dimanche 23 janvier 2011

Vide comme une bibliothèque en Vénétie

On sait que l'Italie est un laboratoire où le capitalisme teste depuis la fin des années soixante ses métamorphoses totalitaires, comme l'instrumentalisation du terrorisme pendant les années de plomb, afin d'assurer sa domination de plus en plus contestée et d'occulter ses contradictions de plus en plus manifestes. Le berluconisme, dont s'inspire largement le sarkozysme, est la dernière en date. Cynisme assumé, vulgarité télévisuelle, omniprésence médiatique, lois de convenance votées à la chaîne, mise en accusation des juges sont quelques méthodes parmi d'autres utlisées dans les deux pays qui deviennent un seul et même disneyland pré-fasciste. 
Mais l'Italie garde quand même une certaine avance. 
L'ami Serge Quadruppanni sur son blog nous prévient ainsi de la véritable liste noire que les autorités de la région de Vénétie impose aux bibliothèques. Sont retirés des rayons, excusez du peu les livres de Valerio Evangelisti, des Wu Ming, de Massimo Carlotto, Tiziano Scarpa, Nanni Balestrini, Daniel Pennac, Giuseppe Genna, Giorgio Agamben, Girolamo De Michele, Vauro, Lello Voce, Pino Cacucci, Christian Raimo, Sandrone Dazieri, Loredana Lipperini, Marco Philopat, Gianfranco Manfredi, Laura Grimaldi, Antonio Moresco, Carla Benedetti, Stefano Tassinari et Quadruppani lui-même. 
Dans cette liste, les écrivains que je connais et que j'ai un peu lus (si l'on excepte l'insignifiant Pennac) représentent le gratin du roman noir italien ou de la pensée radicale anticapitaliste. Leurs points communs, à tous? 
Avoir signé des pétitions de soutien à Cesare Battisti et notamment celle de 2004.
Les autorités italiennes ont été rendues littéralement enragées par le refus récent du Brésil d'extrader cet écrivain, ancien de la lutte armée. Battisti vivait depuis des années en France avant que Sarkozy à l'Intérieur ne revienne sur la "doctrine Mitterrand" qui accordait l'asile politique aux anciens activistes à condition qu'ils renoncent à toute action violente. Et après avoir été mis sous contrôle judiciaire en 2004 et se retrouver sur le point d'être livré, il avait réussi sa cavale en s'enfuyant chez Lula.
On en est là, en Italie. On punit les simples soutiens et on en profite dans la foulée pour épurer aussi de vieux géants de la littérature italienne comme Andréa Camilleri, qui n'ont jamais manifesté de sympathie excessive pour Berlusconi.
Pour plus de précisions, on se rendra chez l'ami Serge, qui vous en dit plus sur cette dernière infamie en date. Et la nécessité de reprendre l'information et de la faire circuler jusqu'au moindre recoin du ouèbe.