mercredi 30 janvier 2013

Veuillez prouver que vous n'êtes pas un robot



Voight-Kampff En raison d'une invasion de spams parmi les commentaires anonymes modérés à priori, Feu sur le quartier général informe ses aimables abonnés que pour commenter ici, ce qui est toujours un plaisir pour nous, il sera nécessaire désormais d'en passer par une étape idiote et un peu fastidieuse: il faudra taper une série de chiffres et de lettres arbitraires prouvant que vous savez lire, donc que vous n'êtes pas un robot. 
Comme si nous ne connaissions pas tous des robots qui lisent et même qui écrivent, mais c'est un autre problème. 
Cette mesure est nous l'espérons provisoire. Dès que la fréquence de ces spams baissera, nous reviendrons à la procédure antérieure. 
Et puis nous ferons évidemment fusiller les responsables de cette tentative de déstabilisation de la seule zone chaviste libérée de la blogosphère avec marxisme, vins naturels, bolivarisme, filles qui dansent et éditions originales à disposition de tous.

lundi 28 janvier 2013

Machines à remonter le temps

Si le capitalisme mettait décidément trop de temps à tomber, si la déraison marchande et ses conséquences, choc des civilisations, guerres, catastrophes écologiques devenaient l'horizon indépassable de notre avenir, il resterait la machine à remonter le temps.
Ce modèle-ci ne manque pas d'un certain charme même si son fonctionnement peut se révéler aléatoire. En même temps, l'important, c'est de partir. Son carburant semble être le chagrin d'amour, c'est à dire qu'il est rare er hors de prix. Les chagrins d'amour ont en effet disparu pour la plupart avec le silencieux triomphe de la société spectaculaire diffuse. 
Il en reste sûrement quelques uns, mais ils doivent se cacher.
Nous vous présenterons, bien sûr, d'autres modèles.

Je t'aime, je t'aime, un film de Resnais sur un scénario de Jacques Sternberg.

samedi 26 janvier 2013

Précautions juridiques, revanches poétiques.

On s'aperçoit finalement qu'il a toujours été un peu dangereux de parler de la réalité pour un romancier et d'être témoin de son temps davantage que de son nombril. La judiciarisation, qui fait peser aujourd'hui sur la littérature une censure a-priori (on vous racontera un jour les misères qu'ont pu faire peser avocats et services juridiques sur Le Bloc), ne date pas d'hier comme le montrent les deux citations qui suivent. C'est en relisant Le Rouge et le Noir que l'on a trouvé la première qui par effet de ricochet nous a rappelé la seconde.

En même temps, le paradoxe, c'est ce que Baudelaire appelait "la jouissance éternelle de la contrainte": on est obligé de ruser, de transposer, de transmuter, de masquer, de jouer. Et la littérature ne demande pas autre chose pour jouir encore plus.

"L'inconvénient du règne de l'opinion, qui d'ailleurs procure la liberté, c'est qu'elle se mêle de ce dont elle n'a que faire; par exemple: la vie privée. De là, la tristesse de l'Amérique et de l'Angleterre. Pour éviter de toucher à la vie privée, l'auteur a inventé une petite ville, Verrières, et quand il a eu besoin d'un évêque, d'un jury, d'une Cour d'Assises, il a placé tout cela à Besançon où il n'est jamais allé."
Stendhal, Le Rouge et le Noir.

"Je ne connais pas Furnes.
 Je ne connais ni son bourgmestre, ni ses habitants. Furnes n'est pour moi que comme un motif musical. J'espère donc que personne ne voudra malgré tout se reconnaître dans l'un ou l'autre des personnages de mon histoire."
Simenon, Le Bourgmestre de Furnes.

vendredi 25 janvier 2013

Elle revient

En mars, La Grande Môme ressort avec une nouvelle couverture. On vous la présente en exclusivité.
Et elle sera aussi accompagnée d'une amie, La Grande Môme, en mars.  Mais ça, on va attendre encore un peu avant de vous en parler.

mercredi 23 janvier 2013

Incipit?


Je pense que d’ici quelques  semaines, je serai prêt: je pourrai tuer à mains nues quelqu’un qui me dira, ou m’écrira « Je reviens vers vous » ou emploiera le verbe « impacter ».
Vraiment.

