samedi 30 mars 2013

Dans l'hacienda



-C'est un truc comme ça que j'écouterai, dans l'hacienda, juste avant l'assaut final des zombies! dit Charlie en reposant son verre vide de Laphroaig et en faisant signe au barman de rhabiller les orphelins.
-Ce n'est pas mal, effectivement.
-Et la seule question que l'on aura à se poser, reprit Charlie, c'est de savoir si on aura assez de munitions pour l'écouter jusqu'au bout.
-On fera tout pour, Charlie, je te le promets, on fera tout pour.

vendredi 29 mars 2013

Vendredi Saint

"L'humanité est-elle menacée de mort, oui ou non? Ce qu'on veut nous faire prendre pour la crise du régime capitaliste n'est-elle pas une crise de la civilisation toute entière? Non pas que nous ayons jamais pensé à identifier capitalisme et civilisation."
Georges Bernanos, La France contre les robots.


mercredi 27 mars 2013

Bon anniversaire, René!

Parvis de la basilique San Clemente, Rome, 30 décembre 2012
C'est aujourd'hui l'anniversaire de mon ami Emmanuel Errer, alias Jean Mazarin, alias Charles Nécrorian. De son vrai non René Rey.
Il était un de ces forçats de l'underwood qui vous écrivait en quinze jours des polars, des romans d'anticipation ou d'espionnage au Fleuve Noir de la grande époque sans compter à la Série Noire quand  elle était encore une collection de poche.
Deux titres, dans son abondante bibliographie? Collabo Song, au Fleuve, grand prix de la littérature policière en 1983, réédité plusieurs fois depuis, sous le nom de Jean Mazarin. Et puis aussi Descente en torche (SN, 1974). C'est vraiment parce qu'il ne faut en citer que deux. Il faut savoir que l'imaginaire de René, son efficacité narrative, son goût pour l'Histoire, son sens du fantastique en font un des grands de la littérature populaire.
 L'excellente maison Rivière Blanche lui a demandé de renouer avec sa veine gore. Cela a donné Plaques chauffantes, publié fin 2012. On vous le recommande, évidemment.

L'an 01 a quarante ans. Et toutes ses dents.

Vous avez l'impression d'être cerné entre Chypre et les premiers hivers glaciaires du réchauffement climatique (on expliquera avec un peu de physique élémentaire ce qui n'est un paradoxe que pour les cons de droitards), le chômage de masse et la résurgence de la droite "Ordre Moral et Guerre aux Pauvres."?
Moi aussi.
Mais il y aurait bien une solution: "On s'arrête, on réfléchit, on fait un pas de côté. "
Il y a quarante ans la BD de Gébé L'an 01 était adaptée au cinéma par l'auteur mais aussi par Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch. C'était foutraque, drôle, intelligent, c'était une grande bouffée utopiste.
"On s'arrête, on réfléchit, on fait un pas de côté."
Les contextes de 1973 et 2013 sont différents? Sans doute, même si 73 marquait le début de la crise qui nous tue aujourd'hui.
"On s'arrête, on réfléchit, on fait un pas de côté"
Je ne vois pas d'autres programme politique viable pour arrêter les fous furieux de l'économie spectaculaire marchande et de l'ethnolibéralisme.
"On s'arrête, on réfléchit, on fait un pas de côté."
Une prise de conscience massive, collective et soudaine: comme une résurrection. Ca tombe bien, c'est bientôt Pâques.



lundi 25 mars 2013

Christine Boutin est tombée par terre...

...manifestement, c'est pas la faute à Voltaire.

dimanche 24 mars 2013

Merci la droite!

A la longue, on aurait presque oublié, sous la dictature austéritaire qui martyrise actuellement  les peuples européens, qu'il y avait quand même quelques différences entre les droitards et la gauche. 
J'ai beau préférer la lecture de Drieu et de Bernanos à celle d'Angot et de Duras, au bout du compte, le monde tel que le conçoit Taubira est tout de même moins écoeurant que celui de Copé. 
Entre les manifestants de ce dimanche, -toujours les mêmes têtes de morts depuis la Semaine Sanglante-, et l'hallucinante violence des responsables de l'UMP contre le juge Gentil qui a mis en examen Sarko -j'avais l'impression d'être dans un film de Boisset, genre Le Juge Fayard dit le shérif-, on a retrouvé ce mélange putride typique de la droite française qui brandit l'Ordre Moral mais se croit, dans le même temps, au-dessus des lois. L'avortement, tiens, ce sont les mêmes gueules d'empeigne aujourd'hui contre le mariage gay qui hurlaient contre les salopes et Simone Veil, qui laissaient crever la bonniche avec une aiguille à tricoter mais envoyait fifille qui avait fauté avec son cousin faire la même chose proprement en Angleterre.
C'est bien, finalement,  la droite, quand elle redevient clairement ce qu'elle est: un ennemi de classe.
En attendant, un aperçu du monde une fois ces pantins balayés par la furie prolétarienne et un seul mot d'ordre: rendez-vous à Zabriskie point.


