Catherine Spaak, Claudia Cardinale, Georges Bataille et moi-même présentons à nos estimés lecteurs, tous citoyens de droit de la zone chaviste libérée, nos meilleurs voeux pour l'année 2011.
Nous souhaitons sincèrement, en suivant la méthode préconisée par le grand bibliothécaire du négatif que fut l'auteur du Bleu du Ciel, que nous puissions, ensemble, trouver et inventer les nouvelles formes de lutte, de résistance et de solidarité pour non seulement survivre dans le disneyland préfasciste de la France sarkozyste mais aussi passer à la contre-attaque et mettre enfin cul par dessus tête la société spectaculaire marchande.
L'exemple héroïque des jeunesses grecque, italienne, anglaise devrait nous inspirer et nous rappeler que les banques, ça se brûle; les usines, ça s'occupe et les barricades, ça se tient. Bref que le pouvoir, ça se prend par tous les moyens, même légaux.
Nous vous souhaitons également du pain, des roses, de la poésie, du vin naturel, des plages, des livres et du temps libéré dans les ruines du capitalisme mondialisé qui, comme Carthage, doit être détruit.
De Chavez aux Capitaines d'avril en passant par le génial général Giap, le militaire d'extrême gauche a compris que la première erreur des révolutionnaires était de laisser le monopole des armes à la bourgeoisie et à ses enfants.
Et qu'il sera toujours utile de savoir mettre une mitrailleuse en batterie et de transformer une rue en cauchemar si les hordes identitaires, petits larbins du Capitalisme commencent à ratonner sur ordre de leurs maîtres pour faire oublier la crise.
C'est pour cela que nous vous invitons à aller très vite sur le blogue de notre ami Serge Quadruppani qui rend hommage à son extraordinaire ami Roger Rey, saint-cyrien, héros de guerre décoré et néanmoins grand combattant anticolonialiste.
"Le but de la guérilla n’est plus simplement d’être une force d’appoint, mais de devenir elle-même progressivement la base d’un nouvel ordre politique futur et en affaiblissant peu à peu un ennemi beaucoup plus redoutable, d’être finalement en mesure de le renverser et d’accéder au pouvoir."
Mao Tse Toung(1), La guerre révolutionnaire
(1) Homme politique chinois du vingtième siècle, poète et stratège.
...et accessoirement penser à un supplément à La physiologie des lunettes noires.
On rappellera que Leaving Las Vegas est un des très grands films des années 90, avec la trop discrète mais insoutenablement sexy et corrégienne Elisabeth Shue. En plus, là, la chanson, c'est l'excellente reprise par le groupe Steely Dan de Lonely Teardrops de Jackie Wilson, bien connu de nos aimables abonnés. Et que si ça continue comme ça en 2011, on ne va pas tarder, nous non plus, à brûler notre passeport. Et puis, tiens, pour se rappeler que le doo wop est immortel et que les cuivres, c'est ce qu'il y a de meilleur dans la soul, pourquoi ne pas vous donner l'intégrale du morceau et vous montrer la performance de Steely Dan. Ca dure à peine le temps de boire ses trois premiers ouisquies et ça fait en gros le même effet:
La récente disparition de Jacqueline de Romilly nous le rappelle: chaque homme a deux patries, la sienne et la Grèce. On vous donne donc de jolies images des filles et des fils d'Héraclite qui ont décidé de montrer au monde entier que la résistance au capitalisme se joue désormais dans la rue, et pour longtemps.
C'est beau une grève générale, c'est beaucoup plus beau que ces vomitives assises sur l'islamisation qui se sont tenues à Paris dimanche à l'initiative du Bloc Identitaire (consanguins, ethnodifférentialistes et mauvais tireurs) et des sinistres crétins de Riposte Laïque qu'on n'a pas beaucoup vus dans le mouvement social de l'automne alors que parait-il ces têtes de morts sont de gauche.
La connerie, c'est quand on croit qu'un islamiste est plus dangereux qu'un banquier véreux alors que c'est le banquier véreux qui a créé l'islamiste.
-Qu'est-ce que tu fais? -Je laisse derrière nous la société spectaculaire marchande et je la salue comme il se doigt. -C'est tout? J'ai senti comme un choc. -Un choc? Ah, mais non, je viens juste d'écraser Laurence Parisot sans le faire exprès...
-C'est beau une banque qui brûle dans la nuit... -Superbe!
-Pourquoi tu fais la tête?
