mercredi 29 mai 2013

Toute la pluie tombe sur moi.

Cette lointaine époque où la pluie rendait heureux. Il faudra la raconter aux enfants blêmes de l'avenir. Et puis après les amener au zoo pour regarder dans les cages les derniers "climato sceptiques" qui répèteront les pieds nus dans l'eau croupie: "cépadelafotedelom, yapadepreuvsientific, ceukidisesasondesislamogauchissanticapitaliss!" Et les enfants blêmes riront s'ils ont le sens de l'humour ou leur cracheront à la gueule, le cas échéant.

Il

mardi 28 mai 2013

Juste remontrance du philosophe sans qualités

Frédéric Schiffter fait justement remarquer dans un commentaire à notre billet CNR vs Moscovici, que nous avons impardonnablement oublié la politique sanitaire de notre zone chaviste libérée. Celle-ci prévoit que pour toute photo traumatisante et pornographique (économiste libéral, patron, droitard),  nous  montrions en guise de compensation une photo évoquant la vie, la beauté et la possibilité du communisme poétique, sexy et balnéaire
Pour nous faire pardonner auprès de l'auteur de La beauté (Autrement) en particulier et de nos aimables abonnés en général, voici non pas une, mais deux photos permettant, nous l'espérons, de contrebalancer la vision délétère de l'ours savant de la social-démocratie, actuellement si outrageusement melliflu avec le médeffe et la caque quarante.

Quand je vois Moscovici, je me cache!
Pas moi! Car je suis une militante révolutionnaire.

CNR, tu te souviens?

Cet homme serait membre d'un parti socialiste, quelque part en Europe de l'Ouest, circa 2013.


-Comment tu dis? Céhenne quoi?

"Notre but est d’éviter de figer des règles dans la loi, quand celles-ci sont amenées à évoluer sans cesse dans un environnement international mouvant. Nous préférons miser sur une « autorégulation exigeante." Pierre Moscovici, aux Echos, à propos d'une éventuelle limitation des rémunérations des grands patrons.

Le Conseil National de la Résistance fête ses soixante-dix ans. Dans son programme, intitulé les Jours Heureux, le CNR annonçait notamment "l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie"

lundi 27 mai 2013

Elsa Marpeau: roman noir avec piscine et névrose


paru sur Causeur

Intelligent, sensuel, pervers, moite et ambigu, il serait dommage que vous vous priviez de la lecture de L’expatriée d’Elsa Marpeau (Série Noire), sous le prétexte qu’il s’agit d’un polar. En matière de thriller psychologique, il y a longtemps que l’on n’avait pas lu une telle réussite et le seul point de comparaison qui nous vient à l’esprit est Patricia Highsmith, mais une Patricia Highsmith sans le refoulement de la sexualité, une Patricia Highsmith qui n’aurait pas peur de montrer le corps dans tous ses états et serait capable de repérer les fragrances de Bel-Ami sur le torse d’un amant, ce qui prouve, en plus de tout le reste, le bon goût de l’auteur en matière d’eau de toilette masculine.
L’expatriée se passe à Singapour, dans le milieu très clos de  gens venus travailler à des milliers de kilomètres de chez eux et qui s’enferment dans des « condos », ces résidences sécurisées, climatisées où l’on passe son temps autour des piscines en plein ciel, à colporter des ragots essentiellement sexuels entre Bovary en bikini qui espionnent mutuellement leurs éventuelles surcharges pondérales. Arrive parmi eux la narratrice qui est écrivain. Un écrivain, dans un tel contexte, c’est un expatrié au carré. Non seulement il se retrouve dans un milieu étranger mais en plus, comme d’habitude, il se dédouble pour se regarder exister et pouvoir écrire.
D’emblée la narratrice ne se sent pas très bien. Elle rejoint son mari avec sa petite fille mais sa petite fille ne l’intéresse plus tellement. Elle s’essaie à l’inhumanité sans s’en rendre compte. D’ailleurs, elle écrit un roman sur les corps écorchés, torturés. C’est une grande lectrice de Georges Bataille et elle reste fascinée de longs moments devant la célèbre photo du jeune chinois dépecé vivant mais qui garde un sourire extatique. Elle n’arrive pas à écrire, ce qui achève de la désespérer malgré les coups de fils de son éditeur car un éditeur n’oublie jamais un écrivain en retard, même à Singapour.
Dehors, évidemment, ça cancane de plus en plus. La narratrice qui n’est pas si méchante, voudrait bien prévenir tout le monde de l’illusion qui consiste à se croire en sécurité dans la bulle hors sol de ce décor faussement aseptisé. Elle sent que la nature est là, derrière les buildings high tech, une nature prête à reprendre ses droits dès que la civilisation aura le dos tourné : « Des champignons recouvraient en une ou deux nuits nos semelles. Le cuir de nos chaussures s’usait au bout de six mois. Les toits fuyaient à cause des intempéries. Le bois de nos meubles cédait sous la température et les pluies. Le fer de nos rasoirs fuyait en quelques jours. Et je crois que nos âmes ne pourrissaient pas moins vite. »
Evidemment, il va lui arriver une sale histoire. Une liaison avec un autre expatrié, qu’elle surnomme l’Arabe blond mais qui n’est pas arabe. Cela, elle le découvrira seulement après l’assassinat. Un assassinat dont elle est soupçonnée. Si la police singapourienne enquête mollement, cela ne signifie pas que la narratrice est pour autant tirée d’affaire. Elle tombe sous la coupe de sa bonne philippine, Fely. Fely a récupéré le portable de sa patronne chez l’Arabe blond le jour du meurtre et effacé tous les indices. Pour rendre service ? Pas vraiment… La narratrice croyait qu’elle faisait pourtant partie des expats qui traitaient humainement les domestiques. C’était vrai. Mais on sait depuis Octave Mirbeau que les domestiques ne pardonnent pas, de toute façon, d’être des domestiques. Fely avait déjà accaparé l’affection de la petite fille de la narratrice, maintenant elle va la faire chanter. De manière parfois assez originale, par exemple en la forçant à passer l’aspirateur. C’est l’application concrète de la dialectique du maître et de l’esclave. Cela ne lui déplaît pas forcément. Elle est aussi un peu masochiste, la narratrice, et surtout étrangère à elle-même : le roman renvoie d’ailleurs assez souvent, par le ton employé, à L’Étranger de Camus, cité en exergue.
Mais en fait, est-elle coupable ? Et pourquoi son mari avait-il prêté 25 000 dollars à l’Arabe blond ? Elle n’en sait rien elle-même, toujours cette satanée chaleur alors que l’étau se resserre sur fond de légendes singapouriennes qui font intervenir des fantômes affamés de femmes aux cheveux noirs à la recherche de leur bébé.
Nous en avons assez dit. Il est temps pour le lecteur de découvrir L’expatriée d’Elsa Marpeau, roman noir torpide d’une névrose délocalisée, parfaitement réussi.

