samedi 29 septembre 2012

30 septembre: traité austéritaire, session de rattrapage


Une tête de noeud
Un sondage récent indiquait que si on devait revoter pour le traité de Maëstricht aujourd’hui, 64% des Français voteraient non. Indiquons donc à ces 64% qu’il y aura une session de rattrapage ce dimanche 30 septembre, à l’initiative du Front de Gauche et d’une trentaine d’organisations politiques et syndicales.
Et on peut parier que Carlos Ghosn, pédégé de Renault, ne sera pas dans ce cortège parisien, à partir de 13h30, contre le TSCG autrement appelé le traité budgétaire. On peut l’excuser pour plusieurs raisons. Pour commencer, il est très occupé par le salon de l’automobile qui commence ce samedi 29 septembre. C’est en effet l’occasion pour lui de faire des déclarations choc, qui ressemblent à des déclarations de guerre. Il a élégamment mais efficacement expliqué au gouvernement Hollande que soit on faisait comme il disait, soit il allait mettre la clef sous la porte. Il exige “un plan d’action” pour la survie de son entreprise, estimant que “sous sa forme actuelle”, celle-ci pourrait disparaître. Il continue, toujours en douceur : “Ce dont on a besoin, ce n’est pas une étude supplémentaire. On a besoin d’un plan d’action. Je ne connais aucune entreprise qui soit viable, qui puisse prospérer à partir d’une base qui ne soit pas compétitive”. Et, si par hasard on n’avait pas compris, il précise que Renault est “en train de renforcer les lignes de production qui produisent à l’export. Et on est en train de dégraisser les lignes de production qui produisent pour la France.” Si vous voulez une traduction plus précise, cela signifie que le travailleur français est trop cher. Qu’il se rassure, il a de fortes chances d’être entendu. Le gouvernement de François Hollande, si Carlos Ghosn et ses semblables expliquent que la seule solution pour maintenir l’emploi industriel en France, c’est de réduire le salarié en esclavage, sera là et bien là pour négocier fermement le poids des chaînes.
Mais Carlos Ghosn a une autre excuse pour ne pas aller manifester le 30 septembre, c’est qu’il n’a pas dû en entendre parler. On a parlé de tout ces derniers jours, des Roms, de Charlie Hebdo, du mariage gay, du budget, de Marseille qui finit par ressembler à Naples, de la fashion week, mais assez peu, pour ne pas dire pas du tout de ce fameux TSCG qui va nous faire tranquillement changer de civilisation alors qu’il est dans le meilleur des cas, quand on daigne en parler (un tout petit peu) présenté comme quelque chose de purement technique, un peu trop compliqué pour le profane. Entre le silence médiatique et le mépris discret des spécialistes, tout cela nous rappelle furieusement le contexte de 2005 et le vote pour le TCE qui devait être une formalité pour les européistes avant leur humiliation par les urnes avec un non à 55%. Seulement, il y a aujourd’hui des différences. Chirac, malgré tous ces défauts, était encore un peu inscrit dans l’Histoire et avait une certaine idée de la France, ou en tout cas la voyait autrement que sous la forme d’une vague entité administrative chargée de donner un cadre légal à la concurrence libre et non faussée.
En 2012, on n’en est plus là. La manifestation du 30 n’est même pas là pour appeler à voter Non mais simplement pour demander que soit tenu un referendum. Le silence sidéral des médias est d’autant plus fort que du côté du gouvernement, deux ministres concernés au premier chef, le ministe des affaires étrangère Fabius et celui des affaires européennes Bernard Cazeneuve étaient des partisans du non en 2005. Bon, ils sont juste un peu moins ridicules que Cécile Duflot qui aime tellement son maroquin qu’elle est capable de déployer des trésors de casuistique, à faire pâlir d’envie un confesseur jésuite, pour expliquer que ce n’est pas parce que son parti à décider de ne pas voter ce traité au parlement qu’elle est tenue par cette décision et que d’ailleurs ce n’est même pas son affaire.
Plus gênant encore, à propos de ce traité, c’est qu’il est approuvé et sera voté au parlement et par la droite et par les socialistes, ce en quoi nous devenons vraiment européens puisque les différences idéologiques s’estompent au point que l’on puisse très bien imaginer chez nous comme ailleurs des gouvernements d’ « union nationale » qui seront sûrement d’union mais certainement pas « national ». A propos de national, le Front du même nom, pourtant si prompt en campagne électorale à défendre la France éternelle, semble curieusement regarder ailleurs avec une patronne qui préfère des déclarations fracassantes sur la laïcité en demandant carrément l’interdiction du voile dans la rue (ouais !) mais aussi de la kippa (euh…).
Il y aurait bien les copains de Debout la République mais le problème est que ni la qualité de leurs idées, ni celle des hommes qui les défendent ne compensent la faiblesse de leurs effectifs.
Alors qui va s’y coller ? Je vous le donne en mille : le Front de Gauche. Oui, ce mouvement dont on n’a eu de cesse d’expliquer qu’il était immigrationniste, multiculturaliste, bobolchévique, c’est lui qui se retrouve en première ligne ce dimanche pour défendre l’indépendance de la France et l’Europe sociale. Comme quoi, il n’y a pas d’amour mais seulement des preuves d’amour. On rappellera, pour mémoire, que le TSCG, c’est une austérité grandissante avec des dépenses publiques limitées au maximum dans le but de plafonner les déficits publics à 0, 5% (dis maman, l’école, l’hôpital, la sécu, c’est du déficit ou de l’investissement pour l’avenir ?) et c’est aussi une perte de souveraineté objective puisque c’est la Commission européenne, instance non élue, qui validera le budget de la France.
Alors, le 30 septembre, dimanche, on se comptera. Et pour ceux qui auraient des réticences à défiler au côté de bannière communiste, on ne pourra que chanter :
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat

