lundi 28 février 2011
Merci, merci, merci!
Feu sur le quartier général tient à remercier de tout coeur les peuples arabes qui, par leurs héroïques soulèvements, non seulement discréditent par avance l'ignoble débat en préparation "sur la place de l'Islam dans notre société", renvoient les islamophobes à ce qu'ils sont pour la plupart, des trouillards paranoïaques banalement racistes, mais surtout, surtout d'avoir fait comme victime collatérale du remaniement ministériel, le multirécidiviste Hortefeux (condamné deux fois en six mois pour injure raciale et atteinte à la présomption d'innocence.) Certes, il est remplacé par la Claude Guéant qui a à peu près la chaleur humaine d'un Béria dans ses bons jours ou de mon prof de maths de quatrième, mais tout de même, il y a des petits bonheurs qui ne se refusent pas.
Pour ceux qui s'étonneraient de la présence d'une femme nue dans ce billet, nous rappelons que la politique sanitaire de notre zone chaviste libérée consiste à réparer les traumatismes occasionnés par la vision de choses horribles par celle de la vie, du désir et du plaisir.
Bientôt dans les librairies: Marcel Thiry
Depuis le temps que nous avions envie de dire que Marcel Thiry ne se résumait pas à ce vers certes tellement envoutant: "Toi qui pâlis au nom de Vancouver".
Eh bien, voilà, c'est fait. Une anthologie, Tous les grands ports ont des jardins zoologiques, établie et préfacée par votre serviteur, est sur le point de paraître aux éditions de la Table Ronde, dans la collection La petite vermillon.
Enjoy your poetry.
Nous, on va aller se promener sur la plage, parce que la Bretagne (et la Belgique de Thiry), il n'y a que ça de vrai.
Pour nos aimables lecteurs, quelques poèmes inédits ou presque de Thiry, dans les jours qui viennent...
Eh bien, voilà, c'est fait. Une anthologie, Tous les grands ports ont des jardins zoologiques, établie et préfacée par votre serviteur, est sur le point de paraître aux éditions de la Table Ronde, dans la collection La petite vermillon.
Enjoy your poetry.
Nous, on va aller se promener sur la plage, parce que la Bretagne (et la Belgique de Thiry), il n'y a que ça de vrai.
Pour nos aimables lecteurs, quelques poèmes inédits ou presque de Thiry, dans les jours qui viennent...
samedi 26 février 2011
Le communisme, vu par Françoise Hardy et Alain Badiou
"Je suis prête à recommencer
Puisqu'on dit qu'il a des regrets
Puisque c'est lui que j'aime
Je veux qu'il revienne"
Françoise Hardy, Je veux qu'il revienne
"Opposés à tout cela, aussi isolés que
Marx et ses amis au moment du rétrospectivement fameux Manifeste du
Parti communiste de 1847, nous sommes de plus en plus
nombreux cependant à organiser des processus politiques de type
nouveau dans les masses ouvrières et populaires, et à chercher tous les
moyens de soutenir dans le réel les formes renaissantes de
l'Idée communiste."
Alain Badiou, L'hypothèse communiste
vendredi 25 février 2011
Kairos
Près de chez vous aussi, on résiste à l'ordre néo-libéral, malgré le silence médiatique. Mercredi 23 février, c'était grève générale en Grèce. Les photos viennent de l'excellent site From the greek streets.
Et en spéciale dédicace aux coeurs purs, les excellents Generationals
jeudi 24 février 2011
Merci François Taillandier!
On est vraiment fier, parfois, d'avoir certains lecteurs. Comme François Taillandier, par exemple qui dit sur le Blog de la Procure, tout le bien qu'il pense de Big Sister dont on rappelle qu'elle est de retour dans les bacs depuis un mois pour une somme modique, et dans une édition élégante et sexy.
Time to turn, isn'it?
-Si tu n'as pas lu François Taillandier ou Jérôme Leroy, n'y pense même pas...Remets ton pantalon et calte!
