samedi 30 juillet 2011

Drapeau rouge et cloche de détresse


Il n’y a plus que deux questions importantes que devrait se poser un homme, passé un certain âge. D’une part, verrai-je de mon vivant le drapeau rouge, planté dans les tripes du dernier patron, flotter joyeusement au vent du temps libéré et, d’autre part, aurais-je pu empêcher le suicide de Sylvia Plath, cette petite sœur américaine perdue dans ses ténèbres trouées d’électrochocs ?

jeudi 28 juillet 2011

Les idées ont des conséquences, même celles d'exrême-droite...

A propos d'Oslo et d'ABB dont les initiales, comme le remarque un de nos aimables commentateurs, ressemblent à la note dégradée d'un pays martyrisé par les spéculateurs, un article sur Causeur.
 Zut, je m'ai trompé de photo. Pour m'excuser et en vertu de la polititique sanitaire de ce blogue, une photo détraumatisante

lundi 25 juillet 2011

Comment on dit apéro saucisson pinard en norvégien?

On dit Anders Behring Breivik.
 Beau comme un escadron de la mort ou blogueur de l'islmamophobosphère

La princesse du négatif

un tombeau pour Amy, sur Causeur.fr




Même les îles ne protègent pas des mauvaises nouvelles. On a beau se mettre à l’abri d’internet et se trouver dans une vallée où les portables passent de manière aléatoire, deux sms simultanés, puis trois, quatre, cinq, six nous ont annoncé l’événement : Amy Winehouse venait de mourir, au cœur de l’été, à vingt sept ans, dans son appartement londonien. Ceux qui nous ont prévenus nous connaissent bien. La mort d’Amy Winehouse nous est ce que la chute de Constantinople était à la princesse Bibesco : un deuil personnel.



Trajectoire météorique

Depuis 2006, elle était notre paysage sonore favori et elle revenait souvent en boucle quand nous écrivions ou que nous buvions, ce qui revient souvent au même puisqu’il s’agit dans les deux cas de s’absenter momentanément des assignations constantes et des petites tyrannies sociales.

Amy Winehouse était une princesse juive et prolote de Southgate, fille d’un chauffeur de taxi qui aimait le jazz. Elle nous avait définitivement bouleversé dès que l’on avait entendu Rehab, le morceau phare de son deuxième album, Back To Black. Il faudrait se souvenir des circonstances exactes parce que ce fut, au bout du compte, aussi important que la première fois avec une fille ou la première lecture de Proust. Le même genre de révolution copernicienne du cœur, la même blessure heureuse dont on espère qu’elle ne cicatrisera jamais.  

Il est vrai que nous ne sommes pas une référence en matière de musique. On a toujours eu l’impression que tout s’était arrêté avec la mort d’Otis Redding, en 67. On a énormément de mal à supporter le rap des pauvres et la techno des riches sans compter les chanteurs trentenaires revenant tous les cinq ans avec des filets de voix et des textes identiques pour pleurnicher sur des problèmes personnels qui ne se posent que dans les quartiers parisiens où EELV fait des pointes à 25 %.

Amy, elle, par sa gouaille glamour, brutale et évidente, profondément sexuelle dans une époque qui n’aime plus ça, renouait avec la tradition des girls groups des années 60, avec le groove du son de la Tamla-Motown. Elle le faisait jusque dans son look hyperbolique, sa choucroute démesurée, ses jupes à jupons et ses pantalons corsaires qu’aurait pu porter Brigitte Bardot dans Le Mépris ou Et dieu créa la femme, deux titres qui iraient bien, d’ailleurs, pour sous-titrer une biographie de notre grande brûlée à la trajectoire météorique.



Diva rimbaldienne

Mais la limiter à un simple revival sixties serait une belle erreur. Si vous voulez des clones de cette époque-là, allez voir du côté des autres filles qui ont tenté de prendre le relais quand Amy Winehouse s’est retrouvée dévastée par les substances : les Pipettes sont une caricature pure est simple quant à Duffy, la jolie galloise blonde, il y a pour le coup quelque chose d’aseptisé et de muséal, même dans ses meilleurs morceaux, qui est bien loin du soleil noir gorgé d’antimatière vous absorbant comme un vaisseau spatial en perdition dès qu’Amy commence à chanter. Ce soleil noir qui s’appelle, entre autre, la soul.