vendredi 28 septembre 2012

30 septembre: J-2



-Tu te lèves, on va à la manif!
-J'arrive. On va aussi réclamer un audit citoyen de la Dette?
-C'est ça.
-Tu me prépares un café?
-Ok.


Et comme Dick Rivers, si une tête de mort néo-libérale veut vous convaincre de la vanité de votre combat, répondez lui "Pas cette chanson, tu sais que tu mens"


Templemars

jeudi 27 septembre 2012

30 septembre, J-3

Un silence médiatique sidéral entoure la mobilisation du Front de Gauche pour la manifestation nationale du 30 septembre réclamant un référendum sur le Traité Budgétaire.
Comme d'habitude, quand il s'agit de défendre l'Europe libérale, les chiens de garde font leur boulot magnifiquement: ils n'en parlent pas, ou amusent le tapis avec l'islamophobie et le mariage gay.
Mais nous, nous serons là le 30. 
Et nous ferons le nôtre, de boulot.
Alors que l'Espagne implose et que la Grèce explose, la France tétanisée par les ours savants de la social-démocratie attend le coup du bourreau. Les communistes, eux, ne se résignent pas. Ils ne se résignent jamais.
On remarquera au passage, quand il s'agit de défendre la Nation, que les droitards d'hier comme aujourd'hui préfèrent Hitler au Front Populaire et leurs intérêts de classe à ceux du pays. On entend davantage Marine Le Pen sur l'interdiction du voile et de la kippa que sur la défense du peuple français contre l'agression sans précédent des marchés. On ne s'en plaindra pas ici. Cela accrédite juste le fait que l'extrême-droite, comme d'habitude, n'est que le faux-nez du capitalisme aux abois, sa dernière carte. Et je ne parle même pas du minable Copé, et de son racisme anti-blanc. 
LE 30 SEPTEMBRE,  TOUS CONTRE LE PUTSCH AUSTERITAIRE!


Et avec un peu de chance à Noël, nous aurons gagné et nous pourrons chanter notre bonheur  avec les Chaussettes Noires, admirable groupe de la grande époque du compromis gaullo-communiste:

mercredi 26 septembre 2012

Lisbonne avant-hier, Madrid hier, Paris demain!

La dictature de la Troïka n'a pas gagné. FMI, Commission et BCE n'ont aucune légimité démocratique. Il faut en finir avec eux par tous les moyens, même légaux.

Pour commencer, rendez-vous à Paris le 30 septembre, pour une manifestation monstre exigeant un referendum sur le traité austéritaire (TSCG) qu'on voudrait faire passer en catimini. C'est déjà raté, en tout cas pour le catimini: la gauche du PS a ses vapeurs et EELV a (enfin) une position claire: ils ne voteront pas ce traité au parlement et souhaite eux aussi un referendum. On sait bien que les amusettes avec les islamistes sont un écran de fumée mais le peuple français saura reconnaitre ce qui, en ce moment même, le fait changer de civilisation.