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affinités électives,
culte de ma personnalité,
littérature,
merci,
naxos,
Orwell,
roman,
Taillandier
Sauter les descriptions, 32
Soudain, il pensa à tous ceux qui le détestaient, le haïssaient, lui auraient bien fait la peau.
La seule chose qui le désola était la médiocrité et la lâcheté crasse de ses ennemis. Merde, c'était bien la peine d'avoir des lettres de Mohrt, de Marceau, de Déon, de Raspail qui vous disaient "Continuez, jeune homme" pour se retrouver au bout du compte, en guise d'ennemis, avec deux ou trois crapules psychotiques aux basques alors qu'il aurait mérité le cardinal de Richelieu, Dark Vador, ou la famille Corleone mais pas ces cons, tout de même...
C'était incroyable: chaussures anglaises, éditions sur grand papier, villégiatures maritimes mais, en matière d'ennemis et de calomniateurs, l'équivalent de petits épiciers discount de l'infamie.
C'en était presque vexant à la fin.
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méthode,
ordures et décombres
mercredi 23 février 2011
mardi 22 février 2011
Un communiqué du STPDO (Save The Planet, Drink Organic)
Le comité chaviste du STPDO (Save The Planet, Drink Organic) tient à remercier le blog Du Morgon dans les veines pour l'amical hommage qu'il rend au camarade Sébastien Lapaque (vous savez l'ami de "Pepe" Mujica, ce qui défrise quelques crapules anonymographes) et à votre serviteur, à propos du Pouilly Fumé Pur Sang du grand Didier Dagueneau, prématurément disparu de manière icarienne en septembre 2008.
Merci, monsieur Du Morgon dans les veines!
dimanche 20 février 2011
EXCLUSIF! UNE RENCONTRE HISTORIQUE! FQG EN URUGUAY!
Mon ami, mon frère, l'écrivain Sébastien Lapaque a bien voulu servir d'ambassadeur itinérant de FQG dans les pays frères d'Amérique Latine.
Il entame une tournée fructueuse et il est venu présenter ses lettres de créance à un des chefs d'Etat les plus attachants du continent, José Mujica Cordano, surnommé affectueusement "Pepe" Mujica, président de l'Uruguay.
Dans ce pays cher à la poésie française (Montevideo vit
naître Laforgue, Lautréamont et Supervielle), Pepe a
pris ses fonctions en mars 2010 en rendant publique sa déclaration de
patrimoine.
José Mujica, 75 ans dont 14 en prison pour avoir été un courageux
guérillero Tupamaro dans les années 60, possède en tout et pour tout une
Volkswagen Coccinelle de 1987 qui a été évaluée à 1600 euros. Comme il
semble décidé à tuer le métier, il reverse
son salaire à son parti et à un programme immobilier pour les
défavorisés.
D'après les premiers télégrammes diplomatiques envoyés par Sébastien Lapaque, le président Mujica est décidé a entamer des liens de coopération renforcée avec notre zone chaviste libérée.
Vive le président Mujica! Vive le Frente Amplio! Vive l'Uruguay!
L'an prochain à Montevideo?
Belgique, toujours grande et belle
Dans Causeur, un papier sur la "Révolution des frites" en Belgique, menée par essentiellement par des étudiants qui refusent que la partition de leur pays soient le fait d'une classe politique qui joue sur les égoîsmes économiques. Pour faire vite, une partie des Flamands, menée par des doriotistes locaux se trouve plus adaptée à la mondialisation sans le boulet Wallon. Oui mais voilà, la Belgique, c'est beaucoup plus que la Belgique et sa jeunesse se rappelle qu'une langue n'a jamais séparé un pays dont l'identité se joue dans le surréalisme et dans un rapport subversif au rêve, au fantastique et au temps.
Perdre la Belgique, ce serait aggraver encore le désenchantement du monde et même son ensauvagement. Nous sommes tous des Belges unitaires.
A propos de frites, il semble que la lutte contre l'insécurité, ce ne soit pas encore ça, par chez nous. Une loi contre les fous, contre les Roms, contre les clandestins, mais enfin que fait Hortefeux contre les cheesburgers récidivistes? Une brève, également sur Causeur. Ci dessous, aux USA, une brigade spéciale est chargée d'empêcher de nuire les hamburgers serial killers. Un exemple d'intervention efficace.