C’est qu’Amy Winehouse n’était pas seulement une chanteuse, c’était une diva rimbaldienne qui va laisser derrière elle une œuvre aussi mince qu’essentielle après avoir pratiqué un dérèglement méthodique de tous les sens. On aurait dû se douter, dès Rehab, de la suite des opérations, c’est à dire des concerts annulés (le dernier en date il y a quelques semaines à Belgrade), des amours tumultueuses, des addictions destructrices et des gardes à vue  sur fond de harcèlement  méthodique des paparazzi qui l’ont photographiée comme on bombarde un pays rebelle au nouvel ordre mondial : en utilisant des tapis de bombes pour détruire des infrastructures déjà tellement fragiles. Oui, il suffisait d’écouter les paroles de Rehab pour comprendre : "They tried to make me go to rehab and I said : no, no, no" (Ils ont essayé de m'envoyer en cure mais j'ai dit : "non, non, non")

Amy Winehouse allait être la chanteuse de la défonce et du beau travail du négatif. On aurait pu penser, avec Hegel, que ce dernier point  était plutôt du ressort des philosophes. Mais les philosophes ne nient plus rien aujourd’hui, ils sont au contraire là pour relayer un message d’acceptation généralisée de ce qui est. Ce n’est pas non, c’est oui, tout le temps. Oui au marché, oui à l’Europe, à l’Euro, à la rigueur, aux diktats des agences de notation.

En France, de toute façon, plus personne ne dit non à personne depuis De Gaulle. Il faut se souvenir que la grande année du punk, et il y avait de l’icône punk chez Amy Winehouse, fut la même que celle de l’émergence médiatique des nouveaux philosophes. C’était en en 1977. A Apostrophes les nouveaux philosophes condamnaient toute remise en question de la société au nom du risque totalitaire. Quand la philosophie démissionne à ce point là, il ne faut pas s’étonner que ce soit Johnny Rotten ou The Clash qui fassent office de grands négateurs et proclament que c’est No Future et Anarchy in the UK. C’est aussi cet héritage là, cette croix trop lourde qu’a portée Amy Winehouse, esquintée en plus par cette fragilité inquiète propre aux enfants nés après deux chocs pétroliers. Cette même fragilité qui la faisait reprendre a capella et titubante, son verre de vodka orange à la main, à la fin d’un concert au Zénith en décembre 2007, Will you still love me tomorrow un vieux standard des Shirelles qu’elle revisitait avec une force qui vous mettait les larmes aux yeux, dans une salle pourtant trop grande pour une chanteuse de club comme elle.

Parce que, selon le mot de Georges Bataille, Amy, avec son nom prédestiné, (littéralement Winehouse, c’est le caviste), c’était « l’approbation de la vie jusque dans la mort » Elle racontait avec son corps amaigri par l’anorexie, ravagé par la cocaïne, l’héroïne, le crack, la kétamine et bien sûr l’alcool, l’ambiguïté d’un parcours proprement dionysiaque, c’est à dire profondément double, qui crée en se détruisant dans la provocation constante.

Et, comme dans les cérémonies antiques consacrées au dieu deux fois né, ce qu’Amy Winehouse a rencontré au fond de la coupe sacrée vidée de son vin, ce sont deux yeux grands ouverts peints tout au fond, deux yeux dont le buveur ne sait plus si ce sont les siens ou ceux de la divinité qui le regarde.

Amy Winehouse est morte, un mythe est né et nous avons brûlé une sainte.







Jérôme Leroy
 



samedi 23 juillet 2011

Même dans les îles...

...les mauvaise nouvelles arrivent. Et comment tuer des messagers aussi aimables qu'Ubifaciunt et Hussard 82 qui nous l'apprirent par sms avant notre baignade du soir. Et maintenant, dans ce café internet où c'est de l'ignoble techno lounge qui passe en fond sonore, quand les messagers sont notre cher Marignac, son grand frère en défonce et Shane Fenton, le ministre du paysage sonore de cette zone chaviste libérée.
Amy Winehouse est morte.
Elle est une figure tutélaire de FQG. On lui a dédié un roman, La minute prescrite pour l'assaut et on a écrit sur elles  deux poèmes blasphématoires qu'il ne doit pas être impossible de retrouver dans Un dernier verre en Atlantide.
Depuis 2006, c'est souvent elle qui passe en boucle quand on écrit ou quand on boit, ce qui revient au même, au fond.
Ma dionysiaque aux yeux peints se défonce désormais au bleu grec, celui de l'éternité.
On reparlera d'elle, forcément, puisqu'elle a accompli un indispensable travail du négatif sur son propre corps, comme le Christ, dans une époque où règne l'approbation généralisée des rats et des larbins de l'économie spectaculaire marchande.
Je salue ici, les larmes aux yeux, son héroïsme de guerrière et je pense que je vais boire et danser jusqu'à l'aube, les endroits pour ça ne manquent pas par ici, pour saluer son combat, avant de m'endormir, ivre d'alcool et de groove, dans le soleil du matin, sur une plage au nom de déesse.


