lundi 31 décembre 2012

Voeux 2013, (1)


Avec Uccio Pisino, urbi et orbi, je souhaite aux lecteurs de FQG une année 2013 où le communisme se réalisera enfin dans sa dimension héroïque, poétique et balnéaire.

samedi 29 décembre 2012

vendredi 28 décembre 2012

Ce soir, rue Bocca di Leone...

....il y avait une fille qui ressemblait à Monica  Vitti dans L'Eclipse. 
Blonde, la "petite robe noire"...
Et l'Italie qui passe sans le savoir, dans une élégance trompeuse, du monde d'avant à l'économie de marché postmoderne.

jeudi 27 décembre 2012

Aux couleurs de Rome

"Nous vivions à Rome; nos journées s'y écoulaient dans un enivrant loisir, nous étions rassasié de félicité; et en ce moment-même où, las d'une si belle oisiveté, nous montions plein de hâte et de joie vers une Persépolis de savoir et de rêve, voici que cette lumière, cette couleur, venaient encore flatter notre vue, et accompagner notre marche...
Comme en secret, pour nous seul, elles semblaient nous avoir attendu entre ces murs, et par elles, la haute douceur romaine nous était présente jusqu'au seuil de la salle où les livres allaient nous accueillir. Chaque jour, il en serait ainsi à notre arrivée, à notre départ, un coin de Rome ne ressemblant à rien d'autre au monde, un paysage romain, coloré et changeant avec les heures, nous dirait, au sortir de notre travail et des siècles où nos lectures nous avaient transporté, l'heure et le ciel de Rome.

Valery Larbaud, Aux couleurs de Rome

samedi 22 décembre 2012

Le traducteur français préfère les grands poètes russes


Thierry Marignac a théorisé dans un roman (si si c'est possible quand on est un très bon écrivain) la traduction qui demande peu ou prou les mêmes qualités que la boxe: délicatesse et précision, modestie et violence, diététique et excès. Cela s'appelle Renegade Boxing Club, Série Noire.
Il nous fait découvrir aujourd'hui trois poètes russes, Essenine, Tchoudakov et Medvedeva, traduits et présentés par ses soins. Il en même connu une très bien. Il vous racontera. Le livre s'appelle Des Chansons pour les sirènes 
Nous citions Aragon récemment qui disait: "S'il est vrai qu'il faut lire la poésie autrement que le journal, il faut savoir aussi la lire comme le journal." Essenine, Tchoudakov et Medvedeva vous racontent ce que c'est d'être russe au vingtième siècle. Comme si vous lisiez le journal. Mais vous ne lisez pas le journal, vous lisez de la poésie. La poésie, c'est un journal qu'on peut lire des années après. Une actualité toujours actuelle, de l'éphémère permanent. Définition possible de la poésie.
Que ce soit en pleine révolution bolchévique ou dans les milieux de l'underground parisien des années 80, c'est très compliqué d'être russe au vingtième siècle. Compliqué et beau, compliqué et émouvant, compliqué et sombre, compliqué et indispensable. 
Comme Marignac lui-même, écrivain pudique, ombrageux, grande gueule, solitaire comme un loup, et puis au bout du compte aussi sensible qu'un môme qui découvrirait une sirène morte, échouée sur le rivage. 
Oui les sirènes existent, mais le problème, c'est qu'on s'en aperçoit seulement quand elles sont mortes.
Ce qui pourrait faire une autre définition possible de la poésie.


 Des chansons pour les sirènes (L'écarlate/le dernier terrain vague, 16 euros)

On avait fait par de notre émotion à la découverte des premières traductions de Medvedeva par Marignac ici même


L'hiver, c'est maintenant aussi

à défaut de fin du monde, l'hiver, donc et un peu de Toulet
 
 
 
 
Jeune fille verte empourprée par l'âtre d'hiver.
 
 
Toi qu'empourprait l'âtre d'hiver
Comme une rouge nue
Où déjà te dessinait nue
L'arôme de ta chair ;

Ni vous, dont l'image ancienne
Captive encor mon coeur,
Ile voilée, ombres en fleurs,
Nuit océanienne ;

Non plus ton parfum, violier
Sous la main qui t'arrose,
Ne valent la brûlante rose
Que midi fait plier.

