jeudi 29 novembre 2012

Couettes, choc pétrolier et autres inquiétudes






-Je me demande depuis quand je n'ai pas vu de filles avec des couettes.
-Tu ne comptes pas les films pornos?
-Non.
-Je ne sais pas, alors... En CE2?
-Ca se pourrait, oui...
-Ca nous ramène avant le premier choc pétrolier ça, non?
-Ce que tu peux être vache, tout de même...
-Mais non, c'est juste parce qu'il y a deux filles en moi...

mercredi 28 novembre 2012

Aragon n'est pas mort il y a trente ans (2)

"Je ne suis ni les règles du roman
ni la marche du poème
je pratique tout éveillé la confusions des genres"

La défense de l'Infini

mardi 27 novembre 2012

Au chic communiste, 10

Sinon, vous pouvez aussi aller militer avec Michèle Tabarot, la numéro 2 OAS de Jean-François Lecopen. Vous pouvez.

Notre Dame des Landes, priez pour nous!

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Y a t il vraiment besoin d'un aéroport à Nantes? N'est-il pas tant de réfléchir à la planification écologique sans sombrer dans les impasses de la simplicité volontaire car tous de même la lingerie, c'est bien?
Ne boudons pas notre plaisir. d'un point de vue strictement narratif, l'implosion de l'UMP est un scénario passionnant. Ne serait-ce la nanitude des acteurs, on imaginerait bien un Salluste, celui de la Conjuration de Catilina, raconter cet affrontement de deux bandes rivales pour la prise du pouvoir.
Mais bon. 
Fillon a parlé de fracture morale. N'exagérons rien. 
S'il y a une fracture morale, en ce moment, elle est du côté de Notre Dame des Landes où des chouans rouges et noirs mettent la gauche de gouvernement (enfin ce qu'on appelle comme ça et qui n'est plus qu'un très vague surmoi) en face de ses contradictions.
Il ne s'agit pas seulement, autour de ce projet d'aéroport, d'un combat écolo. Il s'agit d'un choix symbolique et idéologique. On va mettre quoi dans les réservoirs des avions, dans dix ans? Du gaz de schiste? Comme ça, on ne survolera plus le bocage, mais le Borinage. 
L'absurdité de vouloir continuer à penser la croissance selon un mode capitaliste et en espérant, de plus en plus mollement d'ailleurs, imposer un rapport de force pour une redistribution équitable est une impasse. Parce qu'il n'y aura bientôt plus rien à redistribuer dans une planète presque mourante à force d’avoir été esquintée par le capitalisme.
Le Front de Gauche (et même le PCF désormais) parlent de la nécessité d'une planification écologique. Produire, oui, mais autrement. Réfléchir à ce qui est utile et à ce qui ne l'est pas. 
Nous n'avons aucunement le culte de la décroissance, de la simplicité volontaire et de toutes ces conneries pour classes moyennes supérieures dévorées par la culpabilité et les écrans plats, la honte et les week-ends à Prague avec Ryan Air. Et je sais de quoi je parle, je ne fais pas le donneur de leçon: j'en fais partie des honteux culpabilisés.
Mais l'aéroport de Notre Dame des Landes est un projet hérité des sixties, à l'époque du twist et des trente glorieuses. Il n'a plus rien d'actuel aujourd'hui et je ne sache pas que Nantes soit particulièrement enclavée. Il y a des TGV qui arrivent à Nantes, non ?
On voit bien que la vigueur et l'inventivité de la résistance sur ce champ de bataille-là, celui de Notre dame des Landes,  dépasse ce cadre géographique. Elle est celle de toute une partie de la population qui a pris conscience qu'il est minuit moins cinq en ce qui concerne notre mode de vie.  
Ou plutôt de non-vie, si on en juge par le malheur qu'il traine avec lui. Un malheur qui peut se mesurer assez aisément, par exemple, à la montée en flèche de ces toxicomanies légales que sont les antidépresseurs et les anxiolytiques que l'on consomme avec moins de culpabilité qu'une cigarette ou une bonne bière puisque ce sont des médicaments alors que les deux autres sont des vices, paraît-il.
Parce qu’en plus, non seulement on flingue votre environnement, on vous licencie, on vous humilie, on détricote votre couverture sociale, vos retraites, votre école mais en plus on vous fait la morale, tout le temps. On vous reproche jusqu’au « coût » de votre travail.
Alors, à Notre-Dame des Landes comme ailleurs, un seul slogan : " Ni patrons, ni avions, ni… Fillon !"(1)
 