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Belgique,
hamburger récidiviste
Coeurs perdus dans les seventies
On a trouvé ça en patrouillant chez l'excellent Editeur singulier. Il nous semble indispensable que les paroles et la mélodie soient écoutées avec un soin particulier. Où que soit aujourd'hui Francine Lainé, et surtout si c'est elle sur la pochette, qu'elle sache que la zone chaviste libérée de ce blog lui est ouverte et qu'elle est d'ores et déjà considérée comme une dignitaire du communisme sexy et balnéaire. L'idée que des couples aient dansé là-dessus alors que nous avions à peine six ans nous emplit à la fois d'une irrépressible nostalgie et ...
Mais je vous laisse: une R8 Gordini vient de se garer devant le dancing. C'est sans doute Francine Lainé qui arrive...
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samedi 19 février 2011
Sergueï Tchoudakov
L’heure est tardive, on ferme le buffet
Finie l’alcoolique fête des fous
Le cryptage des vers flambés transparaît
Sur fond de livres jamais lus jusqu’au bout
Sergueï Tchoudakov.
(Traduit par Thierry Marignac)
Поздний час и буфет запирают
Алкогольный кончается бзик
Шифром гибели стих возникает
На полях недочитанных книг
Сергей Чудаков
Finie l’alcoolique fête des fous
Le cryptage des vers flambés transparaît
Sur fond de livres jamais lus jusqu’au bout
Sergueï Tchoudakov.
(Traduit par Thierry Marignac)
Поздний час и буфет запирают
Алкогольный кончается бзик
Шифром гибели стих возникает
На полях недочитанных книг
Сергей Чудаков
Nous sommes heureux d'offrir à nos lecteurs un peu de poésie russe inédite, traduite par Thierry Marignac qui pour avoir atomisé son blog n'en continue pas moins son utile travail d'alchimiste sensible et post-national
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L'homme qui ne devenait pas fou
On a reçu ça de notre ami Serge Quadruppani.
On va le lire et on en reparlera ici et ailleurs. Mais entre nos conversations et son précédent livre sur le sujet (L'antiterrorisme en France, La découverte, 1989), on sait déjà que l'on ne sera pas déçu par une des dernières paroles sensées sur la question et, surtout, dépourvue de cette haine froide, répétitive et gâteuse, si fréquente aujourd'hui, dans toutes les couches de la société envers les ennemis de l'intérieur (immigrés, refuzniki de l'ordre néo-libéral, jeunes des quartiers, syndicalistes criminalisés, etc...)
Dans le disneyland préfasciste de la parole sécuritaire décomplexée et de l'ethnolibéralisme triomphant qui rêvent si visiblement à la guerre civile pour que la lutte des classes soit oubliée au profit du choc des civilisations, il est assez rassurant de voir que Serge Quadruppani, quand bien même nous ne sommes pas toujours absolument convaincus par l'efficacité de son spontanéisme antiautoritaire, est toujours sur le pont, le sourire aux lèvres, la rage aux coeur, du côté des humiliés et des offensés.
-Depuis que j'ai lu La politique de la peur de Serge Quadruppani, (Seuil, 18 euros), je comprends parfaitement comment le système fabrique des ennemis imaginaires, je méprise Hortefeux et je vais rejoindre une communauté affinitaire sur le plateau des Millevaches.
-Alors, on dit merci qui?
-On dit merci Quadruppani!
-Depuis que j'ai lu La politique de la peur de Serge Quadruppani, (Seuil, 18 euros), je comprends parfaitement comment le système fabrique des ennemis imaginaires, je méprise Hortefeux et je vais rejoindre une communauté affinitaire sur le plateau des Millevaches.
-Alors, on dit merci qui?