lundi 18 juillet 2011

Jaccottet, encore, en attendant l'émeute.


Toi cependant,


ou tout à fait effacé
et nous laissant moins de cendres
que feu d’un soir au foyer,


ou invisible habitant l’invisible,


ou graine dans la loge de nos cœurs,


quoi qu’il en soit,


demeure en modèle de patience et de sourire
tel le soleil dans notre dos encore
qui éclaire la table, et la page, et les raisins.


Philippe Jaccottet, Leçons

dimanche 17 juillet 2011

Modeste proposition aux compagnies aériennes

Plus personne, ou presque, ne regarde dans les avions les hôtesses de l'air faire leur démonstration à propos des consignes de sécurité. Il faudrait suggérer aux compagnies aériennes, pour renouveler l'intérêt des passagers, que les hôtesses de l'air s'acquittent désormais de cette tâche complètement nues.
Leur chorégraphie est en effet déjà très élaborée et les accessoires (ceintures, gilets de sauvetage, masques à oxygène) qu'elles manipulent avec compétence achèveraient définitivement d'érotiser ce moment toujours délicat du décollage afin de faire oublier leur éventuelle nervosité à certains voyageurs. On a beau dire, une érection avec des réacteurs qui vous poussent en plein ciel à 250 km/h, c'est tout de même autre chose.
Les stewards seraient réservés, si cette proposition était acceptée, à des vols exclusivement homosexuels. Nous ne pensons pas que l'actuel communautarisme gay y verrait une quelconque discrimination mais, au contraire, un louable souci de respecter la différence, jusqu'au plus haut des cieux. 
Amen.

vendredi 15 juillet 2011

Odyssée

Et, soudain, reposant la traduction de Jaccottet et regardant la mer, il se demanda si l'Odyssée ne se résumait pas, au bout du compte, à un immense acte manqué qui aurait duré dix ans.

jeudi 14 juillet 2011

14 juillet

On remet ça quand vous voulez. Non, mais vraiment quand vous voulez...
Avec lui, tiens, à qui on dit un grand merci d'effrayer encore aujourd'hui les imbéciles et les coquins, et qui aura toujours fait beaucoup moins de morts qu'un trader de base, au bout du compte.


mardi 12 juillet 2011

Apprenons à parler comme un larbin néo-libéral moyen pauvre

Cette brève sur l'inénarrable Christophe de Margerie, l'homme qui dirige l'entreprise esclavagiste Total en Birmanie. Sur Causeur.fr.

Parlez-vous le Christophe de Margerie?


Pour comprendre le Margerie qui est une langue parfois difficile à saisir pour le simple commun des mortels, il faut savoir que le PDG de Total a gagné 3 millions d’euros en 2010, sans les stocks options (avec, c’est 4,5 millions), sans les actions gratuites, sans la retraite chapeau et sans les indemnités de départ éventuelles. C’est 300 000 euros de mieux que l’année dernière. Ca vous en fait, des RSA, n’est-ce pas ?
Il est donc absolument indispensable désormais de se procurer un lexique Français-Christophe de Margerie et Christophe de Margerie–Français puisqu’on ne parle plus vraiment avec les mêmes mots et que l’on voudrait éviter les malentendus ou être accusé de ressentiment face à un homme qui gagne plusieurs milliers de fois le SMIC, dont l’entreprise ne paie pas un centime d’impôts en France et qui a réussi par ses seuls mérites, alors que nous on cherche juste à savoir, en fait.
C’est vrai, quoi: le populo assisté et précarisé ne comprend rien à la macro-économie, il est un peu énervé et tient des raisonnements simplistes : quand le prix du baril baisse, on ne peut pas répercuter à la pompe et en revanche, quand le prix du baril remonte comme ces jours-ci, on dit en Christophe de Margerie que ça va augmenter à la pompe mais il est précisé « de manière pas énorme ». Ca veut dire quoi, traduit du Margerie en Français « de manière pas énorme » quand l’homme qui vous parle a des revenus qui l’excluent, le pauvre, de l’humanité commune de ses concitoyens et des soucis de frigos vide le quinze du mois?
En revanche, inutile de chercher « nationalisation » dans votre dico Français-Christophe de Margerie. Ca n’existe pas encore. On trouve bien « C’est la faute aux Arabes » mais pas « nationalisation ».
Pour la prochaine édition 2012, si ça se trouve.