(1) Et pas Copé non plus, hein, j'ai juste dit ça pour la rime.

lundi 26 novembre 2012

Aragon n'est pas mort il y a trente ans (1)


"Toute ma vie 
  J'ai gravement répandu mon foutre inutile
  Comme un feu qu'on allume au bord d'une mer sans navire
  Peut-être qu'un signe dans les étoiles
  A répondu parfois à mes baisers perdus
  Je ne le saurai pas Je ne garde
  Que deux ou trois images convulsives
  Des femmes que j'ai mortellement aimées"

La Grande Gaîté (1929)
 

dimanche 25 novembre 2012

Saudade, samba, futebol et providence

La convergences des Alizés
de Sébastien Lapaque (Actes Sud)

article paru dans Valeurs Actuelles


Comment en arrive-t-on, comme Sébastien Lapaque, à être un grand écrivain brésilien de langue française ? Parce qu’il s’agit bien de cela avec La convergence des alizés, roman polyphonique, solaire et sombre, roman amazonien jusque dans des étranges et troublantes ramifications,  dans sa construction en rhizome, dans ses bras d’un fleuve narratif qui semble nous mener nulle part, sinon toujours un peu plus loin, au-delà de nous-mêmes, de nos destins fugitifs, dans la peur et le bonheur d’être au monde, pour mieux croiser nos trajectoires dans une ville de tous les possibles, Rio de Janeiro, où même les altermondialistes prient les saints et où, comme le dit Cendrars cité en exergue par Lapaque : « Vivre est un acte magique »
Les alizés, leur hypothétique convergence sont un phénomène météorologique étrange qui se trouvera expliqué ici par une jeune et délicieuse climatologue. C’est aussi une évidente métaphore des conjonctions improbables entre les personnages qui ont pourtant lieu, comme lorsque cet amoureux, au hasard, part à la recherche de la fille aimée et quitte Bélem pour Rio ne s’en remettant qu’à son intuition amoureuse.  Mais il n’y a pas de hasard, il y a cette convergence des alizés qui est un autre nom pour la Providence car l’auteur connaît ici aussi bien le football que la théologie et les exploits de la seleccao que les sermons du père Antonio Viera.
Sébastien Lapaque, que l’on a connu inscrit dans une ligne française, épurée n’avait apparemment rien qui le prédestinait à se mesurer aux grands écrivains latino-américains, sur leur terrain de surcroit. On le connaissait plutôt pour des livres sur le vin, des polars conçus comme tragédie classique et des romans à idées heureuses. Mais il y a eu pour Lapaque la révélation Bernanos à dix-huit ans et celui qui suit Bernanos comme son ombre nourricière finit au Brésil, un jour ou l’autre.
 Voilà donc comment l’on devient le chroniqueur d’un pays et d’une ville de l’autre bout du monde avec la précision du sociologue pour rendre les contradictions d’une puissance émergente et l’intuition du poète pour transformer le Brésil en général et Rio en particulier en une extraordinaire symphonie de couleurs, d’odeurs, de saveurs. Cette façon sensuelle et paradoxale de lier une certaine critique sociale à l’amour coloré de la beauté rappelle évidemment Jorge Amado, le grand écrivain de Bahia, et notamment son Gabriella, girofle et cannelle. Gabriella est d’ailleurs le prénom d’un des très nombreux personnages de Lapaque qui concurrence ici l’état-civil avec des petits truands et des présentateurs de télé réalité, des propriétaires terriens et de grands cuisiniers, des rêveurs, des fugitives et des assassins. Si Jorge Amado rendait compte du Brésil des années 60 et 70, pour Lapaque, il s’agit de celui de Lula. Tout a changé sauf la mythologie d’un peuple comme cette nostalgie en miroir du Brésil pour le Portugal et du Portugal pour le Brésil, l’un ne sachant plus qui est le rêve de l’autre dans une infinie saudade  transatlantique.
Et dans ce Rio des années 2000, Lapaque a écrit un roman total, c’est à dire, effectivement, un roman brésilien, avec ce que cela suppose de don de soi et de maitrise d’un style manuelin torsadé comme les cordages des navires armés pour les grandes découvertes, style qui seul permet de rendre les volutes de la réalité et du rêve confondus,  de l’interpolation constante entre l’histoire et le présent que permet ce Brésil de tous les possibles, continent de résistance à l’uniformisation grise du monde conçu comme hall d’aéroport :  « Cette musique sans paroles racontait tellement plus de choses que le rap énervé des jeunes gens en colère. Elle portait non seulement la révolte des cœurs simples contre l’injustice qui rendait le monde malheureux, mais mille autre choses impossibles à dire. Encore une fois, Zé se souvint des cours d’histoire  d’Antero Tarquino Martins et de ce qu’il leur avait dit  du desengano, de la désillusion créatrice, fondatrice des épopées lusitaniennes. »