-On dit merci Quadruppani!
jeudi 17 février 2011
Limite de la littérature, littérature de la limite
Depuis une intéressante cave de la rue Muller, Jean-François Platet ne s'est pas contenté de reprendre les éditions Baleine pour redonner une deuxième vie au Poulpe avec l'aide de la charmante et efficace Stefanie Delestré.
Il a aussi décidé de pousser jusqu'au bout de sa logique ce que peut la littérature populaire, par une collection aux élégantes couvertures grises, Baleine noire. Ce que peut la littérature populaire, (même si elle ne l'est plus, sa forme demeure), c'est ne pas se contenter de l'aliénation divertissante, qui a certes ses charmes, mais oeuvrer à un beau travail du négatif, celui de la subversion politique et morale complète de l'ordre établi et de sa fausse contestation intégrée et subventionnée.
Comme les surréalistes avaient vu la puissance noire et poétique de Fantômas, Platet sait que les archétypes de la littérature de genre en travaillant en profondeur l'imaginaire collectif, font naître tout ce dont nous avons besoin pour résister au règne de l'approbation généralisée: le sang, le malheur, l'horreur, le cauchemar, la folie, la haine de soi et des autres, la pulsion de mort et la joie profonde la profanation.
Inutile ici de revenir sur la republication du polar argotico-post-fasciste, excellent au demeurant, de Brigneau, Faut toutes les buter. Cela avait permis, entre autre, de voir que Pavlov avait décidément raison.
Non, intéressons nous au dernier titre en date de la collection, Lola, reine des barbares, dont le mystérieux auteur Margot D. Marguerite, choisit pour héroïne une Lolita suburbaine de 14 ans, toxicomane à la sexualité débridée. Il y a des passages insoutenables, "à déconseiller aux personnes sensibles"? Bien sûr, qu'il y en a. Mais en même temps, qui sont ces "personnes sensibles" qui frémissent à trois pages de viol collectif écrites comme un Lautréamont qui aurait une seringue encore plantée dans la veine et qui laissent, dans leur vie quotidienne, leur vie réelle un petit chef harceler leur collègue au boulot ou qui regardent sans frémir au journal de vingt heures des délocaliseurs d'usine massacrer beaucoup plus de gens, et avec la bénédiction du système, que ne le feront les voyous violeurs, sadiques et déjantés de Lola, qui d'ailleurs devient leur souveraine d'une souveraineté telle que la définissait Bataille, par l'approbation de la vie jusque dans la mort.
Soit vous trouverez Lola, reine des Barbares obscène, racoleur, abject et c'est tout: vous aurez tort mais vous pouvez renouveler votre abonnement aux Echos.
Soit vous trouverez Lola, reine des Barbares obscène, racoleur, abject et nécessaire: vous aurez raison mais on vous conseille de ne pas vous en vanter.
Notre époque, qui se trouve si décidément belle et parfaite, n'aime pas trop les miroirs, et encore moins ceux qui les tendent à la manière de Margot D. Marguerite.
Lola, reine des Barbares
de Margot D. Marguerite (Baleine, 10 euros)
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névrose,
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travail du négatif
samedi 12 février 2011
Les caddies Potemkine
A partir d'une brève dans l'Huma faisant elle-même allusion au constat d'un juge des affaires familiales de Béziers sur Mediapart, une réflexion sur l'étrange mutation des pauvres qui, pour ne pas se sentir exclu de la société spectaculaire marchande, mime désormais la consommation. Une histoire qui doit autant à Karl Marx qu'à Guy Debord et George Romero. C'est sur Causeur.
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Cyrano et d'Artagnan
Dix ou douze fois, au moins.
C'est le dernier long-métrage d'Abel Gance, il date de 1964. Le monde de Corneille et de Dumas, de Retz et de Zevaco fusionnent miraculeusement à l'écran. Le film est versifié, en plus, ce qui en fait un objet cinématographique improbable et pourtant parfaitement crédible. Un peu comme ce qu'il raconte, d'ailleurs: la rencontre entre Cyrano de Bergerac et le jeune d'Artagnan, au moment de la conjuration de Cinq-Mars sur fond de chassé-croisé amoureux avec Ninon de Lenclos et Marion Delorme. Abel Gance a violé l'Histoire mais il lui a fait un très bel enfant, aurait dit, encore lui, Alexandre Dumas.