-J'hésite entre vous deux.
-N'importe quoi, mon garçon, tu as oublié que tu étais en Atlantide et que chez nous on est passé de la question des moyens à la question des besoins, comme dans La critique du programme de Gotha. Alors viens plutôt te baigner. Avec nous deux.
-Tu as vu, n'importe quoi, j'ai encore une montre. -Effectivement, tu as des réflexes ridicules. Alors que tu devrais faire comme Catherine: un bon livre, des lunettes noires et un soda. Vous faites quoi, après, sinon? -On va danser. -Au Engel's? Qui passe ce soir? -Jackie Wilson. -Jackie Wilson? Tu parles si je viens.
Il pourrait paraître inconséquent de parler de poésie quand Luc Ferry (décidément bien mal nommé sauf pour le prénom, anagramme du cul dont il a la face) déclare préférer Marine Le Pen à Besancenot, rappelant ainsi le vieux slogan de la droite libérale qui préfère toujours Hitler au Front Populaire ou Pinochet à Allende. Dans la mesure où la grosse bouse -Thierry CSP,, autoproclamé meilleur blogueur de gauche, à l'haleine fétide des camés aux compléments alimentaires, grosse bouse de surcroît shootée à la gonflette, à l'onanisme et à l'antisionisme rabique, qui en plus a des amis dans la police, n'est pas spécialement représentatif de son parti le NPA, il est quand même évident, même pour un vieux partisan de la IIIème internationale comme mézigue, que Besancenot au pouvoir, quitte à ce qu'on se prenne deux ans de camp à régime sévère, nous épargnera la balle dans la nuque et permettra sans doute de poser les bases d'une société communiste, moins balnéaire que prévu mais bon.
Il pourrait, aussi, paraître inconséquent de parler de poésie quand Hortefeux, le Chiappe des années 2010, ouvertement factieux comme son prédécesseur de 1934, est condamné deux fois en six mois pour incitation à la haine raciale puis atteinte à la présomption d'innocence. Et que pour couronner le tout, il décomplexe encore un peu plus sa police déboussolée en encourageant la fronde contre les juges et en la laissant manifester en uniforme et armée, avec sirènes et gyrophares autour du palais de justice de Bobigny.
Oui, mais sans la poésie, qui est la raison secrète du monde, nous allons tous y passer.
Alors on respire à fond.
Et on ouvre un mince volume, celui des poésies d'Odilon Jean Périer.
Né en 1901, mort en 1927, il fait partie, comme Jules Laforgue par exemple, de cette théorie de poètes qui meurent très jeunes et laissent l'impression d'avoir perdu des petits frères partis trop vite.
La poésie de Périer est classique, transparente, fragile comme le givre ou le cristal de Murano. "Je ne chanterai pas très haut ni très longtemps" écrivait-il prophétiquement dans Le citadin, poème-éloge de Bruxelles. Il n'a pas chanté très longtemps, c'est certain. Très haut, en revanche, il semble bien que si.
Je vous laisse avec lui, le temps de huit vers. Vous allez voir, ça suffit pour se rendre compte de la façon dont cette poésie si simple procède par retombées durables, laissant filtrer un je ne sais quoi qui hante pour toujours.
Grâce au blogue du camarade Serge Quadruppani, de jolies photos et une vidéo pour nous rappeler que partout en Europe, la résistance continue contre la dictature UE-FMI. Cette résistance est souvent le fait d'une admirable jeunesse qui a lu L'insurrection qui vient, utilise des boucliers anti-flics qui portent le titre de livres incarnant la culture, la beauté et le sens critique face à la néo-barbarie bancaire du capitalisme spectaculaire. En phase terminale, celui-ci est prêt à tout et va bien finir par faire tirer dans la foule pour imposer aux peuples une paupérisation qui lui permettra de gagner un peu de temps. Mais, il semble bien que rien ne soit joué d'avance. Rien. Nitchevo. Niente. Nothing. Nada. C'est Noël en Europe. Ils sont nés les divins enfants.
On a eu la chance d'un peu connaître Jacques Sternberg au moment où l'on était édité par Pierre-Jean et Hélène Oswald qui s'étaient réfugiés aux Belles Lettres et avaient lancé la collection Le Cabinet Noir. Jacques Sternberg faisait partie de ces écrivains qui ressemblaient à leurs livres: il était noir, désespéré et drôle. Il avait l'humour très particulier des survivants, de ceux qui naissent à Anvers en 1923 dans une famille juive, par exemple. Jacques Sternberg était le champion toute catégorie de la short story et même de la very short story. Un paragraphe, voire une phrase. Il a été en France un des pionniers de la SF et a aussi inventé un fantastique bien particulier. Il a animé la revue Mépris et était ami de Topor.