Et déjà, à Madrid:


"Quand nous somme très forts, - qui recule ? très gais, qui tombe de ridicule ? Quand nous sommes très méchants, que ferait-on de nous ?
Parez-vous, dansez, riez. - Je ne pourrai jamais envoyer l'Amour par la fenêtre."

Arthur Rimbaud, Illuminations
 

dimanche 23 septembre 2012

Frédéric Schiffter, comme un décret intime...

Frédéric Schiffter sort un essai sur La beauté



Frédéric Schiffter signe parfois dans Causeur mais il fait surtout du surf quand il n’est pas professeur de philosophie. Il s’agit, en fait, d’un merveilleux nihiliste balnéaire qui refuse tous les dogmatismes. Il s’est longtemps targué d’être « l’essayiste le moins lu de France » à l’époque où il publiait son Contre Debord, ses Pensées d’un philosophe sous Prozac ou encore ses réflexions Sur le Blabla et le Chichi des philosophes. En 2010, le prix Décembre s’est chargé de le contredire en le couronnant pour Philosophie sentimentale. Son dernier livre, La beauté, sous titré « Une éducation esthétique » est une introduction idéale à l’œuvre de ce dilettante au sourire aimable, désespéré et d’une extrême civilisation.
Il y a une méthode Schiffter pour traiter des grandes questions. Elle consiste à cacher une extrême érudition, une armature théorique très solide sous les apparences de la plus charmante des conversations et de variations autobiographiques sur le flirt, la cinéphilie, les après-midi de lecture, les automnes à Biarritz. D’une certaine manière, la beauté est déjà dans cette méthode. Un livre philosophique sur la beauté est en effet rarement beau. Le philosophe universitaire, espèce honnie par Schiffter comme l’est aussi le philosophe médiatique qui confond la pensée et le développement personnel, appartient à ce genre de pervers qui, lorsqu’ils voient une jolie fille s’exclament : « Tu as vu cet admirable squelette, ce crâne ! Tu auras beau dire, les brachycéphales, c’est tout de même quelque chose ! »
La beauté, selon Schiffter, existe toujours. Elle est là, à portée de cœur, souvent parée de la discreción chère à Baltasar Gracián. Seulement, comme les cabines téléphoniques, elle est en voie de disparition. Non pas parce qu’elle n’existerait plus mais parce que les conditions pour l’éprouver et en jouir deviennent de plus en plus difficiles à réunir. Il faut ainsi, entre autre, aimer le silence et savoir se situer hors du temps, attitude que Schiffter appelle « achronique », ce qui est particulièrement difficile dans un monde connecté à lui-même vingt-quatre heure sur vingt-quatre dans un présent perpétuel sans mémoire.
Si Rimbaud, (Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. – Et je l’ai trouvée amère. – Et je l’ai injuriée,) Dada et les Surréalistes ont fait semblant de ne pas l’aimer, c’était déjà pour mieux lui redonner des couleurs dans un temps où la bourgeoisie la figeait dans des formes académiques. Le véritable ennemi de la beauté, pour Schiffter, aujourd’hui comme hier est ce que Schopenhauer appelait « le Philistin ». Pour le Philistin la fréquentation de beauté n’est jamais une expérience intérieure mais un spectacle fléché comme un son et lumière, une obligation sociale alors que Schiffter est plutôt et définitivement du côté du grand poète Philippe Jaccottet: « Elle n’est pas non plus donnée aux lieux étranges
mais peut-être à l’attente, au silence discret ;
à celui qui est oublié dans les louanges
et simplement accroit son amour en secret. »

Frédéric Schiffter, La beauté (Autrement, 14 euros)

Ballade des pédés du temps jadis

Pasolini, Montherlant et le mariage gay
Mais où sont les homos d'antan?

sur Causeur.