Jérôme Leroy









samedi 24 novembre 2012

Dallas, hélas

Larry Hagman, alias JR, vient de mourir.
Paru sur Causeur.fr

LARRY HAGMAN DALLAS
Larry Hagman est mort à 81 ans des suites d’un cancer. C’était JR, le méchant de Dallas. La série qui s’imposa planétairement de la fin des années 70 aux années 80, racontait les Atrides au Texas, avec ranchs et puits de pétrole à la place des palais mycéniens. Je me souviens que ça passait les samedis soirs sur la première chaîne et que finalement de vrais archétypes s’inscrivaient alors dans un imaginaire désormais mondialisé : le gentil frère, l’avocat revanchard, la femme alcoolique mondaine.
Ah Sue Ellen, qui est la première comparaison qui nous vient encore à l’esprit quand on voit, un peu pompette dans un cocktail, une quadra élégante et désespérée, ce qui est un pléonasme dans la France de 2012 où le féminisme a beaucoup œuvré pour la généralisation du célibat. Moi j’aimais bien, chez les femmes de Dallas, celle de Bobby, Victoria Principal avec sa frange et puis aussi, les jours de régressions mammaires, ce petit boudin blond de Lucy avec ses gros seins et son regard un peu bovin.
JR, c’était le salaud qu’on adorait détester. Il faisait des trucs ignobles pour garder le contrôle de l’entreprise familiale. Ce qui est amusant, c’est que cet ignoble capitaliste, aujourd’hui, apparaîtrait presque comme un humaniste. Il ne voulait pas se soumettre aux actionnaires, il ne voulait pas laisser l’entreprise paternelle aux mains des mous du genoux de sa famille, il se battait pour l’économie réelle et il avait un beau stetson, ce qui finalement était son seul point commun avec George W Bush, faux texan, pétrolier incompétent et président fils à papa.
Oui, JR, aujourd’hui, c’est le genre de gars qui intriguerait pour refuser d’appliquer le plan de compétitivité de Louis Gallois ou les directives européennes sur la concurrence. Parce que ce qui l’intéressait d’abord, JR, c’était de voir jaillir l’or noir de ses puits de pétrole et en tirer assez de pognon pour faire vivre la communauté. Je ne dis pas que JR était un champion de la redistribution mais aujourd’hui, il serait plus proche de Chavez que de Mitt Romney et question protectionnisme et redressement industriel de Montebourg ou Mélenchon que de Ron Paul ou Mario Draghi.
Vous me direz, c’est bien normal, puisque Chavez, tout le monde sait qu’il est très méchant aussi. Mais bon, comme pour beaucoup de choses, le capitalisme façon JR n’est plus qu’un souvenir du monde d’avant.
Pour vous en convaincre, pensez donc à visionner les 357 épisodes de Dallas.
Ça explique aussi bien ce qui s’est passé que Le nouvel esprit du capitalisme de Luc Boltanski et Eve Chiapello (Gallimard, 1999) où il n’y a aucune illustration représentant des filles sous la douche espionnées par un homme au sourire sardonique.

Et pour mémoire:

vendredi 23 novembre 2012

La meilleure blague du siècle dernier

Celui qui n’accepte pas la rupture, celui qui ne consent pas à la rupture avec l’ordre établi, politique, cela va de soi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. » François Mitterrand, congrès d’Épinay, 1971. Si, si… 




