jeudi 10 janvier 2013

Contacter les survivants


Il venait de revoir, sur une chaîne du câble, L'argent de poche de François Truffaut et il aurait donné à peu près n'importe quoi pour se retrouver en juin 76, à Thiers (Puy-de-Dôme). 
Pas seulement parce qu'il était nostalgique, qu'il avait eu douze ans cette année-là et que lui aussi, comme un des gamins du film, il avait connu son premier baiser avec la langue pendant l'été de la canicule.
Non, il y avait autre chose: à la vision de L'argent de poche, il était évident, d'une évidence calme et terrifiante, que l'humanité avait muté, complètement muté. Cela ne s'était pas passé aussi vite que dans Body Snatchers, cela avait pris vingt-cinq, trente ans mais le résultat était le même.
Il se demanda s'il était seul à s'en être rendu compte, ou s'il y avait d'autres survivants.  Et si c'était le cas, comment les contacter. 
Il pourrait, pour commencer, se servir du film de Truffaut comme d'un genre de test de Voight-Kampff. 
Et il faudrait abattre sans pitié toute personne qui n'aurait pas les larmes aux yeux. Il allait avoir du boulot en perspective. 
Putain de mutants.