Femme du monde d'avant qui ne disait pas "je reviens vers vous" ou "impacter


Sylvie, le Mali et l'orgue Hammond

"L'armée me les emmène 
 Par les quatre chemins, 
 La nuit me les ramène 
 Sans attendre demain."


lundi 21 janvier 2013

Même par temps froid, Lénine tient chaud!

Le 21 janvier 1924, Lénine mourait. 
Comme chaque année, FQG, bien que se sentant de plus en plus luxembourgiste avec l'âge, salue la mémoire du camarade Oulianov.

dimanche 20 janvier 2013

Jours de neige




L'album de Tintin que je préférais était Tintin au Tibet, car il était de plus en plus envahi par le blanc au fur et à mesure que l'histoire avançait. Je croyais que c'était la recherche désespérée d'un ami qui m'émouvait  mais non, c'était la blancheur, le froid, qui gagnaient tout. Comme Tintin, je la désirais et  je la redoutais à la fois.

Jamais une bédé n'aura à ce point mérité le nom d'album.



Deux chansons, sur ce thème de la neige, de la glace, du froid m'ont longtemps enchanté et d'ailleurs m'enchantent encore. Il y avait  Cold Song de Klaus Nomi. Elle était dans le juke-box 82-83 du Château d'O à Rouen, le bar qui servait d'annexe aux lycéens de Corneille. Il va falloir tout de même songer à écrire un livre sur ce juke-box. Genre Essai sur le juke-box. Le titre est déjà pris par Peter Handke, je sais. Les bons titres sont toujours pris.



La seconde chanson, c'était Les neiges du Kilimandjaro de Pascal Danel. Je l'ai écoutée bien avant de lire la nouvelle d'Hemingway, en fait. Mais c’est grâce aux paroles que je l’ai lu la nouvelle et puis du coup, que j’ai lu tout Hemingway dans la foulée. On ne dira jamais assez les bienfaits de la variété des années 60 sur l'éducation littéraire des jeunes gens. "Elles te feront un blanc manteau", l'air de rien, au-delà du côté cliché, il y a de la recherche dans la métaphore quand on s’adresse aux grisettes. On ne les prend pas pour des idiotes.

Et puis cette histoire d'un type qui ne veut pas se retourner et veut en finir en beauté, suicide romain, désespoir hautain et élégant, ça a de la gueule tout de même. En fait, on dirait vraiment du Hemingway.



Cette collection de 45 tours qu'il y avait chez moi. Tout le monde avait eu entre seize et vingt ans dans les années soixante. Sauf moi, forcément. Je me dis qu'ils ont eu de la chance, rétrospectivement. 



Klaus Nomi, lui, ce fut le premier mort du sida un peu médiatique. On savait à peine ce que c'était, à Rouen, le sida, en 1983. En même temps, la Cold Song, et son "Let me freeze again", elle annonçait effectivement une sacrée glaciation. Celle des défenses immunitaires sur la Terre.



Klaus Nomi a-t-il autant fait pour Purcell que Pascal Danel pour Hemingway?



Klaus Nomi, androgyne, chanteur d'opéra et de rock, allure d'extra-terrestre en smoking parti pour une soirée branchée était le symbole des années 80: transhumanité, posthumanité, enfin tout ce que vous voulez des petites bêtises prométhéennes qu'on a dans la tête en ce moment, c'était déjà en germe. Let me freeze again... D'ailleurs, tout ce que nous vivons de glaçant, mondialisation, acceptation d'un capitalisme sans réplique, choc larvé des civilisations, devenir-marchandise de tous les aspects de la vie humaine, même le ventre des femmes, guerre de tous contre tous, ça apparait dans les années 80.



Je me souviens à ce propos de Jean-Paul Aron, le neveu de l'autre, qui avait déclaré son sida dans un article bouleversant du Nouvel Obs en 88. Peu de temps après, je lisais un livre de lui en folio actuel qui s'appelait Les Modernes et qui faisait le point sur le paysage intellectuel de ces années-là. Un seul mot revenait sous la plume de Jean-Paul Aron pour qualifier la situation: "glaciation". Comme par hasard.