dimanche 26 mai 2013

Un identitaire matraqué, c'est un peu de printemps qui vient.

Il arrive que la police de la République, quand elle n'est pas tristement instrumentalisée et chargée de maintenir au jour le jour l'ordre ethnolibéral dans les banlieues grâce aux unités proactives de la BAC notamment (cf La domination policière de Matthieu Rigouste à La Frabrique), montre son utilité en faisant un peu saigner  la caillera identitaire et autres racistes à bac +2. 
Qu'elle cogne donc fort et méthodiquement ce soir comme elle sait le faire quand il s'agit de démonter la tronche à la jeunesse reléguée dans les quartiers. Ils s'apercevront peut-être, ces têtes de morts consanguines, homosexuels refoulés, que le raisiné qui pisse de leur cuir chevelu est rouge comme celui des nègres, des arabes, des pédés, des youpins et des métèques.
Car il faudra bien en finir avec ceux-là, idiots utiles de tous les medefs, pour que s'établisse notre communisme poétique, sexy et balnéaire dont Georges Moustaki était évidemment un doux précurseur.


samedi 25 mai 2013

Il n'ira pas manifester à la manif pour tous ( les droitards post-pétainistes)....

...pour deux raisons.

D'abord parce qu'il vient de mourir.
Ensuite parce que ce n'était pas le genre de la maison.
Il était prêtre et il s'appelait Don Andrea Gallo



vendredi 24 mai 2013

Dernières nouvelles de l'enfer, le 29 mai

On a toujours aimé les zombies, les vampires, les goules, les démons et les fins du monde. Notre côté gothique. Du coup, on a toujours aimé les films d'épouvante de série B, voire Z mais aussi la mythique collection Gore (Fleuve noir) dans laquelle oeuvrait, par exemple, mon ami Charles Nécrorian. 
Pendant des années, comme un exercice d'assouplissement, on s'est amusé à écrire sur trois ou quatre pages maximum, des short stories qui jonglaient avec les lois du genre. A la fin, on s'est retrouvé avec quelques dizaines de récits de ce (mauvais) genre. On vous les offre aujourd'hui  (Ce sera le 29 mai dans les bacs).
Profitez-en, le temps qui vient et le temps qu'il fait sont plutôt à l'épouvante. 
Et puis l'horreur vous va si bien...

mercredi 22 mai 2013

Le jour où j'ai failli devenir trotskiste



-->

 une version de ce texte a paru sur Causeur

Lutte ouvrière me rassure. Profondément, éminemment. Dans un monde où tout change, affligé d’une constante néophilie bougiste, Lutte ouvrière ne bouge pas. Un peu comme les boites d’allumettes, l’emballage de la crème de marrons de chez Faugier ou les boîtes de cachous Lajaunie.

Je n’ironise pas, ou si peu. Lutte ouvrière appartient au monde d’avant et comme je crois à « la force révolutionnaire du passé » (Pasolini), je pressens que l’avenir appartiendra à ceux qui seront restés les plus fidèles à leurs convictions. Il y a toujours un moment où l’archaïsme devient incroyablement moderne. Ca peut rassurer les opposants au mariage pour tous, ça peut aussi rassurer les partisans de l’appropriation collective des moyens de productions et de la révolution mondiale…

Si je vous parle de Lutte Ouvrière, c’est qu’ils ont organisé leur 42ème fête annuelle ce dimanche de Pentecôte, dans le château de Presles comme d’habitude. La Pentecôte, ce n’est pas un hasard, c’est le don des langues. Tout d’un coup les apôtres comprennent tout ce qu’on leur dit dans tous les pays et tout le monde les comprend. C’est une assez bonne définition de l’internationalisme qui explique comment en moins de deux siècles, quelques croyants ont changé la face du monde et conquis Rome par la seule force de leur prédication.

Pour Lutte Ouvrière, on est encore dans les temps. Le trotskisme en tant que courant constitué n’a pas cent ans et Lutte ouvrière existe, sous des noms différents, depuis  1939. Jésus avait compris que le christianisme n’était pas réalisable dans un seul pays, c’est aussi ce que croyait Trotski contrairement à Staline. Et de vraiment trotskiste, comme organisation, il ne reste de visible  en France que Lutte Ouvrière. Le NPA s’est sociétalisé et ses meilleurs militants sont partis au Front de gauche par vagues successives.

Les gardiens du Temple, ils sont donc à Lutte Ouvrière. Ils sont au communisme ce que les raskolniki russes était à l’orthodoxie : des « vieux croyants » qui veulent garder intacte la pureté marxiste-léniniste.

Ca peut paraître brutal, dit comme ça, mais ca leur a tout de même évité de passer par la case stalinisme et puis aujourd’hui, quand on écoute le discours de Nathalie Arthaud, on entend bien que ni le sociétalisme, ni l’électoralisme ne passeront par eux. On a toujours un peu l’impression que Mélenchon, par exemple, a découvert tout a fait récemment qu’il était impossible de composer avec le capitalisme sinon on finissait social-démocrate, puis social-libéral, puis libéral. Nathalie Arthaud, et avant elle Arlette l’ont toujours su. Sur Mélenchon : « La sauce de Mélenchon est un drôle de mélange qui concilie la prise de la Bastille avec une candidature au poste de Premier ministre ». Bon, il faut reconnaître que ce n’est pas forcément faux. Et puis sur Hollande : « Hollande, pour faire du zèle vis-à-vis du patronat a décidé d’enseigner l’esprit d’entreprise aux collégiens, et bien il ferait mieux de leur apprendre la condition des chômeurs, parce que c’est ça qu’il réserve à la jeunesse ! ».

