vendredi 15 novembre 2013

Tant que j'y pense

Ne pas oublier que le monde ne supporte pas, ou plus, l'idée que vous écriviez dans votre coin.

Ne pas oublier de respirer.


Ne pas oublier de lire un poème par jour. Ce matin, j'ouvre au hasard Les sonnets pour Hélène:
Tant de fois s'appointer, tant de fois se fâcher
Tant de fois rompre ensemble et puis se renouer,
Tantôt blâmer amour et tantôt le louer
Tant de fois se fuir, tant de fois se chercher.

Ne pas oublier Ronsard, donc.

Ne pas oublier d'avancer dans l'épouvante le sourire aux lèvres. 

Ne pas oublier de chanter. Même faux.

Ne pas oublier de danser. Même mal.

Ne pas oublier Lisbonne.

Ne pas oublier de nager.


Ne pas oublier de partir sans prévenir quand il faudra partir car il faudra bien partir un jour.

Ne pas oublier, alors, d'être injoignable. Les livres devraient suffire.

Ne pas oublier, cependant, de se battre jusqu'au bout contre ce qui revient, ce qui revient vraiment ce coup-ci.

Ne pas oublier, si on est encore là, de raconter aux enfants des survivants, qui s'ébattront librement dans les jardins du temps retrouvé ou sur les plages du recommencement, que les derniers jours du capitalisme marchand nous avaient fait vivre dans un disneyland préfasciste, un asile irradié, une soue psychique, une haine de soi mortifère.

Ne pas oublier le plaisir.

Ne pas oublier la côte-rôtie de Jean-Michel Stephan.

Ne pas oublier la fille qui danse.

Ne pas oublier le Château de Queluz, Ardis, Naxos, Rivebelle.

Ne pas oublier de vérifier le blindage.

Ne pas oublier l'ordre n°227.