 Paul-Jean Toulet, Contrerimes
               

vendredi 21 décembre 2012

La fin du monde, c'est maintenant

-Mais pourquoi suis-je en illustration? Je n'ai aucun rapport avec l'article!
                                          -Non, je sais. Mais en même temps, tu es tellement jolie...



paru sur Causeur.fr et dans Liberté Hebdo

À l’heure où vous lisez cette chronique, nous sommes le vendredi 21 décembre et la fin du monde a eu lieu ou est en cours si on en croit les Mayas. En même temps, les Mayas n’ont même pas été fichus d’inventer la roue, les moules-frites et le marxisme, alors, bon, leurs prévisions, hein…
Mais admettons qu’ils aient raison. Que faire ? comme disait Lénine en 1902 et ma mère devant un rôti resté trop longtemps au four.
Il semble indispensable d’éteindre le gaz. D’abord parce qu’il a terriblement augmenté et qu’il est inutile d’alourdir la facture.
Vous pouvez également annuler vos rendez-vous que vous avez eu tellement de mal à obtenir avec vos dentistes, vos ophtalmos, vos rhumatologues : vous éviterez ainsi leurs dépassements d’honoraires, ils seront bien eus. Quant à vous, rassurez-vous, on oublie vite qu’on a mal aux dents quand les zombies cernent votre maison.
Pensez également à préparer une liste des personnes que vous aimeriez bien éliminer vous-même avant que l’apocalypse ne s’en charge. Vous me  direz, à quoi ça sert, on va tous y passer ? Mais si, je vous assure, survivre de quelques heures aux affreux, aux méchants et aux salauds qui vous ont pourri la vie sera un plaisir incomparable.
Les caissières à temps partiel imposé payées au smic horaire et qui viennent d’être augmentée de 3 centimes par heure pourront ainsi étrangler elles-mêmes le patron, pardon le manager, du magasin avec des rouleaux de tickets de caisse avant de se servir dans les rayons d’épicerie fine et de rapporter de quoi faire enfin une vraie bonne bouffe de Noël dans leur quartier.
N’écoutez surtout pas la télé pendant la fin du monde. Vous risqueriez de tomber sur les mêmes journalistes, un peu plus pâles, qui ne vous informeront pas mais passeront les mêmes images en boucle que vous aurez déjà vues dans les films catastrophes car rien ne ressemble plus à une fin du monde qu’une autre fin du monde. Quand aux éditorialistes économiques, ils vous expliqueront que la fin du monde, c’est la faute aux déficits, que nous avons été trop dépensiers, que les Français n’ont jamais bien compris les nécessité de la rigueur et que si le travail avait été flexibilisé, on n’en serait pas là. Que maintenant, avec les chutes de météorites géantes, ça va favoriser l’évasion fiscale et dissuader les investisseurs. Arnaud Montebourg passera pour dire qu’il n’y a pas de fatalité et qu’il suffit de nationaliser lesdites météorites en attendant de retrouver des repreneurs avant que Jean-Marc Ayrault ne le démente en annonçant qu’il est préférable de demander aux météorites de reconsidérer leur position et d’envisager un plan social où elles s’écraseront équitablement sur les pauvres, les classes moyennes et les riches. François Hollande commencera un discours solennel depuis l’Elysée en annonçant « la fin du monde, c’est maintenant » avant que les programmes ne cessent définitivement.
Donc, vous voyez bien, la télé, oubliez-là.
J’en reviens à l’attaque de zombies.
C’est l’hypothèse la plus probable car une bonne partie de la population est déjà zombifiée.
Si, si.
Peuvent être ainsi classés dans la catégorie des zombies, par exemple, les jeunes qui restent derrière leurs consoles de jeux pendant plus de dix-huit heures d’affilée, (pire qu’un travailleur chinois) ou encore cette partie des pauvres qui approuvent l’exil fiscal de Depardieu parce qu’après tout « il fait ce qu’il veut avec son argent ».
D’après les films que j’ai vus sur la question, les zombies, il faut leur tirer des balles dans la tête pour les stopper ou alors se sauver. Mais comme vous êtes en France, vous n’avez pas forcément d’armes sous la main, ce qui vous évite de tuer vingt six personnes dont vingt mômes en bas âge et que même après ça, on vous explique que légiférer sur les flingues, c’est atteindre à la liberté individuelle.
Donc, il vous reste une solution, vous sauver.
Pour ma part, c’est ce que je ferai. Du côté de Tarnac ou Notre Dame des Landes. Par-là, il y a des chances qu’ils survivent car ça fait un bout de temps qu’ils pensent à la fin du monde capitaliste, (ou plutôt à son suicide) et comment s’auto-organiser sur des bases différentes où la coopération prime sur la compétition.
Comme ça, dans les ruines fumantes de l’ancien monde, j’aurai peut-être enfin la chance de voir se construire une société enfin réellement communiste.

mercredi 19 décembre 2012

Lens, 1913

Dites, camarade-ministres socialistes,  quand vous n'augmentez pas le smic et que vous lâchez vingt milliards aux patrons, vous avez des cauchemars la nuit, ou vous êtes vraiment devenus des salauds?