On va dire qu’elle se trompe de cible ? Si peu… En plus, il faut comprendre que pour les 30 000 militants réunis à la fête de LO (30 000 tout de même par un dimanche pré-ère glaciaire), il n’y a pas besoin d’attaquer la droite car ça va de soi. On peut se méfier des cousins éloignés qui dilapident l’héritage, pas de ceux qui n’en veulent pas ou qui cherchent à le détruire.

A Lutte Ouvrière, en plus, quand on fait de la politique, on fait de la politique et pas autre chose. Je veux dire, on écoute témoigner les ouvriers de PSA pas des intervenants LGBT. Finalement, la chose la plus juste à mon humble avis que j’ai lu sur la question du mariage gay, c’était un communiqué LO de janvier 2013 : « Les militants révolutionnaires, dont ceux de Lutte Ouvrière, qui combattent le capitalisme et la société bourgeoise, ne peuvent que combattre en même temps cette institution bourgeoise qu'est le mariage, et cela même si dans la société actuelle elle peut constituer une relative protection, notamment pour la femme et les enfants. Ils défendent l'union libre des couples, qu'ils soient hétéro ou homosexuels, et celle-ci deviendra sûrement la règle dans une société débarrassée de l'exploitation et des préjugés. »

Je me demande pourquoi on n ‘a pas parlé pas comme ça au Front de gauche.. Pourquoi on est entré « dans le débat ». Pourquoi on s’est laissé piéger par l’enfumage médiatique mais aussi et surtout pourquoi on a oublié que le mariage est lié à un type de société que précisément on veut changer. Ils parlent d’union libre, en plus, à Lutte Ouvrière. Le terme sent délicieusement l’émancipation façon années 30 et Union Libre, c’est le titre du plus beau poème d’André Breton, passé au trotskysme par refus du stalinisme  et devenu ami de Léon lui-même :

Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d'éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d'étoiles de dernière grandeur.

 Non, tout de même, dans un monde où la gauche communiste est devenue sociale-démocrate, où les socio-démocrates sont devenus libéraux de centre droit, où les libéraux de centre-droit sont devenus libéraux conservateurs, ça fait du bien, à un petit cœur rouge comme le mien, d’entendre le discours de Nathalie Arthaud. J’imagine que ce doit être la même chose pour le catho tradi qui a accepté bon gré mal gré  Vatican II mais ne peut pas s’empêcher de vibrer quand soudain il tombe sur une messe selon le rite de Saint Pie V :La défense des intérêts des travailleurs n’est pas une question d’élections, mais de rapport de forces entre la grande bourgeoisie et les travailleurs. La lutte de classe, ce n’est pas du passé, elle est là, féroce, et surtout elle est à sens unique. Car il n’y a que la bourgeoisie qui donne des coups. C’est cela qu’il faut changer. Pour inverser le rapport de forces, les travailleurs ne pourront faire l’économie d’une lutte massive, qui fasse peur à la bourgeoisie, comme elle a eu peur en juin 1936 avec les occupations d’usines, comme elle a eu peur en mai 1968.”
Après, ma joie retombe.


Je sais que non,  que c’est de l’utopie, qu’il vaut mieux miser sur une révolution par les urnes. Mais tout de même, cette fidélité a de la gueule et même s’ils sont plus jansénistes que tout Port Royal réuni , les militants de LO, je ne peux m’empêcher d’avoir à leur égard une certaine sympathie pour ce qu’il faut bien appeler, au quotidien, leur courage.

Blondin, Simenon

Les personnages de Simenon ratent leur vie dans l'angoisse, ceux de Blondin dans la poésie. C'est pour cela que ceux de Blondin ne tuent jamais personne.



Les amants sont des urbanistes...

"Les amants sont des urbanistes, ils retracent des routes, réveillent des itinéraires oubliés, rendent la vue aux hôtels borgnes. Ils sont architectes et construisent une ville à l'intérieur d'une autre. Ils sont diplomates et annexent des provinces sur un simple sourire. Et leurs pouvoirs tiennent du magicien car ils ont les mains vides. Albertina et moi, qui dans les premiers temps, figurions assez bien des mariés de plein vent, sous la communauté de biens réduite aux nuages, en vînmes à lier notre aventure à tant de paysages et de visages nouveaux que nous ne sûmes bientôt plus de quel côté de la frontière était l'exil."

Antoine Blondin, Les enfants du bon dieu

lundi 20 mai 2013

Cilicie


Vous retrouverez ce poème dans Sauf dans les chansons (Table Ronde, mars 2015)

dimanche 19 mai 2013

Norge

Excusez-moi Messieurs, j'étais venu pour vivre,
Mais c'est trop demander, je tire mon chapeau
Et je n'insiste pas. J'ai mal compris les livres
Où l'on enseigne l'art d'être bien dans sa peau.

Evidemment, mon coeur n'entendait qu'à demi
Les broussailleux conseils de la philosophie
J'avais trop d'amitié pour avoir des amis
Et j'avais trop d'amour pour fasciner les filles.

Chut! je pars poliment sans déranger personne.
On trouvera l'argent du gaz et des impôts
Sur ma table de nuit; et surtout qu'on ne donne
A l'affaire aucun bruit. Je suis sourd comme un pot.

Norge, Eux les anges.


