samedi 26 janvier 2013

Précautions juridiques, revanches poétiques.

On s'aperçoit finalement qu'il a toujours été un peu dangereux de parler de la réalité pour un romancier et d'être témoin de son temps davantage que de son nombril. La judiciarisation, qui fait peser aujourd'hui sur la littérature une censure a-priori (on vous racontera un jour les misères qu'ont pu faire peser avocats et services juridiques sur Le Bloc), ne date pas d'hier comme le montrent les deux citations qui suivent. C'est en relisant Le Rouge et le Noir que l'on a trouvé la première qui par effet de ricochet nous a rappelé la seconde.

En même temps, le paradoxe, c'est ce que Baudelaire appelait "la jouissance éternelle de la contrainte": on est obligé de ruser, de transposer, de transmuter, de masquer, de jouer. Et la littérature ne demande pas autre chose pour jouir encore plus.

"L'inconvénient du règne de l'opinion, qui d'ailleurs procure la liberté, c'est qu'elle se mêle de ce dont elle n'a que faire; par exemple: la vie privée. De là, la tristesse de l'Amérique et de l'Angleterre. Pour éviter de toucher à la vie privée, l'auteur a inventé une petite ville, Verrières, et quand il a eu besoin d'un évêque, d'un jury, d'une Cour d'Assises, il a placé tout cela à Besançon où il n'est jamais allé."
Stendhal, Le Rouge et le Noir.

"Je ne connais pas Furnes.
 Je ne connais ni son bourgmestre, ni ses habitants. Furnes n'est pour moi que comme un motif musical. J'espère donc que personne ne voudra malgré tout se reconnaître dans l'un ou l'autre des personnages de mon histoire."
Simenon, Le Bourgmestre de Furnes.