Comme nos aimables abonnés le savent, les images obscènes que nous sommes obligés de montrer dès que nous parlons du néo-libéralisme sont toujours contrebalancées par une photographie représentant la vie et le plaisir. C'est et cela restera la politique sanitaire en vigueur de notre zone chaviste libérée. Bien conscient de la violence extrême que représente ici l'irruption de Christophe de Margerie, ce n'est pas une, mais deux photos thérapeutiques qui  ont semblé, en l'occurrence, nécessaires pour pallier les inévitables traumatismes


 Et mon cul, c'est une station service?

lundi 11 juillet 2011

Programme commun et bilan globalement positif

De l'infâme Roland Jaccard, dans son Journal d'un homme perdu (Zulma) à la date du 26 août 1984:

"Lézarder au soleil, lire et écrire, draguer, voilà à peu près les seules choses que j'aurai faites correctement durant mon existence."

Et puis boire et danser, aussi, un peu.`

dimanche 10 juillet 2011

Philippe Jaccottet

Commencer à penser aux livres que l'on va mettre dans les bagages. Prendre comme d'habitude quelques invariables compagnons: Rimbaud et l'Odyssée. Pour cette dernière, préférer la traduction magnifique de Philippe Jaccottet. Du coup, feuilleter à nouveau le recueil de sa Poésie ( 1946-1967). Et vérifier que l'on connaît toujours par coeur, après tant d'années, notre poème préféré de lui. Apparemment, oui.


                                               La traversée

Ce n'est pas la beauté que j'ai trouvée ici,
ayant loué cette cabine de seconde
débarqué à Palerme, oublié mes soucis,
mais celle qui s'enfuit, la beauté de ce monde.

L'autre, je l'ai peut-être vue en ton visage
mais notre cours aura ressemblé à ces eaux
qui tracent leurs grands hiéroglyphes sur les plages
au sud de Naples, et que l'été boit aussitôt,

signes légers que l'on récrit sur les portières.
Elle n'est pas donnée à nous qui la forçons,
pareils à des aventuriers sur les frontières,
à des avares qui ont peur de la rançon.

Elle n'est pas non plus donnée aux lieux étranges
mais peut-être à l'attente, au silence discret,
à celui qui est oublié dans les louanges
et simplement accroît son amour en secret.

Philippe Jaccottet, 

samedi 9 juillet 2011

C'était bien la Grèce.

