuvre partout où l’Etat jouait un rôle dans l’économie. Que cette peur de l’Etat, une peur pathologique, ait été inspirée par les grands totalitarismes fasciste, nazi et stalinien qui ensanglantèrent la première moitié du vingtième siècle est sans doute la seule circonstance atténuante que l’on peut trouver à Friedman.

Pour le reste, ce prix Nobel d’économie, apôtre de la liberté eut besoin d’un coup d’état, celui de Pinochet, pour pouvoir enfin expérimenter ses idées avec des économistes formés par lui, les fameux Chicago boy’s. Il ne s’agit pas d’un procès d’intention, il existe entre le général Pinochet et Milton Friedman une correspondance des plus éclairantes.

La dernière justification du libéralisme et des libéraux est en général, quand on leur présente l’échec patent de leurs politiques -comme c’est le cas actuellement sur le continent européen qui n’a jamais été aussi riche mais dont les populations sont en voie de paupérisation accélérée-, est qu’au moins, eux, garantissent une idéologie qui respecte les libertés fondamentales.

C’est donc pour le moins paradoxal de s’apercevoir que l’acte de naissance de cette politique est maculé du sang des derniers combattants du palais de la Moneda autour d’Allende qui refusèrent de se rendre et de la répression qui s’ensuivit, faisant des milliers de morts. Trois ans après le Chili, ce fut au tour des militaires  argentins de renverser le gouvernement d’Isabel Peron et d’installer une dictature tout aussi féroce, qualifiée par la justice argentine elle-même de « génocidaire », une dictature qui fut là encore le paravent de cette fameuse « thérapie de choc » chère à Friedman.

Libérer les prix, supprimer le contrôle des changes, imposer la retraite par capitalisation à la place de celle de répartition, en finir avec la dépense publique y compris dans la santé et l’éducation, toute ces mesures de « bon sens » font aujourd’hui, partie de la doxa de tous les économistes télévisuels. Il est peut-être bon de rappeler, en ce 11 septembre, qu’elles ont eu et qu’elle ont besoin, à chaque fois, de la violence pour s’imposer : de Santiago en 73 à Bagdad en 2003 où la  « zone verte » a représenté un modèle de fonctionnement ultra-libéral au milieu d’un chaos sanglant, des Malouines et des mineurs du Yorkshire de Thatcher aux ratonnades paramilitaires d’Aube dorée dans la Grèce de la Troïka, des oligarques eltsiniens bombardant le parlement de Russie à Bush junior privatisant la guerre en Afghanistan…

Pour l’avenir proche, le capitalisme du désastre saura sans aucun doute se nourrir des catastrophes écologiques et climatiques que son mode de développement nous promet de manière de plus en plus évidente chaque jour qui passe.

Après tout, on est jeune à quarante ans.

Quarante ans, et toutes ses dents.

11 septembre 2013


mardi 10 septembre 2013

Telle qu'en elle-même l'éternité la change

On y sera dès le vendredi soir pour signer au Village du Livre samedi et dimanche.

dimanche 8 septembre 2013

Au chic communiste, 14


Nous pouvons espérer juste une chose: vivre assez longtemps pour te voir mettre à bas l'économie spectaculaire-marchande. Nous comptons sur toi: pour nous hommes du monde d'avant, il est trop tard. Venge-nous, sois d'une douceur impitoyable. Bonne chance. Nous t'embrassons.

Blaise Cendrars, bourlingueur mythographe.