mardi 18 décembre 2012

Remontons nous le moral avant la fin du monde avec Imre Kertész

"27 avril 2001
Enième semaine de dépression. Je vis en dehors du roman. Tous les soirs, dîner avec des inconnus. La majeure partie de ma vie m'apparaît comme une perte de temps insensée. Je ne peux pas m'en sortir. Ma faiblesse par rapport à M. Les humiliations physiques de la vieillesse. Je ne l'aurais jamais cru mais la vieillesse arrive d'un coup. D'un jour à l'autre, presque d'une minute à l'autre. L'attitude physique change soudain et on ne peut rien y faire. Une envie d'uriner vous prend brusquement et il faut lui céder tout de suite sous peine de souiller son linge de corps. Quelle humiliation. La pire catastrophe, c'est l'impuissance, alors qu'on n'a pas perdu son attirance pour les femmes. Une autre catastrophe, c'est l'insomnie. Il est trois heures quarante deux du matin et je n'ai pas encore fermé l'oeil. demain, je dois présenter au "grand public" des écrivains espagnols que je ne connais pas, je ne parle pas leur langue, je ferai preuve d'une incompétence totale; tant pis, l'époque tout entière est incompétente."

Imre Kertész, Sauvegarde, journal 2001-2003 (Actes Sud)

La belle lingerie n'a jamais empêché les beaux désespoirs.

lundi 17 décembre 2012

Ce soir, Barry White

...parce qu'un gros n'est pas forcément un gros con planqué derrière une friterie frontalière.



Pourquoi je préfère Norman Rockwell à Norman Woodland

paru sur Causeur.fr

Il y a comme ça des noms qu’on ne connaissait pas et qui pourtant sont parmi les principaux artisans du cauchemar (mal) climatisé dans lequel nous vivons de manière de plus en plus manifeste et qui donne des envies d’aller se réfugier à Tarnac.
Norman Woodland est mort, il avait 91 ans et il était à l’origine d’une des inventions les plus inquiétantes de l’après-guerre, loin devant le collant pour femmes, les caméras de surveillance et le vin en tetra pack. Norman Woodland a en effet inventé le code-barres quand il était enseignant au DIT (Drexel Institut of Technology) de Philadelphie. Il a été aidé par un autre malfaiteur de l’humanité, Bernard Silver qui avait surpris la conversation d’un gérant de supermarché avec le doyen du DIT.
Le gérant aurait voulu qu’on entreprenne des recherches pour capter automatiquement les informations des produits qu’il vendait. Le doyen, qui devait être du monde d’avant,  a refusé. On commence avec les produits, on continue avec les animaux et on finit avec les humains, au nom de la sacro-sainte traçabilité. Mais Silver en a parlé à Woodland et les deux se sont mis au travail avec succès, leur technologie étant au point dès les années 70.
Ils n’avaient pas trente ans et on était en 1947 quand ils ont commencé, comme tous les lou ravis du Progrès, à œuvrer pour un monde plus pratique, plus rationnel, plus sympa. Orwell était pourtant sur le point de publier 1984 et Günther Anders, réfugié aux USA, découvrait effaré dans les salons d’arts ménagers californiens « l’obsolescence de l’homme » et sa « honte prométhéenne » devant des inventions qui le dépassaient.
Le code-barres est l’illustration même du cauchemar totalitaire à la mode capitaliste, la bonne conscience en plus. Plus besoin de miradors et de polices politiques quand il suffit de passer un code-barres devant un rayon laser pour avoir le prix d’un produit ou sur les bracelets des patients dans les hôpitaux pour les classer un peu plus vite.
On ne peut s’empêcher de penser à l’Apocalypse selon Saint-Jean quand on voit ces petites barres noires et ces suites de chiffres sur à peu près tout ce qu’on consomme et même, Ô sacrilège, sur les livres : «  Il lui fut donné d’animer l’image de la Bête, de sorte qu’elle ait même la parole et fasse mettre à mort quiconque n’adorerait pas l’image de la Bête. À tous, petits et grands, riches et pauvres, hommes libres et esclaves, elle impose une marque sur la main droite ou sur le front. Et nul ne pourra acheter ou vendre, s’il ne porte la marque, le nom de la Bête ou le chiffre de son nom. »
En même temps, Woodland disparaît au moment où sa technologie de surveillance et de domestication de l’être humain est remplacée par une autre, infiniment plus inquiétante : celle des puces à radio fréquence (RFID). Grâce à elles, le contenu d’un poids lourd peut-être contrôlé en une seconde et sans ouvrir la moindre caisse.
Et quand on vous la greffera sous la peau à la naissance, pour votre bien, vous serez enfin définitivement libre et protégé puisqu’on ne vous perdra jamais plus de vue.

samedi 15 décembre 2012

Histoire de mon premier et dernier film et, accessoirement, hommage à José Benazeraf.


