lundi 18 avril 2011

Roland Jaccard, communiste sexy et balnéaire, en fait.

Lors d'un dîner récent, quelque part dans le VIème arrondissement, en compagnie de Clément Rosset, Frédéric Schiffter et la Schiffterina, Frédéric Pajak, Dominique Noguez et Arnaud Le Guern, le décidément délicieux Roland Jaccard offrit aux convives présents le dernier titre paru dans sa collection "Perspectives critiques" aux PUF, Ruse et déni de Henri Raczymow mais aussi le numéro de la revue Les moments littéraires. Jaccard y est portraituré par Tahar Ben Jelloun (personne n'est parfait) mais répond aussi de façon émouvante aux questions du rédacteur en chef de la revue Gilbert Moreau et, last but not least, livre trente pages inédites de Fragments autobiographiques que nous recommandons vivement.
A une question sur ses habitudes de joueur d'échec dominical au bar du Lutétia, Jaccard répond de la manièresuivante et la dernière phrase pourrait servir de devise parfaite à notre utopie imminente, celle d'un communisme sexy, poétique et balnéaire enfin réalisé. 

"A Paris, je vis dans trente-huit mètres carrés, sous les toits, au sixième sans ascenseur, je n'ai pas d'eau chaude. Quand on choisit de vivre à Paris comme écrivain et qu'on n'a pas de fortune personnelle, il vaut mieux ne pas avoir de famille et réduire au maximum les dépenses courantes. Alors, de temps en temps, on a besoin de connaître le faste, le luxe. Ce n'est pas bon, psychologiquement d'être toujours soit dans le luxe, soit dans la misère. Si vous êtes toujours dans le luxe, vous avez envie de vous suicider, si vous êtes tout le temps dans la misère, vous en bavez. Il faut des aller-retours sur l'échelle sociale, tout comme sur l'échelle des âges ou des races. Quitter mon deux-pièces pour aller dans un hôtel deux étoiles, je ne vois pas l'intérêt. Tandis que le palace, c'est vraiment un lieu où je me sens à l'aise et je trouverais stupide de m'en priver. J'aime les palaces. Et je ne vois pas pourquoi le luxe serait réservé aux riches."