Causeur magazine papier,  juillet-aout 2013



Blaise Cendrars est enfin arrivé au port. Deux volumes de ses œuvres autobiographiques accompagnés d’un album viennent de paraître en Pléiade. Cet écrivain insaisissable mort en 1961, voyageur mythographe, pour ne pas dire mythomane, dont la volonté permanente fut de brouiller les pistes et d’effacer ses traces, aurait-il été heureux qu’on lui signifiât par cette consécration éditoriale la fin de son errance ? Gageons que oui : le principal souci de Cendrars aura été de se construire une légende, parce que la légende est un masque mais aussi, étymologiquement, parce ce que la légende, c’est ce qui doit être lu.
Et nous devons lire et relire Cendrars, aujourd’hui plus que jamais. Cet écrivain du voyage qui détestait cette appellation nous apprend comment disparaître, comment partir, un de ses verbes fétiches. Quand le nomadisme des modernes consiste à évoluer dans des non-lieux identiques sous toutes les latitudes, tout en étant toujours joignables, Cendrars témoigne d’un temps où le départ avait encore un sens et répondait à une nécessité :
Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir
Ce poème est le plus connu de Cendrars. Ce n’est pas un hasard : il est l’exergue indispensable pour saisir le projet de l’écrivain. On ne peut aimer que dans le départ, on ne peut aimer que dans la rupture, on ne peut aimer que dans la réinvention constante de soi. Cendrars redoutait les points de départ (il a très vite renié la Suisse où il était né en 1887) comme les points d’arrivée. Il ne se sentait bien que dans l’entre-deux : sa patrie, c’était le mouvement. On l’a pour cela hâtivement classé dans les manuels en compagnie de Morand ou Larbaud. C’est un peu court : contrairement aux deux autres, ce qui compte pour lui dans le voyage, ce n’est pas le voyage, c’est l’amour.

À son sujet, l’histoire littéraire a souvent été vite en besogne : si Cendrars bourlingue, pour reprendre un autre de ses verbes totémiques, qui a donné le titre d’un de ses grands livres, ce n’est pas seulement pour découvrir le vaste monde dont il sent en ce début de vingtième siècle qu’il ne sera plus vaste très longtemps, mais pour se décentrer, pour n’être jamais là où on l’attend. Ce n’est pas la distance qui importe : on peut être très loin tout près. Certes, le jeune homme nommé Sauser a connu Moscou et New-York tandis que l’homme devenu Cendrars a presque fait du Brésil une patrie possible, mais on sent bien dans Bourlinguer, ce chant d’amour aux ports, que l’Ailleurs commence aussi bien à Brest, La Corogne ou Rotterdam qu’à « Paris-port-de-mer » où notre voyageur, soudain immobile, fait le nègre à la bibliothèque Mazarine en recopiant des romans de chevalerie.
Ne nous méprenons pas, cependant : cet éloge dialectique d’une absence qui permet de se retrouver n’exprime ni le dégoût de soi, ni le désir d’enracinement. Claude Leroy, le maître d’œuvre de cette édition, montre de façon lumineuse comment Cendrars joue avec les deux sens du verbe partir, qui signifiait aussi, il y a longtemps, partager, séparer et même se séparer de quelqu’un ou de quelque chose, c’est-à-dire accoucher.
Cendrars a voyagé, parfois, comme Michaux, par l’imagination, tout en refusant que le voyage soit un triste rendez-vous avec soi-même à l’autre bout du monde. Réel ou fantasmé, le voyage est à la fois la rencontre des autres – « Le monde est plein de Nègres et de Négresses / Des femmes des hommes des hommes des femmes » –, mais aussi la découverte d’un autre visage de soi. N’oublions pas qu’il a choisi son pseudonyme parce qu’il évoquait les cendres dont le phénix toujours renaît. Et des renaissances, il en a connu plusieurs.
La plus violente fut la guerre de 14, comme pour Apollinaire. Apollinaire et Cendrars ont d’ailleurs des destins parallèles et croisés. Apollinaire fera le portrait de Cendrars pour un galeriste et Cendrars écrira un hommage posthume à Apollinaire dès 1919. Tous deux sont des étrangers de langue française qui aiment la France. Tous deux le prouvent en s’engageant volontairement. Il est des renaissances dont on meurt : blessé à la tête, Apollinaire est trépané et emporté par la grippe espagnole. Quant à Cendrars, la guerre ne le tue pas mais le mutile. Le 28 septembre 1915, lors de l’assaut d’une ferme en Champagne, il est amputé du bras droit au-dessous du coude. Sa main d’écrivain, évidemment. Mais cette infirmité n’abattra pas le phénix, comme le montre le mot émerveillé et ironique de Picasso : « Cendrars, le poète qui est revenu de la guerre avec un bras en plus. »
Cendrars racontera cette guerre beaucoup plus tard, en 1946, dans La Main coupée, texte qui, avec Bourlinguer, L’Homme foudroyé et Le Lotissement du ciel, forme la tétralogie de récits de souvenirs rassemblés dans le volume de la Pléiade. Mais La Main coupée a une particularité, qui n’est pas mince. Cendrars est né à la littérature avec le cubisme, il est l’ami de tous les peintres de son époque qui comptent, et il y a chez lui une manière de cubisme littéraire qui fait exploser les formes pour en créer de nouvelles. La plupart du temps, il écrit comme il voyage, sans destination précise, sans plan préconçu – en tout cas c’est l’impression qu’il veut donner. On vagabonde, on extravague entre des fragments qui font se chevaucher les époques et les lieux, mêlent le vrai, le faux, le presque vrai, inventant une forme d’autofiction, le nombrilisme en moins. Sauf dans La Main coupée, récit sans fioritures d’une guerre qui est aussi une exploration des hommes, au travers de courts chapitres où l’horreur est tranquillement quotidienne.