Vers l'âge de vingt ans, avec un comparse, on avait convaincu une grande blonde intelligente et belle, phénomène que l'on trouvait aisément en khâgne au mitan des années 80, d'être la principale actrice de notre premier film. 
Elle avait accepté. 
Le film durait une dizaine de minutes, tourné avec un camescope. 
Il consistait en un plan séquence unique. 
La grande blonde prenait un bain dans une maison de la côte Normande. La salle de bain disposait d'une vraie baignoire à l'ancienne avec des pieds en fonte. On pouvait faire le tour de la baignoire et subséquemment de la grande blonde qui était dans la baignoire. 
On voyait un peu ses seins dans la mousse et elle devait mimer une masturbation invisible en lisant à haute voix des extraits de La Société du Spectacle, des Manuscrits de 1844 et de l'Adieu à Gonzague, et en prenant une voix de plus en plus orgasmique. On avait posé les textes sur un tabouret à côté de la baignoire.  
Je me souviens qu'elle n'a jamais voulu nous dire si elle s'était vraiment masturbée ou non quand on a dîné au Casino de Saint-Valery en Caux, juste après le tournage.
Je crois que c'était un bon film, en fait, mais il a disparu avec le monde d'avant. Ce qui n'est pas plus mal quand on connaît les malfaisants qui sévissent sur ioutioube et les réseaux sociaux.

On n'avait pas entendu, à l'époque, ni elle, ni nous, parler de José Benazeraf. C'est la mort de ce génie qui nous a remis cette histoire en mémoire. Pour Benazeraf, on ne va pas se fatiguer à écrire un hommage, l'excellent docteur Orlof qui est bloguerollé sur FQG depuis les origines le fait brillamment sur Causeur.


jeudi 13 décembre 2012

Veillée d'armes à Notre Dame des Landes

Le tribunal de grande instance de Saint-Nazaire a autorisé l'expulsion des opposants et la destruction des cabanes construites sur la zone du projet d'aéroport. Mercredi, des gendarmes ont été la cible d'«actions violentes», selon la préfecture. 
On sent parfaitement dans cet enchainement des faits le prétexte à une offensive flicardière d'envergure et comme nous l'avons déjà montré ici avec le témoignage effaré d'une toubib sur place, qui sera probablement d'une extrême violence. 
Puisque le gouvernement social traitre avec Valls dans le rôle de Noske, "le chien sanglant" ou du sinistre Jules Moch s'apprête à l'épreuve de force , FQG tient à saluer fraternellement  les coeurs purs de Notre Dame des Landes, jeunes, paysans, autonomes, riverains en colère, bref ceux qu'on appelle désormais les "zadistes"
Ils ont d'ores et déjà prouvé, quelle que soit l'issue de l'affrontement, que l'on pouvait inventer sur le terrain de nouveaux modes de résistance, de fraternité et d'autogestion conseilliste.
Que la force soit avec vous! 
 
 



La varsovienne par valoo19

mercredi 12 décembre 2012

Minijob, minipaie, mais il fait le maximum!

Paru sur Causeur.fr
Travailleur français, qu’attends-tu pour partir vers l’Allemagne ? Sidérurgiste lorrain, par exemple, cesse de brailler et passe la frontière (si, si, il y en a encore une mais va savoir pour combien de temps…) Cesse de te plaindre du chômage, de la misère : un pays t’ouvre les bras, dirigé par une chancelière qui sera réélue, probablement les doigts dans le nez. Qu’attends-tu, travailleur français, pour quitter ton hexagone rabougri qui en t’assistant va finir par ruiner tes propres enfants ?
Fais comme tes camarades grecs, portugais, espagnols, va goûter aux joies de la Ruhr. Bien entendu, ce n’est plus le capitalisme rhénan là-bas, puisque le socialisme à la Schroeder a cassé ce modèle obsolète où les syndicats avaient leur mot à dire dans les conseils d’administration (on appelait ça la cogestion). Imagine un peu les perspectives qui te sont offertes. Voilà un pays qui va présenter un déficit proche de zéro en 2012. On en est à la limite de l’orgasme dans les agences de notation et les salles de marché. Ne me dis pas que ça ne te fait pas une belle jambe.
C’est pas formidable, ça ? Bien sûr, travailleur français, il ne va pas falloir t’attendre à des salaires mirobolants. Ces boulots, c’est comme le disent les Allemands eux-mêmes, sont des « minijobs » Tu pourras pour 400 euros par mois, et 450 à partir de janvier, travailler à temps partiel en parallèle aux aides sociales. Les patrons adorent. Grâce au « minijob », ils ne paient plus de charges sociales et peuvent te faire faire n’importe quoi si tu veux éviter d’être rayé du dispositif. Mais ce qui compte, c’est que tu travailles et que ton travail ne coûte rien car tu n’ignores pas que le travail à un « coût » et que c’est presque un cadeau que te fait l’employeur en t’employant.
Travailleur français, je sais que tu ne vas pas cracher dans la Käselauchsuppe. D’ailleurs, on te l’offrira gratuitement dans des associations berlinoises comme L’Arche ou le Tafeln qui servent mensuellement 125 000 repas, essentiellement d’ailleurs à des « minijobbers » dont le nombre s’élève nationalement tout de même à 7, 4 millions.
Mais, travailleur français, le plein emploi est à ce prix dans le nouveau paradis de l’Europe. Et puis tu sais, ils ont vraiment besoin de toi. Tu fais encore des enfants alors que eux, ils ont plutôt la démographie détumescente. Il ne te reste plus qu’à demander le regroupement familial. Et puis dans le pire des cas, il te restera la possibilité d’envoyer la moitié de tes 400 euros au pays, comme n’importe quel Malien. Tu vois, travailleur français, ce n’est pas dur de retrouver sa dignité.

