paru dans
Liberté Hebdo et notre chronique hebdomadaire, Le talon de fer, du 9 décembre:
Vous me
reconnaissez ? Non, je ne suis pas Benetton qui fait s’embrasser le pape
et un imam pour énerver tout le monde et vendre mes pulls en me faisant de la
pub gratuite sur tous les JT.
Non, je suis
Mario Monti. Je suis le nouveau président du conseil italien. J’ai une
particularité dans une démocratie, je ne suis pas élu. Enfin, si, j’ai été élu
par deux personnes : Merkel et Sarkozy qui ne voulaient plus de Berlusconi
parce que Berlusconi, il était usé et il présentait mal. Alors, ils m’ont
choisi, moi, Mario Monti.
En même temps,
Merkel et Sarkozy, comme ils sont sous surveillance des agences de notation et
des marchés, eux non plus, ils ne font pas trop ce qu’ils veulent. Mais que je
vous parle un peu de moi, Mario Monti. Tous les gens qui adorent l’économie de
marché m’adorent. Ils me trouvent compétent et sérieux. Ils ont raison. Je ne
suis pas n’importe qui, moi, Mario Monti. La preuve que je suis sérieux, c’est
que je n’appartiens à aucun parti politique. Eh oui, c’est comme ça. Je ne suis
pas de droite mais je ne suis pas de gauche, faudrait pas déconner non plus
comme disait votre grand et regretté comique Coluche qui d’ailleurs s’appelait
Michel Colucci et était d’origine italienne.
Non, je
n’appartiens à aucun parti politique parce ce que je suis un technocrate. Je
vous explique : un technocrate, c’est plus sérieux qu’un politique. Un
technocrate ce n’est pas élu et donc ça n’a pas de compte à rendre au peuple.
Le peuple, c’est toujours un peu ennuyeux, ça vote vite n’importe quoi comme le
non français au referendum sur l’Europe en 2005.
Je vous en parle, parce que
moi, Mario Monti, j’ai surtout fait ma carrière comme commissaire européen. Je
me suis occupé de la concurrence. Ou plutôt je ne me suis pas occupé de la
concurrence car je suis libéral et que je crois à la concurrence libre et non
faussée et à l’ouverture de tous les marchés à tout le monde ainsi qu’à la
privatisation des services publics.
Tenez, c’est
grâce à des types comme moi que les horaires de la SNCF et des TER à partir du
11 décembre, ils vont devenir tout pourris. Et vous savez pourquoi ? Pour
laisser des tranches aux futurs transporteurs privés. C’est des trucs comme ça
que moi, Mario Monti, je décide sans demander l’avis de personne car je suis
plus intelligent et que je sais ce qui est bien pour vous. Et comme je suis
italien, je sais aussi ce qui est bon pour les Italiens.
Je ne me trompe jamais. Bon si, un petit peu,
quand j’ai travaillé à partir de 2005 pour la banque Goldman Sachs. Vous savez
la grande banque américaine responsable de la crise des subprimes en 2008 et
qui s’est fait renflouer par le pognon des contribuables américains. Ah oui, et
puis j’allais oublier : depuis 2010, je suis président de la Trilatérale.
C’est un rassemblement de décideurs politiques et économiques des trois
continents (Asie, Amérique, Europe) qui sont pour beaucoup dans la
mondialisation.
Alors, là, comme
je suis le nouveau président du conseil italien, je viens de faire plaisir à
mes amis les marchés. Je dis que c’est pour l’Europe, pour rester en Europe
mais en fait c’est pour les marchés. D’ailleurs tout le monde commence à
comprendre que l’ Union Européenne, c’est surtout fait pour les marchés et pas
pour les peuples. C’est pour ça que l’on va de moins en moins demander leur
avis aux peuples. Pour mes amis les marchés, donc, j’ai décidé un nouveau plan
d’austérité de 24 milliards d’euros. Après les 56 milliards déjà annoncé quand
je suis arrivé au pouvoir grâce à Sarkozy et Merkel.
Bon, voilà, je
voulais être sûr que vous aviez bien compris. Parce que maintenant, c’est des
types comme moi qui vont décider pour vous, malgré vous et contre vous…
Du
fascisme ? Vous appelez ça du fascisme ? Tout de suite les grands
mots…
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| -Bonjour, en raison de la politique sanitaire de ce blogue, pour toute
image traumatisante, une femme nue est chargée de calmer l'anxiété créée
chez le lecteur. Aujourd'hui, c'est moi. Il n'empêche, je suis désolée
mais je garde ma culotte: j'ai peur que Mario Monti me la vole pour
rembourser la Dette. | |