Je regarde ma bibliothèque et je compte. C’est affreux mais c’est comme ça. Tout le monde compte aujourd’hui. Cette manie comptable est un des symptômes les plus sûrs du communautarisme ambiant, c’est à dire de la fin de la république. Richard Millet compte les Noirs à Châtelet à 6 heures du soir et il s’aperçoit qu’il est tout seul. Il a réussi à faire croire qu’il était le seul parmi les blancs à prendre le RER à cette heure-ci. Je pourrais faire remarquer que je l’ai pris hier, à peu près à cette heure-là, et moi qui ne compte jamais rien, ni mon temps, ni mes amours, ni mon argent, voilà que je me suis mis à faire comme lui. J’ai vu que je n’étais pas le seul blanc. Je n’en tire aucune conclusion générale, seulement une légère irritation à ce que Millet ait réussi à me faire entrer dans une certaine manière de penser.
On compte à droite, on compte à gauche. Et on se souviendra longtemps des « cabinets blancs » dénoncés par Libération qui avait cru utile de classer selon des critères raciaux les principaux collaborateurs des ministres post-socialistes.
Bref, on compte.
Alors, avec toutes ces histoires de mariage gay, j’ai compté les auteurs « hormossessuels » comme disait Zazie. Rassurez vous, ce n’était ni pour les exclure, ni pour leur dédier un rayon spécial comme dans n’importe quelle bibliothèque universitaire américaine sous la coupe de la dictature des gender studies. Et puis de toute façon, j’aurais eu du mal. Il y a énormément d’auteurs homosexuels dans ma bibliothèque, comme il y a énormément d’auteurs drogués, alcooliques ou délinquants. Ce sont des écrivains en même temps, une sacrée population à risques.
Parfois même, ils cumulent. Tenez, prenez Genet, le merveilleux auteur de Notre-Dame-des-Fleurs, qui a connu et la taule et les étreintes pédérastiques. Ou Burroughs, William S. Burroughs qui a pas mal abusé des Garçons sauvages mais aussi des substances hallucinogènes et qui a tué sa femme d’une balle dans la tête, un soir de Noël, en voulant faire un remake de Guillaume Tell après lui avoir posé une pomme sur la tête. Puisqu’on parle mariage, Burroughs qui n’est pas l’incarnation de l’hypocrisie pouvait parfaitement concevoir d’être marié (avec une femme) et d’avoir des amours homosexuelles. Je ne crois pas qu’il lui serait venu à l’idée de renoncer à l’une et aux autres. Je ne parle même pas de bisexualité, c’est tout simplement qu’il s’agissait pour lui de deux domaines différents de sa vie. Finalement Burroughs était comme un personnage de Proust, aussi bizarre ce rapprochement puisse-t-il paraître. Par exemple Saint-Loup, officier viril et moustachu, d’un courage remarquable pendant la guerre de 14, est marié à Gilberte mais aime aussi les garçons. C’était assez courant et tout le monde s’en portait très bien. On ne se sentait pas obligé, sous prétexte qu’on aimait le même sexe que le sien de revendiquer des droits particuliers. Les droits particuliers, de toute façon, c’est le plus grand frein que l’on puisse imaginer à l’émancipation de tous. Les empiler n’a jamais fait une politique et ça ne rétablit pas les équilibres : ça achève de les détruire.
Et voilà pourquoi j’ai du mal à imaginer le mariage gay autrement que comme une manière subtile de détruire ce qui faisait de l’homosexualité une formidable puissance subversive. Quand on connaît le FHAR du regretté Guy Hocquenghem, on a du mal à croire que ses glorieuses revendications auraient inclu le mariage, sinon comme parodie de son usage bourgeois dont Marx disait qu’il représentait une des formes les plus élaborées de la prostitution. Sérieusement, vous voyez Proust et Reynaldo Hahn aller faire leur marché du côté d’Aligre et rentrer pour se préparer un pot-au-feu ? On aurait pu attendre un bon bout de temps La Recherche quand on sait à quel point la vie conjugale est une vaste conspiration pour empêcher celui qui a envie d’écrire de le faire. Vous imaginez Jean Genet aller chercher la petite fille qu’il aurait adoptée après être passé devant le monsieur le maire pour enfiler l’anneau au doigt d’un beau marin brestois habillé par Jean-Paul Gaultier ?
Pasolini, autre glorieux pédé et martyr, a sans doute bien résumé le problème quand il ne cesse, une bonne partie de sa vie, de vivre l’homosexualité à la fois comme une malédiction et un signe d’élection, une façon de vivre éternellement à la marge, ce qui permet sans cesse de remettre en question ses certitudes intimes et celles de son temps. Imaginer un Pasolini « vivant son homosexualité », comme on dit, dans une société aussi faussement permissive que la nôtre, c’est imaginer un Pasolini qui n’aurait pas pu penser la société de consommation qui déferle sur l’Italie des années 60 et dissout toutes les identités. Ou ce qu’il a appelé l’anarchisme du pouvoir dans Salo ou les Cent-vingt journées de Sodome. Il n’aurait pas davantage pris conscience des limites de son engagement communiste, notamment à travers le puritanisme du PCI. Ou cerner le fascisme inédit qui nait du mariage entre liberté des mœurs et ce qu’il appelle le néo-capitalisme.
Wilde, Gide, Proust, tant d’autres ont toujours fait de leur homosexualité un travail du négatif, comme aurait dit Hegel, un moyen de démonter les certitudes d’une époque, de mener un combat souterrain, clandestin, une manière de déstabiliser les conventions.
C’est d’ailleurs la vraie raison de l’énervement qu’ils suscitent chez un Christian Vanneste. Il leur en veut parce qu’ils sont, ou plutôt ils étaient ceux qui niaient, ceux qui divisaient, ceux qui portaient le désordre fécond au cœur de l’ordre bourgeois (revoyez Théorème, de Pasolini), ils étaient l’Esprit qui toujours nie… Inutile de dire que c’est terminé. Quand Maman, très cool, prépare la chambre d’ami pour son grand garçon qui vient présenter son petit ami, ce n’est plus franchement la subversion généralisée qui est à l’ordre du jour.
La droite a bien tort de s’inquiéter, le mariage gay est une des preuves les plus éclatantes que jamais notre société ne fut aussi conservatrice.