Cool

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Cool est un polar de Don Winslow. On pourrait reprocher cette tendance de plus en plus fréquente dans le polar et dans le cinéma à ne plus traduire les titres anglo-saxons. Ici, ça se justifie parfaitement. Il serait très difficile de traduire Cool qui renvoie à la fois à une attitude existentielle faite de décontraction, d’hédonisme et d’absence totale de morale. Mais aussi à des situations où l’on se sent heureux, détendu, décontracté : en faisant du surf, en ayant un rapport sexuel satisfaisant, en jouant aux cartes, en fumant un joint fortement dosé en THC sur une plage du comté d’Orange ou en prenant son petit déjeuner quotidien au Coyote Grill: café noir, œufs machana(1), serveuse eurasienne belle à tomber par terre, lecture de la Dame Grise comme on appelle le New-York Times à cause de son abondance de textes et de son peu d’images.
Cool est un polar californien. La différence entre un polar californien et un polar qui n’est pas californien est due à l’impression que dans le polar californien rien n’est vraiment grave même si c’est tragique. En plus, dans les polars californiens, il y a plus souvent des jeunes que dans les autres polars américains car en Californie on peut faire du surf et consommer de la drogue au soleil, ce qui est plutôt un truc de jeunes. En plus, depuis les années du Flower Power et le Summer of love, la Californie a une certaine expérience en matière de jeunes qui ne veulent rien faire sinon écouter de la musique planante et savoir prendre avec une planche la bonne vague au bon moment. On les appelait les beatnicks, les hippies et on se dit qu’ils n’étaient pas si mal, quand on voit ceux qui fréquentent les écoles de commerce.
Cool est un polar qui raconte l’histoire de trois jeunes d’aujourd’hui, il y a Ben qui est un intellectuel, Chon qui est membre des forces spéciales et Ophélie (O pour les intimes) qui est amoureuse de Chon, mais aussi de Ben. Ils ne font rien et ne veulent rien faire. Même Chon qui tue plein de terroristes (mais ça reste hors champ dans le roman) ne le fait pas pour la plus grande gloire de Bush junior mais pour les primes qui lui permettent de glander entre deux opérations. Comment ne rien faire et s’éclater en même temps, sans que se pose le problème de l’argent ? En montant son affaire. Après tout on est au pays de la libre entreprise.
Chon ramène d’Afghanistan un plant de cannabis très rare. Ben trouve le moyen de le cultiver hors sol dans des serres hydroponiques. O trouve ça très bien comme idée et ça lui permet d’échapper à sa mère qui est riche, liftée, et doit en être à son cinq ou sixième mari. Elle l’appelle RAPU (reine agressive passive de l’univers). Le roman de Winslow est plein de ces acronymes inventés, fantaisistes et précis, qui scandent plaisamment sa narration.
Cool est un polar qui raconte l’impossibilité de la libre entreprise. En France, c’est à cause du code du travail et des syndicats archaïques mais en Californie, c’est à cause de la concurrence qui a noyauté et corrompu la police antidrogue pour garder le monopole. Les événements vont donc tourner de manière assez violente mais Marx a bien expliqué que le capitalisme, c’était la guerre de tous contre tous.
Cool est un polar nostalgique. En parallèle aux déboires de Ben, Chon et O, Winslow raconte ceux de leurs parents au même âge qui faisaient la même chose mais avec l’espérance de changer le monde. En même temps, la violence était déjà là mais pas aussi violente.
Cool reste pourtant un polar cool car il fait l’apologie de la drogue, du triolisme et des filles de dix neuf ans à la sexualité exultante. Et il est temps d’offrir à notre jeunesse une littérature enfin édifiante. En plus, Cool est remarquablement écrit dans le genre épileptique déstructuré avec des bouffées de poésie pure comme on a des bouffées délirantes.
Mais les amateurs de Don Winslow connaissaient déjà ses qualités d’écrivain  et avaient lu Au plus bas des hautes solitudes, La griffe du chien et Savages, adapté au cinéma par Oliver Stone, avec les mêmes personnages que dans Cool.
Les autres lecteurs, eux, auront de la chance : ils découvriront avec Cool une version un peu particulière de Jules et Jim, mais qui vaut le voyage et  par la même occasion un auteur de noir qu’ils n’oublieront plus.