Renaître encore, renaître toujours, voilà le seul voyage qui vaille. Pour l’accomplir, il faut avoir la morale d’un homme en cavale, d’un passager clandestin, d’un hors-la-loi définitif. Avez-vous remarqué que dans sur notre planète quadrillée par une surveillance électronique généralisée, il n’y a plus de cavale possible ? Les irréguliers sont vite repérés et arrêtés. Cendrars refuse d’être arrêté, à tous les sens du terme, comme l’indomptable Moravagine, personnage monstre d’un roman monstre. On ne s’étonnera donc pas de son goût pour François Villon, poète, truand et surtout homme à la biographie incertaine qui disparaît soudain des écrans radars du Moyen Âge sans que l’on sache quand et comment il est mort. Dans une préface de 1938 à un essai sur Villon qui ne verra jamais le jour, Cendrars expliquait son identification fraternelle à l’auteur de la Ballade des pendus : « Comme lui n’ayant pas terminé mes études, les ayant à peine ébauchées, comme lui me délectant de mes mauvaises fréquentations, et m’étant mis (…) hors de la cité, délibérément hors de la patrie pour mieux me connaître ou, ce qui revient au même, vivre, perdre ma vie avec les hommes. »
Apollinaire écrivait dans Calligrammes : « Je chante la joie d’errer et le plaisir d’en mourir. » Cendrars aurait pu chanter « la joie d’errer et le plaisir d’en renaître ».




Œuvres autobiographiques complètes de Blaise Cendrars (édition publiée sous la direction de Claude Leroy), La Pléiade, 2013.
Album Cendrars (iconographie choisie et commentée par Laurence Campa), La Pléiade, 2013.

La matinée

-Valloton? -Valloton...-Elle te rappelle quelqu'un?-Evidemment.



"Tout le plaisir des jours est en leur matinée."
Malherbe

samedi 7 septembre 2013

Au chic communiste,13

Jeune femme sandiniste toujours plus belle, Nicaragua, circa 1980

"Et souviens toi que je t'attends..."