jeudi 22 novembre 2012

Scut


"La vie est un cauchemar dont j'ai peur de m'éveiller."
Mes Inscriptions


mercredi 21 novembre 2012

Moody’s et la France : fifty shades of AA1

Gouvernement entravé par la doxa libérale (allégorie)  
paru sur Causeur.fr

Le retour des agences de notation sur le devant de la scène médiatique, dont deux viennent de dégrader la France, entre en conjonction avec le succès ébouriffant de Fifty shades of grey. Le roman, miracle de l’autoédition électronique récupéré par des éditeurs malins qui en ont fait un succès planétaire, raconte les émois SM d’une gourdasse, comme tout le monde le sait à moins d’habiter une yourte en Mongolie, ce qui parfois, par les temps qui courent, fait très envie. Elle trouve son bonheur dans le fait d’être sadisée par Christian Grey, un homme d’affaires. L’homme d’affaires en question aurait pu aussi bien travailler dans une agence de notation, c’est à peu près la même technique du doigt mouillé, si je puis dire, appliquée à l’économie réelle des nations et à la foufoune des jeunes idiotes.
Ce qui est intéressant, finalement, c’est que le masochisme, la soumission volontaire, l’humiliation acceptée entre dans l’imaginaire collectif, que ce soit dans celui des gouvernements qui adorent le bondage financier les entravant à tout jamais dans l’austérité ou dans celui de la ménagère de moins de cinquante ans qui, du Wyoming à la Lozère et de la Moravie à l’Alentejo, aime l’idée qu’un homme avec un gros nœud de cravate lui enjoigne d’une voix virile de se mettre à quatre pattes pour venir l’honorer.
Ce n’est même plus Histoire d’O, le chef d’œuvre subversif de Pauline Réage. C’est juste une histoire d’A. 
A comme dans minable.

vendredi 16 novembre 2012

J'aurais voulu être Alain Barrière

J'aurais voulu être Alain Barrière. La perspective d'un bref week-end à Lamballe me rappelle avec brutalité cette douloureuse frustration. J'aurais eu du succès et des soucis avec le fisc  dans les années 70. Puis dans les années 80,  j'aurais eu une boite de nuit en Bretagne où à l'occasion, j'aurais fait des apparitions pour chanter "Et je reste des heures à regarder la mer".
On a trainé dans une autre vie au Stirwen, la boite d'Alain Barrière. C'était l'époque où l'on était sous les drapeaux, du côté de Coëtquidan. On racontera tout ça en détail, un de ces jours.
Mais quand même, être Alain Barrière, ça aurait été bien. 
Toutes ces filles qui se roulent dans l'eau dès que vous chantez, c'est tout de même autre chose...


Vers l'Ouest

On sera samedi et dimanche à Lamballe, au festival, La Fureur du Noir.

Non au mariage pour tous, oui au mariage avec tous.

mercredi 14 novembre 2012

Ne me dites pas que ce n'est pas une guerre

Le laboratoire allemand Merck a réalisé, pour l'année 2011, une marge bénéficiaire brute de sept milliards et demi d'euros.
Le laboratoire allemand Merck a cependant décidé de suspendre les livraisons de médicaments anticancéreux aux hôpitaux grecs qui, chose étonnante, ont des difficultés de paiement.
Il me semble bien que l'étymologie de leucémie soit grecque. 
J'en mettrais ma main au feu. 
On pourrait décider de mettre au feu plein d'autres choses, d'ailleurs.
Ca s'est déjà vu.

lundi 12 novembre 2012

Ce que je n'ai jamais fait

Apparemment, cette femme nue n'a rien à faire ici? Détrompez-vous. Elle vient de demander l'asile politique dans la zone chaviste libérée de FQG. On chipote moins que Manuel Valls, nous.
Il y avait longtemps que nous ne vous avions pas donné ici une de nos chroniques hebdomadaires de Liberté Hebdo, le gentil canard rouge du Nord-Pas-de-Calais

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Je n’ai jamais mis de chaussettes avec des sandalettes.

Je n’ai jamais dit de mal du Parti Communiste sauf à d’autres communistes.

Je n’ai jamais voté à droite, même au second tour de 2002.

Je n’ai jamais regardé un film, même bon, mettant en scène la maladie d’un enfant.

Je n’ai jamais voulu aller en vacances en Allemagne. Je serais bien allé en Allemagne de l’Est, mais là, ça va devenir compliqué.

Je n’ai jamais mangé de hamburger végétarien et j’espère que ça ne m’arrivera jamais.

Je n’ai jamais cru qu’il y a avait des patrons de gauche comme je n’ai jamais cru qu’il y avait des licornes ou une droite sociale.

Je n’ai jamais volé, sauf des livres quand j’étais plus jeune mais comme je n’en ressentais aucune culpabilité, c’est comme si je n’avais jamais volé.