article paru sur Causeur.fr
Il aura vraiment fallu les rebondissements à tiroirs de l’affaire DSK pour que la déclaration de Jean-Claude Juncker sur la Grèce soit passée inaperçue. Voilà ce qu’a déclaré le président de l’Eurogroupe au magazine allemand Focus : « La souveraineté de la Grèce sera énormément restreinte », avant de comparer le pays de naissance de notre civilisation à l’Allemagne de l’Est après la réunification.
Il est dommage, d’ailleurs, que personne, ou presque, n’ait pu voir monsieur Juncker au moment où son masque tombait. Une certaine parole européiste se libère avec un mélange d’arrogance et de cynisme, décidément caractéristique, sauf pour ceux qui ne veulent pas voir, de la façon dont l’Union, depuis le traité de Rome et surtout depuis l’Acte unique de 1990, s’est construite non pas à l’écart des peuples mais contre eux, au nom d’un fédéralisme fantasmé qui devait nous faire sortir de l’Histoire pour mille ans de bonheur dans la concurrence libre et non-faussée, quitte à nous mettre à la remorque des Etats-Unis sur le plan géopolitique.
La construction européenne aurait, nous dit-on, l’immense vertu d’avoir durablement préservé la paix sur le Continent. Les Serbes ont dû apprécier, en 1999, quand ils ont été bombardés par l’OTAN avec la bénédiction de l’Union qui avait ainsi déjà ainsi montré comment elle respectait la souveraineté d’un Etat indépendant. Elle était intervenue, nous dira-t-on, pour la bonne cause. La fameuse ingérence humanitaire du bon docteur Kouchner, dont on a vu depuis qu’elle était souvent un faux-nez permettant de légitimer de banales opérations de guerre visant à s’assurer de nouveaux marchés et un approvisionnement sans risque en matières premières. Dans le temps, on appelait ça l’impérialisme mais c’est un mot tellement démodé que plus personne n’ose le prononcer.
D’ailleurs, les Serbes sont aujourd’hui normalisés. Ils ont attendu que leur principal criminel de guerre, Mladic (1), soit mourant pour en faire cadeau au TPI. Comme ça, le déshonneur est sauf pour tout le monde et la Serbie sera bientôt membre du club. Ainsi une commission de technocrates parviendra-t-elle, en cinq ans, à faire ce que ni les Turcs, ni les Autrichiens, ni les Allemands n’avaient pu réaliser au cours des siècles : en finir avec une indépendance ombrageuse.
Ce désir européen, junckerien, d’en finir avec les nations passe habituellement par des moyens plus doux. Il suffit d’écrire à intervalles réguliers des traités ratifiés en catimini. Parfois, un chef d’Etat se rappelle qu’il est chef d’Etat et demande directement, par référendum, l’avis aux premiers concernés, c’est-à-dire à ses concitoyens. Sont-ils d’accord pour être gouvernés par des textes qui inscrivent dans le marbre qu’une seule politique économique est possible, exploit que seule la défunte URSS avait réussi ? Si par hasard, le peuple dit non, ce n’est pas grave. On vote, on revote, on rerevote comme en Irlande ou au Danemark. En France, on se contente de refaire passer un texte refusé à 55% devant un Congrès à la botte et l’affaire est dans le sac.
Mais enfin, tout cela se faisait avec une hypocrisie et un sens certain de la manipulation. Là, monsieur Juncker, peut-être paniqué par la fin programmée de l’euro qui sanctionnera définitivement l’échec de cet Europe-là, a perdu son surmoi de haut fonctionnaire bruxellois et accessoirement de premier ministre du Luxembourg. On rappellera au passage que son pays est un paradis fiscal au cœur de l’Europe où l’on blanchit en toute impunité l’argent de la drogue, du commerce des armes et autres joyeusetés dont on aura du mal à faire croire que ce sont des activités moins immorales et moins mortifères que ce qui est reproché aux Grecs actuellement saignés à blanc et vivant un climat constant d’émeutes où le désespoir(2) le dispute à l’humiliation.
Mais répétons-nous encore la phrase de Jean-Claude Junker pour en mesurer l’énormité: « La souveraineté de la Grèce sera considérablement restreinte ». On a presque l’impression d’entendre Mac Arthur parlant du Japon, les Alliés de l’Allemagne de 45, voire Paul Bremer de l’Irak en 2003. Restreindre la souveraineté d’un Etat, en général, la communauté internationale se le permet quand celui-ci a perdu une guerre dans laquelle il a commis des atrocités.
Elles consistent en quoi les atrocités grecques ? Avoir trafiqué des comptes et masqué des déficits ? Avoir laissé la fraude fiscale s’instaurer comme un sport national ? Avoir financé un Etat-providence alors que le pays n’en avait pas les moyens, tout au moins dans une logique libérale puisque d’autres économistes estiment que les dépenses de santé, d’éducation, de police, de défense ne devraient pas être prises en compte dans le calcul du déficit ?
C’est tout ? Vraiment ? Pas la moindre épuration ethnique d’une minorité, pas de déclaration de guerre unilatérale à la Turquie, pas de prisonniers politiques torturés comme au temps de la dictature des Colonels ?
Les événements historiques passent souvent inaperçus au moment où ils se produisent. La déclaration de Junker en fait partie. On découvrira plus tard ses implications. Ce jour apparaîtra comme celui où, pour la première fois, un haut responsable aura affirmé clairement que le pouvoir politique ne pesait plus rien devant les exigences de la finance mondialisée, que le banquier avait plus de pouvoir que le ministre et une place boursière qu’un parlement élu. On s’en doutait un peu mais là, c’est merveilleusement explicite.
On pourrait conseiller à Juncker de relire Byron, de regarder les tableaux de Delacroix ou encore de se faire raconter, dans les bureaux climatisés de son grand-duché, l’histoire de Manolis Gleizos qui, une nuit de mai 1941, se faufilant avec quelques camarades communistes au milieu des sentinelles, descendit le drapeau à croix gammée qui flottait sur l’Acropole pour le remplacer par le drapeau national que tous les Athéniens virent pour quelques minutes flotter dans le soleil du matin. 
Gleizos vit toujours, il est de toutes les manifestations de la place Syntagma. Et, paradoxe du combattant internationaliste, lui sait ce qu’est la souveraineté.
Apparemment, monsieur Juncker et l’Eurogroupe l’ont oublié comme ils ont oublié ce que signifie ce principe fondateur de la liberté : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Alors, avec Hugo, je déclare à la face de monsieur Juncker :
« En Grèce ! En Grèce ! Adieu, vous tous ! Il faut partir !
Qu’enfin, après le sang de ce peuple martyr,
Le sang vil des bourreaux ruisselle !
En Grèce, ah mes amis ! Vengeance ! Liberté ! »