Si on me demandait de recommander à un étranger un film qui pourrait résumer non pas l'identité nationale (puisque des petits marquis de l'ordure ethniciste ont définitivement discrédité ces mots) mais un certain état d'esprit français, fait de panache, de courage, de libertinage, de goût pour l'intrigue, de gaîté, d'amour fou, de sens de l'honneur, d'ironie frondeuse, de confusion volontaire entre l'escrime et la littérature, c'est sans aucun doute Cyrano et d'Artagnan que je recommanderais.
vendredi 11 février 2011
C'était bien, les départements...
Un article sur les élections cantonales dans Causeur, élection dont personne ne parle. Mais cela n'a rien de suprenant: ce sont les dernières du genre, Satkozy va prendre sa branlée, le département est le dernier bouclier social des pauvres et la décentralisation européiste ruine les collectivités locales.
Faudra pas dire que vous n'étiez pas prévenu.
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élection
mercredi 9 février 2011
Poetry in motion
(tombé d'un carnet oublié et daté de novembre 2006)
A la fin ce qui étonne
C'est le civisme des pigeons morts
On va vers la violence
Comme vers une fille trop maigre
Qui fait quand même envie
On va vers la violence
Et l'absence de saison
La fille trop maigre les pigeons morts
On va vers la violence
Et l'absence de raison.
A la fin ce qui étonne
C'est le civisme des pigeons morts
On va vers la violence
Comme vers une fille trop maigre
Qui fait quand même envie
On va vers la violence
Et l'absence de saison
La fille trop maigre les pigeons morts
On va vers la violence
Et l'absence de raison.
© Jérôme Leroy
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poésie
samedi 5 février 2011
Roman noir : les infortunes de l’engagement
article paru dans La revue générale de Belgique (janvier 2011) dans le dossier polar sous la direction de Jean-Baptiste Baronian
Le simple fait de poser la question de la
politique et de l’engagement en ce qui concerne la littérature policière
revient à nous interroger sur sa définition même. Roman policier, roman noir,
whodunit, thriller, techno thriller ? Nous ne sommes pas ici simplement en
présence de sous-genres mais aussi
de projets littéraires qui n’ont plus grand chose à avoir entre eux,
sinon la place qu’ils occupent dans les rayons d’une médiathèque, d’une
bibliothèque municipale ou d’une librairie quand on les rassemble
arbitrairement par commodité commerciale ou paresse intellectuelle.
Et cela peut faire sourire car quelques
minutes de lucidité de la part d’un de ces professionnels du livre devraient
pourtant lui montrer qu’il y a pas ou plus grand chose de commun entre un
lecteur qui va acheter le dernier Fred Vargas et celui qui va s’offrir la
réédition récente en un seul volume des romans de Dashiell Hammett (1), entre
celui qui emprunte spasmodiquement les Agatha Christie et autres reines du
crime comme Martha Grimes ou Elisabeth Georges, celui qui ne jure plus que par le polar scandinave façon
Mankell et celui pour qui ce genre littéraire est devenu le lieu
d’expérimentations narratives et stylistiques, notamment chez l’Anglais David
Peace mais aussi des Américains comme James Ellroy, James Sallis, Chuck
Palahniuk ou encore Don De Lillo.