Jérôme Leroy
(1)la recette est dans le roman.

Cool de Don Winslow ( Traduction de Freddy Michalski, Seuil)

samedi 8 décembre 2012

vendredi 7 décembre 2012

Aragon n'est pas mort il y a trente ans, (3)

 "S'il est vrai qu'il faut lire la poésie autrement que le journal, il faut savoir aussi la lire comme le journal."
Chronique du bel canto (1947)

jeudi 6 décembre 2012

Nizan, reviens, ils sont sans le sou!

 paru sur Causeur.fr

 Dans Aden Arabie, Paul Nizan écrivait en guise de premières phrases : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. »  Dans ce pamphlet de 1931, violemment antibourgeois et anticolonialiste, le jeune normalien surdoué, communiste, qui devait mourir héroïquement au feu en 40 après avoir rompu avec le Parti à la suite du pacte germano-soviétique, racontait son expérience de précepteur dans les années 20 au Moyen-Orient mais aussi et surtout analysait cette caractéristique particulière du capitalisme qui est de confisquer à la jeunesse les moyens d’une révolte légitime, soit en la transformant en chienne de garde, soit en l’excluant sans façon du festin.
On attend donc un nouveau Paul Nizan à la lecture du premier rapport de l’Observatoire de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep), destiné au gouvernement et révélé par la presse ces jours-ci. Le taux de pauvreté des 18-24 ans atteint aujourd’hui 22,5%, selon le rapport de l’Injep alors qu’il est de 14% dans l’ensemble de la population. Cette pauvreté a progressé de 5 points depuis 2004. 16% des moins de 25 ans n’ont aucune perspective : pas de formation, pas d’études, pas d’emploi en vue. Et chaque année, cela s’aggrave. Le CDI est devenu pour le jeune aussi rare qu’un militant UMP serein ou un socialiste de gauche tandis que les étudiantes se prostituent de plus en plus fréquemment.
Donnés comme cela, ces chiffres occultent à quel point il peut y avoir quelque chose de sordide et de révoltant à vivre au jour le jour ses plus belles années dans un pays où jamais les richesses n’ont été aussi mal redistribuées et où la jeunesse n’est plus un atout pour les décideurs mais une simple variable d’ajustement.
Effectivement, vingt ans n’est toujours pas le plus bel âge de la jeunesse.
Mais il semblerait pourtant, malgré une discrétion de violette de la part des grands médias, que cette jeunesse précarisée, déboussolée, humiliée, prostituée… bande encore. On le voit du côté de Notre Dame-des Landes où la police de gauche défigure autant que la police de droite comme le raconte au célèbre organe anarcho-trotskiste Le Quotidien du Médecin cette doctoresse qui était sur les lieux et qui a eu du mal à s’en remettre.
Mais aussi du côté de Lyon, quand dans un grand silence médiatique, la manifestation franco italienne anti-Tgv Lyon –Turin, qui détruira le magnifique val de Suse, se déroule le 3 décembre alors que Monti et Hollande signent un énième accord sur la question, accord toujours déjugé par des opposants résolus qui résistent depuis de nombreuses années et empêchent les travaux de progresser. À Lyon, la police retrouva la méthode d’encerclement expérimentée lors du CPE et enferma les manifestants toute une journée dans une véritable nasse en alternant tirs de grenades lacrymogènes et charges à la matraque. Les caméras, évidemment, n’avaient d’yeux que pour Mario Monti, chef d’état non élu mais nommé comme à l’époque où il bossait pour Goldman Sachs et François Hollande chef d’état élu mais décidé à être un des meilleurs élèves du social-libéralisme.
On incitera donc cette jeunesse, à l’occasion, à voler dans une librairie Aden Arabie et à le lire en entier. Ils verront qu’il ne s’agit pas d’une simple déploration mélancolique comme le laisserait penser le début. Au contraire, ils trouveront dans les dernières lignes un programme d’action très clair : « Ils ne faut plus craindre de haïr. Il ne faut plus rougir d’être fanatique. Je leur dois du mal : ils ont failli me perdre. »

mercredi 5 décembre 2012

L'origine de la fin du monde

L'Union Européenne, c'est un Courbet avec un slip.

