mercredi 11 décembre 2013

Bleu et sec

Trois jours de ciel bleu et de froid sec. On se sent tout de suite mieux. Rêve d'un pays mallarméen, où  l'hiver, saison de l'art serein, l'hiver lucide garderait pour toujours cette clarté coupante. Et vivre comme un fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne.

Vieillir, c'est être sensible au temps qu'il fait plus qu'au temps qui passe. J'avais bien plus peur de la mort à vingt ans qu'aujourd'hui.

Lecture du premier volume de la monumentale correspondance entre Chardonne et Morand, enfin édité. C'était un texte mythique de ma jeunesse hussarde. On disait que ces lettres ne seraient jamais publiées, qu'elles étaient bourrées de choses scandaleuses. Les auteurs eux-mêmes, dans les années cinquante, pensaient que ces lettres ne pourraient être lues qu'en l'an 2000. On a dû attendre 2013. Si cette publication ne fait pas scandale aujourd'hui, c'est que plus grand monde ne sait lire. Tant mieux. Qu'ils touittent leur antifascisme en peau de zob et qu'ils me foutent la paix.
Chardonne et Morand, vieux collabos plein de rancoeur de classe, sont parmi les plus grands écrivains du siècle précédent. C'est comme ça, désolé. Cette correspondance le confirme de manière presque insolente. On ne devrait pas avoir le droit d'écrire aussi bien le français, et de rendre terne à ce point ses contemporains. J'ai un peu relu Camus, juste avant. C'est incroyablement cruel pour Camus, cette Correspondance, et pourtant on n'y parle pas vraiment de Camus.

Morand, Chardonne, c'est bleu et sec. Comme un beau temps d'hiver.