samedi 23 mars 2013

Vers une politique de la douceur

Quand j'écoute Françoise Hardy, je me dis toujours qu'il devrait être possible de penser une politique de la douceur qui ne soit pas une politique de la mièvrerie ou du gnangnan.
Bachelard appelait cela l'heure du repos et puis Hegel, qui n'était pas un doux, parlait du dimanche de la vie. Le communisme enfin réalisé, dans notre esprit, sera une politique de la douceur. Vous pouvez toujours rigoler: en attendant, entre le Sermon des Béatitudes et Le manifeste du Parti Communiste, il n'y a rien. Rien du tout. 
Parce qu'il va bien falloir, aussi et d'abord, apprendre de nouveau à s'aimer et à le dire, une fois qu'on en aura terminé avec l'économie spectaculaire-marchande par tous les moyens, même légaux. On peut même penser que la douceur sera une arme effrayante à opposer au capitalisme saturnien et à son cache sexe, l'ethnopopulisme.
Une politique de la douceur, une politique du dimanche de la vie. 


vendredi 22 mars 2013

La vengeance de la princesse

On savait qu'une des caractéristiques de Sarkozy avait été, pour marquer sa proximité avec le peuple, de mépriser ostensiblement ce qui l'émancipe, c'est à dire la culture générale. Il était, il faut le reconnaître très bien secondé par sa ministre des Finances de l'époque, l'actuelle présidente du FMI, qui avait eu cette phrase historique (on oublie trop vite dans l'amnésie galopante de notre présent perpétuel médiatique): "Mais c'est une vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense.  Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C'est pourquoi j'aimerais vous dire : assez pensé maintenant. Retroussons nos manches."
Une des principales victimes de cette chasse à l'intelligence avait été, on s'en souviendra peut-être, La Princesse de Clèves. A trois reprises au moins, l'ex-président s'en était pris avec sa délicatesse coutumière à ce roman fondateur  comme à un symbole archaïque: "L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur “La Princesse de Clèves”. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de “La Princesse de Clèves”... Imaginez un peu le spectacle ! » 
C'était la première rafale, pendant la campagne de 2007. Exploit typiquement sarkozien, se retrouvaient englobés dans un même mépris synthétique au moins trois personnes en une seule tirade. Le rédacteur des sujets du concours, incapable de comprendre ce qu'il fallait demander aux candidats, la guichetière condamnée à guicheter dans sa catégorie C et ayant sans doute seulement  les moyens intellectuels de lire Voici et de mettre un bulletin UMP dans l'urne parce ce qu'elle, au moins, elle se lèvait tôt et qu'elle voulait travailler plus pour gagner plus au lieu de lire des vieilleries que personne ne comprend, même pas le président. Et troisième victime, La princesse de Clèves, elle-même, qui prenait sa première baffe alors qu'elle n'y était pas habituée, d'abord par ce que c'est une princesse et ensuite parce que depuis quatre siècles, on la considérait comme un chef-d'oeuvre d'analyse psychologique, de délicatesse amoureuse et, l'air de rien, par sa revendication à l'amour courtois et à la liberté du désir, comme un texte féministe avant l'heure.
Bon, quelques années après,  notre ex-président qui rêvait déjà d'un retour en politique, se retrouve mis en examen pour "abus de faiblesse". Les abus de faiblesse concernent souvent les personnes âgées. En l'occurrence, on ne reproche pas à Sarkozy d'avoir abuser de La princesse de Clèves, qui n'est pas âgée puisque comme tous les chefs-d'oeuvres, elle ne vieillit pas mais de la richissime Liliane Bettancourt.  La réaction incroyablement brutale des amis de Sarkozy fait d'ailleurs douter qu'ils soient des amis. Les attaques  démesurées contre la magistrature risquent plutôt d'énerver les Français qui vont se demander si par hasard un ex-président ne serait pas au-dessus des lois.
Le plus drôle, c'est que l'on pourrait voir dans cette mise en examen une vengeance de la princesse de Clèves elle-même. Madame de Lafayette, qui est l'auteur du roman, écrivait déjà à ce propos, comme nous le rappelle notre ami le philosophe Frédéric Schiffter, dans une lettre à La Rochefoucauld le 18 février 1679: "N’ayez crainte, mon ami, je n’ai point pris ombrage des mots avec quoi ce ministre a tenté de ternir La Princesse de Clèves.(...)Qui, à Paris, donnerait crédit au jugement d’un homme sans goût pour les choses de l’esprit, uniquement attaché à cette ferblanterie d’apparat dont il croit nécessaire de s’accoutrer pour prouver la petite hauteur de sa condition?"
Avouez, tout de même, que c'est troublant et que l'on peut se demander si le fantôme de la belle princesse outragée ne planait pas dans le cabinet du juge Jean-Michel Gentil?