Il n'aimait pas tellement ses romans. Nous si. Et notamment ce Toi, ma nuit qui ne se contente pas d'avoir un beau titre mais raconte comment dans une société sexo-orwellienne où la pornographie est devenue le mode de vie obligé, un homme tombe amoureux d'une femme et tente de vivre une histoire d'amour comme dans le monde d'avant. Jacques Sternberg n'était pas un puritain, loin de là. Au contraire, avec son solex et son bonnet de marin, il fut un très grand séducteur et un très grand séduit. Mais il avait pressenti dans Toi, ma nuit, écrit en 1965, toutes les ambiguités de la révolution sexuelle qui était sur le point d'advenir et comment la société spectaculaire marchande allait retourner en aliénation ce qui se voulait émancipation.
On a lu Toi ma nuit quand on avait seize ans, en Folio. Ce roman, qui a notre âge, n'est pas pour rien dans la construction de notre imaginaire et l'on sait à qui l'on doit cette sensation durable d'être un homme seul dans une société prétotalitaire où neuf femmes sur dix sont des postchocs implantées.
Quand on a rencontré Sternberg, on lui a demandé de nous dédicacer cet exemplaire. Et puis voilà qu'une "bonne pêche" chez un bouquiniste nous fait trouver l'édition originale, celle de Losfeld, et dédicacée à un autre des maîtres de notre jeunesse, le grand André Pieyre de Mandiargues qui lui aussi, mais dans une veine plus nettement post surréaliste, savait jouer du fantastique et de l'érotisme comme personne, notamment dans Le Lis de Mer,Le Musée Noir ou Mascarets.
Une dernière chose, Jacques Sternberg est mort en 2006. Il ne voulait plus écrire ce qui est toujours mauvais signe pour un écrivain. Pourtant, nous l'avons tanné pour qu'il nous donne un conte, même très bref, dans l'anthologie que nous préparions sur le thème du dernier homme et qui est sortie en février 2004. Il nous l'a donné. Il est bouleversant et à notre connaissance, il n'a pas été repris en volume. Nous l'avons mis, assez logiquement à la fin de cette anthologie où nous avons eu le plaisir de faire écrire les écrivains que nous aimions vraiment et dont certains étaient ou sont devenus des amis: Serge Quadruppani, Jean-Baptiste Baronian, Jean Mazarin (alias Emmanuel Errer), Chantal Pelletier, Philippe Lacoche, mon petit frère Sébastien Lapaque et puis ceux qui sont partis ailleurs, mes compagnons d'éternité, Fajardie et ADG.
Et comme la maison ne recule devant aucun sacrifice pour ses aimables lecteurs, cet ultime conte de Jacques Sternberg, nous vous le donnons à lire, ici, dans la zone chaviste libérée. On voit bien que Noël approche. Notre bonté nous perdra.
Les flics encouragés par un ministre de l'Intérieur à se farcir des juges qui les condamnent, si on y ajoute un mort par flachebaule, ça commence vraiment à sentir le disneyland pré-fasciste.
Pour faire oublier tout ça, les larbins médiatiques mettent bien en avant des truands qui tirent à la kalach pendant un hold-up. Et on nous présente comme une nouveauté terrifiante le fait que des malandrins surarmés allument de l'argousin en pleine rue.
C'est peut-être terrifiant, mais c'est pas nouveau. Apparemment, tout le monde a oublié le grand banditisme des seventies et n'a pas revu les films de José Giovanni, de Boisset ou de Granier-Deferre. Ensuite, n'est-ce pas Sarkozy qui est aux manettes depuis bientôt dix ans en matière de sécurité? La preuve est donc faite qu'il ajoute l'incompétence à l'arrogance et qu'hortefouille l'auverpin est son calamiteux prophète en abjection.
Tiens, à propos d'Yves Boisset, avec ce genre de discours ministériel, il n'est pas impossible qu'un juge de Bobigny finisse comme ça, tellement l'ambiance est au lynchage:
le juge fayard "dit le sheriff" yves boisset
Pour l'édition spéciale de Liberté Hebdo, le petit canard rouge du Nord, et pour nos biens aimés lecteurs, cette nouvelle publiée pour le 90ème anniversaire du glorieux Parti Communiste Français.