La littérature policière est, par
essence, une littérature du désordre. Elle va mettre en scène, pour le lecteur qui retrouve avec elle l’ancestral plaisir de la
peur, des meurtres, des vols, des complots, des manipulations, des escroqueries,
des massacres avec les mobiles les plus violents parce que les plus
primaires : l’envie, la jalousie, l’appât du gain, l’ivresse du pouvoir,
la folie psychotique ou la volonté de puissance. Elle est, à proprement parler,
cette part maudite présente dans toutes les sociétés, cet impensé radical dont parle Georges Bataille et que Baudrillard
définit ainsi : « Dans
l'optique de Bataille, la part maudite est quelque chose qui ne peut pas
s'échanger selon l'échangé conventionnel, et donc doit être sacrifiée pour
retrouver une forme d'équilibre fonctionnel. »
On voit d’ailleurs pourquoi la littérature policière est si directement la fille de la tragédie antique et qu’elle joue chez le lecteur contemporain le rôle cathartique que lui assignait Aristote envers le spectateur grec d’Eschyle ou de Sophocle : « La tragédie par la pitié et la crainte purge ses semblables de ses semblables passions. »
Que ce soit dans les antichambres de la CIA ou dans la bibliothèque d’un manoir anglais, dans les bas-fonds mondialisés de l’horreur à New-York, Londres, Paris ou dans le huis clos étouffant des familles provinciales recuites dans leurs haines généalogiques, la littérature policière est là pour apporter le dérèglement, la crise, la fin d’une harmonie quand bien même celle-ci se serait révélée entièrement factice.Désordre, oui, et donc révélation.
Il
reste à savoir ce que la littérature policière va faire de cette révélation.
Et c’est là qu’intervient le problème de
l’engagement de l’auteur. La littérature policière, par son projet même, est
vite suspecte aux yeux de l’ordre établi et de la critique officielle.
Contrairement à la tragédie, elle s’adresse à un public populaire dans une
forme en elle-même toujours tenue pour un peu suspecte, une forme moins
« noble » : le roman. Elle est donc, potentiellement,
subversive. On remarquera d’ailleurs l’absence presque totale de littérature
policière dans les sociétés totalitaires qui se vivent parfaites par essence.
Une des premières occurrence du terme « roman policier » est, de fait, péjorative. Elle apparaît sous la plume d’un certain Gaschon de Molènes, en 1842, dans la Revue des Deux Mondes. Il qualifie ainsi Une ténébreuse affaire de Balzac en signifiant que ce livre « appartient à la pire espèce des œuvres littéraires. ». On classerait aujourd’hui Une ténébreuse affaire dans la catégorie des thrillers politiques et Balzac est ici un des tous premiers à montrer le rôle décisif des polices secrètes dans le fonctionnent des sociétés modernes et leur aptitude à manipuler et monter des provocations pour permettre au pouvoir de se consolider dans la répression de périls imaginaires.
Serge Quadruppani, lui même auteur de romans noirs, mais aussi essayiste et analyste subtil de la question, a appelé « idéologie antiterroriste » cette étrange pratique dont même les démocraties font un usage abondant. Pour s’en convaincre, on pourra lire, justement, des romans policiers ou plutôt des romans noirs : le triptyque de James Ellroy sur l’histoire des USA au moment de Kennedy et de Nixon, de Cuba et de la guerre du Vietnam mais aussi par exemple Les terroristes de Sojwall et Walhoo qui se passe dans le décor apparemment beaucoup plus apaisé de la Suède social-démocrate des années soixante.
Peindre un désordre est une chose, savoir ce qu’on en fait en est une autre.
Ellroy, par exemple, est un conservateur
et ne s’en cache pas tandis que Sojwall et Walhoo étaient membre du parti
communiste suédois. Pour l’un montrer l’infamie du politique renvoie à une
méditation assez désespérée sur la perversité intrinsèque de la nature humaine
tandis que pour les autres, il s’agit avant tout d’une critique sociale
montrant les imperfections et les impasses d’un État Providence par trop auto
satisfait.
Critique sociale, le mot est lâché. La
littérature policière est aussi devenue, non sans ambigüités, une littérature
de la critique sociale. Le cas de la France est à ce titre exemplaire
puisqu’elle a vu naître un courant, le néo polar, qui s’est diffusé un peu
partout en Europe mais n’en reste pas moins un phénomène spécifique comme l’ont
montré dans une étude pertinente, Le
polar français (2), deux universitaires allemands Elfriede Müller et
Alexander Ruoff. Le néo polar
apparaît au début des années 70 et va renouveler un genre à bout de souffle
comme en témoignait concrètement le déclin commercial de certaines collections
historiques comme Le Fleuve Noir ou même La Série Noire.