Se heurter enfin à l'objet

paru dans Causeur magazine en mai 2012`



Drieu édité en Pléiade : l’affaire n’était pas entendue, tout de même. En 2011, le ministère de la Culture refusait à Céline la commémoration du cinquantenaire de sa mort. Quelques collabos ont beau avoir été de très grands écrivains, voire des génies, il y a toujours un passé qui ne passe pas et qui, paradoxalement, donne l’impression de passer de moins en moins. Essayez, par exemple, de trouver Notre avant-guerre en livre de poche… C’était pourtant possible jusqu’aux débuts des années 1980. Quant à Rebatet, n’en parlons pas. La droite littéraire des Hussards, dans les années 1950-1960, n’a même pas essayé une opération de sauvetage, même Nimier, éditeur chez Gallimard, qui avait réussi une spectaculaire réhabilitation littéraire de Céline. Bien sûr, tous ces écrivains n’ont pas le même degré de culpabilité, et encore moins le même talent. Notre littérature peut se passer de Rebatet, sans doute. Pour Chardonne, Jouhandeau et… Drieu, évidemment, c’est plus difficile.


Le point obscur, proprement impensable, c’est l’antisémitisme. Celui de Céline, à travers les pamphlets et sa correspondance, est tellement délirant que, paradoxalement, il est de plus en plus intégré, métabolisé par les céliniens : ils veulent saisir la mesure de cette part d’ombre, ce monstrueux travail du négatif pour mieux comprendre la mesure de l’œuvre. En revanche, il est vrai que l’antisémitisme de Brasillach ou de Rebatet est un banal réflexe politique d’extrême droite poussé jusqu’à la délation en pleine occupation nazie, une vilaine verrue surajoutée à leurs livres, quelque chose qui les entache, quoi qu’on en dise. Quant à Chardonne ou Jouhandeau, plus hypocrites, ils savent se tenir et, en matière de style, ne desserrent jamais la cravate : ils ne se laissent pas aller explicitement à cette haine du juif qui affleure pourtant, en creux, très souvent dans leurs livres.


Si nous abordons d’emblée cette question de l’antisémitisme, c’est pour suivre dans sa préface aux Romans, récits, nouvelles de Drieu Jean-François Louette, qui est le responsable, avec Julien Hervier, de ce volume de la Pléiade. Dès les premières lignes, il nous entretient de cette question, comme pour justifier la présence de l’auteur du Feu follet dans l’illustre collection et désamorcer les éventuelles polémiques. Il n’a pas forcément tort. L’antifascisme d’opérette a souvent sévi dans le milieu intellectuel, ces derniers temps, et beaucoup aiment jouer les procureurs dans la République des lettres, qui est un front tout de même moins dangereux que celui de la guerre d’Espagne.


Jean-François Louette cite donc Emmanuel Berl qui écrivait, à propos de son ami Drieu : « L’antisémitisme l’avait pris vers 1934, comme un diabète. » Et de commenter ensuite assez justement : « C’est une maladie à évolution lente, comme on sait, mais aux rémissions rares. » Et pourtant, il signale aussi quelques faits biographiques qui méritent d’être rappelés : « Il reste que Drieu a toujours exercé le droit de se contredire que revendiquait un poète qu’il a beaucoup aimé, Baudelaire. Si bien que, sous l’Occupation, en 1943, il a contribué à sauver des mains des nazis sa première femme, Colette Jeramec, et ses deux jeunes enfants, internés à Drancy. Tout comme, en mai 1941, il avait fait libérer Jean Paulhan, arrêté pour faits de résistance, lui épargnant la déportation et l’exécution. » 


Surtout, la fin de Drieu plaide pour lui: son suicide, en mars 1945, à Paris, alors que tant d’autres étaient déjà terrés ou en fuite sur les routes de l’exil, n’a pas peu contribué à sa légende. Jusqu’au bout, son ami Malraux lui proposa de s’engager sous un faux nom dans la brigade Alsace-Lorraine, de faire une belle campagne d’Allemagne comme il avait fait une admirable guerre de 14, racontée dans les nouvelles de La Comédie de Charleroi. D’après Malraux, cela aurait permis à Drieu de faire oublier qu’il avait été un intellectuel organique du PPF de Doriot, le seul parti de masse sous l’Occupation, et qu’il avait accepté de prendre le contrôle de La Nouvelle Revue française dès septembre 1940, la transformant en vitrine de luxe pour les grandes plumes collaborationnistes. 


Drieu a voulu payer et on retrouvera, en fin de volume, le poignant Récit Secret, écrit en 1944 mais publié seulement en 1961 et complété par un Exorde où il est difficile d’être plus clair : « Oui, je suis un traître. Oui, j’ai été d’intelligence avec l’ennemi. J’ai apporté l’intelligence française à l’ennemi. Ce n’est pas ma faute si cet ennemi n’a pas été intelligent. Oui, je ne suis pas un patriote ordinaire, un nationaliste fermé ; je suis un internationaliste. Je ne suis pas qu’un Français, je suis un Européen. Vous aussi, vous l’êtes, sans le savoir, ou en le sachant. Mais nous avons joué, j’ai perdu. Je réclame la mort. » Sortie altière, donc, qui fit même dire à Sartre, pourtant peu enclin à l’indulgence avec ces écrivains-là : « Il était sincère, il l’a prouvé. »


C’est sans doute l’obsession du suicide qui constitue la véritable unité de l’œuvre de Drieu, et le choix opéré par cette édition de la Pléiade permet de la mettre en pleine lumière. Dès État Civil, autobiographie d’un jeune homme d’à peine 30 ans, publiée en 1921, l’idée est caressée, choyée, entretenue. On pourra bien entendu lire Rêveuse bourgeoisie ou Gilles comme des tentatives pour réaliser un roman total, prophétique, voulant rendre compte de tout une époque où se joue, entre le traumatisme de la Grande Guerre et l’affrontement des grandes idéologies fasciste, nazie et communiste, la fin d’une civilisation, mais on en revient encore et toujours à ce qui fait l’originalité de Drieu : ce sentiment éminemment moderne d’une radicale solitude de
l’homme dans le monde. Il est d’ailleurs mis en lumière par le roman le plus célèbre de Drieu, également retenu pour la Pléiade : Le Feu Follet, histoire d’un homme incapable de saisir l’autre et le réel, ne trouvant un dérivatif que dans la toxicomanie.


Finalement, l’indulgence de Sartre n’est pas si surprenante. Le personnage du Feu Follet et celui de La Nausée sont plus que des cousins. Oui, Le Feu Follet et l’œuvre de Drieu sont d’une actualité saisissante quand la réalité est mise en question par un virtuel envahissant, qui menace chacun d’entre nous d’un enfermement définitif dans le bunker du solipsisme, pour reprendre le mot de Schopenhauer, autre grande lecture de Drieu.