jeudi 21 mars 2013

Librairie Entropie

Il s'agit de l'établissement tenu par un de nos plus anciens abonnés, inlassable travailleur du négatif et garçon charmant.
Nous nous demandons parfois à quoi riment nos vies éphémères (et il est déjà si tard) qui nous tiennent, si longtemps et pour si peu de choses, éloignés des bouquinistes, des bars, des plages, du Côte-Rotie de Jean-Michel Stephan, d'un profil de jeune fille naxiote sur l'Egée et d'une édition originale de Chardonne ou du numéro 5 de la Série Noire, qui vaut bien celui de Chanel.

Librairie Entropie
Du mardi au samedi de 13h à 19h30
198, boulevard Voltaire 75011 PARIS
01 43 48 83 25

Librairie d'occasion par efilms

Et n'oubliez pas, un livre épuisé n'est pas nécessairement un livre fatigué. Au contraire, même.

mercredi 20 mars 2013

Un été en Norlande

video

L'expérience (effrayante) du meurtre dans l'ascenseur


Paru dans L'Humanité du jeudi 14 mars (supplément
L’expérience (effrayante) du meurtre dans l’ascenseur.


Une agence de communication américaine vient de se livrer, pour promouvoir un film, à une forme de publicité un peu effrayante. Déjà, moi, au départ je trouve que les mots « agence », « communication », « américaine » et « publicité » sont des mots effrayants. Mais revenons à nos moutons.  Cela s’appelle « L’expérience du meurtre dans l’ascenseur » et c’est fait sur le principe de la caméra cachée, sauf que ça ne fait pas rire. En même temps, la caméra cachée, ça ne m’a jamais fait rire car ça ressemble un peu trop à la télésurveillance. « Caméra », « cachée », « télésurveillance », encore trois mots qui sont effrayants. 
A l’occasion, il faudra que je pense à écrire un Dictionnaire des mots effrayants. On n'en manque pas, par les temps qui courent, les mots effrayants.  
Au hasard, « géolocalisation », « libéral », « flexibilité », « modernisation », « surgelé », « Valls ».
Vous voyez, ça risque d’être un gros dictionnaire.
Donc, l’agence de communication a tourné une vidéo qui circule sur le Net et qui s’appelle « L’expérience du meurtre dans l’ascenseur ». Le principe est simple. Un homme à tête de tueur en étrangle un autre dans un ascenseur au moment où vous entrez.
Quelle est votre réaction ? On voit celle d’une dizaine de gens ordinaires. Il y a les courageux et les courageuses qui prennent un extincteur ou un sac à main pour essayer d’arrêter l’agresseur. Mais les autres, au choix, repartent comme si de rien n’était, se sauvent en courant ou même prennent des photos avec leur smartphone. (Penser aussi à mettre « smartphone » dans le dictionnaire des mots effrayants.)
Bon, quel est le but de cette vidéo promotionnelle, sinon de nous culpabiliser et de nous montrer que nous sommes tous des salauds ? Personnellement, je trouve cette méthode presque aussi répugnante que le livre-intox de Laurent Obertone, la France Orange mécanique, sur l’ « insécurité ». (Rajouter « Obertone » dans la liste des mots effrayants.) Parce que sincèrement, à qui ça va arriver d’entrer dans un ascenseur et de voir un type en assassiner un autre ?
En revanche, tous, collectivement, depuis quelques temps, nous assistons à des assassinats quotidiens : celui du combat syndical, celui du code du travail, celui du départ en retraite à 60 ans, celui du droit de vote des étrangers aux élections locales, celui d’une loi contre les licenciements boursiers.
Cela ne se passe pas dans un ascenseur new-yorkais, cela a lieu tous les jours. 
En France.
Et j’aimerais bien ne pas avoir à mettre « France » dans le dictionnaire des mots effrayants.