 1. Pour les plus jeunes d'entre vous Mladic est un précurseur de l'islamophobie et a pratiqué un apéro-saucisson géant dans la poche de Srebrenica, avec des milliers de femmes et d'enfants exécutés méthodiquement. Il est un modèle indépassable pour l'islamophobosphère qui rêve de faire la même chose dans le 9-3

2.Les statistiques récentes font état d'une augmentation spectaculaire des dépressions et des suicides. Le libéralisme tue décidément tous les jours comme n'importe quel totalitarisme.

jeudi 7 juillet 2011

Nord-Pas-de-Calais: les fondamentaux restent solides.

On revenait, vers midi, de la médiathèque départementale de Dainville (62) où s'était tenue une réunion sur la façon dont on allait adapter pour les plus jeunes l'exposition sur Frédéric Fajardie qui se tient au Musée des Beaux Arts d'Arras jusqu'au 24 juillet quand nous fûmes arrêtés par ce charmant exemple d'architecture locale.
Une grosse demi-heure plus tard, à Lille (59), alors qu'on décidait de déjeuner à l'Ici Bar, notre cantine, avant de passer chez le caviste acheter une bouteille de Terres Chaudes de Thierry Germain, nous parquâmes notre véhicule près d'un bel exemple de graffiti politiquement conscient qui fait tout le plaisir des nouvelles cultures urbaines
  

My mayor is poor but he's a bloody bastard...

Sur Causeur.fr, une brève de mon ami Martin Terrier, rencontré au cours Méthodes et Explosifs, à Saint-Cyr Coëtquidan:

Comment aller encore un peu loin dans l’aimable cynisme des gouvernements qui consiste à faire payer aux peuples ce qu’ont perdu les banques en 2008 ? Une collectivité locale anglaise vient d’innover, celle qui administre le comté du Shropshire. Son exécutif a trouvé un moyen intéressant d’aider à la réduction du déficit public. Il a tout simplement licencié ses 6500 employés mais pour mieux, (enfin moins bien) les réembaucher procédant au passage à une baisse des salaires de 5, 4%. Apparemment, la grève nationale des fonctionnaires britanniques d’il y a quelques jours n’a pas servi à grand chose mais en même temps, depuis Margaret Thatcher, un syndicat britannique est a peu près aussi efficace qu’un pistolet à bouchon dans une guérilla urbaine.
Ce qui est tout de même étonnant, à la longue, c’est que ce genre de méthode ne soit pas appliqué aux salariés des agences de notations ou aux traders de la City. On sait, on sait : ce genre de remarque est populiste tant il est vrai que désormais nous sommes dans le meilleur des mondes, celui où un spéculateur qui se refait sur la bête du welfare state est jugé plus utile à la bonne marche de l’économie qu’une assistante sociale du Shropshire ou d’ailleurs.