Le bruit d'une pneumonie, m'a dit un docteur à l'hôpital, un peu trop tard puisque j'avais déjà une pleurésie, est semblable au pas d'un promeneur qui marche dans la neige en fracturant la légère couche de glace.



Les deux seules sortes de Français qui sont au soleil aujourd'hui sont nos soldats qui se battent au Mali contre l'islamisme et les exilés fiscaux qui se battent contre le socialisme confiscatoire.



paru sur Causeur.fr

vendredi 18 janvier 2013

Fuck Me In The Ass Because I Love Jesus

Une dédicace spéciale pour Civitas et assimilés....


Bellum Jugurthinum

36. Cependant les opérations militaires reprennent, et Albinus fait hâtivement passer en Afrique approvisionnements, solde, tout ce qu'il faut à une armée ; puis, sans retard, il part lui-même, voulant, avant les comices, dont la date n'était plus éloignée, terminer la guerre par les armes, la capitulation de Jugurtha, ou tout autre moyen. Jugurtha, au contraire, tirait les choses en longueur, faisait naître une cause de retard, puis une autre, promettait de se rendre, puis feignait d'avoir peur, cédait du terrain devant les attaques, et, peu après, pour ne pas exciter la défiance des siens, attaquait à son tour ; et ainsi, différant tantôt les hostilités, tantôt les négociations, il se jouait du consul. Certains étaient convaincus qu'Albinus n'ignorait rien des desseins de Jugurtha et pensaient que, s'il laissait volontiers, après des débuts si rapides, tout traîner en longueur, c'était ruse et non lâcheté.

Salluste, Guerre de Jugurtha

lundi 14 janvier 2013

Sylvie et la théorie

Alors que les punaises de sacristie sont rentrées dans leur trou, il est temps de rappeler que porter un collier de perles n'est pas forcément un signe d'homophobie vendéenno-versaillaise comme le montre la photo ci-dessous:
D'ailleurs, Sylvie était une pionnière de la théorie du genre, comme le prouve cette chanson queer. A côté,  Judith Butler, c'est de la petite bière...




dimanche 13 janvier 2013

Droitard, touche pas à mon slip!

Le père Van Horn, dans La Colère de Dieu, est plutôt sur une ligne "théologie de la libération" et trouve l'église de France un peu tracassière.
Paru dans Liberté Hebdo, le petit canard rouge du Nord-Pas-de-Calais