Jérôme Leroy

dimanche 17 mars 2013

Frédéric Berthet ne s'en va pas

Evidemment, nous croyions avoir déjà lu, au moment de leur parution Felicidad et Paris-Berry de Frédéric Berthet, rééditées aujourd'hui par la Table Ronde en Petite Vermillon. Il nous les avait envoyés en SP, on avait dû déjeuner ensemble un peu après. Je pensais déjà, à ce moment-là, 1993, que Frédéric était un très grand écrivain. Depuis Daimler s'en va, en fait, (1988).
Ce qui caractérise décidément les chefs-d'oeuvres, Barthes disait ça à propos de Proust, c'est que l'on ne saute jamais les mêmes passages.
Je suis étonné, vingt ans après, de ne pas avoir été plus marqué par cet extrait de la nouvelle "Un point de vue divin" dans Felicidad.
Il résume très exactement ce que je pense aujourd'hui de la question. Au point d'avoir envie d'en faire une devise:


"La ville soudain avait une bonne odeur, à la fois verte et métallique. La vie recommençait. Tout était drôle, léger, amusant. Il savait bien que tout ce que la littérature lui prenait, elle était forcée de lui rendre de temps en temps."


"Forcée de lui rendre de temps en temps..." 

Oui, quand même.

vendredi 15 mars 2013

Devant elle


Hardy - Voila par daaal01


Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons de nouveau conscience de la beauté et du bonheur. 

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs

jeudi 14 mars 2013

Je suis un point commun

Quel est le point commun entre le nihilisme joyeux de Roland Jaccard et la mélancolie sarcastique de Patrick Besson?
En toute simplicité: moi.
Dans le gros volume des critiques littéraires de Besson, Avons nous lu? (Fayard) couvrant la période 2001-2009, il y a un papier sur Comme un fauteuil voltaire dans une bibliothèque en ruine. Entre l'article paru dans Nice Matin et sa version actuelle, Besson a retiré une comparaison avec Maïakovski et une autre avec Houellebecq. Il a eu raison. C'était too much. Pour le reste, il dit du bien. Ce qui n'est pas évident chez lui, très à l'aise dans la descente comme d'autres sont à l'aise dans les indécentes.
Roland, lui, voyage plus léger dans Ma vie et autres trahisons(Grasset): il évoque ses rencontres et ses lectures. Je fais partie des deux catégories. Il est d'une bienveillance coupable et charmante pour ma Physiologie des lunettes noires. Et dans le Jaccard-Express, Tokyo-Lausanne-Paris, en plus, je me retrouve en bonne compagnie: des japonaises jeunes et jolies, Jacques Chessex, Cioran et Yi Sing, poète coréen des années 30, une découverte improbable et magnifique, typiquement jaccardienne (cf son triple tropisme pour l'Asie, le pessimisme et la beauté.)


mercredi 13 mars 2013

mardi 12 mars 2013

Le visage hideux du collectivisme (portugais)

Et en plus, Elvas est une jolie ville, toute blanche sous le soleil de l'Alentejo

 Vencer a troika!

dimanche 10 mars 2013

L'échappée belle



Ces expressions qui enchantent, surtout quand on les prend littéralement, par un hiver trop long, trop froid, trop gris.

vendredi 8 mars 2013

Le dialogue social, c'est maintenant.


