mercredi 12 janvier 2011

Looking for Alain Chany: l'ordre de dispersion

Le nom, Alain Chany, nous disait quelque chose. Très vaguement. C'était un peu avant Noël, au-dessus des boites de bouquinistes, à la Vieille-Bourse.  Nous avons feuilleté L'ordre de dispersion, un roman de 1972. Le premier d'un auteur né en 46 qui se présente drôlement comme  licencié et philosophe. 
Le roman avait paru dans la mythique collection plus ou moins expérimentale de Gallimard, Le Chemin, dirigée par Georges Lambrichs. On trouvait de tout au Chemin: du chichiteux très NRF-Paulhan ou les premiers pas Le Clézio, notre scout aux UV nobélisés mais aussi des auteurs qui devaient vraiment compter pour nous, et pour des raisons bien différentes, Perros et ses Papiers Collés, Réda et ses premiers recueils de poèmes, Pieyre de Mandiargues et la persistance de son érotisme surréaliste et hautain. 
Sans compter les textes-limites et éblouissants de Guyotat, du temps qu'il était lisible (Tombeau pour cinq cent mille soldats, Eden, Eden, Eden) et qu'il renvoyait au visage d'une certaine France, en versets somptueux à délimiter soi-même par la voix dans le bloc du texte , ce que d'autres ont depuis appelé le transcendantal pétainiste.
Pourtant, Alain Chany, c'était loin, comme réminiscence. Les années 90, sans doute, un texte paru à L'Olivier...( vérification faite, il s'agit d'Une sècheresse à Paris et L'ordre de dispersion est reparu en poche  à cette époque, mais est-il disponible pour autant?) 
Alain Chany est-il mort ou non? D'après l'ami Le Guern, oui, mais je n'ai pas plus de précisons. Il semble que Chany fut un soixante-huitard qui ne supporta pas L'ordre de dispersion, justement, et qui décida, comme ses parents, de vivre en paysan.
C'est un peu de ça que parle ce roman qui est plus une méditation dont certains moments tirent vers le poème en prose. Pour tout dire, c'est très beau et même les coquetteries formelles un peu convenues comme le jeu sur le je et cette distanciation auteur/narrateur/personnage constamment rappelée à la façon de certains romans du dix-huitième siècle, ont un charme vintage.
Ce qui est bien, c'est que dans les interstices, on retrouve les années 70, leur décor de monde d'avant. Et puis surtout, traitée très différemment, L'ordre de dispersion parle de la même chose qu'un autre roman, découvert aussi par hasard et que nous avons beaucoup aimé,  L'Irrévolution de Pascal Lainé. Il a sensiblement paru au même moment dans cette même collection du Chemin. Dans les deux livres, un professeur se retrouve dans la peau d'un soldat démobilisé, demi-solde des illusions perdues de Mai. Pascal Lainé jouait sur un mode mélancolique et sociologique, Alain Chany préférait pour sa part un curieux mélange de sarcasme et de lyrisme.
C'est intéressant, deux écrivains bien différents qui racontent finalement une tristesse  identique: celle d'avoir raté une révolution. Surtout quand soi-même, lecteur quadragénaire des années 10, on est dans la tristesse de n'en avoir pas connu. 
Pour l'instant, en tout cas. Mais ça peut changer.  Mais ça va changer. 
Sinon, tous les témoignages ou renseignements sur Alain Chany, donc, sont les bienvenus.