samedi 5 mars 2011

45 tours (Sauter les descriptions, 32)


Cette année-là, on se battit sur le rivage des Syrtes.
Lui préféra réfléchir à une éventuelle étude  sur  les Cookies , un groupe de soul, un groupe de filles comme il y en eut tant durant les années 60,  et sur  leur influence importante sur quelques chanteuses yéyé françaises. Une étude qui n’intéresserait que lui. Ce n’était déjà pas si mal, par les temps qui couraient.
Vers midi, on annonça la chute du terminal pétrolier de Ras Lanouf ,aux mains des rebelles.
C’était joli, comme nom, les Cookies pour un groupe de filles noires. Des pépites en chocolat dans du moelleux. Il ne se dit qu'il n'était pas certain que cela eût été possible d’appeler un groupe de filles noires du nom d’un gâteau ,aujourd’hui. Cela faisait belle lurette qu’il n’avait pas mangé un congolais ou une tête de nègre, par exemple.
A deux heures, il sembla certain que les troupes de Khadafi avaient repris Ras Lanout. A Zaouia, en revanche, les trente blindés du colonel essuyèrent de lourdes pertes en se heurtant à des insurgés solidement accrochés au centre ville.
Chains des Cookies avait été repris par Sylvie Vartan. On avait manifestement joué  davantage sur la ressemblance entre signifiés que sur le signifiant. Chains, chance, à moins d’être un peu masochiste...
Et puis à Zaouia, la presse américaine, plus tard dans la journée, commença  à parler de massacres de civils et on ne sut plus dans quel camp était la ville.
Il se souvint comment il faisait jouer de manière monomaniaque le quarante cinq tours Chance de Sylvie Vartan, quand il avait neuf ans, sur le vieil électrophone de sa tante. Elle avait une quinzaine d’années de plus que lui et avait dansé sur tous ces airs là dans des surboums.  Elle lui avait donné les disques et l’électrophone qui formait un  genre de valise bleu gauloise avec une texture un peu râpeuse
Aujourd’hui encore, il avait le quarante cinq tours mais plus l’électrophone. L’orchestration des Cookies et celle de la chanson de Sylvie restaient très proches.
On apprit aussi que la plupart des manifestants, au début du soulèvement de Benghazi avaient été tués par des snipers, ce qui créa une peur encore plus grande que des tirs massifs et hasardeux. Cette possibilité d’être une cible particulière alors qu’on marche au milieu de milliers de personnes.
Les Cookies chantaient aussi un morceau qu’il aimait beaucoup, Don’t say nothing bad about my baby. Et là aussi, l’influence du girls group se fit sentir encore plus directement sur la génération yéyé.  En effet, Les Gam’s, un girls group cinquième république eut parmi son répertoire un « Ne dis pas de mal de mon amour »  beaucoup plus proche encore que le Chains  devenu Chance. La pochette indiquait obligeamment  de surcroît que le morceau pouvait se danser comme un mashed potatoes, ce qui est toujours utile à savoir.
Un dépôt d’armes explosa en Tripolitaine vers seize heures. Il y eut trente morts.
Il n’en avait pas fini avec les Cookies.

Pour ceux qui le désirent, les preuves ci-dessous