Ambleteuse


"A Ambleteuse où un fortin Vauban sur la plage m'a renvoyé à Gracq et Buzzati alors que je croyais avoir oublié ce genre-là de fin du monde." 

Le déclenchement muet des opérations cannibales (Editions des Equateurs, 2006)


vendredi 21 septembre 2012

Piqûre de rappel: Une âme damnée d'Arnaud Le Guern


On commence à en parler un peu partout du Gégauff du camarade Le Guern, de son essai sentimental, chic, ensoleillé. Ce soir, il devrait en etre question au Cercle de Beigbeder sur Canal Cinéma.
Comprendre quel était l'homme qui a joué le rôle de point nodal entre Les Hussards et La Nouvelle Vague, apparemment, ça intéresse encore ceux que ne passionnent pas les gesticulations ethniques des uns et des autres, ce piège à cons de la lutte des classes.
Lisez Une âme damnée, vite, si ce n'est pas fait. Il est même possible de le faire à 6H du soir à la station Chatelet du RER. C'est pas les Noirs qui vous le voleront. Ou les Arabes. Ces gens-là ne savent pas lire, c'est bien connu, ce qui ne les empêche pas de faire régner la terreur antiraciste dans les lettres françaises quand ils en ont fini avec les contrôles d'identité sans récipissé, la fraude aux minima sociaux et les complots salafistes pour construire une mosquée dans le jardin du pavillon, près de la niche à Médor.
Gégauff et Chabrol se seraient bien marrés, tiens. 
Ou pas. 

Une âme damnée, Paul Gégauff d'Arnaud Le Guern (Pierre Guillaume de Roux)
J'ai encore raté la station Châtelet en lisant Arnaud Le Guern.

jeudi 20 septembre 2012

Reinette et Jérôme, mais sans Mirabelle

La chose vraiment importante, quand tout le monde s'amuse plus ou moins, et de manière variée, à mimer la guerre des civilisations en oubliant la seule qui s'affirme chaque jour un peu plus en Europe aujourd'hui, c'est-à dire la guerre de classe, c'est de rencontrer Reinette.
Malgré les années, nous l'avons reconnue tout de suite lors de ce coquetèle d'éditeur, dans une jolie cave voutée de la rue des Bourdonnais. Elle en a été touchée. Nous lui avons dit que nous ne connaissions rien de plus émouvant que ses larmes dans les Quatre aventures de Reinette et Mirabelle, quand elle rate l'heure bleue. On a parlé de Rohmer et du Temps qui passe, on a échangé nos cartes, on a promis de se revoir.  
Le lendemain, j'ai lu la presse, avec l'ami ALG, à une terrasse du XIVème. Et nous avons convenu sans trop de mal, au vu des grands titres, que rencontrer Reinette, c'était tout de même ce qui pouvait arriver de mieux par cette fin d'été 2012. 





mardi 18 septembre 2012

Il faut vous le dire comment?

"On se fait, hors des rangs communistes, une idée un peu simple de ce qui amène un homme à être communiste. Le plus généralement, les gens pensent que c'est par une manière de fatalité qu'on le devient, entraînement de milieu, de classe même, ou simplement par basse envie de ceux qui vivent mieux, jalousie de ceux qui possèdent...Remarquez qu'on peut envier les autres, leurs biens, sans devenir communiste: c'est même là ce qui entraine plus généralement les hommes au jeu, à la spéculation ou à l'escroquerie. 
Et les joueurs, les gens de bourse et les escrocs sont rarement communistes."

