mardi 20 août 2013

Comme un sorcier mandingue

Porto, août 2012
Ma seule et bien mince fierté aura été, devant la tyrannie technologique qui accélère sa course de manière démente et exponentielle, de ne céder que lorsque je ne pouvais plus faire autrement. 
J'ai mis très longtemps à avoir un répondeur téléphonique, très longtemps à avoir un fax, très longtemps à avoir un ordinateur, très longtemps à avoir un téléphone portable, très longtemps à avoir le câble (pardon la fibre), très longtemps à avoir internet, très longtemps à tenir un blogue. J'espère résister encore assez longtemps à facebook, à twitter, au smartphone, à la tablette. 
Mais je sens bien que la bête renifle, qu'elle est aux portes de la ville.
A ceux qui me diront qu'on peut toujours faire autrement, je répondrai que ce serait avec plaisir si j'avais une fortune de famille ou un vrai métier (forgeron, stylite, sorcier mandingue, tarnacien). Et quand je dis avec plaisir, c'est faible. Ce serait avec bonheur. 
Il y a eu une vie avant. J'ai eu une vie avant. Il me semble qu'elle était plus réellement vécue, mais je n'ose plus rien affirmer. Seuls les films tournés jusqu'au mitan des années 80 pourraient attester que je ne suis pas complètement fou. Même quand ces films sont mauvais. C'est sans doute pour cela que je les regarde de manière compulsive. 
Grâce au câble (pardon à la fibre). 
Car non contente de vous asservir, la technologie aime rajouter à cet asservissement une forme d'humiliation sadique en vous mettant face à vos contradictions. 
Comment il disait, déjà, le sorcier mandingue récemment exposé à la BNF? Ah oui:  "In girum imus nocte..."