1.
Ce fut le 8 février 1962, dans la bouche du métro Charonne,
que François Darleux fut bien obligé d’admettre qu’il était immortel.
Il s’était retrouvé pris avec d’autres manifestants dans la charge des flics qui bloquaient
toute possibilité de s’échapper en ayant fermé les deux extrémités du boulevard
Voltaire. Un seul moyen pour fuir, les rues latérales, ou les bouches de métro.
Cela avait été une très mauvaise idée, la station
Charonne. Elle était fermée et
tout le monde s’entassait en hurlant de douleur ou de panique.
François Darleux
vit avec horreur, en contreplongée, les silhouettes casquées continuer à
tirer des grenades lacrymogènes sur eux puis lancer des grilles qui entouraient
les arbres du boulevard dans la masse grouillante et terrorisée où il se
trouvait.
Il se dit que cette fois-ci, il était cuit.
Ca toussait autour de lui et les grilles brisaient des
membres et écrasaient des crânes. Quand il vit une plaque d’égout, lancée par
deux CRS, arriver directement sur
lui, il baissa instinctivement la tête. Elle vint heurter sa tempe et rebondit.
Bien sûr, il eut mal, mais normalement elle aurait dû le tuer en répandant sa
cervelle.
C’était d’ailleurs ce qui venait d’arriver à son voisin.
2.
Le lendemain, on avait relevé huit morts.
François Darleux qui prenait son café au comptoir d’un
bistrot de la rue Doudeauville avant de rejoindre le garage où il travaillait
un peu plus haut comme mécanicien, referma l’Huma. Il était tétanisé par l’horreur qui s’était abattue sur les
camarades.
Parmi les victimes, toutes du PCF, qui avaient eu le tort de
vouloir protester contre l’OAS, on avait relevé deux femmes et un apprenti de
16 ans. Mais François Darleux éprouvait aussi une espèce d’angoisse diffuse à
l’idée de ce qui lui était arrivé. Cette plaque d’égout, lancée par les flics,
qui lui avait laissé une simple bosse alors qu’elle avait tué net le gars à
côté de lui, un typographe qu’il connaissait de vue. Et ce n’était pas la
première fois, en ce qui le concernait,
que se produisait une chose aussi étrange.
A se demander, oui, s’il n’était pas immortel.
D’ailleurs, il avait l’impression de ne plus vieillir depuis
un bon bout de temps. Il venait d’avoir quarante et un ans et son horloge
biologique semblait s’être bloquée sur ses vingt cinq ans. Au garage, on en
rigolait et on l’appelait « le jeunot » alors qu’il était un des plus
vieux mécanos. Pareil dans les réunions de cellule ou à la distribution de l’Huma dimanche, à la station Porte de
Clignancourt.
On disait qu’il avait de la chance, surtout pour les filles.
François Darleux, lui, trouvait tout ça un peu trop bizarre
pour s’en réjouir.
3.
Ca avait commencé dès sa naissance, en décembre 1920, à
Tours. Quel jour était-il né exactement ? C’était difficile à dire. Ce qui
était sûr, c’était qu’on l’avait trouvé
la veille de Noël, alors qu’il neigeait et que thermomètre était
descendu bien en dessous de zéro. Il n’aurait jamais dû survivre : il avait
été abandonné à l’entrée de la salle des Manèges, où se tenait le congrès du
Parti Socialiste.
Un délégué du Nord appartenant à la tendance majoritaire qui
allait donner naissance à la SFIC, alors qu’il sortait d’une journée de débats
houleux, entendit le gémissement du nouveau-né. Il le prit contre lui et essuya
la neige qu’il avait déjà sur le
visage.
-Eh ben dis donc, qu’est-ce que tu vas faire avec ce
minot ? lui demanda un camarade de Marseille en remontant son col.
Le délégué du Nord, qui s’appelait Emile Darleux et
travaillait aux locomotives à la
compagnie de Fives-Lille, ne répondit pas à son camarade, mais il sut tout de
suite ce qu’il allait en faire, de ce bébé.
Deux ans plus tôt, sa femme Marie et lui, hanté par le
souvenir des tranchées, avaient eu un petit garçon, pour témoigner qu’ils
croyaient encore à la vie. Mais l’épidémie de grippe espagnole avait emporté le
nourrisson qui s’appelait François. Quant à Marie, elle n’arrivait plus à
tomber enceinte depuis.