"L'homme communiste n'est pas une vue de l'esprit. Il existe. Et rien ne l'arrêtera plus dans la transformation du monde et la transfiguration de la vie."


Louis Aragon, L'homme communiste (rééd 2012, Le Temps des Cerises)


lundi 17 septembre 2012

Retour de nuit

"Nous sommes des hors-la-loi, libres et euphoriques-une jeune guérilla clandestine au coeur de Babylone."
Communiqué du Weather Underground, 1970.

jeudi 13 septembre 2012

Fête de l'Huma

On y sera, au Village du Livre, samedi 15 et dimanche 16.
Nos fins d'étés rouges sont plus belles que leurs évasions fiscales et les fièvres obsidionales de leurs larbins. 

Et qui se prépare pour le Grand Soir et l'étreinte avec le communisme enfin réalisé? Sylvie, as usual...
                                



mardi 11 septembre 2012

11 septembre 1973: naissance du néo-libéralisme.

On oublie trop souvent que le néo-libéralisme et la révolution conservatrice sont nés le 11 septembre 1973, dans un bain de sang. 
Le renversement du camarade Salvador Allende par Pinochet fut l'occasion pour Milton Friedman et les Chicago Boy's d'expérimenter in vivo leurs thèses économiques délirantes. Milton Friedman et Pinochet s'aimaient beaucoup comme le prouve cette correspondance et Milton Friedman demeure de nos jours le gourou de tous les sinistres pantins qui sous le nom d'économistes éditorialisent dans les médias de masse et prônent sans réplique la soumission à d'imbéciles graphiques tracés par des coquins ou des idiots.
Quand vous voyez leurs têtes de mort, n'oubliez pas de chasser cette idée reçue qui voudrait que le libéralisme aille forcément de pair avec les libertés publiques et la démocratie. 
Par exemple, il y a de fortes chances pour que l'on ne vous demande pas votre avis par referendum à propos du traité austéritaire, appelé aussi TSCG, qui va pourtant vous amener tranquillement vers un changement de civilisation et une société clochardisée.
Par exemple, vous pouvez vous amuser à compter le nombre de plus en plus élevé de pays de l'Union Européenne dont les gouvernements "techniques" ne sont pas élus par le peuple et se limitent à une administration munichoise du désastre en cours.
Si vous comptez sur des gouvernements sociaux-démocrates ou sociaux-libéraux pour vous tirer d'affaire, ne rêvez pas. En ces matières, la différence entre eux et la droite est assez ténue. Vous pouvez peut-être espérer qu'en cas de rétablissement de l'esclavage par le patronat, ils essaient de négocier le poids des chaînes. Mais guère plus.
Pour le reste, comme à Santiago en 73, le jour où il faudra ouvrir le feu sur la foule à Athènes, Rome, Paris ou Madrid, ces amis de la liberté et de la concurrence libre et non faussée n'hésiteront pas une seule seconde.
Et c'est dans le bombardement de Moneda que nous avons commencé à perdre cette guerre, il y a trente-neuf ans aujourd'hui.


dimanche 9 septembre 2012

Qui pour confisquer les biens de Bernard Arnault?

La maison ne reculant devant aucun sacrifice, un extrait du chef d'oeuvre aujourd'hui encore en vigueur dans toutes les écoles de coiffure de l'ancien bloc de l'Est.

samedi 8 septembre 2012

La direction des affaires du monde...