Que le Medef fasse dans son benne à l'idée de la pourtant bien timide loi sur l'amnistie des syndicalistes  est finalement dans l'ordre des choses. 
Que les journalistes larbinisés et cette engeance, à peine moins répugnante que l'assassin d'enfant, constituée par les éditorialistes économiques à la tévé avec leur fausse arrogance d'experts suceurs de patrons l'est tout autant, dans l'ordre des choses.
Que la CFDT, qui paraît-il est un syndicat, signe l'ANI (TINA aime les sucettes à L'ANI) peut choquer mais il faut savoir que la CFDT est persuadée que patronat et travailleurs sont des forces égales.  Alors que l'histoire des luttes en France prouve que tout ce que la classe ouvrière a obtenu, ce n'est pas en le demandant poliment mais par de puissants bourre-pifs et plus si affinités. Et qu'en dernière analyse, la bourgeoisie a de tout temps préfèré Hitler au Front Populaire et la Semaine Sanglante à une augmentation du SMIC.
Mais tout de même, se dire que la phrase suivante, après la colère des Good Year d'Amiens face aux CRS, à Rueil-Malmaison : "Je condamne très fermement cette violence qui n'a rien à voir avec l'idée que je me fais du syndicalisme qui est pratiqué en général par les syndicats de notre pays" vient d'un ministre de l'Intérieur qui annonce des suites judiciaires et qui aurait encore sa carte au Parti Socialiste, ça surprend toujours un peu.
Nous affirmons donc ici, dans notre zone chaviste libérée, un soutien inconditionnel non seulement aux ouvriers de Good Year mais à tous ceux qui pourraient décider, dans les semaines, les mois et les années qui viennent, qu'il vaut mieux une fin effroyable à un effroi sans fin en choisissant la violence révolutionnaire comme réponse à la violence de l'économie spectaculaire marchande.
Et pour nous détendre un peu, des gens nus qui dansent et préfigurent la beauté du monde une fois qu'il aura été lavé par la furie prolétarienne et qu'il aura retrouvé sa pureté fraîche et lumineuse, comme dans une aube d'été. 





mercredi 6 mars 2013

Tombeau pour l'homme qui aimait Don Quichotte

paru sur Causeur.fr





Je ne suis pas très en forme : en 2008, quand j’avais fait paraître mon roman La minute prescrite pour l’assaut, qui racontait une fin du monde et dont Elisabeth Lévy avait rendu compte ici, je l’avais dédié à Hugo Chavez et Amy Winehouse. On ne dédie pas ses romans à n’importe qui. Si Chavez et Amy m’ont servi de figures tutélaires en ces années 2000 où la cruauté du talon de fer financier se faisait sentir comme jamais, c’était parce qu’il me semblait que chacun à leur manière participait d’un temps où il fallait savoir désespérer jusqu’au bout (Amy, la princesse du négatif) pour mieux pouvoir rebondir dans l’action historique et le refus de la fatalité (Hugo Chavez, le bolivarien).
Amy est morte d’overdose à l’été 2011. Et aujourd’hui, c’est Chavez qui s’en va. Si l’on sait, depuis Aragon, que la mort n’éblouit pas les yeux des partisans, elle brouille les yeux  de ceux pour qui cette mort est un deuil collectif et personnel comme la chute de Constantinople pour la princesse Bibesco. Il y avait des centaines de milliers de personnes, cette nuit, dans les rues de Caracas.
Chavez était systématiquement présenté comme un dictateur chez nous. Sauf quand il gagnait les élections, parce qu’il y avait souvent des élections au Venezuela, beaucoup même pour une dictature. 14 scrutins en 13 ans dont quatre élections présidentielles. Hugo Chavez venait d’ailleurs de gagner la dernière en 2012. Précisons que toutes les élections au Venezuela ont été surveillées par des batteries d’observateurs internationaux et que la seule que Chavez a perdu d’un rien était un référendum sur la constitution. Et, chose étrange pour nous Français, bien que ce résultat ne lui plut pas, il ne refit pas passer sa réforme constitutionnelle en catimini devant le parlement.
J’ai toujours aimé les militaires d’extrême gauche. C’est déroutant pour le sens commun, comme un oxymore de Cioran ou une métaphore de Morand. Un militaire, normalement, ça ne fait pas de révolution, ça les empêche. Pas besoin de remonter aux généraux Franco et Pinochet pour se le rappeler. Il y a pourtant des exceptions, notamment dans les pays où l’armée, pour un enfant pauvre, est la seule solution pour faire des études et connaître une ascension sociale. On a connu ça en Europe. Le 25 avril 1974, ce furent de jeunes capitaines nourris à Marx et à Stendhal qui renversèrent la plus vieille dictature de droite en Europe, le Portugal salazariste de Caetano, usé dans des guerres de décolonisation au Mozambique, en Angola et en Guinée. Pour le Venezuela, c’était la même chose. C’est pourquoi Chavez, issu d’une famille pauvre, choisit l’armée et tenta un putsch en 1992 avec les mêmes idées qu’il vient d’emporter dans l’au-delà. Il rata son affaire, fit deux ans de prison et reprit le combat, démocratiquement, cette fois.
On oublie la situation dans laquelle Chavez arrive au pouvoir, en 1998. L’Amérique Latine crevait sous le poids de la dette et le "consensus de Washington", cette troïka composée du FMI, de la Banque Mondiale et du Trésor américain, forçait depuis dix ans les gouvernements à appliquer des mesures  directement inspirées de la pensée ultralibérale de l’école de Chicago. Le résultat était que des pays potentiellement riches se retrouvaient peuplés de pauvres. On voit des paradoxes de ce genre-ci en Europe, non? Comment peut-on rationnellement expliquer que des pays riches soient pauvres et, en prenant par exemple le Venezuela d’avant Chavez, que le onzième pays producteur de pétrole ait été analphabète et ait littéralement crevé de faim ? On ne me répond pas non plus, par exemple,  quand je demande pourquoi l’Argentine, avant le couple Kirchner, s’est retrouvée en 2002 dans une crise sans précédent avec émeutes de la faim et pillages, alors que le pays avait appliqué, précisément, les règles édictées par le consensus de Washington.
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Me revient, tout à coup, en pensant à Chavez, cette phrase de Dom Helder Camara, l’un des fondateurs de la théologie de la libération : « Quand je donne à manger aux pauvres, on dit que je suis un saint; quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on me traite de communiste ».  

