vendredi 22 avril 2011

Siamo tutti in pericolo

 Nous sommes tous en danger. 
Il me plaît assez en ce Vendredi Saint, d'évoquer la figure la plus éminemment christique du vingtième siècle: Pier Paolo Pasolini. 
Communiste, martyr, pédé, poète, catholique, athée, mystique,  il a comme Jésus fait en son temps le beau travail du négatif et de la subversion. Il l'a fait au nom de l'amour et de la révolution. Il fallait donc qu'il meure. Comme le Christ sur sa Croix. 
Qu'il s'agisse de quelques ragazzi vénaux et balnéaires instrumentalisés par des polices parallèles fascisantes ou de collabos infâmes vendant à l'occupant romain le chef d'un groupe révolutionnaire après avoir "retourné" un de ses membres pour douze deniers, que l'on soit sur une plage d'Ostie ou sur le Mont des Oliviers, c'est toujours la raison d'Etat qui est à la manoeuvre pour préserver le règne de l'approbation généralisée et de la soumission à l'ordre ancien.
Florence M., lors d'un de ces  déjeuners de soleil du côté de la rue de Belzunce, que nous avons trois à quatre fois par siècle, a eu la gentillesse entre quelques verres d'Amphibolite et un Morgon de chez Foillard de m'offrir L'ultima intervista di Pasolini de Colombo et Ferretti (Allia). Il s'agit du dernier entretien donné par Pasolini, quelques heures avant sa mort, le 2 novembre 1975.
C'est un texte court et essentiel, et pas seulement parce qu'il serait mis en perpsective par la fin violente qui attend son auteur le matin suivant. Pasolini, désespéré mais lucide, presque désorienté, analyse les formes inédites du basculement discrètement totalitaire entre monde d'avant et monde d'après, alors que partout l'économie spectaculaire marchande étend son emprise et n'hésite pas à le faire par la violence:
"L'enfer est en train de descendre chez vous. Il est vrai qu'il s'invente un uniforme et une justification (quelquefois). Mais il est également vrai que son besoin de violence, d'agression, de meurtre est partagé par tous. (...) Peut-être est-ce moi qui me trompe, mais je continue à dire que nous sommes tous en danger."
Siamo tutti in pericolo.