Histoire de la fin du monde d'avant

 Le voyage du poète à Paris de Serge Safran (Léo Scheer, 17 euros). Article paru sur Causeur

Vous aviez des préjugés sur les poètes ? Vous les trouviez dépressifs, versatiles, égotistes, égoïstes, cyclothymiques, inadaptés, sensuels, paresseux, plaintifs, jouisseurs, graphomanes, impudiques ? Eh bien, n’en oubliez aucun, vous êtes encore au-dessous de la vérité. Ils sont effectivement comme ça, les poètes. En tout cas celui que décrit Serge Safran dans son roman Le voyage du poète à Paris.
Si Serge Safran est lui-même éditeur (Zulma, et tout récemment Serge Safran éditeur), il est avant tout poète. Alors, inutile de le cacher, Le voyage du poète à Paris est un journal intime, une autobiographie déguisée, un roman d’apprentissage qui passe en contrebande, caché dans les double-fonds de la troisième personne. C’est l’auteur lui même qui l’avoue mais il a de bonnes raisons pour ça. Les poètes sont tout ce qu’on a dit mais ils sont aussi, dès qu’il est question de leur art, d’une méthode et d’une précision qu’on ne trouve que chez les poseurs de bombe ou les chirurgiens. Deux autres vocations semblables, malgré les apparences, à celle de rimailleur patenté. Le voyage du poète à Paris, pour Safran est une interruption « qui correspondait à la résolution d’écrire sa propre existence à la troisième personne du singulier, et au passé, comme dans un roman. »
La date aussi a son importance. Le roman, puisqu’il s’agit d’un roman, commence un 14 octobre 1980. Sous la pluie bordelaise, en plus. On aurait voulu nous indiquer que cette histoire commençait l’année inaugurale d’une décennie fatidique, on ne s’y prendrait pas autrement. 1980 marque assez précisément la fin de « la parenthèse enchantée » qui a donné son titre à un joli film de Michel Spinosa en 2000, c’est-à-dire cette période très courte d’insousiance sexuelle et sociale que put connaître une certaine jeunesse entre la fin de 1968 et les deux chocs pétroliers puis le sida qui marquèrent le retour à l’ordre.
Les velléités de Philippe Darcueil, trente-trois ans comme le Christ, qui s’en va à la recherche de travail et d’éditeurs à Paris ne sont pas sans rapport avec ce moment historique. L’espèce de dépression, d’acédie sur fond des Greatest hits de Bob Dylan qu’il va connaître en arrivant dans l’appartement inoccupé d’amis à Asnières, est autant liée à ses problèmes amoureux qu’au sentiment de basculer d’un monde à l’autre et pas seulement géographiquement. En 1980, on peut encore vivre dans une communauté en Ariège et connaître une histoire d’amour avec une fille de seize ans, Sandra. Sans qu’il y ait la moindre culpabilité de part et d’autre ni que la société trouve à y redire. La correspondance entre Sandra et Philippe qui émaille le roman, parfois très explicite sexuellement, ne choque pas. On ne parlait pas de pédophilie à tout bout de champ. Et puis l’avantage d’une époque où l’on s’écrivait encore et que parfois, comme dans le livre, on attendait le courrier en maudissant une grève de la poste, c’est que l’on a des documents qui appartiennent désormais à l’archéologie, c’est-à-dire des lettres d’amour. L’instantanéité des mails et des sms était encore un cauchemar futuriste La grammaire des sentiments et des affinités n’avait décidément rien de commun avec celle qui nous préoccupe aujourd’hui où le désir se fait obscénité dans la décomposition de la langue.
Qu’elle est lointaine, d’ailleurs, cette France des trains corail où l’on pouvait encore acheter Les Nouvelles Littéraires dans un kiosque, lire les critiques de Bory dans le Nouvel Obs, assister à des comités de rédaction du Fou Parle, fumer dans les bars et coucher avec deux filles en même temps avant d’aller voir Sauve qui peut (la vie) de Godard et espérer trouver un boulot dans un institut de sondages ou d’enquêtes sociologiques, un boulot qui laissait le temps d’écrire des poèmes.
Serge Safran ne parle jamais explicitement de changement d’époque. De toute manière, ce serait contraire à ce projet de « journal intime au passé » mais cette espèce d’effondrement lent, d’implosion au ralenti n’est pas sans rappeler celle de L’Homme qui dort. Le héros de Perec, étudiant cloîtré dans sa chambre sordide, qui se force à une vie végétative pour mieux se retirer du monde est un presque contemporain de Philippe Darcueil, le personnage de Safran.
Et si l’on peut trouver à leur malaise toutes les explications psychologiques voire psychiatriques que l’on veut, on ne nous empêchera pas de penser qu’elles sont aussi, profondément, politiques.

lundi 4 juillet 2011

"Domani, voglio andare alla spiaggia con te"