Dino Risi, fantôme d'amour

Quand Risi le sarcastique se fait mélancolique, ça donne Fantôme d'amour.
Et décidément, ce film, on ne s'en lasse pas.

dimanche 2 décembre 2012

Echenoz et Modiano, écrivains français



Paru dans Causeur Magazine, novembre

L’époque est à l’incertitude ? La crise ? Le doute ? Vous avez besoin de valeurs sûres, de placements de père de famille ? N’hésitez pas : prenez du Echenoz et du Modiano, c’est sans risque et leur cote, qui ne connaît pas les humeurs des marchés, ne va pas s’effondrer dans la bulle spéculative des modes éphémères. C’est tout le contraire des start-up romanesques montées à la hâte, le temps d’une rentrée littéraire, pour rafler des prix ou prendre en otage les névroses du public en appuyant, de manière assez putassière, là où ils pensent que ça lui fait mal, façon Christine Angot ou Olivier Adam.
Une heureuse conjonction nous permet donc, cet automne, de goûter le retour simultané de  ces deux épées de la littérature française, de deux écrivains dont le nom est déjà dans les manuels scolaires mais qui sont toujours incroyablement vivants. L’un − Echenoz − publie 14 et l’autre  L’Herbe des nuits. Apparemment, tout les oppose, si ce n’est leurs dates de naissance qui font d’eux de purs enfants du baby-boom : 1945 pour Modiano et 1947 pour Echenoz.
Echenoz, ce sont les Éditions de Minuit, tandis que Modiano, c’est Gallimard. Modiano se réfère à un certain classicisme sentimental, tandis qu’Echenoz est d’un formalisme rigoureux. Pour reprendre les termes anciens du parallèle académique entre Corneille et Racine, Modiano peint le monde tel qu’il le ressent et Echenoz tel qu’il s’en amuse. À Modiano la nostalgie et un certain attendrissement sur les fins de saison, comme dans le magnifique Dimanches d’août, à Echenoz le regard froid et l’humour glacé, comme dans le roman-banquise  Je m’en vais.
Sauf que. Sauf que c’est oublier un peu vite que, si le grand écrivain est celui qui écrit toujours le même roman, il est aussi celui qui sait se métamorphoser dans cette permanence qu’on appelle le style. La phrase de Modiano, comme celle d’Echenoz, est, bien sûr, immédiatement reconnaissable, ce qui donne la fausse impression que l’inspiration demeure la même. Modiano, dans L’Herbe des nuits, peut-il être plus « modianesque » que lorsqu’il écrit, par exemple : « Depuis que j’écris ces pages, je me dis justement qu’il y a un moyen de lutter contre l’oubli. C’est d’aller dans certaines zones de Paris où vous n’êtes pas retourné depuis trente, quarante ans et d’y rester un après-midi comme si vous faisiez le guet. » ? Et Echenoz plus « échenozien » que dans ce passage de 14 : « Puis au généraliste elle a présenté son cas, montré son corps sous son vêtement et l’examen est allé vite. Palpations, deux questions, diagnostic : pas l’ombre d’un doute, a déclaré Monteil, vous l’êtes. » ?
Et pourtant, ceux qui lisent ces deux écrivains depuis longtemps savent qu’ils ont leurs périodes, comme les peintres. Echenoz a d’abord joué avec les genres, il a été un spécialiste du faux génial : faux roman d’aventure avec L’Équipée malaise, faux roman d’espionnage avec Lac, faux roman fantastique avec Un an. Puis il a, plus récemment, joué avec le genre biographique et proposé quelques  vies d’« hommes illustres » en s’intéressant au coureur Zatopek, au musicien Ravel ou à l’inventeur Tesla, avec le même détachement précis, ironique, attentif.
14
marque une nouvelle période. Echenoz prend quelques longueurs d’avance sur les commémorations de la Première Guerre mondiale pour nous en donner sa version, qui ne sera, évidemment, semblable à aucune autre. Apparemment, rien d’inédit : 14 raconte l’histoire de cinq hommes, en Vendée, qui sont mobilisés dès le début de la guerre. Parmi eux, deux frères sont amoureux de la même femme. Il y aura l’horreur des tranchées, les débuts de l’aviation et la façon dont les industriels de l’arrière, ici un fabricant de chaussures, profitent du conflit. D’où vient alors que le lecteur a l’impression de découvrir ce qu’il croyait avoir lu déjà cent fois ? C’est que, pour Echenoz, la littérature est une question de point de vue, ou plutôt d’absence de point de vue. Se refusant à toute psychologie et pratiquant en héritier assumé de Jean-Patrick Manchette une écriture comportementaliste, il nous laisse seul avec la violence, la peur, la mort, dont il rend compte du même ton égal, sans parlure lyrique ou indignée. Le résultat est, au bout du compte, bouleversant. Un exemple parmi d’autres de la méthode Echenoz : à un moment, sur trois pages, il décrit objectivement le sac à dos des soldats. Il devient assez vite évident que cet équipement, monstrueusement lourd et inadapté, épuise les combattants. Mais l’écrivain, afin que les choses soient bien claires, non sans un certain humour noir, conclut sa description de la manière suivante : « L’ensemble de cet édifice avoisinerait alors au moins trente-cinq kilos par temps sec. Avant qu’il ne se mette, donc, à pleuvoir. » Tout, ici, est dans le « donc »
L’œuvre de Modiano a aussi connu des bifurcations, derrière l’apparente unité que lui donne sa petite musique. On connaît très précisément son roman familial douloureux depuis Un pedigree et le passé trouble du père pendant l’Occupation : il est juif, fréquente des milieux interlopes et fait une éphémère fortune grâce à des trafics divers. Quant à sa mère, comédienne belge, elle se désintéresse de lui dès l’enfance et l’abandonne à ses grands-parents qui l’élèveront. Modiano, à ses débuts, ne voulant pas parler explicitement de sa propre vie, écrivit une série de romans subtilement angoissants, flirtant avec le fantastique dans leur description d’un Paris sous l’Occupation où flottent des personnages en apesanteur sociale, vaguement collabos, vaguement truands, toujours sur le point d’être arrêtés. S’il y a une parenté d’Echenoz avec Manchette, Modiano, lui, reconnaît celle de Simenon. Il écrit autour des creux, des absences, des non-dits avec des narrateurs orphelins qui louent des chambres à la semaine dans des arrondissements excentrés.
Et pourtant, ces motifs répétés, Modiano les module et les approfondit à chaque roman. Pour les amateurs, l’intrigue de L’Herbe des nuits est presque familière : un jeune homme seul qui veut être écrivain note tout dans un carnet noir et erre dans Paris à la recherche de Jeanne Duval, qui fut la maîtresse de Baudelaire. Il est mêlé sans trop s’en rendre compte à des hommes louches qui ont sûrement participé, de près ou de loin, à l’enlèvement d’un homme politique marocain, transposition déguisée de l’affaire Ben Barka. Il a une liaison avec une certaine Dannie, qui a peut-être tué un homme, et il croise à l’occasion un grand poète auquel il n’ose pas parler et dans lequel on reconnaîtra Audiberti, comme on reconnaissait la bande à Guy Debord à la lecture de Dans le café de la jeunesse perdue.
Bien entendu, l’essentiel est ailleurs. Il est dans la manière dont Modiano, à chaque fois, va un peu plus loin dans l’approfondissement du dépaysement temporel. En ce sens, L’Herbe des nuits marque une nouvelle étape dans la confusion assumée des époques et transforme le roman en un objet presque conceptuel : « Peut-être la vitre était-elle opaque de l’intérieur, comme les glaces sans tain. Ou tout simplement des dizaines d’années et des dizaines d’années nous séparaient, ils demeuraient figés dans le passé, au milieu de ce hall d’hôtel, et nous ne vivions plus, eux et moi, dans le même temps. »
Ce qu’il y a de bien, avec les grands écrivains, c’est qu’ils rebattent les cartes en permanence. Ainsi, on assiste là à une  curieuse inversion des rôles. C’est Echenoz qui devient malgré lui un écrivain de la compassion en proposant une nouvelle vision de la Guerre de 14 et c’est Modiano qui expérimente, faisant de L’Herbe des nuits une pure construction langagière. Dans les deux cas, pour notre plus grand bonheur.
Patrick Modiano, L’Herbe des  nuits (Gallimard).
Jean Echenoz, 14 (Éditions de Minuit).

