vendredi 2 septembre 2011

Ce n'est jamais une très bonne idée de quitter Lisbonne


Ce matin, je devrais penser à la révolution et je pense à Dominique Sanda.

Ce matin, je devrais lire les romans de rentrée, relire des épreuves. Mais cette chaise longue, mais les nouvelles de Morand...

Ce matin, c'est la pré-rentrée. C'est la quatrième que je n'accomplis pas. Je suis ainsi fait que j'ai l'impression d'échapper à un grand malheur et que je regrette peut-être un peu ce grand malheur.  

La journée du 29 août 2011 a duré pour moi vingt cinq heures puisque je l’ai commencée en France et terminée au Portugal. Cela tombe bien, ce jour là, j’avais 47 ans.  J’ai mis plus longtemps à vieillir. Penser à faire mieux l’année prochaine. 

Ce matin, j'apprends que la RATP n'est pas en grève pour les Roms. Elle accepte même de les transporter gratuitement et de leur accorder une protection policière contre tous ces voyous, poux, hiboux, choux, genoux, cailloux qui trainent dans le métro.

Beaucoup d’Angolais, de Mozambicains, de Guinéens, de Cap-Verdiens derrière le Rossio et la place des Figuiers. Extrême droite inexistante au demeurant. On peut être un pays martyrisé par le FMI, avoir une population paupérisée, des classes moyennes naufragées, un prolétariat désespéré et pourtant ne pas se tromper de cible.  On peut ne pas être un peuple qui se laisse chauffer (à blanc, évidemment) par un Claude Guéant, dernière racoleuse en date de l’identité nationale. 

Vous avez peur de l'extrême-droite au pouvoir? Vous avez tort: elle y est déjà.



        
Toit terrasse avec piscine. Soleil. Ciel à portée de main. Vue imprenable sur l'Avenida da    Liberdade, le parc Edouard VII, le château Saint-Georges, l'ascenseur de la rue Santa-Justa, le Tage et le Condes, l'ancien cinéma des années 50.  Tout  à l'heure, nous irons déjeuner dans un restaurant de quartier excentré, dont la banalité même est reconnaissable entre toute puisqu'elle est portugaise. Les mêmes vieilles dames y prennent chaque midi leurs médicaments depuis vingt ans. Prato dο dia: bacalhau a braz.

        On a connu des femmes qui ressemblent à Clarisse, le premier portrait de Tendres stocks. Vitalité heureuse et névrose de la collection. Morand, un surréaliste sans le savoir. Breton, fou de Clarisse, d’ailleurs. On  le comprend. Disparition de l’intrigue au profit du montage. La métaphore  non pas comme simple relecture du réel mais comme invention d'un autre  réel et qui nous montre que l’on n’a jamais rien vu.


La gauche sans le peuple. Les droitards, qui se répètent tous plus ou moins,  comme des gâteux hargneux, ressortent régulièrement cette idée, de gauche d’ailleurs (Halimi, Conan). Quand bien même elle aurait une part de pertinence, ne jamais oublier que si la gauche, ou une certaine gauche, a pu oublier le peuple, la droite elle, n’a jamais oublié les patrons.  On peut  écrire un livre qui s’appelle La gauche sans le peuple mais pas La droite sans les patrons. Exploit ultime de la droite : avoir fait intérioriser au pauvre et au moyen pauvre (genre droitard avec bts tenant des blogues racistes) qu’il fallait être réaliste


1925, selon Morand, qui photographie l’année en direct  dans L'Europe galante: des Albertine qui roulent dans des voitures rapides et des lits de rencontre, ont des sourcils cubistes, des cernes de noctambules et déjà, jouissent au téléphone.


Bel été concentré. C’est le titre d’un tableau de Martial Raysse, revu dans les nouveaux locaux de la collection Berardo à Belem. Bel été concentré… En fait, il faudrait que la vie ressemble à un bel été concentré.


Ce n’est jamais une très bonne idée de quitter Lisbonne.