Cette édition en Pléiade n’a donc rien à voir avec une quelconque tentative de réhabilitation, mais vise avant tout à faire entendre, au-delà de la légende de l’homme couvert de femmes, du dandy fasciste suicidé, la voix de celui qui a désespérément tenté, par la guerre, l’amour et les idées dangereuses de « se heurter enfin à l’objet ».
Que tout cela ait débouché sur un formidable échec ne fait que rendre la figure de Drieu encore plus fraternelle.


Romans, récits, nouvelles de Pierre Drieu La Rochelle (Bibliothèque de la Pléiade).

samedi 18 mai 2013

Charles Trenet, tu te souviens?

C'était avant tout un surréaliste cruel et drôle, un moraliste subtil. Il aurait eu cent ans ces jours-ci, comme les irremplaçables grands-parents qui m'ont appris à lire. 



Au bal du néant
Tu iras mon enfant
Et tu seras content
D'être de ton temps.

vendredi 17 mai 2013

Le dandy de Douarnenez, 2

"Ecrire est physique"

"J'ai une excellente mémoire. Je ne retiens presque rien."

"Travailler! Travailler! Comme si j'avais le temps."

"La poésie, c'est une femme nue qui se baladerait sur les Champs-Elysées, en plein jour, et qu'on ne remarquerait pas. Qu'on ne verrait pas. Sinon, brièvement, les aveugles."

Georges Perros, Papiers collés, 2
 

Les jeux de l'amour et du hussard

Les jeux de l'amour et du hussard.

Retrouver l'amitié avec le Temps. Il a si longtemps été de notre côté. C'est trop bête.
 
Vivre ressemble de plus en plus à ces sorties désespérées que tentent parfois les assiégés pour rompre l'encerclement.

Les étés étaient.

Lunettes noires pour ciel blanc.

Aucune joie mauvaise à l'idée que le monde aujourd'hui si visiblement agonisant pourrait finir avec moi, que personne ne me survivrait puisque nous péririons tous dans une catastrophe définitive. Au contraire: je prévoyais avec un certain plaisir de voir mes cendres dispersées par exemple sur une plage grecque, non loin d'une taverne. Quelque chose de moi aurait continué de participer à la nuit tiède, à la rumeur de la mer, aux joues des filles amoureuses, un peu rougies par le vin et l'émotion, au sable dans leurs cheveux, à l'eau autour de leurs hanches nues au moment du bain de minuit.





jeudi 16 mai 2013

Le dandy de Douarnenez

"Bourreau de paresse."

"Solitude, mon smoking."

"Les hommes se sont assez vus."

"Je ne pourrais m'entendre qu'avec un homme qui avouerait qu'il a eu envie de se tuer, et que cette envie est toujours là, mais comme le feu dans l'âtre. Un homme qui aurait compris, su, connu l'impossible et se serait servi de cette connaissance pour vivre, hors de tout optimisme, etc. Un homme affranchi; c'est rare."

Georges Perros (1923-1978), Papiers collés, 3

mercredi 15 mai 2013

Autrement et encore de Sébastien Lapaque

-->
Une des idées reçues les plus idiotes en matière de critique est qu’un romancier ne devrait pas avoir d’idées, que trop d’intelligence empêcherait la naïveté propre aux grands raconteurs d’histoires. Sébastien Lapaque, lui, pulvérise ce cliché avec élégance, érudition, humour, précision. Il avait prouvé à l’automne dernier, avec La convergence des Alizés, qu’il pouvait donner au roman français un souffle polyphonique et concurrencer l’Etat-Civil dans un pays aussi compliqué que le Brésil. Aujourd’hui, on pourra lire son contre-journal, Autrement et encore qui couvre les années 2010-2012, composé de chroniques, de méditations, de rencontres, de lectures, de vendanges et de voyages. Il nous parle évidemment beaucoup de sa patrie de coeur, le Brésil mais aussi de l’Uruguay du président Mujica avant de nous emmener dans l’Algérie d’aujourd’hui. On le retrouve aussi à l’occasion à Tahiti, sur les traces de Simenon, sans compter la Chine, cette Chine qui inquiétait déjà Madame de Guermantes.

Suivre Lapaque sur ces deux ans est une expérience déroutante, au sens où nous sommes obligés avec lui de changer régulièrement d’itinéraire dans l’espace, le temps, les préoccupations qui sont les siennes et bientôt les nôtres tant il sait nous rendre intelligibles les enjeux souterrains de notre époque à travers une citation de Tertullien, un tombeau pour Marcel Lapierre, le pionnier du vin naturel, ou la lecture d’un quotidien argentin.
Dans Autrement et encore, on voit aussi passer ce qui fit notre actualité récente, mort de Ben Laden et de Kadhafi, tuerie de Toulouse, élections présidentielles. Mais le regard de Lapaque nous fait relire ces événements avec un recul qui n’est certes pas celui de l’histoire mais qui, malgré tout, nous demande une certaine réflexivité. C’est que Lapaque n’impose rien, il dialogue en toute franchise et quand il parle, il ne cache jamais « d’où il parle » comme on aimait à dire à l’époque d’un certain terrorisme intellectuel des années 70 : catholicisme assumé tendance Bernanos, amour de la figure d’un monde qui s’en va, attention portée aux textes et aux êtres. Les écrivains et les Saints sont finalement les seuls GPS  admis par notre auteur qui aurait plutôt, parfois, des pulsions technophobes et luddites, en bon lecteur de La France contre les robots ou de l’Encyclopédie des Nuisances, ces post-situ qui citent autant Marx que Joseph de Maistre ou l’Ecclésiaste.
C’est au tout début de cette décennie 70, d’ailleurs, que Lapaque est né dans une France qui a  plus changé en quarante ans qu’elle ne l’avait fait depuis Stendhal. Et s’il est nostalgique de cette France d’avant qu’il voit disparaître aujourd’hui dans une manière de totalitarisme soft qui n’échappe pas à ce connaisseur si fin de Pasolini et Orwell sa nostalgie n’est pas celle des trentenaires régressifs et de l’Ile aux enfants : la nostalgie de Lapaque est celle d’Ulysse, une de ses figures tutélaires. La différence n’est pas mince : Ulysse a perdu une patrie, mais lui, au moins, sait qu’elle a existé, qu’elle existe encore, qu’il faut essayer de la retrouver même si cela semble compliqué.