Les auteurs du néo polar sont à cette époque, pour la plupart, des anciens de Mai 68 ayant appartenu aux chapelles les plus différentes de l’extrême gauche maoïste, trotskyste ou situationniste. Le père de ce courant est Jean-Patrick Manchette (1942-1995). Il est aujourd’hui considéré comme un écrivain à part entière et des auteurs de la littérature « blanche » aussi prestigieux que Jean Echenoz lui reconnaissent une dette stylistique immense.
L’idée de Manchette est simple : si la révolution a échoué en 1968, il faut la continuer par d’autres moyens et le roman policier en est un. Il récusera au passage cette appellation de roman policier et préfèrera parler de roman noir. En ce sens, il renvoie très clairement au courant « hard boiled » américain né au moment de la crise de 29 avec le grand Dashiell Hammett, communiste et prisonnier politique des geôles de Mac McCarthy, dont Moisson Rouge est le chef d’œuvre fondateur. Moisson Rouge, pour résumer, raconte un carnage. Le patron d’une petite ville minière du Montana a utilisé les services de truands pour réprimer les grèves. Mais ces derniers, comme les mercenaires carthaginois dans Salammbô, ne veulent plus lâcher leur part du gâteau. On engage un privé qui est le narrateur et qui va jouer la carte de la division entre les truands, jusqu’à ce que ceux-ci se massacrent joyeusement. L’intérêt du livre, bien entendu, est avant tout dans le traitement de cette intrigue par une forme d’écriture totalement inédite, qu’on a pu appeler behavioriste ou comportementaliste. Les motivations et les sentiments des personnages ne sont jamais exprimés ou explicités. Le lecteur peut deviner ce qui se passe seulement à partir des indices extérieurs qui lui sont donnés.
Jean-Patrick Manchette importa ce style
en France pour ses propres romans mais il importa aussi la thématique qui
allait avec. Le roman noir ne se contentait plus du meurtre en chambre close,
ou de la banale histoire de mauvais garçons façon Albert Simonin, il abordait
frontalement la question sociale, la critique du système capitaliste, la
violence des rapports de production. Et surtout, surtout, le « hard-boiled » se refusait à tracer
une frontière entre les bons et les méchants comme il se refusait à donner une
fin « où tout rentre dans
l’ordre » puisque précisément, l’ordre en question est critiquable
voire nuisible. Pas question d’arrêter le criminel pour rassurer tout le monde
puisqu’il n’est plus certain que le criminel en soit un ou en tout cas que ses
raisons d’avoir commis un crime ne soient pas infiniment plus respectables que
celles de ceux qui vont l’arrêter et le juger.Comme Dashiell Hammett qui influencera directement tous les grands noms du roman noir américain des trois décennies suivantes (Goodis, Thompson, Himes, Burnett…), Jean-Patrick Manchette va lui aussi être suivi d’une série d’écrivains, tous issus de l’extrême gauche(3), qui vont donner des œuvres importantes. On citera, pour mémoire Frédéric Fajardie et Thierry
Jonquet,
décédés en 2008 et 2009 mais aussi
Jean-Bernard Pouy, Jean-François Vilar, Serge Quadruppani ou Didier
Daenincks. Qu’ils revisitent des
périodes historiques sombres comme l’occupation ou la guerre d’Algérie ou
qu’ils dénoncent une société vivant une guerre à bas bruit dans ses banlieues
et autres quartiers de relégation, ces auteurs ont connu un grand succès tant
ils étaient en écho avec une société sortant difficilement des Trente Glorieuses
à travers une crise économique de longue durée qui allait bouleverser tous les
repères.
