samedi 26 mars 2011

Une pause avec Jean-Pierre Enard

Une pause avant de mettre en ligne d'autres réponses à l'opération Sauvegarde du sourire.

Comme nous vous l'avons dit plus bas, Jean-Pierre Enard nous a accompagné à Brest.  Hier, en fin d'après-midi, nous nous sommes retrouvés, lui et moi, dans un square avec vue sur la Rade, où des lycéennes venaient réviser, chignons défaits, mèches sur la joue, gracilité exquise et absence de soutien gorge sous de petits marcels blancs, tout cela les faisant ressembler à Liv Tyler dans Beauté volée.
Dans le bleu tiède qui basculait doucement vers le soir à l'horizon  alors que s'estompait, à main gauche, la silhouette du pont de la Recouvrance, il y eut comme un contrepoint salubre à cette harmonie suspecte, un contraste météorologique, géographique et pessimiste  apporté par les mots de Jean-Pierre Enard dans cet extrait de La reine du Technicolor (Finitudes):

"Un samedi gris, comme des fois à Paris. La pluie tombe sans conviction. On n'a le désir de rien. On ne se sent pas mal. On traîne. Chez soi, on respire mal. Dehors, on n'a pas le courage d'affronter les autres. On pense qu'on n'a plus tellement de temps devant soi. Il faudrait mettre un peu d'ordre dans sa vie. Ou un peu de désordre, ça dépend des cas." 

Enard est mort à 44 ans. On a regardé les lycéennes. On a eu  soudain l'impression de lui avoir survécu indument. On en avait 46. Deux ans de rab. Et on en avait fait quoi?
Et puis il y a eu un rire de jeune fille. 
Une Liv Tyler enfila un pull bleu marine sur son marcel blanc. Quand sa tête brune ressurgit du col, cela lui  fit, un instant, un visage de petite chatte surprise.
Chignons défaits et mer d'Iroise. Resquilles diverses avec l'existence. Début de printemps et fin de journée:
lunettes noires indispensables, c'est moi qui vous le dis.