Jérôme Leroy


paru dans Valeurs Actuelles

lundi 13 mai 2013

La Grèce va mieux, elle est allée au cimetière à pied

Ceci n'est pas un allié objectif des marchés
paru sur Causeur


Comme le remarquait avec justesse notre ami Théophane Le Méné, la Grèce va mieux et on ne va pas s’affoler si le quatrième parti du pays, Aube dorée, est ouvertement néo-nazi et s’occupe lui même de faire la police chez les immigrés clandestins. Le principal, c’est que tout le monde, tout au moins du côté des experts de la Troïka et des économistes libéraux-médiatiques, estiment que les efforts du peuple grec et de leur gouvernement socialo-libéral-conservateur portent enfin leurs fruits. Christine Lagarde, elle-même, présidente du FMI, affirme que le pays est sur « la bonne voie » au point de parler d’un retour d’Athènes sur le marché obligataire en 2014. Ce n’est pas compliqué, on a presque l’impression d’entendre les bouchons d’Ambroisie sauter chez les Dieux de l’Olympe pour fêter ça.
C’est vrai, on ne va pas ergoter sur le licenciement sec de 15 000 fonctionnaires, sur quelques évanouissements pour hypoglycémie (ne dites pas sous-alimentation, ça n’existe plus en Europe comme chacun sait) dans les écoles, sur le système de santé remplacé par des dispensaires autogérés où des médecins bénévoles font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont, c’est à dire pas grand-chose si ce n’est ce qui est fourni par la solidarité internationale.
Et puis surtout, on ne va pas regarder les chiffres du chômage. D’après les statistiques officielles,  il était de 27 % en février dernier, contre 22 % l’an dernier, portant le nombre de sans emplois à 1 320 000 personnes pour 11 millions de fainéants, euh pardon, d’habitants.  En ce qui concerne la tranche d’âge des 15-24 ans, le pourcentage atteint 64,2 %… En gros, toute une génération. Mais ne doutons pas qu’ils trouveront tous à s’employer dès que la Grèce sera revenue dans le monde merveilleux des marchés. Et ceux qui ne seront pas traders pourront toujours faire révolutionnaires. Il semble que dans une Europe schizophrène où la bonne santé d’un pays n’est plus jugée qu’à ses performances financières, cette vocation-là ait de beaux jours devant elle.
Je suis là en raison de la politique sanitaire de ce blogue, bien connue de nos aimables abonnés, qui veut que toute image pornographique soit contrebalancée par celle d'une belle fille nue.

dimanche 12 mai 2013

Comme un blues dominical et légèrement luddite



Avant, l’homme était un loup pour l’homme, maintenant, c’est une caméra.

A moins de vous retrouver avec des amis très sûrs ou de faire déposer tous les smartphones à l’entrée, comme dans les films sur la maffia où l’on fait déposer les flingues,  il est désormais impossible de montrer son cul dans un instant d’ivresse sans que cela ne se retrouve sur You Tube dans la journée qui suit ou de clamer votre amour pour Staline à la troisième bouteille de bourgueil de Catherine et Pierre Breton. Voire les deux, ce qui a dû m’arriver à l’époque où tout le monde n’était pas équipé comme un drone de l’Us Air Force.

Cette vidéosurveillance vient évidemment compléter celle qui est de plus en plus omniprésente dans nos villes. On était espionné dehors, on l’est désormais dedans.

Je sais que la seule chose qui m’empêche d’en finir avec les ordinateurs, le net, les réseaux sociaux, les téléphones portables, c’est que pour l’instant, j’en ai besoin pour des raisons professionnelles. Mais que vienne à tomber du ciel la solution qui me libérerait de cette façon de gagner ma vie  ou ne plus avoir à gagner ma vie du tout, et je disparaitrais totalement de la Toile. Aucune addiction narcissique : j’ai mes livres écrits et à écrire pour la satisfaire.

Et ceux qui m’aiment prendront le train ou m’enverront des lettres, avec un beau papier vélin bleu pâle. D’ailleurs, avec certains, nous n’avons jamais cessé ces pratiques archaïques : nous écrire, nous voir…

Cela est parfois compliqué à expliquer à des jeunes gens de vingt ans, même intelligents et sensibles, même engagés politiquement du côté de l’émancipation, de la planification écologique, de la décroissance soutenable (c’est ceux que je rencontre le plus souvent, désolé) :  avant leur naissance, j’ai connu un monde où je pouvais être injoignable sans que cela inquiétât ou parût suspect, un monde où j’écrivais sans traitement de texte, un monde où je ne ratais pas pour autant mes rendez-vous, un monde où je partais en voyage automobile sans GPS, un monde où il fallait changer de l’argent à l’intérieur des banques quand on était à l’étranger et non au distributeur à l’extérieur. C’était moins pratique ? Mais c’est ce « pratique » là qui donne désormais l’impression que l’on n’est plus jamais loin.

Avant l’euro, changer des francs en francs belges dans une station balnéaire comme Coxyde, à moins de 100 kilomètres de chez moi, et on avait ce plaisir presque physique d’avoir passé une frontière. Cette sensation s’estompe, ce n’est évidemment pas de la faute de l’euro et des distributeurs. Enfin, pas seulement.

Pour cette question des rendez-vous d’ailleurs, une des conséquences secondaires du téléphone portable, par exemple, est une dévaluation de la parole donnée, ou de l’engagement. Il est tellement facile de se décommander, désormais, que cela devient presque le moyen de se prouver sa propre importance.


Oui, il y a eu des histoires d’amour avant, et belles, et longues, et fortes. Allez voir dans une bibliothèque, euh pardon une médiathèque. Vous y trouverez encore quelques livres, derrières les ordinateurs. 