Je n’ai jamais réussi à aimer certaines professions : directeurs des ressources humaines, croque-morts, huissiers, assassins d’enfant.

Je n’ai jamais menti, parole de menteur.

Je n’ai jamais pu m’organiser dans mon travail.

Je n’ai jamais eu d’actions, de Sicav, de bons sur le trésor, etc…

Je n’ai jamais trouvé anormal de payer des impôts.

Je n’ai jamais fait de saut à l’élastique. Et ça ne me manque pas

Je n’ai jamais refusé une bonne bière. Parce que ça me manque souvent.

Je n’ai jamais supporté les anticommunistes qui étaient communistes avant : Alexandre Adler ou Yves Montand, par exemple.  Ce sont les pires, un peu comme ces filles qui ont eu une jeunesse légère et qui deviennent dames chaisières en vieillissant.

Je n’ai jamais compris les très riches parce que si je vois bien la différence entre mille et un million d’euros, je ne vois plus celle entre un, deux, cinq ou cent millions d’euros.

Je n’ai jamais lu un livre d’Alain Minc ou d’André Glucksmann. Si vous me surprenez à le faire un jour, abattez-moi.

Je n’ai jamais été énervé contre les salariés de la SNCF qui faisaient grève même quand je me suis retrouvé coincé dans des correspondances improbables. En revanche, je me suis énervé contre ceux qui les critiquaient : « Fainéants, trop payés, fonctionnaires, etc… »

Je n’ai jamais réussi à supporter le chlore dans les piscines. Ce n’est pas parce que je suis communiste que je suis obligé d’avoir les yeux rouges, en plus.

Je n’ai jamais nié avoir trouvé Rama Yade sexy. Je me demande ce qu’elle est devenue, tiens.

Je n’ai jamais eu peur en avion.

Je n’ai jamais fumé régulièrement du cannabis quand j’étais plus jeune.

Je n’ai jamais aimé faire du sport. Un an de service militaire, ça m’a suffi. Et puis je préfère les rillettes.

Je n’ai jamais publié de rapport sur la compétitivité et j’en suis fier.

Je n’ai jamais volé un pain au chocolat à un petit enfant. En même temps, je ne suis pas musulman.

Je n’ai jamais volé de poules mais en même temps, je ne suis pas Rom.

Je n’ai jamais expulsé une militante basque française vers l’Espagne où elle risque douze ans de prison mais en même temps je ne suis pas ministre de l’Intérieur socialiste.

Je n’ai jamais pensé qu’Obama était de gauche mais, (j’écris ceci mardi matin), j’espère qu’il sera réélu.

Je n’ai jamais pensé que François Hollande était de gauche mais je pense que Jean-François Copé est d’extrême-droite.

Je n’ai jamais vu la gauche au pouvoir (sauf en 81 et 83) en France mais je sais que ça reviendra.

dimanche 11 novembre 2012

11 novembre

Mon arrière-grand père, Georges Leroy, paysan-tisserand, a été tué le 9 novembre 1918. Il avait trente sept ans. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Doudeville-en-Caux, "capitale du lin". Une certaine légende familiale, où entraient à la fois la haine de la guerre, l'antimilitarisme et le sentiment qu'il fallait néanmoins savoir mourir pour son pays, le faisait disparaître par une tragique ironie le 11 novembre 1918. Il est en fait mort le 9, comme Guillaume Apollinaire, ce qui devait bien être leur seul point commun.

Mais c'est pourtant à eux deux que je pense aujourd'hui.




Chef de section

Ma bouche aura des ardeurs de géhenne
Ma bouche te sera un enfer de douceur et de séduction
Les anges de ma bouche trôneront dans ton cœur
Les soldats de ma bouche te prendront d'assaut
Les prêtres de ma bouche encenseront ta beauté
Ton âme s'agitera comme une région pendant un tremblement de terre
Tes yeux seront alors chargés de tout l'amour qui s'est amassé dans les regards de l'humanité depuis qu'elle existe
Ma bouche sera une armée contre toi une armée pleine de disparates
Variée comme un enchanteur qui sait varier ses métamorphoses
L'orchestre et les chœurs de ma bouche te diront mon amour
Elle te le murmure de loin
Tandis que les yeux fixés sur la montre j'attends la minute prescrite pour l'assaut. 

Guillaume Apollinaire

vendredi 9 novembre 2012

Manchette, encore une fois.