J'étais comme tout le monde finalement, enfin je veux dire comme la majorité des Français, avec la question du mariage gay. Neutralité bienveillante, indifférence polie, léger agacement à l'idée que cela était aussi un rideau de fumée pour que les sociaux-libéraux au pouvoir arrivent encore à faire croire qu'ils étaient de gauche. Sur l'adoption, par ces mêmes couples homosexuels, j'étais un peu plus réservé, mais bon, là aussi assez peu d'avis sur la question. 
Encore une fois, en communiste bas du front, je trouvais plus urgent de s'occuper de Florange ou de Petroplus, de l'offensive sans précédent du Medef qui vient d'ailleurs dans l'indifférence générale,  de remporter une victoire totale dans les négociations avec les syndicats sur la flexisécurité. Il paraît que tout le monde est content. Il faut vraiment lire les articles jusqu'au bout pour s'apercevoir que seuls deux tout petits syndicats, la CGT et Force Ouvrière, ne l'ont pas signé, cet accord. On ne va pas s'en faire pour si peu, hein?
Et puis aussi, ça c'est mon côté anarcho-autonome  conseilliste qui remonte dès que je passe trop de temps avec l'écrivain Serge Quadruppani, je trouvais plus urgent également d'aller voir ce qui s'invente comme modèles alternatifs de résistance durable du côté de Notre-Dame des Landes, de Tarnac, du val de Suse en Italie contre le TGV Lyon-Turin, ou dans les squats d'Exarchia, ce quartier d'Athènes, haut lieu de la révolte grecque contre l'UE.
Mais sur cette question du "mariage pour tous", le ton a monté dans une certaine droite. Un peu trop à mon goût.
Une France transcendantale-pétainiste, dirait Alain Badiou, a relevé la tête sous le vague prétexte de je ne sais quelle mutation anthropologique majeure ou atteinte décisive à la filiation. 
En fait, cette France-là a surtout manifesté la même haine qu'elle entretient comme un ulcère dès qu'il s'agit d'émancipation et de plaisir. Elle n'a pas digéré 89, 93, la Commune, le Front Populaire, 68, comme elle n'a pas digéré le divorce, la pilule, l'avortement, bref tout ce qui pouvait dissocier l'acte sexuel de la procréation.
Sans compter une vieille haine pour la République, qui a toujours existé chez ces chouans éternels qui préfèrent leur foi à leur pays comme une certaine bourgeoisie a toujours préféré Hitler au Front Populaire, ou si vous voyez ce que je veux dire, Poutine à François Hollande, sachant que pour confondre la politique de Hollande avec celle du Front Popu, faut quand même se lever de bonne heure ou être très myope.
Il y a aussi que ces derniers temps, j'ai trouvé l'Eglise de France pour le moins intrusive sur la question. Entre l'Archevêque de Paris, Monseigneur Vingt-Trois et le Primat des Gaules, le cardinal  Barbarin, qui viennent défiler avec Copé à la tête des cohortes emperlouzées et lodenisées, j'ai eu l'impression qu'il allait peut-être falloir rappeler à certains, comme le dit l'Evangile, de rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. Ou, comme le disait le camarade Thorez que "la religion doit rester un vêtement d'intérieur."
Ils étaient donc, ces "bons français", ces "bons pères de famille", ces "mères aimantes"  entre 300 000 et 800 000 à Paris, ce dimanche.
Bon, on rappellera que lors des manifs contre la réforme des retraites en 2010, le peuple, le vrai, celui qui était descendu lui aussi dans la rue, avait dépassé huit fois le million de manifestants. Et il ne descendait pas, le peuple, pour s'occuper de ce qui se passait dans le slip du voisin mais pour sauver un modèle social. 
Sarkozy n'avait pas cédé. On espère que Hollande aura la même fermeté. Question de principe.
Et puis nous, la vraie gauche, comme ça on pourra reprendre le combat: non pas contre ces punaises de sacristie qui vont assez vite rentrer dans leur trou mais contre ce qui désespère vraiment le peuple de France: une politique austéritaire sans précédent, une politique qui pour le coup est elle, un vrai changement de civilisation, un peu plus grave qu'un monsieur et un monsieur ou une madame et une madame qui s'embrassent devant le maire.


vendredi 11 janvier 2013

De toute façon, pour les écrivains professionnels, c'est ça ou la soupe populaire...

Vous croyez vraiment qu'on vend assez? Non, sérieusement... A part les rencontres en bibliothèque...

jeudi 10 janvier 2013

Contacter les survivants


Il venait de revoir, sur une chaîne du câble, L'argent de poche de François Truffaut et il aurait donné à peu près n'importe quoi pour se retrouver en juin 76, à Thiers (Puy-de-Dôme). 
Pas seulement parce qu'il était nostalgique, qu'il avait eu douze ans cette année-là et que lui aussi, comme un des gamins du film, il avait connu son premier baiser avec la langue pendant l'été de la canicule.
Non, il y avait autre chose: à la vision de L'argent de poche, il était évident, d'une évidence calme et terrifiante, que l'humanité avait muté, complètement muté. Cela ne s'était pas passé aussi vite que dans Body Snatchers, cela avait pris vingt-cinq, trente ans mais le résultat était le même.
Il se demanda s'il était seul à s'en être rendu compte, ou s'il y avait d'autres survivants.  Et si c'était le cas, comment les contacter. 
Il pourrait, pour commencer, se servir du film de Truffaut comme d'un genre de test de Voight-Kampff. 
Et il faudrait abattre sans pitié toute personne qui n'aurait pas les larmes aux yeux. Il allait avoir du boulot en perspective. 
Putain de mutants.

mercredi 9 janvier 2013

Licencions d'honneur

Paru sur causeur.fr

Dans l’habituelle promotion de la légion d’honneur du 1er janvier, on aura surtout retenu le nom de Jacques Tardi pour une raison bien simple, c’est qu’il l’a refusée.