L’absence ou l’éloignement était une ordalie pour les amants. N’importe quel soldat en opex, n’importe quel marin au long cours attendait le courrier remis par le vaguemestre ou la poste restante à la prochaine escale. Parfois, c’était triste par ce que l’histoire ne tenait pas mais si elle tenait, c’était pour la vie. Aujourd’hui, c’est à peine si le marsouin engagé au Mali qui s’apprête à lancer une grenade dans une grotte des Iforas n’est pas dérangé par un sms amoureux ou grognon d’une fille qui hésite sur la jupe qu’elle va mettre pour sortir.

Je me souviens d’un film prophétique, Denise au téléphone (1995). C’était un film américain sur les débuts du portable. De jeunes amis new-yorkais amoureux les uns des autres passaient leur temps à se téléphoner mais ne se voyaient jamais, comme autant de monades réduites à une carte sim. La seule fois qu’ils parviennent enfin à se voir réellement, c’est à la fin du film quand l’un d’entre eux meurt. Il faut bien aller à l’enterrement.


On dit que c’est grâce à Twitter que les révolutions arabes ont commencé. Sans doute. Cela a dû être un instant de distraction de la part de Big Brother. Il s’est ressaisi depuis. Vous pouvez toujours essayer de twitter en Chine, pour voir.


Les réseaux sociaux ont réussi ce que n’avait jamais imaginé dans ses rêves les plus fous aucune police politique : des gens qui se fichent eux-mêmes.  La réussite est totale, c’est l’humanité elle-même qui devient une police politique autogérée.

Un policier reconverti dans l’écriture me faisait remarquer, lors d’un récent festival du polar, qu’il était pratiquement impossible aujourd’hui pour un truand de reproduire les grandes cavales d’antan comme celle Mesrine.  Et ce, précisément en raison de l’informatisation générale du réel. On peut s’en réjouir. 
On peut aussi s’en inquiéter : l’un des droits de l’homme les plus essentiels n’existe plus.
Celui de disparaître.

Les chats, pour caresser, c'est mieux que les smartphones.

samedi 11 mai 2013

Mariage pour tous: même pour l'école et l'entreprise.

Grâce à François Hollande et Fleur Pellerin, les partenariats école-entreprise vont se multiplier. Ici, un proviseur proposant une élève bien formée à des entrepreneurs.
 Paru sur Causeur.fr
Rappelons les faits : le 29 janvier, à l’initiative de Fleur Pellerin, la ministre de l’économie numérique, des PME et de la fin de la lutte des classes, étaient lancées les Assises de l’entrepreneuriat. Ce fut un grand moment de calinothérapie envers le patronat et notamment ces fameux Pigeons autoproclamés dont la « révolte » marqua le début du quinquennat.
Du côté du pouvoir, on avait cédé assez vite à leurs demandes, surtout sur une fiscalité avantageuse pour les plus-values réalisées lors des cessions d’entreprises. Mais, jamais lassé de montrer à quel point il n’est pas socialiste,  le pouvoir a lancé ces Assises de l’entrepreneuriat pour, d’après Fleur Pellerin, « lever les freins à l’émergence d’une véritable culture entrepreneuriale dans notre pays et attaquons-nous à la solitude de l’entrepreneur et valorisons sa prise de risque ! » Dans une dégustation à l’aveugle, j’aurais plutôt imaginé de tels propos dans la bouche du fringant Geoffroy Roux de Bézieux, un des cinq candidats à la présidence du Medef. On pourra toujours objecter qu’en matière de solitude et de prise de risque, le fait de vivre avec le Smic aujourd’hui ou de se retrouver pris dans la rafle des plans sociaux n’est pas mal non plus. Mais enfin, c’est bien connu, tout ce monde-là ne « crée » pas de richesses, il se contente de travailler pour les produire, quand il a encore la chance de travailler. Ce n’est pourtant pas ce qui nous a choqué le plus. Après tout, comme n’importe quel gouvernement économiquement orthodoxe, le gouvernement dit socialiste pense avec le zèle propre aux nouveaux convertis que la seule façon d’en finir avec le chômage consiste à baisser les charges des entreprises et à flexibiliser le marché du travail,  et ce malgré l’échec évident de ces politiques depuis deux décennies,. Rien de nouveau sous le soleil libéral…
Mais une cerise particulièrement amère est venue couronner le gâteau dans le discours de clôture de ces Assises prononcé par François Hollande lui-même, le 30 avril. Emporté par son enthousiasme, le président de la République a déclaré que l’école devait « stimuler l’esprit d’entreprise. »
Oui, c’est bien connu, l’école est le lieu d’un conservatisme terrifiant et elle n’a jamais su, cette affreuse vieille fille, s’ouvrir sur le monde merveilleux de l’économie de marché. Elle se crispe sur d’absurdes vieilles lunes comme la transmission du savoir, elle continue d’accorder une importance démesurée à des choses aussi improductives  que la littérature, l’histoire, la philosophie. Il paraîtrait même que dans certains établissements particulièrement pervers, on continuerait à enseigner le latin et le grec.  Il n’y en a plus beaucoup, heureusement.
Mais apparemment, c’est encore trop. François Hollande a donc repris à son compte, sans complexe, cette idéologie du renoncement qui veut faire de l’école le lieu où l’on prépare uniquement au monde du travail. L’enseignement professionnel lui-même, toujours d’après le président, ne débouche pas sur des « métiers qui recrutent ». N’importe quel professeur de troisième ou de seconde avec un peu de bouteille pourrait vous dire qu’il en a vu, au cours de sa carrière, de ces élèves orientés vers des « métiers qui recrutaient » et qui n’existent plus aujourd’hui, et qu’il serait plus intelligent de penser à long terme une formation qui n’enferme pas dans une spécialité mais développe des capacités d’adaptation à un monde changeant.
Sur sa lancée, le président a ainsi annoncé que de la sixième à la terminale, il faudrait imaginer des cours où serait enseigné cet « esprit d’entreprise ». Le présupposé idéologique de tels propos prononcés dans de telles circonstances et devant une telle assistance est clair comme de l’eau de roche : « l’esprit d’entreprise » n’existe bien entendu que chez les entrepreneurs, c’est-à-dire les patrons. Tant pis pour ceux qui se démènent dans le secteur associatif et pallient de plus en plus souvent les carences de l’Etat dans des secteurs non rentables comme les crèches, la culture, l’éducation populaire ou la formation des travailleurs sociaux. Ceux-là ne produisent pas de richesses et font rarement de plus-values, donc ils n’ont pas « l’esprit d’entreprise ».
Les patrons n’en demandaient pas tant. Le chef de l’Etat lui-même leur a annoncé, de fait, qu’ils pourraient influencer les contenus des programmes et trouver de la main d’œuvre immédiatement utilisable, formée aux frais du contribuable par ces feignasses de profs qui devraient tous, comme le déclarait il y a quelques mois  Vincent Peillon aux  Échos, « avoir au cours de leur formation un contact avec l’entreprise ». C’est d’ailleurs déjà le cas pour les personnels de direction qui suivent des cours de management depuis que l’on a décidé qu’un lycée ou un collège était une PME comme une autre.
Après le discours présidentiel,  on a pu ainsi lire dans Libération les propos ravis de Philippe Hayat, à la tête du fonds d’investissement Serena, créateur de l’association « 100 000 entrepreneurs ». Il trouve que le cours de maths sera le lieu parfait pour « faire calculer un coût de revient. » On n’est pas certain que ce sera le meilleur moyen pour la France de décrocher de nouvelles médailles Fields mais qu’importe. Pour monsieur Hayat, véritable visionnaire, « L’entrepreneuriat n’est ni de droite ni de gauche et nous devons ouvrir des horizons aux jeunes. C’est le sens de l’histoire. » Rien que ça… On peut ainsi parier que les intervenants extérieurs qui feront connaître à nos « jeunes » le monde merveilleux de l’entreprise ne seront pas souvent des syndicalistes, des médecins ou des inspecteurs du travail.
Face à tous ces modernes, j’ai soudain envie de relire Par amour de l’Art de Régis Debray, vous savez, celui qui fit preuve d’un certain esprit d’entreprise en allant rejoindre jeune homme le Che dans sa guérilla en Bolivie. Dans ce livre où il racontait notamment ses années de lycée, il ose écrire : « Les férus d’ouverture font reproche à l’école d’être « coupée de la vie ». Ils ne croient pas si bien dire, c’est ce qu’elle avait de meilleur. »