                                       Claude Nori

La géométrie du flirt est un livre de photographies. Les photographies sont prises par Claude Nori. Claude Nori aime les jeunes filles. Les jeunes filles ne sont jamais aussi belles que sur les plages. Les plages ne sont jamais aussi plages qu'en Italie.
Quand on saura, en plus, que La géométrie du flirt est préfacé par Frédéric Schiffter, on comprendra aisément pourquoi ce livre est indispensable. 
Ceux, très nombreux, qui pourraient penser qu'il est profondément superficiel de photographier des adolescentes en lunettes noires, qui fument avec indolence, leur petit cul pommelé appuyé sur l'aile d'un cabriolet, alors que le monde techno marchand agonise visiblement dans les admirables révoltes grecque et arabe, ceux-là en vérité, je vous le dis, ils auraient tort: La géométrie du flirt leur indique en effet ce qui va se passer juste après le risible effondrement de cette société-là ou, si vous préférez, La géométrie du flirt commence là où le Manifeste du Parti Communiste s'arrête.
Alors autant vous renseigner le plus vite possible sur ce que sera le communisme poétique, sexy et balnéaire qui est sur le point d'advenir.

On trouve La géométrie du flirt à l'enseigne des éditions Contrejour, dans la collection Cahier d'images pour la somme de dix euros. 
                                           " Je suis Karl Marx et j'approuve ce message"

samedi 2 juillet 2011

Roman rom, roman atlante



La fuite en Egypte
De Michel Chaillou
(Fayard, 394 pages, 21, 50 euros)


 Comment ne pas songer, à la lecture de La fuite en Egypte, le dernier roman de Michel Chaillou, aux vers d’Apollinaire dans Calligrammes : « Je chante la joie d’errer et le plaisir d’en mourir » ? On connaît Michel Chaillou, son œuvre importante et notamment ce mythique Sentiment géographique (1) où il est beaucoup question de la façon dont on peut habiter poétiquement le monde et transformer les paysages en autant d’Arcadie  retrouvées dans  la transparence de l’air.
La Fuite en Egypte, justement, est la recherche d’une de ces contrées où l’on n’arrive jamais mais que l’on ne cesse de poursuivre parce qu’elles sont un état d’âme autant qu’un lieu précis. C’est un roman Rom, un roman nomade dont les personnages sont étrangement possédés par ce désir du pas de côté, de l’écart et de la cavale sans boussole. L’histoire nous est racontée par un petit-fils qui se demande pourquoi sa grand-mère nantaise, appartenant à la meilleure bourgeoisie, un soir des années 1900, a suivi un chanteur gitan, Joseph Donval, venu pousser une goualante dans une brasserie. Et pourquoi elle a, toute sa vie, avant de faire une fin avec un triste chiffonnier sédentaire, accompagné sur les routes cet homme à la recherche de la Petite Egypte,  Ultima Thulé des gens du voyage.
Elle s’appelait Alice, elle était belle, fantasque et avait un prénom prédestiné pour suivre le lapin Joseph dans les hôtels garnis de sous préfectures ou les auberges de chef-lieu de canton. Mais quand elle raconte, avec réticence, par bribes chantournées et fragments baroques cette vie aux semelles de vents, il est parfois difficile pour son petit-fils de la suivre, tant elle a tendance à forcer sur le muscadet pour mieux cacher l’indicible dans les reflets dorés de ce vin océanique.
La phrase Michel Chaillou fait semblant de s’égarer à l’image de ses personnages mais elle retrouve toujours sa gîte et se révèle idéale pour rendre compte de ce mystère d’une destinée seulement traduisible par les mots d’un dictionnaire kalo  hélas revendu, « un jour de dèche » par cette grand-mère atlante et fugitive.

Jérôme Leroy

La belle, la rebelle...

Meeting du Front de Gauche, ce mercredi 29 juin. Beau temps, foule nombreuse, victoire envisageable, ambiance balnéaire. Une claque joyeuse à la petite France des larbins  racistes de l'ethnolibéralisme sarkozyste en phase terminale. La première d'une longue série de bourre-pifs qui n'épargnera aucun ennemi, du trader spéculateur aux petits étrons trouillards de la réacosphère. On va vous faire courir!
Allo Athènes, place Syntagma? Ici Paris, métro Stalingrad!


Le meilleur des discours - Meeting place... par PlaceauPeuple