samedi 1 décembre 2012

Florange, Florange, Florange....





Jean-Marc Ayrault, peu de temps avant son annonce sur Florange
"Dans le moment actuel, avec le pouvoir qu’ils tiennent, et avec les partis et syndicats que l’on sait, les travailleurs n’ont pas d’autres voies que la prise en main directe de l’économie et de tous les aspects de la reconstruction de la vie sociale par des comités unitaires de base, affirmant leur autonomie vis- à-vis de toute direction politico-syndicale, assurant leur auto-défense et se fédérant à l’échelle régionale et nationale. En suivant cette voie ils doivent devenir le seul pouvoir réel dans le pays, le  pouvoir des Conseils de travailleurs. À défaut, parce qu’il «est révolutionnaire ou n’est rien», le prolétariat redeviendrait un objet passif. Il retournerait devant ses récepteurs de télévision."

Guy Debord, Comité Enragés-Internationale situationniste Conseil pour le maintien des occupations Paris 30 mai 1968

La politique sanitaire de ce blogue, bien connue de nos aimables abonnés, exige que pour toute photo traumatisante, hideuse, violente, nous opposions une photo célébrant la vie, le bonheur, l'amour, le sexe, le plaisir afin de montrer aux plus jeunes générations que la vie est ailleurs.
...dans l’amour, le séparé existe encore, mais non plus comme séparé : comme uni, et le vivant rencontre le vivant.