vendredi 10 mai 2013

T'es communiste et tu lis Paul Morand, allo, non mais allo, quoi...


Un baiser
abrège la vie humaine de 3 minutes,
affirme le Département de Psychologie
de Western State College,
Gunnison (Col).
Le baiser
provoque de telles palpitations
que le cœur travaille en 4 secondes
plus qu’en 3 minutes.
Les statistiques prouvent
que 480 baisers
raccourcissent la vie d’un jour,
que 2 360 baisers
vous privent d’une semaine
et que 148 071 baisers,
c’est tout simplement une année de perdue.



Paul Morand, USA

mardi 7 mai 2013

Evreux, un aller-retour: merci à Amaury Watremez

C'est à une vieille connaissance, Amaury Watremez, documentaliste visiblement apprécié au lycée Aristide Briand, à Evreux, que nous devons une de ces rencontres qui nous font aimer ce satané métier d'écrivain.
Deux classes de seconde, qui avaient lu Big Sister et Quelque chose de merveilleux, et n'ont cessé de poser des questions pertinentes, voire aimablement déstabilisantes et toujours bienveillantes.
En plus, ce qui ne gâchait rien, le temps était superbe sur la Normandie de mon enfance, et j'ai regretté de ne plus avoir l'âge de mes interlocuteurs pour goûter avec la même acuité tout ce que ces jours bleus et tièdes recèlent de promesses, quand on a quinze ans...
Le train du retour avait ce bruit ancien, pré TGV, qui prend de plus en plus souvent, au fur et à mesure qu'il disparait de notre paysage sonore, quelque chose d'éminemment  romanesque.
Et je me suis souvenu de ce vers de Paul Morand, le premier du poème "Bains publics"
"A Maintenon, dans l'Eure garnie de fausses salades"


lundi 6 mai 2013

samedi 4 mai 2013

Temptations for ever

Même si le mauve est dur à porter, on se dit souvent qu'on aurait été plus avisé de faire Temptation comme métier. Enjoy your soul, sinon.

vendredi 3 mai 2013

Dimanche, la République...: le 5 mai, Sade avec nous!

 En marche pour la VIème République, les droitards obsédés sexuels tiennent la rue de puis trop longtemps.


" Français, vous êtes trop éclairés pour ne pas sentir qu'un nouveau gouvernement va nécessiter de nouvelles mœurs ; il est impossible que le citoyen d'un État libre se conduise comme l'esclave d'un roi despote ; ces différences de leurs intérêts, de leurs devoirs, de leurs relations entre eux, déterminant essentiellement une manière tout autre de se comporter dans le monde ; une foule de petites erreurs, de petits délits sociaux, considérés comme très essentiels sous le gouvernement des rois, qui devaient exiger d'autant plus qu'ils avaient plus besoin d'imposer des freins pour se rendre respectables ou inabordables à leurs sujets, vont devenir nuls ici ; d'autres forfaits, connus sous les noms de régicide ou de sacrilège, sous un gouvernement qui ne connaît plus ni rois ni religions, doivent s'anéantir de même dans un État républicain."

Marquis de Sade (député FDG de la Loire Atlantique.)
Français, encore un effort si vous voulez être républicains!






mercredi 1 mai 2013

Projet de couverture pour une nouvelle édition pirate de La Société du Spectacle

"Le spectacle soumet les hommes vivants dans la mesure où l'économie les a totalement soumis. Il n'est rien que l'économie se développant pour elle-même."

Cinq ans.

Avant de partir pour Arras,  au festival de Colères du Présent dont tu étais le parrain, on pense à toi, forcément. Cinq ans aujourd'hui. Tu manques.
 Frédéric Fajardie, 28 août 1947-1er mai 2008.