sur Causeur.fr

Républicains américains recherchent guerre froide, désespérément


Alors voilà : en 1989, le Mur de Berlin est tombé et deux ans plus tard, l’URSS disparaissait. Tout le monde voulait croire que c’était la fin de l‘Histoire et que Francis Fukuyama était son prophète. Le monde allait enfin connaître le bonheur infini du marché dans une paix perpétuelle qui allait ravir les mânes d’Emmanuel Kant. On sait ce qu’il advint : les anciens pays de l’Est connurent les plaisirs de la liberté d’expression et de la libre entreprise, dont s’empressèrent de profiter les différentes mafias, les oligarques et autres dépeceurs de biens nationaux. A la guerre froide succéda une paix chaude, très chaude même : demandez aux Irakiens, aux Afghans, aux Serbes, aux Croates, aux Bosniaques ce qu’ils en pensent.
Les USA avaient gagné contre le communisme soviétique oui mais voilà, un seul être vous manque et tout est trop peuplé. Des pays émergents comme la Chine stalinocapitaliste et le Brésil multiculturel devenaient de grandes puissances. L’Armée Rouge, qui avait au moins le mérite de se battre à l’ancienne, avait été remplacée par Al Qaïda et le 11 Septembre, ce ne fut pas un missile soviétique qui détruisit les Twin Towers mais des avions de lignes détournés par des terroristes.
cet homme est un saint des derniers jours, sans rire.
Alors on comprend que les Républicains, à la veille de l’élection présidentielle américaine, voudraient bien que tout redevienne comme avant. Pas seulement dans les mœurs et le monde du travail où maintenant n’importe quelle salope peut divorcer, se marier avec sa copine et bénéficier d’une couverture sociale minimale mais aussi sur le plan des relations internationales. Le candidat républicain Mitt Romney, mormon affairiste et multimillionnaire, donne ainsi l’impression de regretter le bon vieux temps du rock’n roll quand il fait de Moscou « l’ennemi géopolitique n°1 » des USA.
Il faudrait lui rappeler que Poutine, malgré sa formation de kaguébiste, n’a plus rien d’un communiste et tout comme les Etats-Unis, il veille juste de très près à ce que l’on ne vienne pas trop empiéter sur sa zone d’influence, quitte à montrer quelques mouvements d’humeur comme l’apprit à ses dépens en 2008 la Géorgie de Saakachvili un peu trop convaincue du bien-fondé des thèses « néocons » de l’administration Bush.
cet homme est prix nobel de la paix, sans rire.
Mais de là à le confondre avec Léonid Brejnev, il y a tout de même un pas. Dans son envie manifeste, presque émouvante de retour vers le futur, Mitt Romney a aussi bénéficié d’une tribune de soutien signée dans le Washington Times par les quatre anciens secrétaires d’Etat ayant servi sous des présidents républicains : Henry Kissinger, Condoleeza Rice, George Schulz et James Baker.
Ah, Henry Kissinger… 90 ans aux prunes… On en aurait les larmes aux yeux de nostalgie. Henry Kissinger, c’est aussi émouvant que les chromos de Norman Rockwell. Ça nous renvoie au bon vieux temps de Nixon, de la loi martiale sur les campus universitaires quand la garde nationale tirait dans le tas des étudiants pacifistes, quand on bombardait quotidiennement le Vietnam au napalm , quand on envoyait Pinochet expliquer l’économie de marché à Santiago du Chili, un autre 11 septembre, 1973 celui-là. On a aussitôt envie de remettre les vinyles de Jefferson Airplane, Grateful Dead, John Baez ou la géniale intro de Wish were you here de Pink Floyd sur sa bonne vieille platine. Pourquoi toujours penser à mal ? Au fond, si ça se trouve, Mitt Romney regrette les filles coiffées à l’afro, les jeans pat d’eph, les buvards de LSD et les partouzes mystiques et défoncées dans le désert comme dans Zabriskie Point d’Antonioni.
En même temps, la tribune des ex-chefs de la diplomatie étasunienne précise les choses avec une bonne phrase qui tue : « La direction des affaires du monde par les Etats-Unis est cruciale pour la paix et la prospérité ». Oui, oui, vous avez bien lu. C’est grâce aux apprentis-sorciers de Wall Street, par exemple, et à l’invention des subprimes que le monde connaît la prospérité. Et c’est bien entendu grâce à la politique étrangère de Bush père et fils que le Proche et le Moyen-Orient sont devenus les extraordinaires havres de paix et de stabilité que l’on connaît.
« La direction des affaires du monde… » : une formulation qui fleure bon le messianisme, la pax americana, ma Bible et mon fusil, Dieu, le dollar et mon droit, et tout le toutim.
Bref, quand j’entends « La direction des affaires du monde par les Etats-Unis », ça me rappelle un bon vieux mot oublié. Comment disait-on, déjà ?
Ah oui : impérialisme, qu’on disait.



vendredi 7 septembre 2012

Mon rapport au communisme, 2




"And I love you like I say I will do, and I am true."
 Comment mieux dire les choses?
Je suis Karl Marx, et j'approuve ce message.

