Le chat, le soleil, le temps.
Un beau titre de Renaud Camus : L’esprit des terrasses.
Eté indien : la rêverie que provoque toujours en moi cette expression. Un corps souple et cuivré de fille à l’odeur de sous-bois. La sensualité adolescente du pied nu dans le mocassin en daim. Le temps, obligé de faire demi tour dans la lumière dorée.
Le secret du goût va avec le goût du secret. La poésie de Toulet est une assez bonne illustration de ce principe. Exposition apparente, clandestinité réelle : il faut sauver nos plaisirs dans une époque qui les déteste.
Prenez un trader, ou un larbin
pauvre qui défend les riches parce qu’il croit pouvoir ramasser les miettes.
Comment voulez-vous qu’il ne devienne pas fou furieux en lisant ça : Un Jurançon 93/Aux couleurs du maïs,/Et ma
mie, et l’air du pays:/Que mon cœur était aise.Et ma mie, et l’air du pays : que mon cœur était aise.
Vraiment ? Vraiment.
Ses grands yeux qui lui mangent le visage : entre l’étonnement d’être là et une aptitude à la méditation, qui vient de très loin.
D’un parc l’autre : lire le Journal de Jules Renard aux Tuileries.
Poussière des allées sur les weston, poussière de soleil dans les branches.
Puis le lendemain, à Ivry, dans le jardin Maurice Thorez, lire sur un banc Les marchands de peur: la bande à Bauer et
l’idéologie sécuritaire. (Libertalia, 2011) de Mathieu Rigouste après avoir entendu un débat entre
Serge Quadruppani et ce dernier.
La révolution bondira de jardins
en jardins, de livres en livres et à la fin nous nous retrouverons tous sur les
terrasses de Babylone, dans les fleurs et le claquement des drapeaux rouge et
noir, à boire joyeusement en
regardant au loin les ruines désertiques du monde spectaculaire-marchand.
Amusant, ce n'est pas une critique, de citer Renaud Camus dans votre texte, et Jules Renard, qui sont aux antipodes politiquement mais doués de la même sensibilité littéraire au fond.
RépondreSupprimerparce qu'il n'y a que ça qui est important, au bout du compte, cher anonyme, comme vous dites, la sensibilité littéraire...
RépondreSupprimerEn parlant de sensibilité littéraire(personnellement RC et JR me barbent d'une façon égalitaire, pontifiants chacun dans son genre) si je ne reçois pas "Le Bloc" dans ma boîte aux lettres ou assimilé, ça n'entamera certes pas ma curiosité, ni mon intérêt pour le projet ni même mon goût pour l'élégance (voir ci-dessus) de Leroy quand il est aérien ou même acerbe, mais je consacrerai le premier paragraphe à la disparition de la confraternité chez les stylistes sur une tangente inversement proportionnelle au réchauffement climatique. Et je mesure mes mots.
RépondreSupprimer