dimanche 13 janvier 2013

Droitard, touche pas à mon slip!

Le père Van Horn, dans La Colère de Dieu, est plutôt sur une ligne "théologie de la libération" et trouve l'église de France un peu tracassière.
Paru dans Liberté Hebdo, le petit canard rouge du Nord-Pas-de-Calais

J'étais comme tout le monde finalement, enfin je veux dire comme la majorité des Français, avec la question du mariage gay. Neutralité bienveillante, indifférence polie, léger agacement à l'idée que cela était aussi un rideau de fumée pour que les sociaux-libéraux au pouvoir arrivent encore à faire croire qu'ils étaient de gauche. Sur l'adoption, par ces mêmes couples homosexuels, j'étais un peu plus réservé, mais bon, là aussi assez peu d'avis sur la question. 
Encore une fois, en communiste bas du front, je trouvais plus urgent de s'occuper de Florange ou de Petroplus, de l'offensive sans précédent du Medef qui vient d'ailleurs dans l'indifférence générale,  de remporter une victoire totale dans les négociations avec les syndicats sur la flexisécurité. Il paraît que tout le monde est content. Il faut vraiment lire les articles jusqu'au bout pour s'apercevoir que seuls deux tout petits syndicats, la CGT et Force Ouvrière, ne l'ont pas signé, cet accord. On ne va pas s'en faire pour si peu, hein?
Et puis aussi, ça c'est mon côté anarcho-autonome  conseilliste qui remonte dès que je passe trop de temps avec l'écrivain Serge Quadruppani, je trouvais plus urgent également d'aller voir ce qui s'invente comme modèles alternatifs de résistance durable du côté de Notre-Dame des Landes, de Tarnac, du val de Suse en Italie contre le TGV Lyon-Turin, ou dans les squats d'Exarchia, ce quartier d'Athènes, haut lieu de la révolte grecque contre l'UE.
Mais sur cette question du "mariage pour tous", le ton a monté dans une certaine droite. Un peu trop à mon goût.
Une France transcendantale-pétainiste, dirait Alain Badiou, a relevé la tête sous le vague prétexte de je ne sais quelle mutation anthropologique majeure ou atteinte décisive à la filiation. 
En fait, cette France-là a surtout manifesté la même haine qu'elle entretient comme un ulcère dès qu'il s'agit d'émancipation et de plaisir. Elle n'a pas digéré 89, 93, la Commune, le Front Populaire, 68, comme elle n'a pas digéré le divorce, la pilule, l'avortement, bref tout ce qui pouvait dissocier l'acte sexuel de la procréation.
Sans compter une vieille haine pour la République, qui a toujours existé chez ces chouans éternels qui préfèrent leur foi à leur pays comme une certaine bourgeoisie a toujours préféré Hitler au Front Populaire, ou si vous voyez ce que je veux dire, Poutine à François Hollande, sachant que pour confondre la politique de Hollande avec celle du Front Popu, faut quand même se lever de bonne heure ou être très myope.
Il y a aussi que ces derniers temps, j'ai trouvé l'Eglise de France pour le moins intrusive sur la question. Entre l'Archevêque de Paris, Monseigneur Vingt-Trois et le Primat des Gaules, le cardinal  Barbarin, qui viennent défiler avec Copé à la tête des cohortes emperlouzées et lodenisées, j'ai eu l'impression qu'il allait peut-être falloir rappeler à certains, comme le dit l'Evangile, de rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. Ou, comme le disait le camarade Thorez que "la religion doit rester un vêtement d'intérieur."
Ils étaient donc, ces "bons français", ces "bons pères de famille", ces "mères aimantes"  entre 300 000 et 800 000 à Paris, ce dimanche.
Bon, on rappellera que lors des manifs contre la réforme des retraites en 2010, le peuple, le vrai, celui qui était descendu lui aussi dans la rue, avait dépassé huit fois le million de manifestants. Et il ne descendait pas, le peuple, pour s'occuper de ce qui se passait dans le slip du voisin mais pour sauver un modèle social. 
Sarkozy n'avait pas cédé. On espère que Hollande aura la même fermeté. Question de principe.
Et puis nous, la vraie gauche, comme ça on pourra reprendre le combat: non pas contre ces punaises de sacristie qui vont assez vite rentrer dans leur trou mais contre ce qui désespère vraiment le peuple de France: une politique austéritaire sans précédent, une politique qui pour le coup est elle, un vrai changement de civilisation, un peu plus grave qu'un monsieur et un monsieur ou une madame et une madame qui s'embrassent devant le maire.