samedi 12 février 2011

Cyrano et d'Artagnan

L'enchantement intact, comme à chaque vision.
Dix ou douze fois, au moins. 
C'est le dernier long-métrage d'Abel Gance, il date de 1964. Le monde de Corneille et de Dumas, de Retz et de Zevaco fusionnent miraculeusement à l'écran. Le film est versifié, en plus, ce qui en fait un objet cinématographique improbable et pourtant parfaitement crédible.  Un peu comme ce qu'il raconte, d'ailleurs: la rencontre entre Cyrano de Bergerac et le jeune d'Artagnan, au moment de la conjuration de Cinq-Mars sur fond de chassé-croisé amoureux avec Ninon de Lenclos et Marion Delorme. Abel Gance a violé l'Histoire mais il lui a fait un très bel enfant, aurait dit, encore lui, Alexandre Dumas. 
Si on me demandait de recommander à un étranger un film qui pourrait résumer non pas l'identité nationale (puisque des petits marquis de l'ordure ethniciste ont définitivement discrédité ces mots) mais un certain état d'esprit français, fait de panache, de courage, de libertinage, de goût pour l'intrigue, de gaîté, d'amour fou, de sens de l'honneur, d'ironie frondeuse, de confusion volontaire entre l'escrime et la littérature, c'est sans aucun doute Cyrano et d'Artagnan que je recommanderais.