mardi 18 janvier 2011

Et si ce soir...


 Bon, d'accord, il reconnaissait que sur ce coup là, il était à la limite du hors-jeu. Mais il avait un alibi:  il avait quand même passé sa soirée à rédiger des tracts et des "quatre pages" pour la candidate du Front de Gauche aux cantonales. Et avec les camarades de son think tank d'intérêt local, après, ils avaient décidé d'aller boire des coups dans les bars de nuit de la vieille ville. 
Heureuse surprise, pour un lundi, on voyait tout de même quelques étudiantes qui trainaient et riaient bêtement en allant fumer dehors des cigarettes roulées. En même temps, quand elles laissaient leur mojito pour danser sur Joe Dassin, tout à coup, il avait l'impression de se retrouver dans un épisode de Life on Mars, la série que seuls peuvent vraiment comprendre ceux qui avaient, disons, dix ans en 1974. "Et si ce soir on dansait le dernier slow", ça datait de 78-79. En plus, sur le scopitone giscardien, on voyait Jeane Manson. Il avait eu le zizi tout dur, à l'époque, pendant que cette chanson passait dans les boums. Il fallait le comprendre, pour lui, ce n'était pas les derniers slows, plutôt les premiers.
Trente ans et des poussières plus tard, il valait mieux éviter le zizi tout dur et la nostalgie du lost in seventies.
Il était un marxiste conséquent, merde. Renouveler les mojito des étudiantes et demander au barman de remettre la chanson, c'était  tout ce qu'il pouvait faire. 
Pour le reste, on verrait quand la conseillère générale serait élue. Ou quand le Front de gauche serait au pouvoir.