lundi 8 juillet 2013

Perdre pied?

L'homme sur la photo est l'écrivain Raymond Guérin (1905-1955). Ceux qui n'ont pas encore lu L'Apprenti, Parmi tant d'autres feux ou Le temps de la sottise sont des veinards. Guérin, avec Calet ou Gadenne, fait partie d'une génération oubliée qui n'était ni sartrienne, ni néo-romanesque ni même hussarde. Et pourtant, ce sont des grands, des très grands, mais inclassables. Ca ne pardonne pas, ça. On y reviendra peut-être.
Mais ce qui m'intéresse, en l'occurrence, c'est la photo. Elle provient de la couverture du premier numéro (Eté 2010) de l'excellente revue annuelle Capharnaüm (Finitude). 
Que montre la photo?
Qu'un écrivain apparemment heureux, en vacances durant l'été 37, qui se baigne dans une mer d'huile a en fait l'air profondément inquiet. Pas très loin de la panique, même.
Pour qui veut bien regarder.
En fait, c'est parce qu'un écrivain ne sait jamais s'il se baigne ou s'il se noie.  Sur la photo, on sent bien que Guérin est très seul et qu'il ne faudrait pas grand chose pour qu'il perde pied. 
Il garde une apparence flegmatique parce qu'il a sa fierté. Mais bon. On devine sans trop de peine que ça ne va pas fort. 
D'ailleurs, si ça allait aussi bien que ça, on ne voit pas pourquoi il aurait gardé ses lunettes.