"Il n'y a pas moyen de dire avec précision comment ça va tourner, les choses"

Retrouvez Martin Terrier, André Epaulard, Aimée Joubert,  Georges Gerfaut et interrogez-vous, flingue en pogne, sur votre place dans les rapports de production.
Ce sera à 16H, sur France-Culture, demain. On remarquera un suspect habituel de ce blogue parmi les participants.

jeudi 8 novembre 2012

Cette petite mère a des griffes


à ALG

Vous retrouverez ce poème dans Sauf dans les chansons (Table Ronde, mars 2015)

mercredi 7 novembre 2012

Notre rapport à Marx, Jocelyne et moi



Sans compter que dans le style petite juive tune, ronde comme un loukoum, elle était appétissante, Jocelyne, hélas disparue en 1972.

Je suis Karl Marx et j'approuve ce message.


Jean-Marc Obama vs Jean-François Romney


paru sur Causeur

Au moment où j’écris ces lignes, nous sommes mardi  6 novembre, il est 21H05 et je ne sais pas qui est le nouveau président des Etats-Unis.
J’écoute Please, mister Postman, extrait d’une compilation des Marvelettes, un girl group américain des sixties et, une fois ce délicieux morceau terminé,  j’aurai le choix entre commencer la lecture d’un roman noir américain, Heureux veinard de S.G Brown (Série Noire, 22 euros 50), celle d’une étude très sérieuse de Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer sur une série américaine - 24 heures chrono. Le choix du mal, (PUF, 12 euros), revoir Outrages de Brian de Palma (sur TCM à la demande) qui est le film le plus intimiste donc le plus poignant sur la guerre du Vietnam ou de regarder toute la nuit les chaines infos sur le déroulement des élections américaines.
Et après, on dira que je suis anti-américain…
Je crois que je vais choisir les chaînes infos, finalement. Parce que je suis camé aux soirées électorales, même celles des autres. Ma proximité avec la Belgique m’a ainsi fait suivre avec passion depuis des années les élections belges au grand désarroi de mon entourage qui se moque bien que le système des voix de préférence n’ait plus aucun secret pour moi.
Une soirée électorale vaut tous les polars, en fait. Si le résultat est connu d’avance, c’est une tragédie comme dans le roman noir et les protagonistes n’ont plus qu’à accepter leur destin. Si au contraire l’issue est incertaine, on est dans un thriller où tous les retournements de situations sont possibles.
Cela semble bien être le cas cette fois-ci entre Obama et Romney.
Même si les Etats-Unis, ce n’est plus ce que c’était, question leadership planétaire, on est quand même tous plus ou moins concernés. Par exemple, si c’est Mitt Romney qui est élu, je ne serais pas étonné que l’Iran soit bombardé avant Noël. Et on sait depuis l’Irak et l’Afghanistan qu’à chaque fois que les USA entrent en guerre contre un Empire du Mal, primo ils perdent et secundo la situation des pays en question est pire après qu’avant. On avait un Iran terriblement agressif, on aura un Iran terriblement agressif ET terriblement irradié.
Et puis sérieusement, élire un Mormon…  Une religion révélée par des cow-boys à d’autres cow-boys, façon, « Il était une fois Dieu dans l’Ouest », une religion où l’on ne boit pas d’alcool (les chefs d’états abstèmes sont souvent hargneux, c’est historiquement prouvé), où l’on a reconnu que les Noirs avaient une âme à la fin des années 70 et où le seul côté positif, une polygamie bien comprise, a été supprimé beaucoup trop vite. Une religion qui baptise les morts, pour couronner le tout. Ca aide peut-être les généalogistes mais c’est métaphysiquement discutable.
Bon, Obama, ce n’est pas le rêve non plus. Quand on écoute certains médias, on a l’impression que c’est Che Guevara, Robin des Bois, Martin Luther King et Kennedy dans la même personne. En fait, d’un point de vue politique, Obama c’est plutôt Jean-Marc Ayrault en Noir. Un type légèrement de gauche et qui se croit obligé de faire une politique social-libérale. On espérait qu’il allait mettre Wall Street au pas, la jouer Roosevelt et ramener la paix au Proche-Orient, il a surtout été dans la demi-mesure et la prudence. Il a réussi à créer quelque chose qui ressemble à la sécu, il a tué Ben Laden mais il n’a pas fermé Guantanamo, cet endroit où, dirait Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer quand il parle de l’Amérique de Jack Bauer, on a fait « le choix du mal » au nom du bien, dans l’espoir de sauver des milliers de vies par ailleurs.
Du coup, Obama, à force d’être trop à gauche pour la droite et trop à droite pour la gauche, se retrouve avec un vrai réac en face de lui, un type décomplexé persuadé que plus les riches sont riches, mieux ça va aller pour tout le monde, même pour les pauvres qui souvent, s’ils sont pauvres, l’ont bien cherché car ce ne sont que des assistés et souvent des assistés étrangers, en plus. Bref, Obama se retrouve face à Jean-François Romney.
Alors, il me semblerait assez juste, étant donné que la mondialisation a fait des problèmes américains les problèmes du monde entier, que l’humanité entière puisse voter pour le président des USA. Les élections américaines, depuis  Bush junior pose des questions qui intéressent  toute l’humanité. Le rôle de l’Etat : providence ou pas ? De la finance : régulée ou pas ? De la politique internationale : choc des civilisations ou pas ?
Comme disait jadis un célèbre éditorialiste atlantiste et néoconservateur : « Nous sommes tous américains. »
Finalement, il avait raison.
Allez, je vous laisse. Je vais aller zapper entre BFM et I Télé, moi, à défaut d’avoir pu voter. C’est aussi pour ça que je suis pour le vote des étrangers, d’ailleurs.
Jérôme Leroy