La création de la collection du Poulpe, anti SAS (l’espion créé par Gérard de Villiers à l’anticommunisme rabique), par Pouy, Raynal et Quadruppani en 1995 marque un sommet dans ce désir d’un polar ouvertement engagé. Héros récurrent, Le Poulpe, alias Gabriel Lecouvreur, est confronté aux principaux problèmes rencontrés par la société française dans chacune de ses aventures ayant toutes pour titre un jeu de mots (4) et écrites par un auteur différent: sectes, corruptions, montée de la xénophobie, délocalisations massives… Parfois très réussis, parfois franchement ratés, les Poulpe sont néanmoins un phénomène littéraire d’écriture collective unique en son genre et qui après une interruption de quelques années, a repris de plus belle et en est à sa 270ème aventure.
Le problème est que le néo polar n’est plus très néo et a tendance à s’épuiser, faute de se renouveler. L’antifascisme affiché a souvent chez les successeurs et les épigones actuellement en activité de Manchette pris l’allure d’une posture commerciale plus que d’un engagement de fond. On dispose, ou on croit disposer d’une « niche » auprès d’un public convaincu. Une sorte de bonne conscience politiquement correcte, de manichéisme moralisateur voire de maccarthysme inversé comme celui de Didier Daenincks dressant périodiquement des listes de confrères qu’il juge mal pensants, conduit à une exténuation du néo polar et à la figure par trop limitée de l’écrivain engagé.
C’est d’autant plus dommage que ce vide laisse la place à un roman policier qui retrouve son innocuité de pur divertissement consumériste à une époque qui aurait pourtant besoin, plus que jamais, d’un polar qui sait raconter de bonnes histoires mais aussi tirer des sonnettes d’alarmes sur les nouveaux périls de notre monde comme les catastrophes écologiques ou les crispations ethnico-religieuses. Le succès d’un Frank Thilliez et d’un Maxime Chattam avec leurs thrillers « à l’américaine » ou d’une Fred Vargas, qui se targue elle-même d’écrire des « polars calmants. » n’est pas forcément bon signe. Quelle que soit la qualité littéraire que l’on puisse reconnaître à ces textes, cela marque une forme de régression par rapport à une littérature qui avait presque réussi à s’imposer comme un genre littéraire à l’égal des autres.
Mais Manchette, toujours lui, ne
remarquait-il pas dès 1978 : « Quand
le monde a cessé d'être frivole, les polars le deviennent"
(1) Gallimard, collection Quarto
(2) La fabrique éditions
(3) A la notable exception du grand ADG, mort
en 2004. Cet auteur de la Série Noire est le contemporain de ses petits
camarades rouges, raconte admirablement les mêmes histoires qu’eux mais adopte
un point de vue d’anarchiste de droite qui lui vaudra l’inimitié des idiots et
l’amitié des esprits libres comme Frédéric Fajardie, ex-mao et donc franchement de l’autre bord.
(4) La
petite écuyère a cafté, Sarko et Vanzetti, Mort à Denise…
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vendredi 4 février 2011
En attendant Cravan
"Je voudrais être à Vienne et à Calcutta,
Prendre tous les trains et tous les navires,
Forniquer les femmes et bâfrer tous les plats.
Mondain, chimiste, putain, ivrogne, musicien,
ouvrier, peintre, acrobate, acteur,
Vielliard, enfant, escroc, voyou, ange et noceur,
millionnaire, bourgeois, cactus, girafe ou
corbeau, lâche, héros, nègre, singe, Don Juan, souteneur,
lord, paysan, chasseur, industriel,
Faune et flore:
Je suis toutes les choses, tous les hommes et tous
les animaux."
Arthur Cravan, in Maintenant n°2
Ci-dessus, un cactus anciennement acrobate.
Libellés :
méthode,
passage possible,
poetry in motion,
travail du négatif
Lire Jean Védrines...
...et son beau roman sur la transmission, entre France et Italie, du désir de révolution, sur la jeunesse qui est lente à mourir, avec un final christiano-marxiste pendant les années de plomb. On a aimé. On le dit ici, dans Valeurs Actuelles.
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mardi 1 février 2011
La mélancolie du cosmonaute
Dater sa tristesse, disait Baudelaire. Une de ces dates, pour nous, fut pour des raisons diverses l'explosion de la navette Challenger. Comme cela fait vingt cinq ans ces jours-ci, on s'en explique sur Causeur.
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