lundi 24 juin 2013

Un poème (et une révolution) qui nous vient du Brésil

Il se trouve que notre ami Sébastien Lapaque est en ce moment à Rio. Il est parti au Brésil, sa seconde patrie, à peu près en même temps que se déclenchait la colère d'un peuple qui veut rappeler à un gouvernement de gauche que la moindre d'être chose est d'être de gauche, futebol ou pas. Bref, malgré la religion du ballon rond, les Brésiliens ne semblent pas près à ce que le socialisme du PT se mue en social-libéralisme à l'Européenne. Encore une fois, l'exemple nous vient d'Amérique Latine.
 Sébastien n'est donc apparemment pour rien dans cette histoire, même s'il a eu une longue carrière d'agitateur subversif autrefois.
Depuis le Brésil, il nous envoie sa propre traduction d'un poème de Carlos Drummond de Andrade (1902-1987) en nous disant à la fois qu'il trouve le sujet d'actualité et que ces vers pourraient nous plaire. 
Dans les deux cas, il a raison.


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 Poème de la nécessité
Il faut marier Jean

Il faut supporter Antoine

Il faut détester Miltiade

Il faut nous substituer à tous



Il faut sauver le pays

Il faut croire en Dieu

Il faut payer les dividendes

Il faut acheter une radio

Il faut oublier untel



Il faut étudier le volapuk

Il faut être toujours ivre

Il faut lire Baudelaire

Il faut cueillir les fleurs

Que prièrent les vieux auteurs



Il faut vivre comme les hommes

Il ne faut pas les assassiner

Il faut avoir les mains pâles

Et annoncer LA FIN DU MONDE.

Carlos Drummond de Andrade, Sentiment du Monde, Rio de Janeiro, 1940

texte original
Poema da necessidade



É preciso casar João,

é preciso suportar Antônio,

é preciso odiar Melquíades

é preciso substituir nós todos.



É preciso salvar o país,

é preciso crer em Deus,

é preciso pagar as dívidas,

é preciso comprar um rádio,

é preciso esquecer fulana.



É preciso estudar volapuque,

é preciso estar sempre bêbado,

é preciso ler Baudelaire,

é preciso colher as flores

de que rezam velhos autores.



É preciso viver com os homens

é preciso não assassiná-los,

é preciso ter mãos pálidas

e anunciar O FIM DO MUNDO.