mardi 6 novembre 2012

La tentation du doo wop


On rentre d'un voyage à l'étranger, comme on disait dans le monde d'avant quand l'espace n'était pas encore unifié par les convenances de l'économie spectaculaire-marchande. C'est fou ce qu'on est bien en voyage. En voyage et sans connexion internet.  Il n'y a que les routes pour calmer la vie, disait à peu près notre cher Roger, qui a si souvent raison.
On rentre de voyage et on avait presque oublié ce que devenait ce cher et vieux pays, dirigé par des socio-démocrates capitulards et travaillé par des pulsions identitaires et racistes que l'on feint de confondre avec des opinions alors qu'elles utilisent pour les Arabes, les immigrés, les pédés, les roms le bon vieux logiciel antisémite d'avant-guerre.
Il faudrait peut-être tenter de se "dégager", de disparaître des écrans radar, de donner aux dernières années qui nous restent avant le grand saut l'allure d'une errance, toujours un peu plus loin, toujours un peu plus seul. On vivrait sur des plages pas trop fréquentées, avec des livres et des espadrilles, des lunettes noires et du doo-wop. 
Evidemment, on ne tiendrait plus de blogue. On reprendrait la vieille habitude du journal intime. Ce qu'on a fait ces derniers jours. C'est fou ce que les perspectives changent quand on retrouve cette habitude que l'on croyait oubliée. Winston Smith dans 1984, il commence comme ça, dans un angle mort.
Oui, s'en aller. Parce que si la France, c'est celle du rapport Gallois et du Bloc Identitaire qui font partie de la même totalité structurante préfasciste, on va la laisser là. On préfère garder le souvenir ce ce qu'elle eut de meilleur. Comme dans une histoire d'amour. 
Après tout, c'est elle qui a changé. Pas moi. Je suis resté le petit hussard rouge de la Côte Ouest que j'étais à 17 ans.
Après tout, on aura fait notre possible. On aura écrit quelques poèmes, on aura milité dans un vieux parti courageux qui est l'honneur de l'histoire de France.  On aura tenté d'être digne dans une époque qui l'est de moins en moins.
Alors, oui, les villes où l'on peut se perdre, les plages où l'on peut se retrouver.
Mais non.
Non. Ne te réjouis pas trop vite fafounet rurbain, droitard pavillonnaire, larbin islamophobe, pétainiste rentré, idiot utile de la dictature des marchés.
Je suis  communiste. 
Je ne lâche pas l'affaire comme ça. Chez nous, on tient les barricades jusqu'au dernier. "Le pont des Français tiendra" comme disait un vieux chant des Brigades Internationales. 
La tentation du doo wop, j'y cèderai seulement quand je serai certain que tu auras perdu ou que ta victoire à la Pyrrhus t'aura coûté tellement cher que tu n'auras plus que tes yeux chassieux pour pleurer.
Je vais seulement écouter et réécouter Shy Guy des Charmers.  C'est charmant, avec de l'orgue Hammond et tout ça. Charmant comme une tentation. Mais seulement une tentation.