Aurélie Filippetti a certainement cru faire plaisir à un des dessinateurs français les plus connus, créateur d’Adèle Blanc-Sec, héroïne féministe de la Belle-Epoque. Après tout, notre ministre de la culture, fille d’un sidérurgiste lorrain sur lequel jadis, elle avait écrit un beau roman, Les derniers jours de la classe ouvrière (Stock) et qui a battu aux dernières législatives le candidat de droite dans la circonscription historique des Wendel, doit être encore persuadée, malgré Florange, qu’elle siège dans un gouvernement de gauche. Mais Jacques Tardi, viscéralement pacifiste et libertaire, s’est aussi beaucoup penché sur le carnage de la guerre de 14 ou encore, avec  Jean Vautrin comme scénariste, sur l’histoire de la Commune dans Le Cri du Peuple. Et Aurélie Filippetti a sans doute sous-estimé ce qu’un artiste comme lui peut vraiment penser de notre monde tel qu’il ne va pas.

Tardi met fin en même temps à la légende consistant à dire qu’il faudrait directement demander la légion d’honneur pour avoir une chance de l’obtenir. Non, en fait, des excellences haut placées peuvent simplement vouloir vous faire plaisir, en jouant sur la fierté qu’il y aurait à recevoir ce plus célèbre des hochets de la vanité, créé par Napoléon 1er. Vous faire plaisir, ou plus subtilement, vous rendre reconnaissants car on sait bien depuis La Rochefoucauld que les consciences les plus pures se laissent parfois dévorer par l’amour-propre.

Avec Tardi, pour le coup, c’est raté : “Je n’ai cessé de brocarder les institutions. Le jour où l’on reconnaîtra les prisonniers de guerre, les fusillés pour l’exemple, ce sera peut-être autre chose”. Tardi est d’ailleurs toujours marié avec Dominique Grange, ancienne chanteur yéyé devenue dans les années 60, l’égérie du mouvement mao et auteure en 69 de ce qui fut l’hymne de la Gauche Prolétarienne, le groupe qui fut le plus violemment engagé dans les années de poudre du gauchisme. D’ailleurs, les paroles de Dominique Grange ne laissaient aucune ambiguïté  et on pense que ce doit pas être le morceau préféré du Medef pas plus que de la ministre Fleur Pellerin qui, d’après ses récentes déclarations, est non seulement chargée de l’économie numérique mais aussi de l’éradication de la lutte des classes dans les PME : « Vous comptez vos profits, on compte nos mutilés/Regardez nous vieillir au rythme des cadences/Patrons regardez nous, c’est la guerre qui commence/ Nous sommes les nouveaux partisans/ Francs-tireurs de la guerre de classe/ Le camp de peuple est notre camp/ Nous sommes les nouveaux partisans »

En revanche, cette même promotion devrait rassurer, voire consoler le monde des affaires et le patronat, si sensible ces temps-ci à la chasse aux riches. Parmi les heureux récipiendaires, on compte ainsi le président de Casino, Jean-Charles Naouri, dont la filiale logistique Eaysidis était en grève à Noël pour les conditions de travail et l’augmentation des salaires. On retrouve aussi le célèbre Pascal Lamy, directeur général de l’OMC et un des principaux théoriciens de l’Europe austéritaire mais qui pourrait bien, à la fin prochaine de son mandat, succéder à Jérôme Cahuzac,  actuel ministre de budget, un peu ennuyé par les rumeurs sur son éventuel compte en Suisse.

On citera également, mais la liste n’est pas close, l’ancien PDG de Renault Louis Schweitzer, qui a laissé il y a quelques années un beau souvenir chez les ouvriers belges en fermant du jour au lendemain Vilvoorde, un important site de production pour des raisons de pure rentabilité financière. Quant aux plus anciens d’entre nous, ils seront heureux de savoir qu’Yvon Gattaz,  patron des patrons à l’époque où le Medef s’appelait encore le CNPF, a été élevé  à la dignité de Grand-Croix.

C’est tout de même étonnant, quand on y songe, qu’aucun d’entre eux, comme Tardi, n’ait refusé d’être décoré par ce gouvernement bolchévique qui déteste tellement les riches et les chasse jusqu'en Russie poutinienne, là où ils peuvent choisir la liberté, de l’autre côté du Mur de la dictature fiscale. En même temps, si on additionne le nombre de licenciements dont tout ce petit monde est responsable directement ou indirectement, c’est peut-être cela le critère décisif pour obtenir le fameux petit ruban rouge.