 Car Chavez avait autant besoin de Marx que du Christ, de Bolivar que de Cervantes pour mener sa révolution qui passait d’abord par les urnes. En juillet 2006, j’étais au festival international de la semaine noire de Gijón, en Espagne. Il y avait tout le gratin des auteurs de romans noirs latino-américains. J’appris ainsi par Paco Ignacio Taïbo II, organisateur et grand écrivain mexicain, que Chavez venait de faire distribuer par camions entiers des exemplaires de Don Quichotte dans les quartiers pauvres, ceux où se développaient les programmes éducatifs et sanitaires qui ont amélioré, c’est le moins qu’on puisse dire, la vie des Vénézuéliens. 
Luc Rosenzweig objectera que tout ça, c’est grâce au pétrole. Sans doute, sûrement même. Et alors ? Il y a pas mal de pays qui ont beaucoup de pétrole et qui vivent toujours dans une misère effrayante. Demandez aux Nigérians, par exemple, où les compagnies pétrolières se gavent, s’ils n’aimeraient pas voir apparaître un Chavez africain ?
L’ami Luc, pour qui je dois faire partie du camp des pleureuses, souligne encore son népotisme, son clientélisme, la corruption qui régnerait. Je ne suis pas sûr que les pauvres soient une clientèle. Plutôt une exigence. 
Que certaines élites se soient sucrées au passage n’a manifestement pas empêché l’amélioration globale du niveau de vie. Et puis il n’y pas d’amour, seulement des preuves d’amour. Si cette corruption avait été insupportable, les  Vénézuéliens auraient dit « Basta » dans les urnes. Ils ne l’ont pas fait et même en 2002, alors que Chavez était victime d’un putsch mené par le patron des patrons, le peuple l’a ramené au palais présidentiel en moins de 24 heures.
Je laisse à d’autres le soin de détailler le bilan. Le soutien aux dictatures syrienne, libyenne et iranienne ne m’enchante pas. La logique anti-impérialiste n’excuse pas tout. À peine pourra-t-on remarquer que certains de ces tyrans ont été reçus chez nous. Mais chez nous, ça s’appelle de la « realpolitik ». Nuance.
Ce que je sais, c’est qu’il ne devait pas faire peur à ses voisins. L’expérience de Chavez s’est exportée en Bolivie, en Equateur, en Argentine, au Nicaragua, en Uruguay. C’est sans doute ce qu’on ne lui pardonne pas. Même au Brésil, souvent présenté comme un exemple de « deuxième gauche » par rapport à l’expérience bolivarienne. La présidente Dilma Rousseff qui a succédé à Lula vient de lui rendre hommage en disant que sans lui rien n’aurait été possible.
On n’a jamais été très indulgent avec Chavez. Il vient de mourir en période de Carême après avoir voulu rentrer dans son pays pour quelques jours d’agonie. Il semble qu’il ait vraiment aimé son pays, qu’il ait vraiment voulu lui rendre sa fierté et en faire un modèle comme en témoigne sa prière, – comment appeler ça autrement ? – prononcée publiquement l’année dernière, avant son ultime bataille électorale qui coïncidait avec son ultime bataille contre la maladie : « Je dis à Dieu, si ce qu’on a vécu n’a pas été suffisant, s’il me manquait cela, d’accord, mais donne-moi de la vie, fût-elle vie brûlante, vie douloureuse, peu m’importe. Christ, donne-moi ta couronne, donne-la moi, c’est moi qui saigne. Donne-moi ta croix, cent croix, je vais la porter. Mais donne-moi de la vie, car j’ai encore des choses à faire pour ce peuple et pour cette patrie. »
Oui, décidément, je ne regrette pas de lui avoir dédié un roman. À demain, Chavez…