vendredi 6 septembre 2013

Eloge de Christiane Taubira

La droite sera toujours la droite.
On a beau dire. 
Conne, raciste, vulgaire, trouillarde, prête à vendre son cul à la première puissance étrangère venue du moment que ça éloigne d'elle le spectre du Rouge. "Plutôt Hitler que le Front Populaire" qu'elle disait. Se souvenir de ce slogan, toujours, quand vous croisez le regard torve de Guillaume Peltier ou de Patrick Buisson, ou d'un de ces ectoplasmes hébéphrènes de la droite forte, de la droite populaire ou de la droite de mon sboub.
On aurait aujourd'hui tendance à oublier ces banalités de base devant le polissage des discours et la pensée unique en matière économique, sociale, européenne. Ils (socialistes et uèmepistes) seraient finalement tous pareils, ou presque. Même si la manif pour tous a quand même montré que Turreau n'avait pas forcément fini le boulot en 1793. (Oui, n'oubliez jamais, quand la République ne réagit pas très vite avec des Turreau, elle se fait sodomiser par des Thiers et des Pétain)
C'est pour cela finalement que j'aime beaucoup Christiane Taubira.
Quand Christiane Taubira apparait devant un droitard, c'est comme un crucifix brandi face à un vampire. Le droitard se roule à terre, fume, éructe, vomit,  cloquise, gémit, purule, pustule, crie, hurle, bave, piaule. 
Et c'est bon de voir sa détresse psychologique, sa nullité morale, sa vacuité intellectuelle, sa terreur reptilienne. Une bonne femme, noire en plus, qui marie les pédés et annonce tranquillement qu'en matière pénale, la prison n'est pas la panacée. Pas très mode, ça, après  quinze ans de sarkolepénisation des esprits.
Christiane Taubira est ou a peut-être été indépendantiste guyanaise, communautariste, multiculturelle, toutes choses qui agacent l'archéo-jacobin lyrique que je suis, il n'empêche que j'adore sa façon de nous révéler la vraie nature du droitard. Elle fait craquer son vernis de respectabilité et on voit alors resplendir, triomphale, une connerie meurtrière à front de taureau dont émane l'odeur douceâtre des charniers feutrés.

jeudi 5 septembre 2013

Et en même temps...

"Je sais que ma vie sera un continuel voyage sur une mer incertaine."
 Nicolas de Staël, 1937

et en même temps

"Le temps est beau, la campagne est verte, le soleil est chaud. J'ai une chaise longue épatante."
Raoul Dufy, 1907

mercredi 4 septembre 2013

Et rien ne sera pardonné



Vous retrouverez ce poème dans Sauf dans les chansons (Table Ronde, mars 2015)

mardi 3 septembre 2013

Le charme des chanteurs tristes.

Si vous n'avez pas encore lu Le charme des penseurs tristes de Frédéric Schiffter (Flammarion), il n'est jamais trop tard pour bien faire. Peut-on être révolutionnaire, voluptueux et mélancolique? Grâce à Frédéric Schiffter, je sais que c'est possible, en la personne de Marie-Jean Héraut de Séchelles.
En attendant, écoutons du doo wop dont la qualité de tristesse toujours étonne comme si ces voix qui tournaient dans la nuit se brûlaient à son feu. 
Ecoutons en particulier The Edsels, incarnation presque canonique de l'esthétique doo wop. Il est question ici de compter les larmes, ce qui est par les temps qui courent un sacré boulot.
Enjoy.

lundi 2 septembre 2013

Michel Gueorguieff est mort.

C'est l'ami Sergueï Dounovetz, son voisin de Montpellier, qui m'a appris la nouvelle. 
Michel Gueorgieff est mort ce matin. C'était cet amoureux du polar qui avait fait du festival de Frontignan, le Firn, depuis seize ans, début juin, un des grands rendez-vous du genre.
Grâce à lui, j'ai pu rencontrer pas mal d'auteurs, des Français mais aussi des étrangers. Elmore Leonard, qui vient de le précéder au paradis du Noir mais aussi Dennis Lehane ou encore Tim Willocks. 
Bref, du caviar.
Au fil des années, j'avais apprécié la bonhomie, la finesse et le goût très sûr de l'homme. Et puis, insensiblement, une vraie sympathie s'était installée entre nous. Je me souviens notamment d'une nuit passée à boire et discuter, en compagnie de Sergueï aux Templiers de Collioure, au milieu des toiles cubistes ou d'une intervention, toujours avec Sergueï et Michel à la prison de Béziers. 
Son humour ravageur conjugué à la gentillesse va vraiment, mais alors vraiment, beaucoup me manquer.

dimanche 1 septembre 2013

Electrophone, rentrée des classes et mélancolie

Grâce à mon électrophone, je n'aurai pas peur de l'automne.
Et pour demain, du bon doo wop stéréophonique