Et voilà qu’en ce soir de Noël, le destin lui apportait un
autre enfant, au moment même où naissait enfin un vrai parti communiste. S’il
n’avait été un matérialiste convaincu, Emile Darleux aurait vu là un signe du
ciel.
4.
L’enfance de François Darleux fut heureuse, même si sa mère
devait, quand il fut adulte, lui raconter des choses bien étranges comme cette
fois où, à cinq ans, sur la Grand Place, échappant à la surveillance de son
père, il voulut courir vers un vieux bonhomme qui faisait jouer un orgue de
barbarie et fut renversé par le Mongy qui arrivait à son terminus.
Il y eut un hurlement dans la foule quand on vit disparaître
le petit corps sous la voiture du tramway et un autre, de surprise cette
fois-ci, quand on vit le garçonnet se redresser, indemne, avec un sourire
espiègle.
Et ce matin de février 62, après le carnage de la station Charonne, dans son bistrot de
la rue Doudeauville, cela devint une certitude pour François Darleux : il
était immortel. Il demanda un deuxième café et passa en revue les autres
épisodes de son existence qui auraient dû le faire disparaître de ce monde.
L’explosion d’une bonbonne de gaz dans le garage de Marcq où
il était apprenti mécano en 1935
et qui avait tué tous les employés sauf lui.
Ou encore cette bagarre contre les Camelots du Roy de
l’Action Française, avec ses camarades des JC. C’était pendant la campagne du
Front Populaire, à la sortie d’un meeting de Raymond Guyot. Un royaliste
l’avait transpercé avec sa canne épée mais François n’avait senti qu’une
brûlure et il avait assommé son adversaire qui restait bouche bée, regardant la
lame de sa canne sans la moindre trace de sang.
Ensuite ce fut la Résistance, avec les FTPF, qu’il avait
faite en région parisienne. Il y eut des dizaines de fois où il faillit être
arrêté et où il avait eu l’impression que quelque chose ou quelqu’un veillait
sur lui, y compris en juillet 44 quand il fut capturé par des miliciens qui
l’emmenèrent en forêt de Fontainebleau et l’exécutèrent sommairement.
On eut beau lui expliquer, après, qu’il avait eu de la
chance, que les miliciens étaient pressés, il avait bien senti la rafale lui
heurter le dos.
Il fallait s’y résigner : oui, il était immortel…
5.
Dans les années qui suivirent Charonne, François Darleux ne
vieillit pas davantage. Il changea souvent de ville pour éviter les questions
sur son éternelle jeunesse.
Ce fut encore un jeune homme de vingt cinq ans qui participa
aux grandes grèves de 68 aux usines Berliet de Lyon et ce fut toujours un jeune homme de vingt cinq ans qui
dansa avec une lycéenne, le soir du 10 mai 1981.
Quand la jolie blondinette lui demanda son âge, il répondit
60 ans et elle rigola.
- Arrête de me faire marcher ! Si c’est le communisme
qui maintient jeune comme ça, j’adhère tout de suite!
6.
Vers 85 ans, François Darleux eut la nostalgie du Nord de
son enfance. Il passa des concours et devint professeur de mécanique auto au lycée professionnel de Marcq.
Chaque matin, il se regardait dans la glace mais aucune ride ne venait.
Il se dit que peut-être effectivement, la fille de la
Bastille avait raison. Le communisme, ça maintenait jeune.
Et en ce mercredi de décembre 2010, où il faisait bien
froid, il enfila sa parka et grimpa sur son scooter pour rejoindre la manif
hebdomadaire des sans-papiers en centre-ville.
A le voir filer sur le boulevard, on n’aurait jamais pensé
qu’il allait avoir 90 ans.
Comme son Parti.
Et une chanson pour le Parti spécialement interprétée par l'excellente Irma Thomas (version que l'on préfère à celle des pierres roulantes parce que nettement plus sexy donc marxiste léniniste). Et maintenant danse avec le communisme, danse avec le temps, mais danse!
Alors voilà. Il y a Al Pacino et Ellen Barkin. Il y a la mélancolie virile et la solitude érotique. Il y a la ville. Il y a le sexe et la violence. Il y a la nuit. Il y a l'amour. Il y a une chanson mythique en guise de fil d'Ariane. Il y a la rédemption. Il y a l'énergie rageuse, souveraine et émouvante de ce qu'on appelle un film noir. Un vrai.