jeudi 6 septembre 2012

Le gai savoir


Deux livres éminemment recommandables qui sortent ces jours-ci mais sur lesquels nous reviendrons, ici et ailleurs.
L'essai de Frédéric Schiffter sur La Beauté (éditions Autrement)
Celui d'Olivia Resenterra, Des femmes admirables (Puf) qui est une théorie, à tous les sens du terme, de ces figures trop oubliées et qui pourtant sont pires que les femmes fatales, celles des mégères telles qu'elles s'incarnent, par exemple, aussi bien dans le personnage de fiction comme la mère de Lolita que dans des personnes réelles qui en deviennent des personnages de fiction, du coup.
Et puis, entre les deux, pourquoi ne pas (re)lire Louis Scutenaire? Il va très bien au teint de Frédéric Schiffter et d'Olivia Resenterra.
"Saint-John Perse, mais il y a mis le temps"
"

mardi 4 septembre 2012

Au chic communiste, 9

Marie-Anne Erize, franco-argentine, était mannequin, diplômée de philosophie et militante d'extrême-gauche. Il y avait donc assez peu de chances pour qu'elle survive à la dictature argentine qui permit, comme dans le Chili voisin, au néo-libéralisme d'expérimenter ses méthodes à l'ombre des chars et des salles de tortures.
Marie-Anne Erize a été enlevée le 15 octobre 1976, dans la ville de San-Juan, par des hommes en civil à bord d'une voiture très à la mode en ce temps là: une Ford Falcon. On ne l'a jamais revue. Elle avait vingt-quatre ans.


NB:Un livre, que je n'ai pas (encore) lu a raconté récemment son histoire: La disparue de San-Juan de Philippe Broussard (Stock)

C'est bon pour la morale...

Ce qui est amusant, c'est comment une certaine droite arrive à se faire peur avec les très très roses pâles socialistes au pouvoir. Par exemple, sur la question du retour de la morale à l'école des sans-dieux et des bouffeurs de curés. Ils sont sincèrement persuadés que Peillon veut bolchéviser l'éducation nationale. On en rit, pour ne pas en pleurer sur Causeur.

lundi 3 septembre 2012

Au chic communiste, 8

Poi torni vicino
e ti lasci cadere
così nella sabbia
e nelle mie braccia
e mentre ti bacio,
sapore di sale,
sapore di mare,
sapore di te.
 Gino Paoli, Sapore di mare

dimanche 2 septembre 2012

Je ne suis pas là.


Nous ne sommes pas là. Serge Quadruppani comme d'habitude a raison. Ou plutôt, en ce qui me concerne, je devrais apprendre à ne plus être là, comme lui sait si bien le faire. Encore trop velléitaire, sans doute?

La toute première inscription de Scutenaire: "Ne jamais perdre de vue -le conseil s'adresse à moi le tout premier- que je vis, que j'écris sous la domination bourgeoise."

Une seule préoccupation, désormais, pour les années à venir. Trouver les moyens matériels d'organiser une disparition, ou une désapparition. 

On ne ferait plus rien sinon lire et écrire pour le plaisir. Se baigner, ou se promener jusqu'à l'épuisement dans des villes étrangères. On n'aurait plus de téléphone portable.

On enverrait des poèmes à des amis en guise de carte postale. De temps en temps.

A la gloire qui est le soleil des morts, d'après Balzac, préférer la plage qui est le soleil des vivants.

Etre le marin joué par Bruno Ganz dans le film d'Alain Tanner, Dans la ville blanche, est le seul destin enviable aujourd'hui. Non seulement enviable, mais digne.

Ce ne serait pas du nomadisme. Juste une cavale. 

Une chambre d'hôtel,  grande, raisonnablement luxueuse, avec vue sur une vieille ville, ou un fleuve, ou des collines boisées et des villas de loin en loin. Si le garçon d'étage m'apprenait alors que je suis mort, que je vais passer l'éternité ici et que les petits-déjeuners sont servis jusqu'à 10H30, tout cela me comblerait d'aise, je crois. 


"La première image dont il m’a parlé, c’est celle de trois enfants sur une route, en Islande, en 1965. II me disait que c’était pour lui l’image du bonheur, et aussi qu’il avait essayé plusieurs fois de l’associer à d’autres images - mais ça n’avait jamais marché. II m’écrivait : «... il faudra que je la mette un jour toute seule au début d’un film, avec une longue amorce noire. Si on n’a pas vu le bonheur dans l’image, au moins on verra le noir.»"
Chris Marker, Sans Soleil




samedi 1 septembre 2012

Aéroport de Porto, 10H36

Vous retrouverez ce poème dans Sauf dans les chansons (Table Ronde, mars 2015)