Ce que semblerait confirmer un autre refus, moins médiatique, qui date de l’été 2012 celui de la chercheuse Annie Thébaud-Mony, spécialiste des cancers professionnels, qui avait écrit à Cécile Duflot pour dénoncer l’«indifférence» qui touche la santé au travail et l’impunité des «crimes industriels». Du coup, on pourrait peut-être suggérer à Tardi, qui vient de publier un album sur son père prisonnier lors de la seconde guerre mondiale, de se rapprocher d’Annie Thébaud-Mony. Ça ferait une belle BD en perspective. Avec plein de taches rouges.

mardi 8 janvier 2013

A demain, Guingouin!

"Le préfet du maquis", Georges Guingouin, a le droit à un "biopic" télévisuel ce soir, sur France 3 à 20H45. 
L'élégance du guerrier rouge à la tête de quelques milliers d'hommes bien décidés à bouffer du nazi et du milicien, vous aurez beau dire, ça vous a une autre gueule que les manifs contre le mariage pour tous. 
Et puis tenir la campagne contre le désordre établi avec des camarades armés qui en ont, c'est une idée plaisante et qui sait, toujours d'actualité...
FTP, mon amour.

dimanche 6 janvier 2013

Le Mépris, encore une fois...

C'est elle qui le méprise, et on se demande bien pourquoi. Ce n'est tout de même, au bout du compte, qu'une connasse exigeante, certes bien foutue, mais qui emmerde un artiste.

Ne jamais oublier que c'est un film sur l'Odyssée. Que tout, absolument tout, depuis la catastrophe historique à la déroute intime est lisible au travers du prisme de l'Odyssée. Pour tous les hommes de toutes les époques. On roule en décapotable et c'est une déesse jalouse qui conduit.

Beaucoup de soleil et de bleu. La Méditerranée à Capri, sur la terrasse de la villa de Malaparte. Personne ne se regarde en face. Trop de lumière. La Rochefoucauld a écrit là dessus. "Le soleil ni la mort..."Etc...

On se force à lire "ce qui sort" dans le commerce de la librairie, du cinéma, de la presse alors qu'on peut mourir demain sans avoir relu l'Odyssée, revu Le Mépris. Ou sans même avoir les avoir lus ou vus.

Le dernier mot du film est "Silenzio" et on ne voit plus que la mer. 
"Elle est retrouvée! Quoi? L'éternité, c'est la mer mêlée au soleil". Rimbaud. Et comme il n'y a pas de hasard, c'est une citation explicite devant un plan similaire que l'on retrouve dans Pierrot le Fou, dialoguée par Belmondo et Anna Karina en voix off. Godard préfère la version "la mer allée avec" à "la mer mêlée au"que l'on trouve dans Alchimie du verbe. C'est bien la seule chose que je puisse lu reprocher.

 On pourrait mesurer ce qui fait un chef d'oeuvre au degré de consolation, d'apaisement qu'il provoque en nous. Et ce, indépendamment de son contenu, uniquement par sa forme. 

La fille vraiment humaine, dans le film, c'est la traductrice. Etrangement, malgré l'adage "Traduttore, traditore", elle est la seule garante de la circulation du sens entre Jack Palance, Fritz Lang, Piccoli, Bardot. Il vaut mieux ne pas se comprendre et avoir besoin d'elle (tous les personnages) qu' avoir l'illusion de se comprendre sans avoir besoin d'elle (le couple Bardot Piccoli.) 

Elle a un peignoir jaune, une présence ironique, discrète, efficace, sans jugement moral. J'ai dit humaine, j'ai dû me tromper: c'est une nymphe trilingue.

Qui peut me dire quel est le titre de la SN sur le popotin de BB? Je n'ai jamais réussi à le déchiffrer pour cause de myopie
 

 

 



samedi 5 janvier 2013

Spiderman est mort! Tant mieux, il était nul comme super héros...