mardi 5 mars 2013

A demain, Chavez!

La "zone chaviste libérée" comme on appelle parfois Feu sur le Quartier Général, fondée en 2009 avec Chavez comme figure tutélaire, vient d'apprendre la triste et hélas inévitable nouvelle. Mais la révolution bolivarienne continue, seule expérience actuellement en cours, dans ce monde dévasté par le capitalisme, de transition démocratique vers le socialisme réel.
Et pour l'avoir initiée, merci camarade président et à bientôt!
Hugo Rafael Chavez Frias, président de la république bolivarienne du Venezuela
28 juillet 1954-5 mars 2013

lundi 4 mars 2013

Vers l'Ouest, vers l'Ic: 7 mars, 20H30

Jeudi 7 mars à 20H30, on sera l'invité de la Noiraude, à Pordic, Côtes d'Armor, à l'initiative de l'excellent Frédéric Prilleux qui aime tellement la nouvelle noire francophone que la médiathèque de l'Ic est en passe de devenir le fonds de référence sur la question. Il est aussi, ce charmant jeune homme, un des organisateurs du festival de Lamballe, où l'on a toujours passé de très bons moments.
Donc, Bretonnes, Bretons, Normandes, Normands, Ouestiennes, Ouestiens, on vous espère.
Pour des détails sur la venue de votre serviteur et ce qu'on lui réserve, on vous renvoie au blog de la Noiraude, qui est très bien fait.
Et puis la mer en Bretagne, il n'y a qu'elle qui ne change pas puisqu'elle change tout le temps comme le disait (citation très approximative, je sais) Chateaubriand. Dont la médiathèque de l'Ic a toutes les nouvelles noires inédites.

Théologie de la libération

"Quand je donne à manger aux pauvres, on dit que je suis un saint; quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on me traite de communiste."
Dom Hélder Câmara, archevêque de Recife (1909-1999) 

Dom Hélder ne sera pas le prochain pape. D'abord parce qu'il est mort et ensuite parce que la théologie de la libération n'a as été la tasse de thé des deux précédents.

samedi 2 mars 2013

Courage.

La loi d'amnistie des syndicalistes a finalement été votée au Sénat dans des termes très insuffisants mais c'est un premier pas. Les mineurs des grèves de 48 et 52 dont sept sont encore vivants ont été symboliquement amnistiés bien que la loi votée couvre la période entre 1er janvier 2007 et le 1erfévrier 2013. Il n'est jamais trop tard pour bien faire et plus de soixante après, il est donc reconnu qu'on a toujours raison de se révolter. 
Alors que le discours de Valls vise à continuer dans la droite ligne sarkozyste de criminalisation de toute résistance un peu ferme d'une classe ouvrière poussée au désespoir,  les sénateurs lui ont dit non par deux voix d'avance.
Ce faible écart n'est qu'un répit. Il montre surtout que lorsque que la situation devient compliquée pour l'économie spectaculaire marchande, celle-ci, qui se présente habituellement comme l'amie des libertés publiques, trouve soudain normal de montrer son vrai visage: celui de la domination policière, du fichage systématique et des lois d'exception qui lui permettra, le temps venu, de faire tirer dans la foule pour respecter la règle des 3%
Bref, il fait mauvais temps.


Réponse de Robert Doisneau, auteur de la photo ci-dessus,  au questionnaire de Marcel Proust: "Quels sont vos héros dans la vie réelle? -Les syndicalistes anonymes."