mercredi 5 janvier 2011

Les plaisirs démodés: le tiré à part

 La revue et les tirés à part


Décidément, la Belgique nous plaît de plus en plus. Il n'est pas impossible que ce pays à l'existence si fragile soit une manière de cinquième empire où il sera bon de se réfugier pour goûter un certain nombre de plaisirs démodés comme celui du tiré à part.
Notre ami Jean-Baptiste Baronian a coordonné un dossier polar pour  le numéro de janvier de la Revue Générale, l'équivalent de la Revue des Deux Mondes, en juste un peu plus jeune puisqu'elle fut fondée en 1865. Comme les Belges n'ont aucun problème avec la littérature de genre (nombre de leurs académiciens sont des auteurs de fantastique ou de roman noir), Jean-Baptiste Baronian a pu ainsi faire signer Mesplède ou Natalie Beunat pour ne citer que les contributions françaises. Il nous a confié un article sur les rapports entre le polar et l'engagement, ce qui nous permet notamment de parler de notre cher ami Serge Quadruppani et de pointer quelques limites d'un néopolar ne cessant de se survivre dans un antifascisme qui tient davantage de la posture que du combat politique réel. Sans compter certains auteurs à succès qui renoncent à toute velléité de critique sociale en singeant le thriller américain ou en se vantant d'écrire des polars calmants à une époque qui demande au contraire toutes les vertus mais certainement pas l'abrutissement anxiolytique. 
De toute manière, passé un délai de décence par égard envers la Revue Générale, nous nous ferons un plaisir de mettre cet article intitulé Roman noir: les infortunes de l'engagement en ligne pour, nous l'espérons, le plaisir de nos aimables abonnés qui n'auraient pas la chance de vivre à moins de dix kilomètres d'une bonne librairie belge.
Et donc, cerise sur le gâteau turgide du fétichiste bibliophile, la Revue générale offre à ses collaborateurs un certain nombre de tirés à part. Et le tiré à part, par les temps qui courent, c'est un peu comme le sens de l'honneur, la vraie cancoillotte ou les banquiers pendus, on ne voit plus ça tous les jours, hélas.

Ci-dessus, deux jeunes fétichistes belges du tiré à part, près de Knokke le zoute, décident d'oublier le réchauffement climatique par la lecture.