 Paru sur Causeur.fr

Nous avons eu de nombreux deuils en cette année 2012 : les disparitions de Chris Marker,  de Félicien Marceau ou de Thierry Roland, entre autres, et dans des genres de beauté assez différents. Sans compter d’autres disparitions tout aussi douloureuses : mort de l’idée que les socialistes soient de gauche ou que les super-riches aient encore l’idée d’appartenir à une nation et non à une hyperclasse hors-sol.
Il convient d’y ajouter l’annonce d’une nouvelle perte, et non des moindres. Spiderman ne viendra plus enchanter la triste sexualité de l’ado mâle dans sa peau. Dans le 700ème et dernier numéro du comics qui porte son nom, Spiderman perd son ultime combat contre le docteur Octopus, son ennemi de toujours. Spiderman, alias Peter Parker, malheureux en amour, était en activité depuis 1962 et avait toujours vingt ans, incarnant une manière de Tanguy américain avec un goût suspect pour le travestissement.

Nous l’avions pour notre part découvert à la fois en lisant Strange dans les années 70 et en regardant un dessin animé dont le générique était énervant car à peine quelques notes entendues, il vous restait toute la journée dans la tête : « L’araignée, l’araignée, est un être bien singulier… ». Il nous énervait un peu aussi, à vrai dire, car il faisait preuve d’une niaiserie sentimentale assez proche de celle du Surfer d’argent
 D’ailleurs les garçons qui étaient fans de l’Araignée et du Surfer d’argent étaient plutôt immatures en général. Souvenez-vous, par exemple, que dans À bout de souffle made in USA, l’excellent remake de Godard par Jim Mc Bride, alors que la fille jouée par Valérie Kaprisky lit Faulkner (qui n’est pas un super héros), son amoureux petit truand traqué par la police incarné par Richard Gere, ne lit que le Surfer d’argent et se voit comme une âme pure exilée dans le cosmos : on voit le niveau.
Alors que nous, nous préférions des super héros sérieux comme Iron-Man, un milliardaire de l’armement, probable électeur de Barry Goldwater, un prométhéen qui en avait et qui s’était transformé en surhomme avec une armure high-tech à réacteurs pour casser du Rouge.
On avait aussi une très vive sympathie pour Daredevil, aveugle, avocat pour les pauvres qui malgré son handicap enfilait son collant cramoisi et se débrouillait mieux que les voyants pour punir les méchants. En plus Daredevil avait une manière de relation amoureuse à la limite du SM avec La Veuve Noire, une espionne soviétique moulée dans une combinaison anthracite qui lui faisait des seins inoubliables, vraiment inoubliables.
Oui, chaque adolescent aimait voir sa faiblesse transformée en force au travers des super héros. Par exemple, moi j’étais très myope et j’avais des relations compliquées avec les filles à gros seins, même communistes, même brunes. Dardevil était donc logiquement  mon super héros d’élection.
C’est pour cela que je ne voudrais pas faire de peine aux fans de Spiderman mais le problème de Peter Parker s’explique de façon très claire : c’est un éjaculateur précoce comme le montre très bien l’adaptation cinématographique par Sam Raimi, où le personnage joué par Tobey Maguire a un mal fou, une fois qu’il a été piqué par l’araignée radioactive, à contrôler la sécrétion blanchâtre de la toile qui lui sort des …poignets, poignets dont on connaît par ailleurs le rôle primordial dans la masturbation. 
Vous vous étonnerez après que sa vie sentimentale fasse passer celle de Woody Allen pour une promenade de santé donjuanesque.
En même temps, on sait bien ce qui se passe quand on tue un super héros, même aussi défaillant sexuellement que Peter Parker. Les fans hurlent à la trahison. C’est ainsi que Conan Doyle après avoir tué Sherlock Holmes dans Le dernier problème fut obligé de le ressusciter, la colère des accros du détective étant allée, pour certains d’entre eux, jusqu’à envoyer des lettres de menaces. Et pourtant, il en avait assez de son encombrant héros cryptohomo et cocaïnomane.
Que tous les garçons à la sexualité inquiète se rassurent donc. L’Araignée va revenir, un jour ou l’autre.
Toujours aussi nul avec les filles.

mardi 1 janvier 2013

Voeux 2013, (2)


"Ne te laisse pas tenter par les champions du malheur, de la hargne stupide, du sérieux joint à l'ignorance.
Sois joyeux."
Pier Paolo Pasolini, Lettres Luthériennes