Pour les 90 ans du glorieux et bien aimé Parti Communiste Français (ex Section Française de l'Internationale Communiste), un extrait de La vie est à nous de Jean Renoir, réalisé à la demande des communistes pour la campagne électorale du Front Populaire. Il sera projeté demain à Lille dans le cadre d'une série de trois soirées organisées pour fêter ce joyeux anniversaire.
Je sais, c'est un privilège assez honteux mais il vous faudra attendre le 6 janvier pour vous procurer Coups de feu dans la nuit (Omnibus), édition exhaustive des nouvelles du grand Dashiell Hammett tandis que moi, je les savourerai entre les marrons glacés et les coupes de Drappier zéro dosage. Elles sont présentées et parfois traduites ou retraduites par l'excellente Natalie Beunat qui est aussi mon éditrice à Syros (pas l'île des Cyclades, hélas). Natalie a déjà retraduit Moisson Rouge en Série Noire et tous les romans dans la collection Quarto.
Dashiell Hammet, ce qui n'est pas si fréquent, est non seulement un écrivain admirable littérairement mais aussi humainement. Sa poésie noire, brutale et behavioriste fonde un genre nouveau pour dire l'horreur inédite de la sauvagerie capitaliste. Mais c'était aussi un militant communiste courageux et un ivrogne d'élite qui avait gardé de son Sud natal une élégance de dandy et une courtoisie extrême. En plus, au moment du maccarthysme, il n'a pas ouvert la bouche quitte à aller en taule. Autant dire que boire un ou plusieurs verres avec lui aurait été un honneur et que nous aurions eu une conversation intéressante, je pense. Enfin, cela arrivera peut-être, au bar de l'Eternité, s'il existe un paradis pour les Rouges dipsomanes qui aiment les costumes en lin, les histoires violentes et les femmes fatales.
"Je suis l'une des rares personnes moyennement cultivées qui prennent le roman policier au sérieux. Un jour, un type en fera de la littérature et je suis assez égocentrique pour espérer avoir mes chances, même s'il me reste à faire mes preuves."
Sur CAUSEUR, une interrogation légèrement inquiète sur l'utilisation des armes "non létales" par la police, après la mort d'un clandestin malien. On rappelle aussi, au passage, les charmes du flachebaule dans les opérations de maintien de l'ordre.
Nous sommes parfaitement conscients, ce faisant, de nous ranger du côté des bisounours islamogauchistes, probablement invertis, assistés et tout, et tout.
Est-ce ma faute, néanmoins, si la France sarkozyste ressemble de plus en plus à un film d'Yves Boisset? Elle a décidément l'affairisme et la répression vintage.
Quelques technologies mortifères et hypocrites en plus.
En ce mois de décembre des années 10, les pôles fondaient sous l'effet du réchauffement climatique et transformaient l'Europe Occidentale en Sibérie paupérisée par le capitalisme spectaculaire marchand: d'ailleurs, il était finalement très cohérent qu'à la financiarisation généralisée du réel correspondît un nouvel age glaciaire.
Mais bon. Le Guépard. Le Guépard en salle, dans une version remastérisée.
Il eut l'envie presque physique de se retrouver dans la beauté explosante fixe de Donnafugata. Et sur grand écran, parce que Le Guépard, c'était quand même le film qu'il avait vu trente ou quarante fois, mais souvent dans des lits d'étudiantes, le dimanche soir, sur la troisième chaine de télés vacillantes.
Là, seul enfin, dans une grande salle, retrouver ce qui faisait le monde d'avant, ce qui faisait l'élégance des temps endormis, ce qui faisait que le film le plus politique de tous les temps fût aussi le plus sensuel. L'Histoire, c'était un peu de transpiration sur les tempes de Claudia Cardinale le soir du fameux bal, autant que la fusillade des derniers garibaldiens, en bas, dans la ville, au petit matin.
Et puis, comme le Prince Salina auquel il s'identifiait de plus en plus en vieillissant, il aimait l'idée d'assister à la fin de tout ce en quoi il avait cru mais de le faire dans un costume de soirée impeccable, un cigare à la main. D'être partagé entre une ironie discrète, désespérée, polie et l'éternelle fascination pour la beauté de la jeune fille, comme un démenti à tous les pessimismes. La jeune fille qui va rendre, malgré elle, encore plus douloureux ce désir de partir, de s'effacer, de se confondre enfin avec le bleu du Temps dans le ciel de Sicile, et pour toujours.